Gaston, Henriette
MARCEL
tant, mon Henriette, je croyais que, non-seulement tu ne m’aimais plus, mais que j’étais devenu pour toi un objet d’horreur et d’épouvante... et je n’avais le droit que d’en gémir, puisque j’avais... puisque je croyais, dans mon délire...
HENRIETTE
Oh! c’est mal, ce que tu dis là!... Et quand même le ciel eût pu permettre un pareil malheur, est-ce que tu n’aurais pas été le plus à plaindre de nous deux?
Sans doute.
HENRIETTE, avec insinuation.
Eh bien, quand on s’aime comme nous nous aimons, est-ce que ce n’est pas à celui qui porte le moins lourd fardeau, à celui dont le cœur est le moins déchiré, à venir en aide à l’autre, à panser ses blessures? Alors, tu comprends bien que, loin de le repousser, de te haïr, je me serais serrée d’autant plus contre ton cœur meurtri.
GASTON, la regardant d’un air inquiet.
Oui... mais pourquoi me dis-tu cela?
HENRIETTE
C’est... c’est que j’ai voulu te convaincre que, quand cet horrible rêve eût été même une réalité, mon amour pour toi n’eût fait que s’accroître de toutes les tendresses de la pitié.
GASTON, avec défiance *.
Oui... je comprends, je comprends... Mais où est-il donc?
HENRIETTE
Qui? Marcel?
GASTON
Oui. OÙ est-il? (Avec un grand éclat de voix.) 0Ù'6St-il?
HENRIETTE, montrant lu porte de gauche.
Il est là, mon ami; mais... pourquoi?