PREMIÈRE PARTIE. i
dépêche-toi un peu, ou tu nous feras coucher ici. En vérité, je ne sais pas ce que tu as aujourd'hui. Tu n'auras fait que des sottises.
Le jeune homme interpréta naturellement ces paroles de la manière la plus désavantageuse, et s'imagina que tout était découvert. Il se crut perdu, changea dix fois de couleur en une seconde , et tint ses yeux fixés à terre, n*osant plus les lever sur personne. Ce fut avec une profonde terreur qu'il entendit la comtesse élever la voix.
— Mon Dieu ! dit-elle, mon cher commandant, ne grondez pas si fort ce pauvre garçon . Ce n'est pas sa faute si vous êtes revenu exténué et crotté, sans avoir pu tuer seulement la queue d'une mouette; il n'est à coup sûr pas le complice de ces malencontreux oiseaux. Quant à la faute qu'il a commise, — et ici elle fit une courte pause, — elle est si légère, qu'on peut facilement la lui pardonner.
Marcel crut rêver en écoutant ces paroles.
Pour voir s'il ne s'était pas trompé , il se hasarda à lever les yeux sur Agathe. Il lui trouva son expression accoutumée , riante et gaie , seulement un peu plus moqueuse peut-être que d'ordinaire.
— Dieu soit loué ! se dit-il à part lui, elle ne s*est aperçue de rien.
Il aurait aussi bien pu se dire : — Elle s'en est aperçue et ne m'en veut pas. — Mais le pauvre, garçon était trop naïf, trop innocent de toute fatuité, pour concevoir une pareille pensée.
— MaisEugénie? continua-til en lui-même.
Enhardi par son premier succès, il osa jeter un regard furtif sur le visage de sa cousine. Il n'y vit non plus rien d'extraordinaire ni d'inquiétant, à part une certaine pâleur qu'il attribua à la peur qu'elle avait ressentie en le voyant suspendu au sommet de la falaise. Du reste , toujours la même douceur et le même calme.
— Décidément, se dit-il, j'ai du bonheur; elle n'a rien vu.