‹ Marceline drame en quatre actesChapitre 33 sur 65 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

reconnaît en vous une supériorité réelle , mais nul ne soupçonne le trésor enfoui dans cette âme dont on ne connaît que la surface... Ce trésor, je l’ai pressenti... et voici, maintenant, je le vois, je le touche... sa splendeur m’éblouit... il me fascine, m’attire et m’enivre... et me brise I... Je vous aime!... je vous aime!...

(Marcelin» 1 cesse de jouer et pleure silencieusement.) \ OUS pleurez , mon

enfant bien-aimée... ma chère âme... ne répondez pas... vous pleurez !... je vous adore!

* Il est à ses genoux .

MARCELINE, doucement.

Relevez-vous, monsieur deKernic... Vous le voyez, je ne raille plus. Oui, je pleure, je pleure, parce que cette musique me fait mal aux nerfs et parce que vous me faites un grand chagrin. Le ciel m’est témoin que j’ai fait tout au monde pour éloigner cet instant cruel... Ecoutez-moi, monsieur de Kernic... je vous estime... je vous vénère... et je me sens profondément émue de vos paroles qui me troublent jusqu’au fond de l’âme... vous le voyez, je suis franche... mais j’ai une volonté de fer... et, je vous le déclare ici avec une sincérité égale à la vôtre, je ne veux pas vous aimer... et je ne vous aimerai jamais!

JULIEN

Si dures que soient vos paroles, Marceline, si douloureux qu’en soit le sens, mon amour-propre d’homme ne se sent pas froissé, et ma passion ne s’en trouve ni amoindrie, ni découragée... parce que je sens que, malgré tout, vous m’aimez... et dès lors, je dois nécessairement chercher ce qui vous arrête.

MARCELINE, fièrement.

Que voulez-vous dire ?

JULIEN, humblement.

Rien, oh ! rien au monde qui puisse ressembler à un soupçon indigne, croyez-le bien, je vous en conjure!...

Je vous ai dit tout à l’heure, monsieur de Kernic, que j'avais pour vous une grande estime ; mais je veux la vôtre aussi : c’est de tous vos sentiments le seul auquel j’aspire...

JULIEN

Mais vous m’aimez!...

Je ne suis pas une femmj comme une autre : ma tête a pris le pas sur mon cœur ; elle le domine et le dirige; je vois net et je raisonne... les autres femmes voient trouble et raisonnent faux par conséquent... ou ne raisonnent pas du tout. N’espérez donc rien de moi.

JULIEN, rêveur.

Vous ne me trouvez pas assez riche peut-être... Je n’y songeais pas.

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