‹ Marceline drame en quatre actesChapitre 12 sur 65 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Ah ! oui, je comprends ...

MADAME DE MONTPERRIER.

A vingt-six ans... car il avait vingt-six ans, ma chère, et, c’était un fort joli cavalier... il voyait fermées pour lui, par notre mariage, la plupart des voies faciles, ouvertes aux jeunes gens... Il prit une place, que le crédit de ses amis lui procura, dans une compagnie industrielle... Mais il se dégoûta bientôld’un travail , peu fait pour lui, et qui nous donnait à peine le strict nécessaire ... ’

Ma pauvre Jeanne, que tu as dû souffrir !

MADAME DE MONTPERRIER.

Ah ! Dieu !.. Et avec cela plus de femme de chambre : une seule bonne pour tout faire. Mal servie, demeurant au quatrième, dans un petit appartement mesquin et pauvre... Pour sortir... l’omnibus ou un horrible fiacre ... bientôt peut-être les bas gris et les caoutchoucs ... Grand merci... Il fallait en finir...

MARCELINE, d’un ton de reproche.

Ah ! Jeanne !

MADAME DE MONTPERRIER.

Que veux-tu, ma chère... voir tous les jours un homme dépérir de regret et d’ennui... dont la tristesse lugubre est, à elle seule, tout un monde de reproches... non, non, j’aurais mieux aimé me jeter à la Seine.

Oh! par exemple...

MADAME DE MONTPERRIER, sérieusement.

Ma chère, tu ne sais pas, et lu ne sauras jamais, je l’espère pour toi, ce que c’est que ce bagne qu’on appelle un mauvais ménage, et où monsieur de Mçntperrier et moi, nous avons traîné notre boulet !.. Enfin, mon mari prit une résolution violente, il partit pour l’Amérique... Il nous restait soixante mille francs, environ : il en garda la moitié, me laissa le reste, et... et il est probable que nous ne nous reverrons jamais.

Pourquoi cela ?

MADAME DE MONTPERRIER.

Si je te disais : « Il est probable que nous nous reverrons un jour », tu pourrais faire la môme demande : « Pourquoi cela ? » A quoi bon se revoir 1 Mon mari ne me pardonnera jamais d’è-

tre sa femme. S’il revient riche, eh mon Dieu, tant mieux pour lui, je lui fais cadeau de mes droits par-dessus le marché... Non, non, c’est bien fini, va!..

MA R CELINE.

Mais comment as-tu fait avec tes trente mille francs?... Je te demande pardon, ma question...

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