PREMIÈRE PARTIE
giie OU la satiété des promeneurs. Marcel , soumis et presque tranquille dans la maison, reprenait, dès qu'il était dehors, ses allures de poulain échappé. Toujours suivi de Griffon , qu'une grande sympathie de caractère attachait à tous ses pas , et qui témoignait son approbation par des aboiements multipliés, il allait, venait, s'élançait, courait comme le vent, tombait comme la grêle, et se relevait en riant pour recommencer de plus belle. On eût dit qu'il voulait s'emparer de tout ce qu'il voyait et partager la vie de la nature entière. La grave Eugénie, marchant paisiblement à côté de sa mère, laissait son turbulent compagnon déployer à son aise loin d'elle le luxe de son exubérante activité. Elle ne prenait part qu'intérieurement à tous ses mouvements, heureuse de le voir s'amuser, ou livrée par instants à d'affreuses angoisses, quand il s'exposait par sa témérité à de véritables dangers. Mais parfois l'étourdi obligeait sa cousine à sortir de sa majestueuse sérénité. La pre-
liant brusquement par la rnain. Il l'entraînait après lui, sans s'inquiéter de son consentement ou (le sa résistance, et lui faisait parcourir à perte d'haleine toute la longueur d'une prairie, ou descendre au galop, à travers ronces, trous et rochers, au risque de se rompre le cou avec lui, la pente rapide de quelque falaise. Arrivé au bas, il la prenait dans ses bras , et , de ce qu'elle n'avait pas poussé un cri durant le périlleux trajet, concluant qu'elle n'avait pas eu peur, il l'embrassait en lui disant, pour la récompenser : — A la bonne heure , Eugénie ! tu es une brave fille! — Souvent aussi c'était elle qui parvenait à le gagner à sa tranquillité. Elle l'emmenait dans les prés ou sur le bord des sentiers, où elle lui faisait cueillir de gros bouquets de fleurs sauvages qu'elle le chargeait ensuite de porter jusqu'à la maison. D'autres fois elle le faisait asseoir entre elle et sa mère sur un tertre , au milieu des landes , ou sur le dernier contrefort de quelque promontoire ; et là , tous trois