MADAME DE MON T PE R R 1ER
Ta question est très-naturelle... et... je puis y répondre... Le banquier de monsieur de Montperricr s’est intéressé à moi... Il a compris ma position., et m’a offert de faire frilctitier la somme qui m’était laissée... J’ai accepté, et jusqu’ici, grâce à Dieu, la chance m’a été favorable. J’ai fait mon apprentissage de spéculatrice, et je venais te voir aujourd’hui pour te prier de me recommander à monsieur de Mirmont... Il brasse une quantité énorme d’affaires cl je voudrais
MARCELINE , souriant.
Nous arrangerons cela !.. Alors tu es heureuse?
MADAME DE MONTPERRIER.
Ma chère, je ne me fais jamais cette question indiscrète... Je me laisse vivre, en m’abstenant avec soin de tout retour sur moi-même : comme les arbres, je cherche l’air et le soleil, sans me soucier des feuilles mortes amassées à mes pieds... il ne faut pas fouiller là-dedans. Aussi, malgré ma comparaison pittoresque, j’évite la campagne : quand je sens l’odeur des étables et que je vois des vaches paître dans les prés... il se chante au dedans de moi, de bêtes de romances qui me troublent et me gênent... Tout souvenirest malsain. Je me rappelle qu’on nous citait, dans la Bible, cette femme do je ne saisplusqui, changée en statue de sel pour avoir regardé derrière elle... Ce fut bien fait !.. Je ne regarde jamais en arrière. Imite-moi, je le le conseille... le cas échéant.
Que veux- tu dire ?
MADAME DE MONTPERRIER.
Rien... mais on est femme, n’est-ce pas? on ne sait pas ce qui peut arriver.
Oh ! moi, ma vie est infiniment plus simple, et je ne puis avoir de regret de rien... mais lu as raison.
PIERRE, entrant.
Je demande pardon à mademoiselle... Mademoiselle sait-elle où est monsieur ? quelqu’un le demande.
Monsieur doit être avec le docteur, dans les appartements. ( Pierre sort.) Eh bien, que fais-tu?