‹ Marceline Desbordes-ValmoreChapitre 6 sur 33 · A DÉLIE · texte numérisé non relu

A DÉLIE

Par un badinage enchanteur Vous aussi, vous m’avez trompée !

Vous m’avez fait embrasser une erreur : Légère comme vous, elle s’est échappée.

Pour me guérir du mal qu’Amour m’a fait Vous avez abusé de votre esprit aimable;

Et je vous trouverais coupable,

Si je pouvais en vous trouver rien d’imparfait.

Je l’ai vu, cet amant si discret et si tendre,

J’ai suivi son maintien, son silence, sa voix.

Ai-je pu m’abuser sur l’objet de son choix ?

Ses regards vous parlaient, et j’ai su les entendre. Mon cœur est éclairé, mais il n’est point jaloux.

J’ai lu ces vers charmants où son âme respire.

C’est l’Amour qui l’inspire,

Et l’inspire pour vous.

Pour vous aussi je veux être la même.

Non, vous n’inspirez pas un sentiment léger :

Que ce soit d’amitié, d’amour, que l’on vous aime, Le cœur qui vous aima ne peut jamais changer. Laissez-moi ma mélancolie ;

Je la préfère à l’ivresse d'un jour :

On peut rire avec la Folie,

Mais il n’est pas prudent de rire avec l’Amour. Laissez-moi fuir un danger plein de charmes, Ne m’offrez plus un cœur qui n’est qu’à vous : Le badinage le plus doux Finit quelquefois par les larmes.

Mais je n’ai rien perdu : la tranquille amitié Redeviendra bientôt le charme de ma vie.

Je renonce à l’amant, et je garde une amie :

C’est du bonheur la plus douce moitié. (1)

« Pour me guérir du mal qu’Amour m’a fait... » Ainsi Marceline avait déjà aimé avant de trouver chez Délia « cet amant si discret et si tendre » (2). On ne saurait s’en étonner quand on songe que leur rencontre dut avoir lieu entre avril 1808 et octobre 1809 (3); Mlle Desbordes avait alors vingtdeux ou vingt-trois ans et elle appartenait au théâtre depuis une huitaine d’années. Dans un autre poème, elle nous apprend que, « à quinze ans », elle avait eu une première intrigue, — un flirt, — mais que son ami n’était pas sérieux, car il ne cherchait

(2) Cf: « Par quelle cruauté me l’avoir fait connaître?... L’amour jamais n'eut de moi que des larmes... » reprochet-elle ailleurs à Délia (I, 66),

(3) C’est en avril 1808 que Marceline quitta Bruxelles, et son enfant naquit le 24 juin 1810.

que « le plaisir », et qu’il rompit dès qu'il vit que les choses menaçaient de s’engager pour de bon :

Je m’ignorais encor, je n’avais pas aimé.

L’amour! si ce n’est toi, qui pouvait me l’apprendre? A quinze ans, j’entrevis un enfant désarmé;

Il me parut plus folâtre que tendre :

D’un trait sans force il effleura mon cœur;

Il fut léger comme un riant mensonge ;

Il offrait le plaisir , sans parler de bonheur.

Il s’envola. Je ne perdis qu’un songe. (1)

Et je croirais volontiers que c’est à ce premier amoureux qu’elle donnait des rendez-vous dans une église, au temps de sa « jeunesse blonde » :

Eglise où chaque dalle usée,

D’un tendre poids scandalisée,

Dénonça deux ans, jour par jour,

Des pas que rejoignait l’Amour. (2)

Et que cette église était à Rouen. (« Rive enchantée, berceau de mes amours », ditelle dans une élégie A la Seine.) Elle fut, en effet, au Théâtre de Rouen depuis

mai 1802 jusqu’à décembre 1804 ; il est vrai qu’elle avait alors dix-sept ans et non pas quinze, mais nous avons déjà remarqué qu’elle aime à se rajeunir quand elle rappelle ses années de théâtre et d’aventures : cela « fait mieux » d’abord ; et peut-être aussi que : « à quinze ans », cela ne veut rien dire pour elle de beaucoup plus précis que : « quand j’étais jeune ».

Est-ce de ce premier amour qu’elle était encore attristée en 1809 et que Délia voulut la distraire? Rien ne nous empêche de le croire. Et Marceline étant son amie, Délia, par une touchante attention, résolut de lui choisir un amant de sa main (1 ). Même, après avoir relu le petit poème cité ci-dessus, je ne puis m’empêcher de penser qu’elle avait un peu éprouvé par elle-même le jeune homme qu’elle fit connaître à sa camarade. C’était une bonne personne, cette Délia.

Elle était née en Grèce d’une famille honorable, et fille d’un consul, comme elle ne détestait pas qu’on le sût :

(1) « Vous avez malgré moi disposé de mon cœur... Mais ce perfide amant... Que vous avez instruit dans l’art de me séduire... » (I, 65.)

<( Mon père, M. Joseph Amoreux, consul général de Sa Majesté Louis Seize à Smyrne, est mort à son poste lors de la Révolution ; ses biens ont été perdus. Le Roi actuel a eu la bonté de lui écrire lors de son séjour à Vérone, et mon père a défendu la cause des Bourbons jusqu’au moment de sa mort, arrivée par suite du traitement affreux dont il a été la victime.

« Ma mère a obtenu, en raison de ses services, une pension de 1,000 francs sur les fonds de l’Etat et elle s’est réfugiée à Constantinople. Les massacres qui menaçaient les chrétiens l'ont forcée de fuir, et, après avoir échappé aux plus grands dangers, elle vient de débarquer à Trieste, sans avoir pu enlever son mobilier. Elle est donc sans ressources... » (1)

On ne sait par quelles aventures la fille du « consul général de S. M. Louis XVI » avait été amenée à embrasser la profession de comédienne, et c’est dommage. Quoi qu’il en soit, en 1809 Mlle Amoreux recevait à Paris les leçons que lui donnait Fleury, de la Comédie-Française (2). Son professeur la garda trois ans, puis il voulut

(1) 5 octobre 1822. (Archives nationales, O1 2 3 1786.) Lettre au Ministre de la Maison du Roi pour obtenir une représentation à bénéfice.

(2) Voyez l’excellent Dictionnaire des Comédiens, de

M. H. Lyonnet, en cours de publication.

la faire débuter au Français. Mais, après l’avoir entendue, le Comité décida que son talent avait besoin de se confirmer et il lui conseilla de jouer quelque temps en province pour y prendre l’habitude de la scène et des planches. C’était une sottise : MlleAmoreux, dite Délia, étant née grande coquette, n’avait rien à gagner à prendre l’air de la province. Alexandre Duval la devina et l’engagea pour l’Odéon, où elle débuta avec succès, le 8 mai 1812, dans le rôle d’Araminthe des Fausses Confidences (1). Elle avait de la distinction et de l’esprit, paraît-il, et son jeu plaisait fort, puisqu’en 1815, lors de la réorganisation de l’Odéon, elle fut nommée sociétaire à 7/8 de part, quand sa camarade, appréciée pourtant, Mlle Desbordes, n’obtenait pas la même faveur. (2)

« C’est une femme d’un vrai talent, dit un rapport inédit (3). Il y a bien un peu de manière,

(1) Porel et Monval, L'Odèon , page 259.

(2) Les sociétaires étaient : Clozel, 1 part ; Mlle Délia, 7/8 de part; Armand, M11* Adeline, Perroud, Chazet, 3/4 de part; M11® Fleury, 5/8 de part ; Walville, Thénard, 1/2 part. (Archives nationales, O1 2 3 1783, 1784.)

(3) De Picard, directeur de l’Odéon, au baron de la Ferté, intendant des Menus-Plaisirs, décembre 1817. (Ibid.)

mais il y a de l’esprit et de l’âme dans son jeu. Malheureusement, le répertoire de l’Odéon ne peut pas offrir beaucoup de développement à son genre, et elle ne fait rien pour réparer ce malheur. Elle a peu de zèle et jamais de complaisance. Elle pourrait se rendre plus utile en jouant des mères et il a fallu presque des menaces pour la forcer à jouer dans la Querelle des Frères ; et, après y avoir obtenu quelque succès, elle a quitté le rôle. Non seulement elle ne veut pas jouer les mères, mais elle élude même de jouer beaucoup de premiers rôles. Elle a des rhumes pour telle pièce et n’en a pas pour telle autre. Si elle était aussi nécessaire au répertoire que M. Glozel, elle nous tyranniserait bien davantage... »

En somme, Délia finit par avoir si souvent des rhumes que ses co-sociétaires s’efforcèrent par tous les moyens de l’évincer de l’Odéon. Mais elle se défendit: elle était fort appuyée au ministère... Enfin, en 1822, on la mit définitivement à la retraite avec une pension de 1.750 francs. Elle joua encore à la Porte-Saint-Martin, puis à Londres où « un lord immensément riche » la protégea, puis au Vaudeville en 1825 et 1826; après quoi je ne sais ce qu’elle devint. En 1829, elle touche encore sa pension. (1)

(1) Archives nationales, O3 1599.

Telle était l’amie chez laquelle Marceline rencontra son perfide amant. Or, MHo Desbordes, elle, n’était pas faite pour jouer les grandes coquettes ; à peine l’eut-elle vu, cet homme admirable, à peine l’eut-elle entendu nommer, qu’elle en tomba éperdument éprise. Ce fut le coup de foudre par lequel débutent invariablement, comme on sait, les amours des romantiques :

J’étais à toi peut-être avant de t'avoir vu.

Ma vie en se formant fut promise à la tienne ;

Ton nom m’en avertit par un trouble imprévu ;

Ton âme s’y cachait pour éveiller la mienne.

Je l’entendis un jour, et je perdis la voix ;

Je l’écoutai longtemps, j’oubliai de répondre;

Mon être avec le tien venait de se confondre ;

Je crus qu’on m’appelait pour la première fois.

Et que devint-elle quand II tomba à ses genoux pour lui faire sa déclaration! (Car tel était l’usage en ce temps : non seulement on faisait des déclarations en forme, mais encore on les faisait à genoux, et cela ne semblait pas du tout excessif, mais simplement poli : voyez plutôt le Messager des Amans ou l’Art de séduire en amour, et les romans de Mme de Montolieu.)

Que suis-je devenue

Quand je vis mon idole à mes pieds reconnue !

... J’osai me croire aimée, alors toute la terre Tressaillit avec moi, me rapprocha des cieux.

Pour écouter longtemps, je sus longtemps me taire, Et je ne répondis qu’au regard de ses yeux :

J’osai le soutenir, et je perdis mon âme ;

Je ne me souvins plus, je n’entendis plus rien; L’univers, c’était lui; lui m’appela son bien;

Et tout s’anéantit dans notre double flamme. (1)

Ailleurs Marceline a soin de nous laisser entendre qu’elle fit une résistance honorable. Délia leur ménageait des entrevues chez elle (sans doute Marceline habitait avec son père ou avec ses sœurs?) Là ils échangeaient avec passion des propos indifférents, et souvent ils étaient gênés, alors elle se mettait au piano — non, à la harpe :

Que de fois pour tromper l’embarras le plus doux Cette harpe, au hasard, parla seule entre nous ! (2)

J’imagine que Marceline, naturellement, avait dit à son amoureux : « Je serai votre meilleure amie, ne m’en demandez pas plus. » Elle nous a appris, dans un de ses poèmes, qu’il lui « soumettait ses

troubles » ; comprenez qu’il lui confiait les inquiétudes de son grand cœur : c’était un jeune homme romantique. Et elle écoutait ces confidences éminemment tendancieuses... Si bien qu’un jour ce qui devait arriver arriva :

J’étais seule avec lui, j’écoutais son silence ... Pour arracher mon cœur à sa peine chérie Et distraire du sien la sombre rêverie,

Je cherchai le secours de ces accords puissants Qui de plus d’un orage avaient calmé ses sens.

(Entendez par cette métaphore qu’elle se mit à jouer de la harpe : elle voulait faire diversion à la mélancolie de son amant, qui la troublait.)

Et j’unissais ainsi la ruse à l’innocence...

... <( Non, dit-il, non jamais tu n’as connu l’amour ! » J’ai voulu me sauver... il pleurait à son tour;

J’ai senti fuir mon âme effrayée et tremblante :

Ma sœur, elle est encore sur sa bouche brûlante. (1)

Marceline, qui était honnête , dut s’efforcer tout d’abord de cacher sa liaison. Mais bientôt cela ne fut plus possible, car, pour employer son langage, le ciel ne tarda point à lui envoyer un « gage adoré de ses

amours » (1). — C’est le 24 juin 1810 que naquit à Paris son fils, Marie-Eugène (2), et elle fut fort malade :

Quand celui qui me fuit ne songeait qu’à me suivre, Le cours de mes beaux ans fut près de se tarir... (3)

Mais elle se trouvait heureuse. Sa liaison était devenue quasi-officielle : son père, son oncle, ses sœurs l’avaient acceptée ; et puis elle avait tout à fait quitté le théâtre qu’elle n’aimait guère (d’ailleurs, elle avait perdu sa voix) ; enfin son amant l’adorait, ou elle pouvait le croire, quoi qu’il ne fût pas toujours aimable et qu’il lui fît des scènes de jalousie dont elle souffrait (délicieusement) :

Incrédule, inquiète, ingrate jalousie !

Amour, aveugle amour qui méconnaît l’amour !

Qui regarde un ciel pur, et demande le jour :

O que je... que je t’aime, aimable frénésie ! (4)

(1) M. Arthur Pougin a paru un peu scandalisé que M. Rivière eût dévoilé l’existence de cet enfant. Mais Marceline parle de son fils à chaque instant, et très explicitement, dans ses vers (par exemple, 1, 73-75, etvoyez l’édition 1820, page 93, et celle de 1825, pages 63-65 : Le Rêve de mon enfant, etc.). M. Rivière n'a donc rien « dévoilé )> aux lecteurs de Mme Desbordes-Valmore.

(2) Voyez plus loin l’acte de décès de l’enfant.

(4) Edition 1825, page 127.

Car « le jeune homme de Marceline » avait un caractère insupportable : cela ressort clairement des vers de sa maîtresse. Il se tourmentait et il tourmentait la tendre Desbordes avec rage. Et d’abord il avait commencé par lui dire à peu près : « Ne m’aimez pas; je ne puis aimer; je suis fatal et maudit » :

Il a parlé. Prévoyante ou légère,

Sa voix cruelle et qui m’était si chère A dit ces mots qui m’atteignaient tout bas :

« Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas!...

... Jamais sur moi n’a plané le bonheur.

Je suis bizarre et peut-être inflexible... » (1)

Et la pauvre Marceline avait beaucoup pleuré de ce stupide langage. — Ensuite, il n’avait cessé de ressentir des « troubles » et d’avoir mal à sa grande âme, bref, comme je l’ai dit, de faire à la jeune fille des scènes atroces après lesquelles il lui demandait pardon.

Je l’aimais ! j’adorais ce tourment de ma vie,

Ses jalouses erreurs m’attendrissaient encor,

Il me faisait mourir, et je disais : « J’ai tort »

A douter de moi-même il m’avait asservie...

... Oui, je disais : « J’ai tort » en me sentant mourir... ... Quel doux saisissement, Dieu! quel muet délire, Quand mon front se cachait sur ce cœur éperdu Qu'il demandait pardon , qu'il m'était tout rendu , Que je sentais ses pleurs mêlés à mon sourire!

Je n’avais pas souffert, il pleurait... (1)

Mais enfin Marceline était heureuse...

Elle ne songeait même pas à reprocher à son ami de n’avoir pas osé parler à sa famille ni de leur liaison ni de l’enfant qui en était né, tant elle avait de générosité et de confiance. Je ne pense pas que le jeune homme lui eût promis le mariage, car, bien moins encore qu’aujourd’hui, on n’épousait alors les comédiennes. Pourtant, elle devait espérer vaguement... Et, d’avance, cette bonne âme aimait tendrement le père de son amant; et elle l’imaginait vénérable, avec des cheveux blancs naturellement : un vrai père de romance :

... Tu pars donc? Oui, tu veux voir ton père. ...Et dans tous les baisers d’un enfant qu’il adore Lui porter les baisers de l'enfant qu'il ignore .

Mets sur son cœur mon cœur, mon respect, mon Il est aussi mon père, il t’a donné le jour, [amour :

Partir! Que je voudrais, invisible et hardie, M’asseoir sur tes genoux, près de ses cheveux blancs ! Le toucher de mes mains, et, sous tes bras tremblants, Contempler le mortel à qui je dois ta vie ! (1)

Sont-ce les objurgations de ce mortel qui décidèrent l’ami de Marceline à abandonner sa maîtresse et son enfant? Je ne le pense pas. On devine, en effet, par les élégies incohérentes et parfois admirables où la pauvre femme crie son désespoir au lendemain du départ de son ami, que la jalousie et les inquiétudes du jeune homme avaient rendu leur vie infernale. C’est après une dernière scène, à laquelle elle ne comprit pas grand’chose, que son amant lui déclara : « Je ne veux plus te voir! » Et « par orgueil », comme elle le dit humblement, elle ne voulut pas renouer et implorer la première. Alors la rupture devint définitive... Mais c’est ici surtout qu’il faut la laisser parler elle-même ; je ne sais rien de plus pathétique et de plus émouvant que le début de cette imparfaite élégie, où elle a vraiment rythmé ses sanglots :

(1) Les Pleurs (1833), pages 59-60. Ces vers me semblent tout à fait de la première veine de Marceline, quoi qu’ils n’aient paru qu’en 1833.

Ma sœur, il est parti ! ma sœur, il m’abandonne !

Je sais qu’il m’abandonne, et j’attends, et je meurs, Je meurs. Embrasse-moi, pleure pour moi... pardonne... Je n’ai pas une larme et j’ai besoin de pleurs.

Tu gémis! Que je t’aime! O jamais le sourire Ne te rendit plus belle aux plus beaux de nos jours : Tourne vers moi les yeux, si tu plains mon délire ; Si tes yeux ont des pleurs, regarde-moi toujours; Mais retiens tes sanglots. Il m’appelle, il me touche, Son souffle en me cherchant vient d’effleurer ma

[bouche.

Laisse, tandis qu’il brûle et passe autour de nous, Laisse-moi reposer mon front sur tes genoux... ...Sais-tu ce qu’il ma dit: Des reproches... des larmes...

Il sait pleurer, ma sœur !

O Dieu ! que sur son front la tristesse a de charmes ! Que j’aimais de ses yeux la brûlante douceur!

Sa plainte m’accusait; le crime... je l’ignore :

J’ai fait pour l’expliquer des efforts superflus.

Ces mots seuls m’ont frappée, il me les crie encore : u Je ne te verrai plus »... (1)

... Pâle, presque à genoux, suppliante, craintive,

J’ai dit... Je n’ai rien dit, mais on entend les pleurs... ... Dis qu’il va revenir, qu’il revient... Trompe-moi, Mais obtiens qu’il me trompe à son tour comme toi. Va le lui demander, va l’implorer... Demeure : L’orgueil est entre nous, il glace, il est mortel. N’est-ce pas qu’il me fuit et qu’il faut que je meure? N’est-ce pas que je souffre, et que l’homme est cruel ? Ne l’accuse jamais, songe que je l’adore Puisque je vis encore... (2)

En somme le douloureux bonheur de Marceline avait duré un an et demi ou deux ans. Je pense en effet que la scène qui y mit fin dut se passer dans la seconde moitié de 1811, et voici pourquoi je le pense : A la suite de sa rupture, Marceline partit, quitta la ville où elle avait aimé et souffert : « Quand tu partis, oui j’ai plaint ton courage », se fait-elle dire par une amie dans un de ses poèmes, « j’avais tout lu dans tes yeux qui parlaient : tes vœux brisés, ta blessure profonde », etc. (1). (Et voyez aussi Le Retour chez Délie) (2). — D’autre part, dans les élégies sur sa rupture, Marceline s’adresse à l’une de ses sœurs. Qu’elle ait pris en réalité pour confidente à ce moment soit Cécile, soit Eugénie, qui l’avait élevée, qu’elle ait été lui raconter son chagrin et ses peines et chercher près d’elle les consolations dont elle avait besoin, cela n’a rien que de très naturel. (3)

Or les sœurs de Marceline habitaient toutes deux Rouen ou ses environs. Cela nous mène à penser que Marceline avait dû,

(1) Edition 1825, page 237.

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