ACTE I, SCENE IV. ï
Le peuple, à ce désir prompt à te méconnaître, Dans un chef modéré ne verra plus qu'un traître Dont le trépas importe à sa sécurité.
Il Lrise entre tes mains ta frêle autorité; Il ne veut plus de toi , même pour son complice; Déchu de sa faveur, il te voue au supplice. Tu rappelles en vain tes services passés : Ta modération les a tous effacés.
En vain pour l'attendrir tu fais parler tes crimes, Tu vantes tes exploits, tu comptes tes victimes ; Ce peuple , dont tu fus et l'idole et l'appui , Te punit des forfaits que tu commis pour lui. MARCEL.
J'espère tout du peuple et n'en ai rien à craindre; Son amour m'estcounu. Crois-moi, loin de me plaindre, Partage en m'imitant ma gloire et ma faveur. MAILLARD.
Je ne sépare pas la gloire de l'honneur.
MARCEL
Le captif d'Edouard que la France abandonne... MAILLARD.
Est plus roi dans les fers que Charles sur le trône.
MARCEL
Ainsi Maillard préfère aux douceurs du pouvoir...
MAILLARD
La vertu d'un sujet.
MARCEL
Aux honneurs...
MAILLARD
Mon devoir.
MARCEL
Il expose tes jours.
MATLLA.RD.
Il illustre ma vie.
14 MARCEL
MARCEL
Tu braves le trépas !
MAILLARD
Et je crains l'infamie.
Elle s'attache à toi si ton bras aujourd'hui A la sédition prête un funeste appui.
Au nom de ta patrie, au nom de ta famille , De cet hymen promis à mon fils , à ta fille , Qui devait à la mienne allier ta maison , Abjure les projets qui troublent ta raison. Sous tes pas chancelans la tombe est entrouverte; Paris te désavoue, et tu cours à ta perte. Et dût un sort fatal, exauçant tes souhaits, Accorder à tes vœux un coupable succès , L'histoire en traits de sang flétrirait ta mémoire D'un immortel auront.
MARCEL
Que m'importe l'histoire !
A-t-elle, toujours juste en ses nombreux arrêts, Des tyrans couronnés signalé les forfaits? Non; de la flatterie elle fut l'interprète. Un criminel heureux rend l'histoire muette.