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connue an lalin classique, et d'autre part la future forme française, qui est (lonf, n'est pas encore indiquée par l'addition ou plutôt la répétition de /)£ avant la forme classique :
P. 227, 20: haec sicca tundes et cribro medicinali cribrabis ; undeje'\uno cocleare... per triduum dabis.
Inde (fr. en —Dubois, dans sa grammaire publiée en i53i, signale et recommande la forme end, usitée alors dans le Ilainaut— ) est assurément un adverbe du point de de{)art ; mais le point de départ proprement dit, l'origine, l'espèce, la matière, la partie, bref, tout ce qu'à la lin du clia|)itre II nous avons vu exprimer {)ar DE, s'exprime maintenant par I\DE, toutes les fois qu'au lieu d'un nom un pronom-rappel doit suffire. Voici d'abord le /)o//?/ de départ proprement dit :
P. 52, 25 : sevo ccrvino faciem prias pernnrje, ne (juid inde destille t,
P. 67, -i : radiées... tundes in pisone marniorco et sticiim inde
linteo intorto exprimes, P. 94, 23 : ... tepefacies et inde f/uanfuni satis est aurihus infande, P, 95, /j : très araneae rirentes in ofeo si ferneant... aifjae inde te-
pidani auribiis (jtiod sufjiciat instilletar, cilo remédiant.
Nous avons de même en français : u Je suis allé à Paris et j'en reviens ». C'est le véritable et piemier emploi de inde.
Vient ensuite le cas de la matière et spécialemeni de la partie (plus exactement : du tout partagé; : même em[)l()i du même adverbe :
P. 178, 28 : cribrabis atfpie inde cocleare unnm... dabis, P. T97, 20: cum opiis est, danfnr inde coclearia ijnibasdam duo, pass. : inde cocleare dalur, accipitur, dabis, (justabis, devorabis... La partie est nettement spécifiée dans l'exemple suivant :
P. 201, id : bu/yri libram décompte, f/uous(jue inde pars sexta decedat.
Avec un substantif au lieu d'un pronom, on a cocleare mellis, sexta pars medicamenti, etc., toujours au génitif, comme si la dépendance tenait vraiment au substantif, non au verbe; au contraire, l'expression uide a certainement conmiencé par être une dépendance du verbe, non du substantif, puisque inde est un adverbe. Nous verrons bientôt la confusion se consommer.
C'est encore la matière, spécialement considérée comme un moyen qui se trouve exprimée par inde dans les phrases analogues à la suivante :
P. AS, 20 : inde caput lavari oportet.
Cf. la construction pass. de inde avec illinere, formare, curare, Irrirjare, eluere, injicere, J'ricare, contimjerc, fundere, inun<jere, facere, diluere : fr. avec, si c'est un substantif qui est complément, mais en si c'est un pronom :
se laver la tête avec de l'eau, s'en laver la tête.
Ici même, il semble, contrairement à l'habitude qu'a Marcellus d'emplover des rappels, que inde serve à deux fins, matière et partie :
J^. 267, 27 : inde cum opus fuerit dabis, (( tu en donneras quand besoin en sera ».
Pas une fois la manière ne s'exprime par inde; nous avons dit que c'est par sic. De même l'instrument proprement dit a été sans doute considéré comme trop concret, pour être exprimé par un mot aussi abstrait que l'est inde. Ainsi quand on lit, p. i/|6, 34 : faaces inde tamjes, on peut être sur que inde ne signifie ni le doigt, ni un pmceau, ni un instrument quelconque, mais un médicament dont on utilise ainsi une partie'. Dans la plupart des exemples précédents, c'est en somme la partie qui est en jeu. non autre chose, et inde représente vraiment un génitif [)artitif.
Inde ne lient jamais lieu non plus d'un génitif de propriété :
P. 244, I •: Malayma ad... praecordiorum duriliam et ad dolorem eorum.
Il faut, du reste, ajouter que, de près ou de loin, quand inde est employé, on arrive toujours à découvrir un verbe plus ou moins dissi-
' Inde ne sVmploie donc pas axec uti que Marcellus. du reste, construit assez souvent avec l'accusatif. Le français est allé plus loin : c 11 prit un bâton et en frappa la bète >>.
mule; mais si ce verbe est très éloigné de inde, comme c'est le cas dans la phrase déjà citée :
P. 178, 28 : atque inde cocleare iinum cum uno cocleari melUs et aquae calidae cyathis duobus jejuno ad diem dabis,
n'est-ce pas une preuve que le lieu qui rattache indc au verhe est devenu lâche jusqu'au [)oint, pour ainsi dire, de ne plus exister du tout ^ ? En français aussi, quand on dit :
« Jetez celte fleur ; l'odeur en est trop forte »,
on a pu croire que en était le régime de est, signifiant vient ou quelque chose de pareil ; en fait nous l'employons comme un simple génitif, c'est donc un simple génitif. En français, mais déjà dans le texte de iMarcellus, éloignement équivaut à suppression de dépendance ou airranrhissement; nous savons bien que le souille de notre auteur est court, et que, dans son style, il n'y a vraiment subordirMition qu'autant qu'il y a voisinage, et, en quehpie sorte, suzeraineté immédiate, possession matérielle. Eu bonne grammaire française, il n existe pas de conquêtes lointaines, de colonie aux antipodes: toute dépendance éloignée devient bien vite autonome, ou, pour continuer la comparaison, se soumet bientôt à une puissance plus voisine. La construction de en sans verbe exi'^te donc déjà dans Marcellus, il serait puéril de le nier; quel qu'ait été à l'origine le mot à mot, il est une foule de cas où l'analyse donne //k/c [)our complément enclitique à un substantif. Dans la phrase :
P. 2o5, i3 : inde cocleare accipitur,
il faut en définitive, comme le prouve l'examen des propositions dans lesquelles inde est très loin de son verbe, et très près de son substantif, analyser ainsi :
* Il semble pourtant que, dans Texempic suivant, le verbe soit absolument sousentendu :
P. 66, 24 : decurres ad puteum et inde aqaa oculos fovebis,
Remarquons à ce sujet qti'en français en, non plus que dont, n'est jamais le complément d'un nom précédé d'une préposition, c'est-à-dire construit à un cas oblique.
accipitur (on prend) cocleare (une cuiller) inde ^- ejas rei, de cela).
Le rapport qui unit inde à cocleare est devenu immédiat, et celle absence d'intermédiaire est précisément exprimée par la conslruclion de inde tout à côté du substantif, qui régirait le génitif dont inde tient lieu. Si bien que, dans l'exemple cité en dernier lieu, inde csi. un simple génitif de matière, comme ohW dans : vas anri, ou ce qui revient au même, un génitif partitif, non plus un ablatif du point de départ. Remarquons-le en passant : c'est dans des exemples de cette espèce que l'on saisit le lien intime qui unissait d'abord des choses, que l'on croit communément bien éloignées l'une de Taulre, et que la grammaire pratique confond aujourd'hui absolument. C'est amsi que dont et en sont considérés aujourd'hui comme de véritables pronoms, l'un conjonclif. l'autre démonstratif, et avec raison : dans une langue un mot est semblable à un acteur au théâtre : d est ce que son%ôle le fait actaellenwnl, quel qu'il fût avant d'entrer en scène. Un mot, ancien adverbe, qui joue le rôle d'un pronom, est un pronom, rien autre chose. Aussi l'étvmologie est-elle une science parfois décevante ; et ce ne sont pas toujours ceux qui connaissent le mieux le passé de leur langue, qui précisément la parlent le mieux. Ils ont au contraire beaucoup d'eiïorts à faire [lour se débarrasser de certains souvenirs encombrants, pour distinguer, dans ce qu'ils savent du passé ce qui est caduc et ce qui demeure, pour se rappeler enlin qu'ils sont, comme dit Molière, /es- ;,ens de mainlenanl. l'iusieurs adverbes furent ainsi, par destination, les uns des prépositions, les autres des pronoms indéclinables : l'adverbe de manière est une mine précieuse d'expressions pour les cas obliques, surtout pour les cas les
plus mal définis.
C'est le pronom w, dans ses formes adverbiales ibi, co, mde, qui est le plus souvent employé comme pronom, sans doute en raison de ce que son sens est moins précis que celui des autres démonstratifs ; on trouve pourtant dlic au lieu de ibi, lune au heu de inde, sans qu'il soit possible de faire une distinction de sens bien nette :
P. i55, 9 : licetet hinc catapotia facere (cf. Scrib. rec. 91),
hinc désignant une mixture précédemment décrite.
P. 1^9, i8 : vettonicam, argimoniam... hinc amplius miites sardae capiit ^ .
Inde, chez Marcellus, est déjà un simple rappel, presque neuf fois sur dix explétif. Il semble que ce fut un mot très court, d'accent très faible, occupant modestement sa petite place, et si peu gênant qu'on l'employait sans nécessite aucune : udlift' humble et précieuse, comme le latin jadis écrit en possédait si peu, comme heureusement nous en avons tant aujourd'hui. Citons un dernier exemple :
P. 23o, 20 : de lapi praeda, id est de reliqails vervecis aut caprae aut cujuslibet animantis quam comederit, carneni vel pellem vel os colline et scrva, et, quaudo aliquis jecur doluerit, inde eum tange.
Où trouver un mot plus commode que ce rappel indéclinable, toujours là pour empêcher d'oublier ce qu'il ne finit pas oublier, même quand il semble ])ien que sans lui on se rappellerait aisément les choses.^ Avec inde bien employé, l'honime le plus étourdi et le plus disirait ne saurait longtemps s'égarer.
On pourrait peut-être résumer exactement tout ce qui précède, en disant que, tout comme en français en et dont sont des pronoms tenant lieu d'un substantif construit, dans n'importe quel ï^ens, avec de, — de même, dans le latin de Marcellus, inde et parfois nnde tiennent lieu de substantifs qui seraient, quel que fut du reste leui- rôle, construits avec la préposition latine de. Mais il est clair que, dans le français qui s'est ensuite développé, iindc (devenu onl) se serait mal distingué de en et surtout de on: de là sans doute cette addition illogique, mais conforme à la nouvelle morpliologie des noms, de de en tête du mot qui lavait déjà en enclitique, mais en enclitique qui ne se prononçait pas plus que celui de inde. Nous avons vu [)lus baut
' Ne serait-ce pas lu l'origine de notre locution en plus {inde plus), et, quand on dit : en plus de cela, ne connmet-on pas un plronasuK- [tour inoir onl)lié le sens étymologique de en dépendance du comparatif ? Ne serait-ce pas le point de départ de l'expression en oulre, d'ailleurs inexplicable (mr/^ u/</v/. non : in ultra)? Outre est en définilixf un comparatif de signification et même de forme (suffixe ter). - Uicniann et (ioelzer. Synt. romp. du Grec et du Latin. S i58, n., disent fort justement que l'ablatif de coniparaison se ramène aisément à celui du point de départ. L'emploi de hinc ou m(/f devant un con)paratif confirme cette théorie.
que la locution de unde, si vicieuse en somme, est étrangère à Marcellus. Là où nous avions vu (chap. 11) se. développer l'emploi proclitique de DE devant les noms, nous voyons ici se développer dans le pronom l'emploi enclitique, c'est-à-dire relativement pins ancien, du même outil : tant il est vrai que les pronoms gardent plus longtemps la tradili<>n de l'ancienne langue, ou. plus exactement, que les outils grammaticaux une fois choisis changent moins daspect que les autres mots. L'usage de l'outil varie avec le développement de la langue qui l'emploie ; mais la forme en demeure constante, et, par un sin«>-ulier privilèfre, il semble qu'après la formation de la langue, l'outil une fois façonné soit inusable, tandis que, dans le reste du vocabulaire, tout vieillit, tout passe, tout se renouvelle autour de lui.
Nous arrivons à une dernière catégorie d'outils grammaticaux, de la nature des rappels, mais dont l'emploi est de beaucoup moins étendu dans le de Medicamenlis que celui des précédents, et dont la fortune toutefois devait être en français extraordinairement éclatante. Il s'agit de ces pronoms qui se construisent, non à la place, mais à côté du nom, pour en préciser le caractère : ce ne sont donc plus des pronoms, au sens ordinaire de ce mot, dans lequel pro signifie à la place ; ce sont encore des pronoms, si pro garde son sens de devant, le sens qu'il a dans le mot procUùipie. Nous les ap[)elons en français, bien à tort, les articles, puisqu'ils sont des délerminatifs, et non pas
des conjonctifs.
Les articles étaient employés par les Oecs comme par nous, et venaient de la même origine que les noires : c'étaient d'anciens démonstratifs, qui avaient perdu de leur matière et de leur accent. Il est décidément bien singulier que les Latins, qui pourtant prononçaient les finales moins bien que les Grecs, et qui d'ailleurs ne les accentuaient à peu près jamais, aient pu se i)asscr impunément de cet outU, le plus indispensable de tous dans une langue digne de ce nom. C'est faute de celui-là, plus encore que des autres, que le latin ressemble tant, au premier abord, à ce qu'on appelle communément le parler netjre ou au style des télégrammes ; peut-être est-ce pour cela surtout qu'il ne devait pas durer en tant que langage parlé,
et que ses qualités de langue écrite l'ont si vite réservé dans l'usage à tout ce qui est éerit, à tout ce qui a besoin, en quelque sorte, d être gravé : dogmes thcologiques, sentences, mathématiques, traités de paix, textes de lois. Encore la langue française, une fois constituée, sup[)lanta-t-elle bien vite cet idiome tout artificiel. On voit de loin en loin, — apparent rari nantcs, — des traces, des symptômes d'ap[)iopriation de pronon)s en articles dans la langue cicéronienne : d'abord, sous iormc d'antécédents non strictement nécessaires des conjonclifs (nous en avons parlé plus haut) :
le livre (jiie vous m'avez donné, /lie (is) liber que m...
puis, sous formo de simple rappel, sans proposition conjonctive :
P. 80, 21 : postea simul confundes omiii;i. id estcollyria, lolium et piper illad.,.
ou bien encore, c'est un pronom indéfini construit avec un nom :
P. 106, 12 (cf. Ps.-Pl. I. 6, p. 18) : si alif/iKKl animal aurem
inlraverit, P. 288, 17 : sal tritum, senapi tritum, ovum crudum in ununi
vas mittuntur,
Ps.-Phne (II, chap. xviii) avait dit simplement: (lijj'unditur in vaso.
P. 288, 18 : et testa ovi ipsius oleo viridi repletur et in ipsum vas defunditur.
Ce luxe de rappels n'existe pas du tout dans le texte du Ps. -Pline ; et si ce n'est pas là précisément un article, c'est du moins l'expression de cet état d'esprit qui devait créer à nouveau les vrais articles. C'est bien encore une sorte d'article iudélini, que la léductiou à fjuis de la forme aliqtiLs dans toutes sortes d'occasions ; c'est le -\; des Grecs, assez rare en latin classique :
P. 277, 3o : si (jULS aulem morsus inlestinorum... insequitur.
Enfin, à la formule très complexe déjà signalée plus haut :
P. 2^9, i3 : CLini lus qiiae supra scripta sunt, correspond, par une ellipse extrêmement hardie, et qu'on ne saurait
expliquer que par une véritable subaudition de l'article, plutôt conçu que définitivement formé, l'expression suivante, fréquement employée par notre auteur :
P. 275, 10, et pass. : ad supra scripta.
P. 119, II : reponuntur et sicca supra dictis vitiis adhibentur,
P. 169, \ : didde supra scriptani pondus, etc.
Cette dernière expression, à un cas droit, n'est guère surprenante; d'autre part, on peut objecter que supra diclum ou scripluni est une locution traditionnelle dans les pharmocopées ; voici d'autres exemples :
P. i55, II : pastillas ad tussim et ad sanfjuinem reicientes et ad stoniachuni solutum habentes.
Scribonius avait dit, sans répéter la préposition, ce qui était un peu moins bizarre ;
rec. 92 : pastillas ad tussim et sanguinem reicientes et st. sol. habentes.
Un peu plus bas, Scribonius avait écrit, d'une façon identique :
dantur ad stomachum imbecillum habentes et sanguinem reicientes; Marcellus transcrit un datif ;
P. i55, 19 : dantur stomachum imbecillum habentibus et sanguinem rcicientibus.
Préposition ou cas oblique, c'est tout un, et Marcellus a multiplié, ici encore, un usage qu'il n'avait pas inventé, Mais les exemples suivants lui appartiennent en propre, et [)araissent, au premier abord, être de telle nature, qu'on se demande s'il ne fîiudrait pas rétablir ici quelque article de basse latinité :
P. 293, 33 : globuH... dantur (-zXz) robustae aetatis septem,
pueris terni vel quini, P, 21O, 4 : motiunculas levés (tsjtci;) qui patiuntar ex aqua calida
dabis.
Cette dernière phrase est précédée, comme on va le voir, d'une construction analogue, précédée elle-même d'une construction plus clas-
sique, et celle-fà d'une autre absolument correcte, si bien que, de la fin au commencement, on semble de proche en [)roche remonter de Marcel lus à Cicéron, et, en sens inverse, descendre de Gicéron à Marcellus, c est-à-dire en quelque sorte du latin vers le irançais:
(antidoturn) spleniticis ex posca dabis, paralyh'cis ex aqua calida, praecordia do/cnfibiis itidcm ex aqua calida ; torfloncs nenins ffui patiiinlur ex aqua calida dabis ; molianciilas levés (jui patiunUir ex R(\\m calida dabis.
L'auteur, si attentif à éviter les équivoques, ne se préoccupe pas du tout d'expression comme celles-ci :
ad (tcj;) sanguinem lussientes ;
P. 216, 9 : sicca tussi (Tot;) laboranlibus dabis,
P. 008, 28 : singulos pastillos (tm) coli dolore laboranli dabis,
où Ton ne voit pas tout d'abord de quels mots dépendent respectivement snrifjuine/n, tussi, coli. L'exenq)le d'(>\id(^' auquel on [)ense involontairement (.\/t'/am, 1, 19, 20):
(( Frigida pugnabant calidis. umenlia siccis, < Mollia cum duris, (-zXç) sine pondère babenlia pondus »,
est peut-être plus choquant encore ; mais qui ne sent précisément que c'est la une transcription littérale d'un auteur grec, de ces transcriptions comme Piaule, Térence, Virgile, s'en permettaient si souvent, et dans lesquelles il n'y avait guère que la forme des caractères qui lût latine? Ces vers étaient assurément inintelligibles pour quiconque ne songeait pas au modèle grec : nous sommes loin de ce maniérisme pédantesque avec Marcellus. qui écrit ici sans recherche aucune, et songe unicpiement à ne rien écrire (pii ne soit absolument intelligible et compris. Le [)rincipe est tout autre, tout autre la cause, tout autres aussi les conclusions que nous pouvons légitimement en tirer.
Si l article n'est pas vraiment né (il devait s'écouler tant de siècles avant qu'il lïit employé comme aujourd'lmi ! ). sa place du moins lui est faite, et cela de deux façons : d'abord par l'usage de plus en plus fréquent de pronoms-rappels de toute espèce, employés avec un
nom pour le préciser, même d'une manière indéfinie*, c'est-à-dire qu'on éprouve le besoin de souligner plus nettement qu'autrefois le caractère plus ou moins défini d'un nom, tandis qu'à lépoque cicéronienne on s'en rapportait en somme au sefis de la phrase ; — en second lieu, et cette seconde façon devrait presque être qualifiée de né-ative, par l'existence de constructions telles, que son éclosion ne pouvait manquer de se produire à bref délai. Dans l'expression :
P. 293, 33 : dantur — robustae aetatis septem,
le vide était pour ainsi dire fait, et l'article allait venir le combler. Hypothèse onéreuse, dira-t-on, et absolument gratuite, sans comparaison possible avec un fait réel ? Mais si nous revenons à ce qui s est passé-pour les cas et les prépositions, nous trouvons qu il s est produit incessamment, et jusqu'à ce que la transformation fut achevée ver. le xv« siècle, deux phénomènes corrélatifs ; on employait, a titre explicatif et explétif, certains adverbes devant certains cas en soi insuffisamment clairs ; en même temps, par un phénomène bien naturel de phonétique, les désinences non accentuées se prononçaient de moins en moins. Il se produisait donc de ce chef une véritable insuffisance un véritable vide, que seules les prépositions pouvaient combler, et les prépositions se sont ainsi multipliées au fur et à mesure que 1 atome croissante des désinences en rendait l'emploi indispensable. Mais, d'autre part, à mesure qu'on les employait davantage, on avait moins besoin de s'appliquer à bien prononcer les désinences, et celles-ci tom-
baient, si l'on peut dire, pour ne plus se relever. De même, 1 usage de certains déterminatifs pour expliquer certaines constructions, a conduit
à multiplier ces constructions qu'on pouvait d'autre part alléger, et rendre d'autant plus elliptiques que le déterminatif nécessaire etail a portée. Il est fort plausible - l'exemple de Marcellus le prouve que la multiplication des moyens de clarté ait produit celle des ellipses; et, comme les deux tendances ont pu ne pas cadrer toujours absolument dans le temps, il est arrivé qu'a cette époque, pourtant si avide de clarté, on ait admis parfois des ellipses vraiment surprenantes. C'est que l'explication était connue, et toute prête.
' Cf. P '^30. ^^ l'emploi du déicrm'maiiï qualiscumque.
S'il est exact qu'on peut définir les déterminatifs des auxiliaires généraux de'si(jnificalion, on doit reconnaître qu'il n'y a pas d'auxiliaires ni d'outils grammaticaux que Marcellus ait davantage employés, et ceci est encore beaucoup plus caractéristique que sa prédilection visible pour les prépositions au lieu des cas simples. Il n'existait pas d'outil [)lus précieux que le pronom ; soit qu'il rappelle, soit qu'il détermine, c'est le meilleur des instruments de clarté pour une langue. La préposition était un agent (si l'on peut s'exprimer ainsi, car l'iiomme seul agil. dans son aspiration instinctive vers la clarté plus grande de dissociation de formes complexes, tout comme les verbes auxiliaires ; le pronom avec le double sens de -pi, n'a rien supprimé ni guère modifié en morpbologie, pas même les personnes des verbes, que nous avons l'illusion de conserver encore ; mais il représente presque tout Vesprit de notre
syntaxe.
Nous avons insisté ailleurs sur la nature et le rôle de cet élément si français qu'est le proclitique ; et nous reconnaissons volontiers que, si dans sa forme première on le voit poindre clicz Marcellus, d'autre part sa vraie forme, au sens large du mot, qui est sa construction, n'existe guère encore d'une façon systématique: mais le travail est déjà si avancé, quentre cette langue du de Medicamcntis et celle du XIV* siècle, il n'y a vraiment à ce point de \ue presque aucune différence. 11 n'est que juste d'ajouter que Marcellus n'est pas seulement clair parce qu'il compose un ouvrage de vulgarisation, mais parce qu'il est un Gallo Romain, plus français déjà que vraiment latin. Antécédents, proclitiques (c'est tout un en somme), rap[)els de forme proclitique ou accentuée, enfin pronoms-adjectifs : autant d'outils, autant de signes indicateurs, dont l'iioniiéte conq)ilatcur a jalonné son champ de recettes plus ou moins naïves, toutes de très bonne foi. Ne pas confondre une herbe avec une autre, ne pas se tromper de jour ni d heure, ni de fornnde magique, c'est son premier souci pour ses lecteurs.
Aussi a-t il inulti[)lié les synonymes, donné les noms les phis vulgaires de ses simples, et, quand il n'y avait pas à joindre aux noms
leurs synonymes de forme nominale, il y joignait, ce qui parfois vaut bien autant, des synonymes précieux, sous la forme de pronoms de toute espèce. Il est verbeux, parce qu'il veut être compris; mais ce verblaf^e, sous une for.iie bien modeste encore, c'est déjà du français, cette langue la plus riche du monde en flèches indicatrices, celle dans laquelle il est le plus aisé, pour ne [)as s'égarer e/i syntaxe, de se passer d'un guide patenté. Le guide inq)rimé suffit, et ce guide, c'est le déterminatif, c'est le pronom sous toutes ses formes.