SCÈNE VI
MARCELINE, JULIEN
JULIEN, un peu troublé.
Vous n’attendiez pas si tôt monsieur de Mirmont ?
MARCELINE, souriant.
Il devait revenir beaucoup plus tôt au contraire...
J U LIEN
Je crains vraiment d’avoir été indiscret en prolongeant mon séjour au château...
Pourquoi dites-vous cela ? Est-ce parce que monsieur de Mirmout vient de vous en remercier ? Madame d’Auberville, qui fait les honneurs de la maison, m’en a paru assez tlailée... Vous atez eu ensemble d’assez longuescauseriessous les allées ombreuses .. et ces conversations n’avaient pas l’air de lui déplaire...
J U L I E N , souriant. «
J’écoutais...
Vous avez dû entendre de belles choses ?
Beaucoup de mal de vous.
Naturellement.
JULIEN
Mais qui ne vous a fait aucun tort dans mon esprit.
Votre esprit est indulgent.
JULIEN
D’abord, je n’en disconviens pas... et puis tout en écoutant madame d’Aubcrville , je crois que c’était surtout mes propres pensées que j’écoutais.
Je ne sais pas si cela est très-flatteur pour moi ?
JULIEN
Eh ! mon Dieu, le sujet n’était pas différent, et malgré l’accompagnement dissonnanl et suspect que me jouait madame d’Auberville, je vous assure que mes pensées me chantaient d’assez jolies mélodies.
MARCELINE, vivement.
Enfin elle parlait , il ne lui en fallait pas davantage : elle était donc bien aisede.vous avoir, et quant à moi, hôte, comme vous, de ce logis hospitalier, où l’on me fait, à mon gré, une place beaucoup trop grande, je me hâte de vous remercier humblement du sacrifice que vous avez bien voulu faire en restant ici quelques jours de plus.
JULIEN, souriant.
J’aurais préféré une formule un peu moins cérémonieuse.
Pourquoi quétez-vous une poliiesse banale? vous demandez... on vous donne ce qu’on a.
J UL I EN
Si vous n’avez que cela...
On m’a tant reproché de manquer de ce billon dont on se paye par le monde, que j'en ai fait une provision inépuisable.
JULIEN , d’un ton pénétré.
Ah 1 mademoiselle, dans ce ton léger, dans cette allure aisée de votre langage, il y a un effort... dans cette sorte d’enjouement superficiel, il y a de l’amertume..-