SCÈNE PREMIÈRE
MARCELINE endormie, puis PIERRE et BONNEMAIN.
Ils entrent avec précaution et Pierre montre Marceline à Bonnemain.
— Marceline s'éveille et les aperçoit.
Bonnemain ! (D’un ton de reproche.) Ah ! Pierre...
BONNEMAIN
Marceline, embrassez- moi d’abord, vous le gronderez après.
MARCELINE, l’embrassant.
Ah 1 cher Bonnemain, je ne veux pas me faire plus forte que je ne suis : j’avais besoin, oh ! grand besoin de sentir dans ma main une main amie... Pardonne-moi, mon brave Pierre... Vous êtes le bien venu, Bonnemain ! votre affection me soutiendra ;
car je sais^jue vous ne chercherez pas à me détourner de la voie, bien ardue peut-être, où je me suis engagée, mais que je veux suivre et que je suivrai à tout prix.
BONNE MAIN
Ma chère enfant , je ne vous blâme pas de votre héroïsme ; mais, laissez-moi vous le dire, la tâche que vous avez entreprise est au-dessus de vos forces.
MARCELINE, arec fermeté.
Non, mon ami , et si vous êtes venu pour plaider cette thèse , nous ne nous entendrons point.
BONNEMAIN
Je vous l’ai dit et je vous le répète : je vous approuve.
MARCELINE, souriant.
Nous pouvons causer alors... Et d’abord, comment êtes-vous ici?
BONNEMAIN
Je suis ici parce que cet homme (iltend la main à Pierre. ) n’est pas seulement le dévouement et l’abnégation, la droiture et l’honneur même , il est aussi le bon sens , la prévoyance et la sagesse. Je suis ici , parce que Pierre est venu me chercher : il a bien fait. Comme toutes les natures énergiques, vous vousêtes décidée pour le fond des choses ; mais vous étiez destinée à succomber, et vous deviez être fatalement vaincue par les nécessités matérielles : or, il faut que vous restiez victorieuse de la situation.
Merci , mon ami.
BONNEMAIN
Vous voyez bien que vous n’avez pas de lutte à soutenir contre moi : je viens, au contraire, de concert avec vous, organiser la résistance.
Parlez donc, je vous écoute.
BONNEMAIN
Depuis trois mois que vous avez quitté Saint-Servan, c’est vraiment un miracle que vous ayez pu échapper aux recherches dont vous êtes l’objet.
On me cherche !
BONNEMAIN
Comment en doutez-vous ! Monsieur de Kernic..,