ACTE II, SCENE III
Le Poitou d'Edouard subit encor les lois; L'Orléanais échappe au pouvoir de Valois ; Nous avons à prix d'or conquis la Normandie. Tandis qu'à la lueur du rapide incendie Qui dévore en courant vos hameaux dévastés ; De Corhie et d'Amiens s'écroulent les cités; Qu'enfouie désertant le chaume héréditaire , De stupides vassaux la rage sanguinaire Croit, immolant les grands à ses viles fureurs , Par de nouveaux forfaits réparer ses malheurs ! Mon maître s'en indigne, et son âme attendrie Veut enfin mettre un terme aux maux de la patrie.
MARCEL
Nous sommes seuls , pourquoi ce fastueux discours ?
Abjurez, croyez-moi, ce langage des cours ,
Sans détour, Josserand , parlons-nous l'un et l'autre :
Vous savez ma pensée, et je connais la vôtre.
A quoi bon nous tarquer d'une vaine pitié
Pour des maux où tous deux nous sommes de moitié?
Sans les nombreux fléaux qui désolent la France,
L'avenir pour nos vœux serait sans espérance;
Les grands événemens s'emparent des esj3rits.
Par ses propres périls quand le peuple est surpris ,
Il oublie aisément le danger de ses maîtres ;
Et la prospérité ne fait jamais de traîtres.
Charle sur nos malheurs s'est donc apitoyé ?
Mais le sceptre est le prix qu'il met à sa pitié.
JOSSERAND
Et ses droits?
Du dauphin le trône est l'héritage.
JOSSERAND
Auriez-vous confié le sceptre à son jeune âge, Exposé votre vie à ses ressentimens ?
20 MARCEL
MARCEL
Valois de nos aïeux a reçu les sermcns.
JOSSERAND
Eh ! pensez-vous jamais crue le dauphin oublie Les jours où dans Paris , sa puissance avilie Vit des sujets ingrats parjurer leur devoir ; Et, puisant dans le nombre un horrible pouvoir, v D'un glaive parricide effrayant la couronne , Dicter leurs volontés à l'héritier du trône ?" Oublîra-t-il ses droits outragés , méconnus, Des états assemblés les insolens refus , Leurs députés, du trône essayant la conquête, Le choix des révoltés vous plaçant à leur tête, De la sédition le pacte criminel Secrètement conclu par les soins de Marcel? Ce nom dans sa mémoire est gravé par la haine. Songez-y bien , Marcel , votre mort est certaine , Si , de ses ennemis un jour victorieux , , Le dauphin remontait au rang de ses aïeux.
MARCEL
Je sais que s'il remonte au trône de son père , Chez le roi de JVavarre il portera la guerre, Et que des flots de sang vengeront les Valois. Du prince ambitieux qui méconnut leurs droits.
JOSSERAND
Vos dangers sont pareils, votre cause est commune. Vous devez du dauphin redouter la fortune , Et, vous prêtant tous deux un mutuel appui, Pour renverser Valois vous unir aujourd'hui. L'intérêt de mon maître et celui de la France Exigent entre vous cette étroite alliance: Elle peut tout sauver, l'état, mon maître et vous ! Du dauphin irrité vous craignez le courroux; Eh! que pourrait Valois, sans trésor, sans armée?
Archives de la Ville de Bruxelles Archief van de Stad Brussei