SCÈNE VIII
MARCELINE, seule.
Elle s’appuie contre la table, les bras tombants et les mains croisées, dans l'attitude d’une méditation désolée.
Ainsi... je l’aime. Je l’aime!... moi! .. moi 1... J’ai beau lutter et me débattre, j’ai beau chercher à m’étourdir, à me faire illusion, railler tout et me railler moi-même... je l’aime !... Pauvre cher honnête homme! il n’a pas osé parler encore... mais il parlera... Que répondre?... Il part demain... partira-t-il?... Que faire?... Continuer la raillerie et le persiflage... insulter ainsi à un sentiment vrai, touchant, respectable... rôle indigne que je ne puis soutenir 1 L’arrêter par un refus direct et formel, frapper d’un coup terrible cette âme qui se livre loyalement et tout entière... cruauté dont je ne me sens pas la force! Quoi donc
alors? Gagner du temps!... Ah ! mon cœur, cœur fragile et lâche, je vois le piège! Plus la situation se prolonge, plus son amour s’affermit et s’accroît, et moi, moi, je succombe... Le voilà T