ACTE TROISIÈME
MARCELINE, virement.
Je ne veux pas le voir, Bonnemain , je ne veux pas le voir... el j’espère qu’il n’est pour rien dans votre démarche ?
BONNEMAIN
Il ignore et ignorera tout, je vous le jure, en ce qui me regarde, du moins. Mais il vous adore et il est sûr maintenant
S ue vous l’aimez : aveugle comme un amant, il ne sait rien des ivers mobiles qui vous ont déterminée ; mais il sent bien qu’il est pour beaucoup dans votre détermination.
Vous l’avez donc vu ?
BONNEMAIN
Sans doute: j’ai vu tout le monde... J’ai vu monsieur de Mirmont aussi... et même madame de Montperrier qui, malgré sa nature vulgaire et ses sentiments faciles, vous aime véritablement. Elle s’est mis en tète de servir les amours de monsieur de Kernic : elle l’admire comme un paladin du temps passé, le console, l’encourage, le seconde, et vous cherche comme lui et avec lui. Ils vous trouveront, n’en doutez pas.
Continuez, mon ami.
BONNEMAIN
Quant à monsieur de Mirmont , il faudrait ne pas connaître cette nature entière et opiniâtre pour s’imaginer qu’il puisse se tenir pour battu. Celui-là surtout vous poursuit avec une intensité de volonté qui le rend bien autrement redoutable que les autres... car elle ressemble plus à de la haine qu’à de l’amour... Vous voyez le danger maintenant ou plutôt les dangers multiples qui vous menacent.
Que faire?
BONNEMAIN
Ce à quoi vous auriez dû songer tout de suite ; prendre ma maison pour asile.
Vous voulez...
BONNEMAIN
Je suis seul, sans famille, et j’ai une espèce de fortune qui me permet, sans sacrifice, d’adopter une enfant que j’aime et que je veux sauver : cette adoption-là ne vaudra-t-elle pas l’autre?
MARCELINE, ar#e une tristesse profonde.
Hélas!!)
BONNEMAIN
Les produits de votre travail, ma pauvre Marceline, étaient complètement illusoires : depuis trois mois vous avez vécu des économies de notre vieux Pierre... Votre santé s’altérait, vos ressources allaient s’épuiser... il est venu à moi... Voulez-vous faire comme lui?
MARCELINE, arec émotion.
Pierre!... Bonnemain !... On ne marchande pas avec de telles amitiés... (a Bonnemain.) J’accepte.
BONNEMAIN
Bien, Marceline!... Mais, si vous m’en croyez, ne tardez pas à mettre à exécution notre projet ; il y a péril en la demeure.
Eh bien! dès demain.
BONNEMAIN
Dès ce soir.
Ce soir, soit!
BONNEMAIN
C’est dit! Faites vos petits préparatifs; moi, je vais surveiller les environs, (a Pierre.) On vous a suivi quand vous êtes allé chez de Vernes, et on doit être sur vos traces ; ne perdez pas une minute.
Merci !
BONNEMAIN
Je reviens.
Il sort.