ACTE II, SCENE VI
MAILLARD
L'heure du danger pour toi vient de sonner.
MARCEL
Je n'en redoute aucun.
MAILLARD
Dans ce péril extrême, Malgré toi , malgré moi , j'ai pitié de toi-même ; D'un trépas assuré je te veux préserver. Tu voulais me corrompre, et je viens te sauver.
Me sauver!
MAILLARD
D'Edouard trompant la vigilance, Et du soin de ses jours chargeant la Providence, L'héritier des Valois que vous aviez proscrits, Cette nuit sans escorte est rentré dans Paris.
MARCEL
Le dauphin!
MAILLARD
Sur la foi de serviteurs fidèles , Il vient de sa présence effrayer les rebelles; Reconquérir ses droits , ressaisir son pouvoir, De tous les révoltés décourager l'espoir; Mais pour le crime seul réservant sa vengeance, Il ouvre au repentir l'accès de sa clémence.
MARCEL
En vain de la clémence il donne le signal; Maillard, aux révoltés tout pardon est fatal; C'est un piège honteux où se prend la faiblesse, Qui conspira sans peur doit vivre sans bassesse.
MAILLARD
Écoute : d'amis sûrs le prince est entouré; Sur son péril nouveau par moi-même éclairé, Il sait le nom des chefs de ce complot infâme,
26 MARCEL
À quel affreux espoir ils ont livré leur âme; Quel intérêt les vend au parti de l'Anglais; Comment du Navarrois préparant le succès, Ils ont flatté ses vœux de l'exil de nos princes , Et promis à son joug la foi de nos provinces ; Quelles mains ont versé les trésors corrupteurs; Du trépas de Clermont il connaît les auteurs. Dois-je te l'avouer?., hélas! en sa présence, Sur un seul ma faiblesse a gardé le silence. Tout près de le nommer, une vieille amitié M'armant en sa faveur d'un reste de pitié , J'ai su cacher son nom, et le prince l'ignore. MARIE.
O Maillard !
MAILLARD
De ton crime il ne sait rien encore.
MARCEL
Il pourrait ignorer...
MAILLARD
Oui , jusques à présent , Des forfaits de la nuit il te croit innocent. Suis-moi , viens noblement réparer ton offense ; Viens, qu'un prompt repentir te rende l'innocence.
MARCEL
Moi, qu'aux pieds du dauphin j'aille m'humilier! Maillard , je sais mourir et ne sais pas prier.
MAILLARD
Tu ne sais pas prier!.. Pour déchirer la France, Quand tes vœux de l'Anglais mendiaient l'assistance, Ou des fureurs du peuple éternisant le cours, Du Navarrois perfide imploraient le secours ; Humiliant l'orgueil de cette âme si fière , Tu savais bien alors descendre à la prière.
MARCEL
Et d'ailleurs, le dauphin en ces lieux arrivé,