PERSONNAGES
ARMAND DE M IR MONT MM. Nertans.
JULIEN DE KERN IC Pijol.
BONN EM AIN, Médecin D f. r val.
SYLVIO, Peintre lit nie.
DE V EUMES, Ap nt de clionfc Trais.
SAINT- AIGNAN, Attaché d'ambassade. Murat.
PIERRE, Domestique.! ; Ri.aisot.
MATHIEU, Bûcheron Francès.
ROBINSON, Gamin de Paris Numa lits.
MARCELINE M es DescléE.
MADAME D'AUBERVILLE PRIOLEAC.
MADAME DE MONTRER HIER Krosikntis.
Us DOM R SI ItjlJE M. LÉOS.
Use femmb de chambre M |le Marie.
Si j’osais m’approprier une phrase de Montaigne, j’inscrirais volontiers en tète de ma pièce : « C’est icy un drame do bonne foy. »
J’ai voulu faire une étude de passion et je lui ai donné la forme dramatique.
Depuis l’évanouissement de l’école romantique, la passion, j’en conviens, a singulièrement perdu de son autorité et do son crédit. Le public s’est peu à peu déshabitué de la passion au théâtre, parce qu’elle a, peu à peu , disparu de nos mœurs. Il n'en a plus le tempérament. C’est regrettable , sans doute ; mais qu’y faire ?
La passion, jadis élément principal et normal de la scène, n’y apparaît plus que sous un aspect quasi-pathologique. ^
Emile Augier, malgré tout son talent, et il est grand, lorsqu’il s’est pris corps à corps avec la passion, lui a toujours faussé
compagnie au moment décisif ; Alexandre Dumas fils ne referait aujourd'hui ni la Dame aux Camélias , ni Diane de Lys; Barrière met ses plus forts enjeux sur sa verve satirique ; Victorien Sardou frôle la passion quelquefois, mais il est trop adroit pour s’y arrêter jamais.
Je ne fne compare pas à ces maîtres coutumiers des grands
•combats et des grandes victoires ; mais si j’accepte les repro-
ches adressés à mon outrecuidance, je me mets, pour ceux que mon insuffisance peut m’attirer, à l’abri , derrière ces noms qui font autorité.
La suppression, pendant de longues années, du théâtre de Victor Hugo, a été une chose fort malheureuse pour l’art dramatique ; non que je veuille dire qu’il eût été bon de se livrer à une imitation continue et servile ; mais cette éclipse totale de tout une poétique a entraîné l'extinction subite de l’école presque, tout entière. La tradition s’est trouvée brusquement interrompue et , au lieu d’une transformation lente et raisonnée , nous avons eu des substitutions inattendues et, trop souvent, les tentatives incolores et plates d’une littérature d’expédients.
Il n’est pas bon d’oublier ses origines et de renier ses ancêtres.
Sans les Espagnols, nous n’aurions pas eu Corneille; supprimez Montaigne, vous n’avez pas Rousseau; supprimez Rousseau , il manque tout un grand côté à George Sand.
Les considérations d’art ne préoccupent guère plus personne, pas même les gens de lettres. L’esthétique , cette consolation de l’impuissance et del’insuflisance, est exclue des conversations littéraires.
La préface des Rayons cl des Ombres , qui renferme dans
un encadrement de phrases, — qu’il est de bon goûtde railler aujourd’hui, — de si excellents préceptes, des considérations si élevées et si importantes, est à peu près inconnue.
Les personnalités ont tout gâté.
Théophile Gautier faisait un jour cetle profession de foi : Moi , disait-il, je suis un artiste et je cherche, avant tout , dans l’art, ma jouissance ; la critique vient après ; mais je ne m’en préoccupe pas d'abord et, quels que puissent être mes griefs personnels et mon antipathie pour un homme, cela ne m’empêchera pas de dire de son œuvre: Ceci est bien, si c’est bien.
Malheureusement, tel n’est pas l’esprit de notre époque, et Victor Hugo a porté la peine de son rôle politique, comme si la politique avait quelque chose de commun avec l’art !
La critique alors est devenue du parti pris et du dénigrement, et l’on a fait à ceux qui ont eu l’audace de défendre le poète ou son école, non pas seulement des procès de doctrine , mais des procès de tendance.
Je m'arrête : cela me mènerait trop loin, et j’en reviens à mon humble cause.
J’ai pris pour épigraphe cette phrase de Balzac qui explique nettement, à elle seule, le point de vue où je me suis placé :
« Les drames de la vie ne sont pas dans les circonstances. » ils sont dans les sentiments. »
Alexandre Dumas fils, ayant lu ma pièce, ajouta: ... et dans les caractères. >»
L’axiome est complet.
Et puisque ce nom aimé est revenu sous ma plume. j’en
profite pour remercier celui qui le porte si dignement, et de ses excellents conseils et de son approbation, dont je suis fier.
Tout le drame de Marceline est dans les trois premiers actes. Le quatrième, qui no dure pas dix minutes , n’est et n’a jamais voulu être qu’une conclusion. Après les * senti- . » ments, » sont venues « les circonstances. »
J’ai laissé la pièce telle qu’elle a été représentée , sauf une demi-douzaine de mois, supprimés après la première représentation , et la restitution de quelques phrases que je regrettais d’avoir retranchées aux répétitions.
Charles de LA ROUNAT
Août 187 t.