‹ Marcel, tragédie en cinq actesChapitre 8 sur 50 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

MAILLARD

Quoi ! Marcel, vous savez qu'en ces lieux Le Navarrois allume un feu séditieux; Que son or, ses conseils, sa coupable influence Préparent en secret les malheurs de la France? Et pour sauver le troue , et la France et son roi, Qu'avea-vous tenté?

MARCEL

Rien!

MAILLARD

O ciel I

MARCEL. f

Ecoute-moi.

MAILLARD

De la sédition Marcel prend la défense!

MARCEL

Marcel de ses tyrans veut délivrer la France,

Et ne veut plus souffrir qu'une insolente voix

Sur les désirs du peuple abuse encor les rois.

Ces grands qui, près du trône et l'entourant d'entraves,

Esclaves de la cour, nous traitaient en esclaves ,

Fiers d'un droit usurpé, que sont-ils devenus?

À Poitiers, à Crécy dispersés et vaincus ,

De leurs vastes débris ils couvrent le royaume,

Et ce corps si puissant n'est plus qu'un vain fantôme :

Empêchons que jamais il ne puisse saisir

Le pouvoir qu'a nos mains les tems viennent offrir.

De notre ambition le ciel même est complice;

C'est lui qui , de nos lois réparant l'injustice,

Et donnant à ces grands une haute leçon ,

Dans des fils inconnus éteignit leur maison.,

Et, les frappant sans bruit, a laissé sans mémoire

Des noms qu'à nos respects accoutumait la glofre.

Quand pour tous les mortels le malheur est sacré,

ia MARCEL,

Contre un roi malheureux Marcel a conspiré! Son destin a du peuple épuisé la constance. D'un prince dans les fers l'inutile existence Pèse sur ses sujets et ne les défend plus. Un dauphin sans pouvoir et des grands sans vertus S'uniraient vainement pour rendre à ma pairie Sa grandeur éclipsée et sa gloire flétrie; C'est à nous qu'apjoar tient cet illustre devoir. Le peuple de la France accomplira l'espoir : Flétri par le besoin, décimé parla guerre, Il traîne aux pieds des grands sa touchante misère, Sans qu'un regard jamais ait consolé ses maux; Pour un monarque ingrat son sang coule à grands flots ; Le trésor s'enrichit de ses longs sacrifices, Et l'on semble à loisir dédaigner ses services! Et des honneurs publics exilé pour jamais, Présent dans les dangers , absent pour les bienfaits , Esclave trop heureux, il doit, à les en croire, Vivre pour leurs plaisirs et mourir pour leur gloire ! Esclave obéissant, le peuple est outragé; Mais dès qu'il se fait craindre il est déjà vengé. MAILLARD.

Ce peuple , dont ta voix exalte la puissance , À flatté ton orgueil de son obéissance : Comme ses actions tu règles ses discours, Et son guide aujourd'hui, tu crois l'être toujours. Mais lorsqu'à ses fureurs le peuple s'abandonne, Nul freint ne le retient, nul crime ne rétonne : Tu le verras bientôt, comblant tous les excès, Marcher insolemment de forfaits en forfaits , Marquer ses ennemis et les frapper dans l'ombre. Toi-même, épouvanté de ces meurtres sans nombre, Tu voudras mettre un terme à tant d'assassinats •• Dans le chemin du crime on ne s'arrête pas.

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