CE FURENT LES ATTENTES MOUILLEES
en présence, « ne savaient jamais rien de nouveau ».
Souvent, son père avait la veine d'obtenir assez de copie pour charmer toute la journée du dimanche ; alors, sa mère, jalouse de lui assurer, à elle aussi, son compte de réjouissance, inventait la sortie d'aller à vêpres. Ce n'était pas encore l'idéal.
Elle se plaignit si obstinément que Marcelin, au mois d'octobre, rapporta des adresses d'établissements industriels
Marcelin n'avait aucune confiance dans ces recherches ; mais, rencogné dans son emploi, il n'engageait pas les deux vagabondes à se reposer, parce que leurs peines le déchargeaient, lui : ils les laissait patauger sans pitié, pour n'avoir pas à bouger, lui.
Au début, Lucette crut aux paroles banales de politesse, aux promesses ambiguës par lesquelles on se débarrasse des gens. Puis elle tomba dans un autre mal : le désespoir complet, une honte affreuse. Ne se moqûait-on pas de sa mère, d'elle-
Marcelin Gajard
même, de leur mendicité maladroite? Et, soudainement, une autre remarque : la façon singulière dont s'éveillaient les regards des personnages sollicités. Dès lors, que ce fussent des regards arrondis de gaieté, ou des regards aigus, voraces, elle se sentait attaquée, salie, comme par un arrachage de vêtement, elle en avait des frissons et des poussées de sueur.
Malgré une impression si blessante.
cette persécution masculine eut l'cfTet d'un feu malsain : la maturité de la chair en fut hâtée ; les sens de Lucettc commencèrent à s'inquiéter. A la maison, dans l'intervalle des courses, son ennui se com- I)liqua ; elle fut pareille aux enfants grognons qui ne savent pas ce (ju'ils veulent. Alors son besoin d'aimer se trompa, il se porta de divers côtés, à l'aveuglette.
Pendant (juinze jours elle posséda la manie pressante de collectionner des timbres ; puis, subitement, elle adora les oiseaux, il fallut lui acheter une cage
avec un couple de canaris ; puis elle voulut voir pousser des plantes, dans des pots, sur sa fenêtre; enfin, un mois durant, elle se crut la vocation religieuse.
Le résultat définitif des démarches de cet hiver fut que madame Gayard attrapa une bronchite et Lucette plusieurs gros rhumes; on usa terriblement de robes, de chaussures et de médicaments. Les dépenses d'omnibus, à force de se répéter, firent une somme importante. Bref, on fut embarrassé pour payer le terme d'avril.
Encore des mois de désœuvrement. Madame Gayard ne voulait plus penser qu'à se soigner. Marcelin évitait le seul sujet de conversation qui intéressât Lucette, lequel troublait sa quiétude d'employé, diminuait sa jouissance d'homme arrivé.
Lucette restait des heures à la fenêtre.Dejcunes ouvrières défilaient le matin, le soir, gaies, bavardes, ayant des coquetteries tortillées. Ah ! quel regret d'être" une demoiselle »! Des jeunes gens suivaient; quelquesuns étaient de très bonne tournure. Lucette finissait par les connaître ; ils tiraient sa pensée au passage, comme les gamins, sur leur chemin, tirent les sonnettes des portes.
A la longue, elle osa souhaiter tout haut d'être placée dans le commerce ou d'entreprendre, â la maison, des ouvrages d'aiguille. Sur la recommandation de madame Lapalette, elle fut acceptée â l'essai dans un magasin de mercerie. La solidité lui manqua : il fallait rester debout, autant dire, de sept heures du matin à