‹ MarcelChapitre 54 sur 155 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Voyant, à l'immobilité et au silence obstinés de la comtesse , qu'elle n'en obtiendrait pas la moindre concession, elle se décida à revenir sur ses pas, et reprenant la parole :

— Ne parlons donc plus de cela, ma chère enfant j lui dit-elle d'un air paterne ; je n'ai jamais pensé à te faire de la peine, et tout ce que je t'ai dit n'était que pour ton bien. Ne m'en veux pas de m'être trompée abonne intention. Tout ce que je souhaite , c'est que tu vives heureuse et tranquille, et tu peux compter sur moi en toute occasion et contre tout le monde, même contre ton mari. — Monsieur le comte de Barjols? répondit Agathe avec ironie, en quoi puis-je le craindre ? Je n'ai aucun tort envers lui , et le moindre de ses torts envers moi est de manger ma fortune avec des filles d'Opéra. Si l'un de nous doit craindre l'autre, ce n'est pas moi, je suppose. Mon mari!... Elle avait prononcé ces derniers mots d' un ton si dédaigneux à la fois et si mena-

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çant que sa tante n'osa plus rien répliquer. Heureusement pour celle-ci, le valet de chambre entra, apportant de la lumière; elle profita de cette diversion pour échapper à une situation qui devenait de plus en plus incommode. Prétextant le besoin de repos, elle souhaita le bonsoir à Agathe, qui se laissa embrasser d'un air indifférent, et se retira dans sa chambre.

— Hé! hé! se dit -elle à elle-même, après s'être enfermée, je ne croyais pas les choses aussi avancées; il est évident qu'elle en tient déjà pour ce petit bonhomme , el elle fera quelque sottise , si l'on n'y met ordre. Maintenant qu'elle est maîtresse de sa fortune, elle serait capable de s'en aller filer le parfait amour. Dieu sait où. Et moi, que ferai-je ici toute seule avec ce panier percé de Barjols? D'ailleurs ellemême ne serait pas long-temps à se repentir d'une pareille escapade. Ainsi, dans l'intérêt de tous, il faut pourvoir aux dangers de la situation.

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