‹ MarcelChapitre 53 sur 155 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

pas abuser plus long temps de votre dévouement. Je vous rends votre liberté, et je prends la mienne. — Ah ! permettez -moi d'achever ! — Je me sens de force à voler maintenant de mes propres ailes. Si je me casse le cou, tant pis pour moi ! Cela me regarde. Vous pouvez donc commander des chevaux ce soir même, si bon vous semble.

— Moi te quitter, ma fille î s'écria la marquise d'un ton sentimental ; mais que voudrais-tu que je devinsse sans toi?

— Rassurez-vous, ma tante, répondit la comtesse avec un sourire dédaigneux. Je sais combien vous tenez à vos aises, et je ne suis pas femme à laisser dans l'indigence une aussi proche parente, qui m'a vue grandir à ses côtés et qui aurait pu me tenir lieu de mère. Fixez vous-même la somme que vous croiçtz nécessaire à votre bien être^ et...

— Fi donc ! Agathe, fi ! dit la vieille dame, peux-tu croire que ce soient de pareils motifs qui me retiennent près de toi ? Ah ! tu

ne rends pas justice à mon cœur. Cest parce que tu es ma seule affection que j'ai voulu, que je veux vivre avec toi et près de toi. Me vois-tu mourir seule, sans personne pour me fermer les yeux ?

Pour ajouter à l'effet de cette touchante péroraison, elle appuya ses deux coudes sur la table, mit sa tête dans ses mains et garda le silence, de façon à faire supposer qu'elle pleurait; mais sa nièce la connaissait à fond, et n'eut pas de peine à démêler la vérité au milieu de tous ces faux-semblants. La vérité était que la marquise, accoutumée à un luxe seigneurial, frémissait à l'idée d'une aisance modeste. A la mort de son mari, qu'elle avait ruiné par ses prodigalités, elle avait trouvé chez son frère, le baron de Pontis, un refuge contre la pauvreté, et elle était déterminée à finir, quoi qu'il advînt, ses jours près d'Agathe, afin de jouir jusqu'au dernier moment dans la maison de la fille des mêmes avantages que dans celle du père.

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