‹ Marcel, tragédie en cinq actesChapitre 3 sur 50 · CONJURÉS · texte numérisé non relu

CONJURÉS

Qu'il vienne!

MARCEL

Parmi nous avant de l'introduire, De ses nobles desseins j'ai voulu vous instruire. A de vils courtisans abandonnant l'état , Prince inhabile et fier, Jean, moins roi que soldat, Aux hasards des combats exposant sa couronne , Dans les champs de Poitiers est descendu du trône, Là, d'un destin fatal les rigoureuses lois Ont du sceptre à jamais déshérité Valois ;. Son fils ne peut régner. Dans les tems difficiles, Le sceptre doit passer aux mains les plus habiles; Et le jeune héritier de ce trône puissant, D'un royaume vieilli monarque adolescent , N'opposant aux efforts d'une lutte terrible Qu'une jeunesse oisive , un courage paisible , Au grand art de régner par son âge étranger, Contre les factions ne peut nous protéger. 11 faut à nos destins un de ces grands courages Dont l'ascendant vainqueur , né du sein des orages , Garantissant les droits qu'on voudrait nous ravir, Des chaînes du passé dégager l'avenir.

Monarque généreux, le prince de Navarre En faveur de la France aujourd'hui se déclare. Gendre du roi cajotif, beau-frère du dauphin, Aux maux que nous souffrons lui seul peut mettre Lui seul peut nous sauver. [fin;

6 MARCEL

LAIGNEVILLE.

Eh quoi ! toujours des maîtres !

Porter toujours les fers légués par nos ancêtres ! De la société peupler les derniers rangs! Ne savoir qu'accepter ou chasser nos tyrans! Pourquoi ne pas sortir de ce long esclavage? Un demi-siècle à peine, et d'un noble courage, La Suisse, armant ses fils contre un joug détesté , Aux mains de ses tyrans reprit sa liberté : Par les siens gouvernée , indépendante et fiere , Elle a de ses vertus rempli l'Europe entière : L'Autriche en vain contre elle exhala son courroux ! L'exemple de la Suisse est-il perdu pour nous ?

MARCEL

De son peuple sauvage irritant le génie, Par son sol protégée, et par ses mœurs unie, La Suisse a pu sans doute avec sécurité De ses jeunes états fonder la liberté; Et tranquille, en ses monts prudemment enfermée, Braver de Léopold la menaçante armée.

Mais nous doutvingtpartis troublent toujours la paix , Nous, toujours divisés de vœux et d'intérêts , De vainqueurs, de vaincus éternel assemblage, Qui différons de lois , de mœurs et de langage, Pourquoi tenter encor des succès incertains , Quand le roi de Navarre assure nos destins? Et tel est son respect pour nos droits, pour nous Qu'il veut de notre main tenir le diadème. [même. A nos ambitions Charle offre son appui : Le pouvoir est à nous , si le trône est à lui. *»

LAIGNEVILLE.

Mais si dans sa puissance oubliant notre gloire , Nos services un jour sortaient de sa mémoire?...

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