SCÈNE IV
ARMAND, puis MARCELINE.
ARMAND
Épouser Marceline?... A quoi bon!... La marier à un antre? C’est grave. Elle y pense, peut-être? Ma tante a raison : elle
est bien rêveuse! (Marceline, apercevant Armand, hésite à l'aborder et va
pour sortir.) Eh bien? c’est comme cela qu’on me reçoit! Tu me vois et tu parais vouloir m’éviter!
MARCELINE, ginée.
Je craignais de vous déranger.. .
ARMAND
De me...?
MARCELINE, prenant son parti.
C’est vrai, c’est absurde ce que je dis là!... Je pensais à autre chose... Comment vous portez-vous?
Mais pas mal, merci. Et vous? Eh bien, mais voilà qui est
f mrfait. Je vais à Paris pour cinq ou six jours; pris au collet par es affaires, je suis forcé d'y passer une quinzaine; enfin j’accours, et... on me demande : « Comment vous portez-vous? »
Mon Dieu, je vous demande pardon, je suis triste, souffrante môme aujourd’hui, et.. .
ARMAND, avec intérêt.
Tu es souffrante ! ... Ah 1 pauvre enfant 1 Qu'as-tu , ma mignonne ? parle...
Il s approche comme pour l'embrasser; Marceline so recule. MARCELINE , souriant tristement.
Rien, du malaise... l’orage...
ARMAND, philosophiquement.
Ah !... Est-ce que j’ai commisquclquecrime envers la dame et maîtresse de céans ?
MARCELINE, ayec impaticnoe.
Je ne suis ni dame , ni...
ARMAND, blessé.
Ah!... pardon... je tombe mal. (il va s'asseoir A la table- ) J'clvais rêvé Uïl autre accueil... (Lui montrant un éorin qu*il pose négligeaiment devant lui. ) Je VOUS avais a|)|>Orté ceci... (il ouvre l’écrin.) Cela m’a' paru joli.., Eli bien... tu n’en veux pas ?
Non.
ARMAND
Ce n’est pas de votre goùi ?
Je n’ai plus de goût.
ARMAND
Ah çà I voyons, Marceline, qu’y a-t-il? Est-ce une gageure? Quelqu’un t’a-t-il blessée, t’a-l-on manqué d’égards ?' Madame d’Auberville s’ est-elle permis quelque impertinence envers toi ? Madame de Montperrier... ?
MARCELINE, avec impatience. ’
Mon Dieu non... il n’y a rien, personne ne m’a offensée; je m’ennuie... je suis triste, j’ai mal aux nerfs... Donnez-moi cette broche et n’en parlons plus... je la mettrai en loterie pour les pauvres.
Ella prend l’écrin et le jette sur une petite table à ouvrage.
ARMAND
On n’est pas plus gracieuse ! Et comme il m’est surabondamment prouvé que ma compagnie et ma conversation ne vous offriraient pour le moment qu’un médiocre intérêt, je... (Apercevant Julien.) Tiens ! monsieur de Kernic est resté ! Il devait partir un jour après moi...
Cela vous déplaît ?
Pas du tout: vous ave2 bien fait de le retenir.
MARCELINE, avec impatience.
Je ne l’ai pas retenu , il est resté, comme Sylvio, comme Saint- Aignan... Il n’a plus reparlé de son départ, je n’avais pas à l’en faire souvenir...
ARMAND
Mon Dieu, ne vous en défendez pas! Je n’attache aucune importance à... (A Julien qui hésite en le voyant.) Entrez donc, monsieur de Kernic, je vous en prie. Je suis heureux de vous retrouver. Vous nous aviez fait craindre...