ELLE REVAIT A SON ENFANCE
inexploré qui représentait le bout de la terre.
Lucette regrettait ce temps de voisinage avec la simple nature animale, ce temps de courte et pleine vision faisant que des univers tenaient entre quelques arbres, dans un coin sablé, borné par un banc et une corbeille de fleurs. Quelles heures confiantes passées avec d'autres peliLs enfants, sous le regard enveloi)pant des mamans cpii cousaient, jjroche le kiosque du nuucliand de sucre d'orge !
Puis, tout (l'un coup, ses souvenirs
faisaient paraître Phonsine. Avec la curiosité de ses dix-sept ans, elle pensait à son existence sur le pavé. Les demi-révélations des condisciples vicieuses se présentaient, torturantes, obstinément. Et quel remords, quelle impatience d'être enfermée, oisive, inutile, tandis que Phonsine se débattait... contre quoi?
Le jour du concours arriva enfin. Lucette, abasourdie et tremblante, ne put dire si elle avait bien ou mal fait les compositions. Quelques semaines plus tard, on apprit que, malgré les recommandations décrochées, elle n'était pas classée parmi les admissibles. Les parents découvrirent alors qu'elle était trop impressionnable pour passer des examens.
— Il faut diriger nos recherches d'un autre côté, dit Marcelin d'un air entendu.
Et il resta plusieurs jours sans parler d'un projet quelconque, bien que Lucette, chaque soir, à son retour du bureau, le regardât comme fait un enfant qui s'attend à voir sortir une friandise de hi poche d'un visiteur.
— Mais, papa, je m'ennuie, finit-elle par dire sur un ton de reproche aimable ; tu n'as pas l'air de te presser de me trouver une occupation.
En efl'et, Marcelin ne s'émouvait pas de l'impatience de sa fille. Pourtant, Lucette n'était plus la même : elle se forçait de parler, semblait-il son joli rire ne tintait plus.
Mais, du moment qu'il était tranquille à son bureau, Marcelin n'arrivait pas ii se pénétrer de hi réalité du mal d'autrui. Tous les événements qui n'avaient pas une répercussion immédiate sur l'administration le laissaient à peu près indifiérent, et voilà que « l'amour de l'enq^loi » dissolvait même les plus intimes sentiments, même la plus vive alTection paterncHe.
- Tiens, je vais lâcher d'obtenir pour toi une place d'institutrice, dit-il, un matin, au moment de partir, frappé enfin de l'air mnihcureux de L\icelle.
Ilélas ! jusleuienl ce jour-là, couunença
un drame administratif qui relégua bien loin l'intérêt de Lucette.
Vers deux heures, Marcelin, habitué à penser tout haut, dit résolument :
— Je vais rendre mes feuilles de statistique à M. Brocus, et je lui demanderai l'autorisation de m' absenter ; j'ai une démarche à faire à la Direction de l'enseignement.
La scène immanquable se répéta :
— H. P. veut dire Hôpital ? interrogea le sous-chef.
— Non, monsieur, Hors Paris.
— De quelle classe êtes-vous, monsieur Gayard ?... Et les accès virils, toujours présents, réguliers ?... Moi, c'est désolant, à chaque étape de ma carrière, j'ai diminué... Aujourd'hui, je n'ai presque plus de présence ; c'est au point que je n'ose pas me réjouir d'être proposé pour le grade de chef...
Du coup, Marcelin ne demanda pas à s'absenter. Il salua vivement le souschef et retourna dans son bureau. Gonflé d'importance, ayant besoin d'espace, il s'avança au milieu de la pièce :
— Messieurs, lança-t-il emphatiquement, un mouvement se prépare : Brocus passe chef !
Aussitôt tous les collègues électrisés quittèrent leur place et se réunirent devant l'éléphant.
— Depuis combien de temps était-il sous-chef ?
— Qui va passer à sa place ?
— Alors il y aura des mises à la retraite 1
— Cela va faire de l'avancement jusqu'en bas....
— Il y a peut-être d'autres nominations de chef.
— Torloy, alors ?
— Jamais de la vie I
— Pourquoi donc Torloy ne passeraitil pas chef? demanda Thomas, véhément ; je prétends qu'il a les titres.
Thomas ne s'emballait qu'à propos des nominations de chefs.
Les fronts se contractaient, les mentons pointaient ; l'effort palpitant, douloureux et beau des gestations intellectuelles se lisait sur tous les visages.
Marcelin faisait des yeux perçants qui sondaient l'avenir. Les voix se mêlaient, s'attaquaient.
La rumeur attira Dufourni. L'oreille contre la porte, il saisit des paroles, et s'empressa d'aller épater les gar-
çons de bureau qui passaient dans l'escalier.
Après de longs débats, de transcendantes conjectures, Marcelin et ses collègues éprouvèrent le besoin irrésistible de courir chez les voisins, soit pour propager la nouvelle, soit pour compléter leur information. Ils se rassirent, puis, sous différents prétextes, ils filèrent un à un, à l'exception de Jadot et de Deguy.
Dans tous les bureaux, ils trouvèrent des rassemblements. Ils avaient été devancés par les garçons. Partout ils arrivèrent pour entendre agiter passionnément les mêmes questions :
— • Qui va passer à la place de Brocus ?
— Qui sera mis à la retraite ?
Partout des faces allumées, tragiques ;
partout des expéditionnaires marmiteux et caducs, s'enfiévrant à pronostiquer les promotions du haut personnel.
Revenus à leur place, Marcelin et ses collègues reçurent à leur tour la visite des employés des différents services. On se levait à chaque entrée ; on n'avait pas plutôt repris sa chaise que, derrière le partant, survenait un orateur. Nulle part, on ne travailla durant l'après-midi. La conférence des cocus n'eut pas lieu ; fait sans précédent. Marcelin oublia complètement Lucette.
Enfin, vers l'heure du départ, sans qu'on eût pu dire comment avait filtré l'indiscrétion, l'on sut qu'il y aurait à nommer un chef, un sous-chef, un commis principal, un rédacteur principal, et que des classes seraient attribuées à quelques expéditionnaires.
Marcelin quitta le ministère plus tôt que les autres jours ; il marcha, soulevé par le flot de ses pensées, il tomba chez lui, la bouche envahie de paroles qui se bousculaient pour sortir plus vite :
— • Figurez-vous que Brocus passe chef I On ne sait pas qui le remplacera, mais le mouvement sera considérable.
Il exhala toutes les suppositions, jusqu'à bout de souffle.
— Mais tu ne nous as même pas embrassées I dit Lucette à la fin.
— Et moi, j'oubliais de te dire, fit sa femme qui était aussi partie dans les nuages : Lucette a eu mal au cœur et à la tête depuis le déjeuner ; je crois que c'est une indigestion.
Marcelin s'intéressa à l'indisposition de sa fille, tout en restant ému par les histoires administratives. Connue Lu-
cette montrait une mine affligeante, il trouva le moyen de réunir et de mélanger les deux préoccupations.
— Si je pouvais obtenir une classe au choix, cela nous donnerait un peu plus de bien-être ; Lucette aurait besoin d'une nourriture plus fortifiante... mais je me demande pourquoi Torloy n'est pas nommé chef au lieu de Brocus.
Les jours suivants, la passion et l'activité propres à la chasse à l'avancement sévirent dans tout le ministère. En pénétrant dans chaque bureau, on sentait comme une solennité dans l'espace, entre le vis-à-vis des cartons verts ; on sentait qu'un événement se préparait, primant tous les événements de l'univers. Les journaux n'étaient plus lus. Les têtes d'employés se dressaient, contractées, sévères ; même ceux qui n'étaient candidats à aucune faveur montraient des faces fanatiques de soldats d'une grande cause.
Lucette avait beau dire le matin, d'une voix touchante : « Papa, pense à moi I » ; jSIarcelin « ne pouvait pas » s'occuper d'elle.
Les collègues des difl'érents services ne s'abordaient qu'à regret, avec des mines hypocrites et des paroles menteuses :
— Eh bien, mon cher, il paraît que vous avez des chances ?
— Moi ? pas du tout, je ne m'en occupe même pas.
De temps en temps, l'un, l'autre, arrivait le matin en tenue de garçon d'honneur, l'air grave, impénétrable. Les collègues riaient jaune, essayaient quelques félicitations ironiques ; mais bientôt ils redevenaient soucieux, fouillant leurs souvenirs, cherchant des comljinaisons nouvelles pour augmenter, eux aussi, leurs recommandations.
Des femmes en grande toilette venaient chercher leur mari. Des personnages considérables, députés, sénateurs, officiers à épaulettes d'or, se faisaient introduire chez les directeurs.
Dans les bureaux, dans les galeries, dans l'atmosphère du ministère, il se faisait des courants d'oi)inion. Les cancans, les rapports dénatiués, les insinuations perfides se propageaient avec une rapidité invincible. Les mots volaient, des signes passaient, les instincts s'entendaient et, toujours, par une loi inévitable,
le démolissage portait sur le collègue le plus intelligent, le plus indépendant, de chaque bureau. Ainsi, Jadot, en bonne justice, aurait dû passer rédacteur principal ; mais son chef, M. Vrillard, lui était carrément hostile, on le savait, et les collègues, Marcelin même, lui souhaitaient mauvaise chance. En un rien de temps, par un phénomène de transmission inexplicable, « ce fut dans l'air » que Jadot n'obtiendrait pas d'avancement.
Des semaines s'écoulèrent.
Les craintes, les espérances, les rumeurs contradictoires formaient dans les cerveaux un fouillis inextricable : beaucoup d'employés ressemblaient à des hallucinés. On se confiait de terribles secrets :
— Mon cher, je suis combattu par la franc-maçonnerie ! Heureusement, j'ai le gouvernement pour moi.
La manifestation simultanée du délire de la persécution et de la folie des grandeurs révélait l'état pathologique latent d'un lot respectable de salariés en paletot.
Madame Gayard avait beau répéter avec persévérance :
— Je crois que Lucette est malade d'impatience ; tâche donc de hâter son affaire.
Marcelin était engourdi, sans un soupçon de volonté, dès qu'il s'agissait d'autre chose que de la grande compétition administrative. Il avait pu, à grand"peine, écrire à la Direction de l'enseignement, laquelle ne répondait pas.
Il se trouvait dans des conditions voulues pour obtenir une classe « au choix ». Malheureusement « il n'avait plus l'archevêché pour lui ». Il ne put arracher que la vague recommandation d'un député, mendiée de troisième main, par l'entremise des amis Bigot, d'anciens voisins de commerce, avec qui on était resté en relations. Tandis que, d'autre part, on voyait M. Minet père, chef du bureau des affaires litigieuses, monter et descendre fréquemment l'escalier central, guetter le directeur, garder une extase aplatie en sa ])résencc et l'accompagtu'r avec des gestes dévols...
iMifiu, le fameux mouvement parut.
Minet obtint une classe de faveur en passant par-dessus Ahircelin. Jadot ne fut pas nommé rédacteur principal. Il y
eut deux nominations d'expéditionnaires principaux : grâce à une violation des règlements, imperceptible et comme huilée, un emploi fut créé spécialement pour le jeune et brillant Deguy. Afin de balancer la dépense, on diminua le nombre des classes attribuées aux vieux expéditionnaires.
Dans le bureau de ^Marcelin, les mécontentements furent modérés, les passedroits faits en faveur de ]Minet et de Deguy étant compensés par le non-avancement de Jadot. Car chacun se réjouissait, comme d'une revanche, de ce que l'avancement n'allait pas au mérite intelligent ; l'on n'admettait comme armes égales que le servilisme et le < pistonnage ».
En voyant INIinet favorisé, Marcelin ne put s'empêcher d'admirer ses qualités.
Depuis plusieurs générations, tous les mâles de la famille Minet avaient vécu dans la paperasserie. De là un résultat merveilleux : leur cerveau s'était de plus en plus spécialisé, leur corps était devenu de plus en plus mou et chétif, leur volonté ne consistait plus qu'en une sorte d'instinct gluant de sangsue dégonflée. Aujourd'hui, Minet jeune était le tatillonnage fait homme ; son esprit n'aurait pu fournir d'autre sécrétion que le recueil des clichés obligatoires ; sa chair faisait penser à de la cire à modeler ; sa nullité était consciencieuse et tenace au point de constituer une utilité administrative.
Marcelin lui dit cordialement :
— Je ne vous en veux pas.
N'avait-il pas la consolation ineffable
de triompher auprès de Jadot ? Pourtant il y mit un certain tact, il parla gravement, sans trop de méchanceté :
— Vous voyez : les faits m'ont donné raison I II a fallu des motifs inquiétants pour que vous ne passiezpasàl'ancienneté. Mais, je l'ai assez répété, vous compromettez votre avancement par votre attitude vraiment trop incorrecte.
Lucette languissait, désespérée. Et voilà que son père arriva, la taille redressée, le visage illuminé, olympien.
Elle eut une palpitation.
— Qu'est-ce que je vous avais promis ? cria Marcelin en guise de bonsoir, Deguy est commis principal !
Il embrassa fortement sa fille et sa femme ; son affection pour elle s'exaltait par l'effet d'une ivresse glorieuse.
— Avec une fortune pareille, c'était
forcé ! ajouta-t-il en poussant des rires secs d'homme supérieur, qui connaît la vie et sait d'avance la marche des événements.
Madame Gayard et Lucette le contemplaient, émerveillées ; Lucette en oubliait son cruel désappointement. Il prononça encore une phrase bien sentie :
— Parbleu ! je sais bien qu'on a commis une injustice colossale ; mais je m'en fiche, puisque je ne pouvais pas obtenir ce grade-là.
Ils se regardèrent tous les trois, en souriant finement, comme des compères devant un tour bien joué.
On avait conservé l'habitude de manger dans la cuisine. Marcelin, à sa place de prédilection, en face du fourneau et des casseroles, commenta toutes les promotions, la fourchette à la main, puis il revint à Deguy. Une platée de choux fumait sur la table.
— A vingt-cinq ans, commis principal I
Ce mot « principal » fut immense dans sa bouche, qu'il agrandit, et sa tête bougea comme si, par un choc, les fonds de casseroles projetaient un éblouissement de rayons.
Madame Gayard resta un instant les yeux éberlués sur la bouche de son mari, s' attendant sans doute à voir sortir le grade par l'ouverture. Lucette aussi baya et sembla distinguer la chose sublime, dans l'air, mêlée à la vapeur des choux.
— Et Jadot reste sur le carreau ! continua ^Marcelin, la voix baissée. Ah dame ! quand on est fonctionnaire, il faut penser sans cesse, non seulement à monter en grade, mais à conserver sa place. On ne doit pas prononcer une syllabe, ni remuer un doigt à la légère.
Il prit avec précaution une bouchée de choux convenable au bout de sa fourchette. Sa femme hocha la tête d'un air convaincu et repoussa strictement la carafe à la même distance du plat que la bouteille. Lucette, machinalement, rajusta sa serviette. On parla peu jusqu'à la fin du repas ; l'atmosphère de la cuisine était devenue grave, on y respirait la suggestion d'une crainte sacrée.
Le lendemain, :Moudur entra au bureau, brandissant un papier avec des contorsions de joie :
— Ça y est, cria-t-il, j'ai fait signer une demande d'emploi à ma porteuse de pain 1
Marcelin Gajard
Vous allez voir cette signature : « Rosalie Pingouin ).
On était déjà très amusé, mais ce nom de Rosalie Pingouin provoqua une hilarité folle. Etait-il permis de s'appeler Rosalie Pingouin ? Puis, le papier posé par Moudur sur l'éléphant, l'on se divertit à l'examen de la signature. C'était une grande écriture équarrie, terriblement expressive, pleine d' efforts, comme cramponnée au papier, les lettres y avaient des
.MOUUUR ENTUA AU BUHEAU. .
OS pointus, déformés ; tremblée, tirée, grimaçante, chancelante, on y aurait retrouve le tremblement des brancards, le tirage pénible de la bricole, l'arrachage pesant des pieds. Des jambages haletants montaient des étages.
Les employés restèrent longtemps à faire glousser leur moquerie, à regarder avec des yeux ronds, méprisants, celte écriture poussive, suée par des doigts de manœuvre. Dans la jouissance de leur supériorité, ils ne se rassasiaient pas de penser à cette démence impayable de Rosalie Pingouin, osant espérer qu'il lui
serait accordé, un jour, d'écrire sur du papier administratif. Thomas en suffoquait.
Marcelin voulut aller montrer le document aux camarades des autres services.
Il le trimbala pendant plusieurs jours à tous les étages. Après une semaine, il s'éboulait encore de joie sur une chaise, pendant que l'on s'en régalait.Et il continua d'oublier que sa fille soufi'rait dans une inaction insupportable.
Car Lucette n'arrivait pas à se contenter de son sort : ce n'est pourtant pas dans une famille d'ouvriers qu'on eût trouvé une mère si économe et un père si régulier !
Sa mère, toujours gémissante, jaune de visage et mal fagotée, trottait sans bruit, ne laissait pas un objet dépasser l'alignement, n'arrêtait pas de rendre la maison de plus en plus morte.
Son père, immanquablement levé à la même heure, cirait les chaussures, le matin, en sifflant avec obstination les cinq mêmes notes ; puis, un vieux béret sur la tête, il descendait la boîte à ordures et allait à la cave. Après avoir fait exactement le même nombre de choses avec des gestes identiques, il se trouvait prêt à partir exactement à huit heures et disait sans varier les mêmes paroles d'adieu.
Et le soir, il entrait toujours du même pas, à cinq minutes près, et il rapportait toujours des nouvelles fraîches du bureau: Thomas, Rlanblan, Jadot, Minet, Moudur, Deguy, Lapalette, Dufourni, Cadouran... il y avait de quoi s'exercer l'imagination.
Et sa mère avait toujours vu, par la fenêtre de la cuisine, les mêmes voisines du second et du troisième étage secouer leur tapis trop tard, ou bien, comble de l'abomination, faire leur lit dans l'aprèsmidi I Elle vous enflammait de ses critiques altièrcs.
Et l'application exclusive avec laquelle son père fignolait ses écritures supplémentaires ! La face de Marcelin devenait soucieuse et résolue comme s'il rédigeait des secrets de l'État ; dans son tricot marron, il avait les grossissements de dos d'un homme qui tient l'existence d'un monde, lu, sous la main. Madame Gayard, ayant le sentiment de l'Inaccessible, marchait sur la pointe des pieds : « Chut ! ton père travaille !... » On se retenait de tousser.
Marcelin GajMrd
Non. Lucette aurait voulu encore autre chose.
Il n'y avait pas un livre dans la maison, à part les livres de classe ; le Petit Parisien lui était défendu, et elle était blasée sur l'émotion de faire continuellement du crochet ou du canevas sous la lampe.
Les jours où l'on dînait avec les Bigot ne lui semblaient pas non plus assez colorés : ses parents et les Bigot, une fois
qui employaient des femmes aux écritures. Aussitôt commencèrent une série de démarches qui durèrent tout l'hiver. Lucette et sa mère parcoururent Paris, comme des malheureuses, en dépit des mauvais temps. Ce furent les courses exténuantes faites à pied avec le souci douloureux de ne pas trop gâter les vêtements, ce furent les attentes mouillées et glaciales aux stations des tramways, les courbatures et les énervements.
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