ACTE TROISIÈME
Tout ce qu'un cœur peut contenir de reconnaissance, mon bon Pierre, tu 1 as mis en mon cœur : je suis profondément attendrie de ta bonté si vigilante et si douce... Je me sens si peu digne d’inspirer de pareils dévouements !
PIERRE
Ne dites pas cela, ne dites pas cela... car vous êtes une grande âme et, moi, je vous comprends... je su ; s fier de vous! Mais, voyez-vous, je sentais bien que nous ne pouvions pas aller longtemps comme ça... je ne suis pas assez habile, je ne suis pas assez instruit et je n’ai pas assez d’autorité non plus, moi, pour vous défendre comme il faut... surtout contre celui que monsieur Bonnemaip appelle le plus redoutable...
Tu as bien fait, mon ami; mon courage, mon orgueil... ma colère m’avaient trop fait présumer de mes forces... J’avais voulu disparaître tout entière, ne rien demander à personne. Je croyais ne te coûter que ton dévouement... Nous aurions succombé... Tu as bien fait! Ah! tiens, pardonne-moi ma faiblesse : depuis que je sais que vous êtes deux pour me protéger, il me semble que tout dauger a disparu, l’espoir me revient, il me semble que je suis sauvée.
PIERRE
Oui, oui, du courage, mademoiselle; vous avez fait votre devoir, et Dieu ne vous abandonnera pas... Mais vous avez laissé le feu s’éteindre, il fait froid... (n va vers i a fenêtre. ) Le temps se couvre et le vent tourne au nord. Ah! mon Dieu!
• Quoi donc?
PIERRE
J’ai cru reconnaître Je viens d’entrevoir une dame qui a
disparu sous l’auvent de la cour...
Eh bien?
PIERRE
On aurait dit madame de Montperrier.. Si c’était elle?
MARCELINE, troublée.
Je ne veux pas qu’elle me voie... n’ouvre pas... Mais, au fait, non... Pourquoi ne la recevrais-je pas? Que m’importe maintenant? Demain je ne serai plus ici... et elle ne m’aura retrouvée que pour me perdre encore et définitivement cette fois. Les gens qui comptent sur ses renseignements n’en tireront pas grand
profit. (On tonne.) Tu ne t'étais pas trompé... c’était elle... Ouvre...
Pierre va ouvrir la porte.