‹ Marcel, tragédie en cinq actesChapitre 16 sur 50 · ACTE II, SCENE V. a · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V. a

Et, de son humble fille exauçant la prière, De bonheur et de paix remplisse sa carrière !

MARCEL

Du sort qu'en ce moment implore ta ferveur,

Ton père a cette nuit éprouvé la faveur,

Chère enfant, dont les traits , image de ta mère,

La rappellent encore à ma douleur amère,

Tes jours au désespoir furent long-tems livrés ;

Lève sur l'avenir tes regards assurés. [sance,

L'heureux instant approche où , vains de leur nais-

Ces courtisans altiers déchus de leur puissance,

Les Craon , les Duras, les Coucy, les Bozon ,

Courberont devant moi l'orgueil de leur maison ;

Où leurs enfans , rivaux empressés à te plaire,

Disputeront ton choix.

Que dites-vous , mon père?

Quand le fils de Maillard , assuré de ma foi , Pour son pays armé combat près de son roi, Je paîrais par l'oubli sa tendresse fidèle ! MARCEL.

Vers des destins plus grands ma fortune t'appelle.

MARIE

J'ai placé mon bonheur dans l'amour d'Olivier.

MARCEL

Il faut y renoncer.

MARIE

Eh! comment l'oublier?

Cet amour sous vos yeux s'est formé dès l'enfance, Vous-même avec plaisir avez vu sa naissance; Vous-même avez aidé ses innocens progrès. Lorsqu'Olivier s'éprit de mes faibles attraits, Votre voix m'ordonna de l'aimer... et d'avance Mon père avait compté sur mon obéissance.

24 MARCEL

Trois ans sont écoulés depuis cet heureux jour : Les vertus d'Olivier ont accru mon amour. A ses destins futurs par vous-même asservie, J'ai fait de cet hymen le charme de ma vie : De cet espoir si doux laissez-moi m'enivrer. Près de vous, avec lui, qu'aurais-je à désirer?

MARCEL

Avant que de Poitiers la funeste journée De l'imprudent Valois fixât la destinée; Avant qu'un grand revers, expiant ses excès, L'eût fait tomber vivant au pouvoir de l'Anglais , Des honneurs plébéiens j'avais touché le faîte ; Et mon ambition obscure, satisfaite, A de plus grands succès ne pouvant aspirer, Par l'hymen d'Olivier crut encor s'honorer. Mais au fils de Valois Maillard resté fidèle, Dans un ancien ami ne voit plus qu'un rebelle : Il sert nos oppresseurs , et peut-être aujourd'hui Le sort va prononcer entre ton père et lui. L'un à l'autre opposés , puis-je allier ma fiJIe A celui qui, vainqueur, proscrirait ma famille; Qui, d'un jeune despote odieux instrument, A placé son orgueil dans mon abaissement; Qui cette nuit encor...

MARIE

Le voici qui s'avance.

MARCEL

<^uel motif vers ces lieux dirige sa présence?

Page 1