‹ Marceline drame en quatre actesChapitre 44 sur 65 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MARCELINE endormie, puis PIERRE et BONNEMAIN.

Ils entrent avec précaution et Pierre montre Marceline à Bonnemain.

— Marceline s'éveille et les aperçoit.

Bonnemain ! (D’un ton de reproche.) Ah ! Pierre...

BONNEMAIN

Marceline, embrassez- moi d’abord, vous le gronderez après.

MARCELINE, l’embrassant.

Ah 1 cher Bonnemain, je ne veux pas me faire plus forte que je ne suis : j’avais besoin, oh ! grand besoin de sentir dans ma main une main amie... Pardonne-moi, mon brave Pierre... Vous êtes le bien venu, Bonnemain ! votre affection me soutiendra ;

car je sais^jue vous ne chercherez pas à me détourner de la voie, bien ardue peut-être, où je me suis engagée, mais que je veux suivre et que je suivrai à tout prix.

BONNE MAIN

Ma chère enfant , je ne vous blâme pas de votre héroïsme ; mais, laissez-moi vous le dire, la tâche que vous avez entreprise est au-dessus de vos forces.

MARCELINE, arec fermeté.

Non, mon ami , et si vous êtes venu pour plaider cette thèse , nous ne nous entendrons point.

BONNEMAIN

Je vous l’ai dit et je vous le répète : je vous approuve.

MARCELINE, souriant.

Nous pouvons causer alors... Et d’abord, comment êtes-vous ici?

BONNEMAIN

Je suis ici parce que cet homme (iltend la main à Pierre. ) n’est pas seulement le dévouement et l’abnégation, la droiture et l’honneur même , il est aussi le bon sens , la prévoyance et la sagesse. Je suis ici , parce que Pierre est venu me chercher : il a bien fait. Comme toutes les natures énergiques, vous vousêtes décidée pour le fond des choses ; mais vous étiez destinée à succomber, et vous deviez être fatalement vaincue par les nécessités matérielles : or, il faut que vous restiez victorieuse de la situation.

Merci , mon ami.

BONNEMAIN

Vous voyez bien que vous n’avez pas de lutte à soutenir contre moi : je viens, au contraire, de concert avec vous, organiser la résistance.

Parlez donc, je vous écoute.

BONNEMAIN

Depuis trois mois que vous avez quitté Saint-Servan, c’est vraiment un miracle que vous ayez pu échapper aux recherches dont vous êtes l’objet.

On me cherche !

BONNEMAIN

Comment en doutez-vous ! Monsieur de Kernic..,

Page 1