‹ Marcellus de Bordeaux et la syntaxe française [microform]Chapitre 6 sur 12 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DETKUMINATIFS, ALXILIAH^FS DU SKNS DE LA 1»HKASE

Nous avons rencontré, chemin faisant, deux sortes d'auxiliaires : les prépositions pour les cas obliques, certains verbes [)our les modes ; nous arrivons aux pronoms auxiliaires du sens de la phrase, aux proclitiques, aux rappels, à l'article : le travail est ici fort avanré. C'est maintenant que nous abordons réellement la véritable syntaxe, non pas précisément celle de la construction ou de l'ordre des mots' — il v a si [)eu de chose à dire à cet égaid dans le st^le si coupé de Marcellus ! — mais celle qui consiste dans la structure de pluase. dans les procédés qui lui donnent son caractère, déjà vraiment français, de clarté, de netteté, de probité-. L'un de ces pro-

* Marcellus coni^lruil Irrs librement et ne s'interdit iiulienienl tes inversions, toutes les fois qu'il en peut résulter un [tillores(jue plus frappant.

-C'est bien lace qui caractérisait la lan^'ue écrite <iii nnu" siècle, supérieure à cet égard à celle du xix* : « Le plus irrand mérite fpi'il a fallu perdre (pour passer de lune à l'autre), c'est l'ordre, a\ec les qualités qu'il rendait possibles : l'extrême clarté et l'absolue précision ». V . lîrunot, llUt. de la Langue et de la lÀU. franc., t. MU. p. 870.

cédés esl l'analvse d'élémenls jadis plus complexes, et nous croyons en avoir dit ce' que Ton pouvait en dire ; rautre, c'est l'emploi continuel de mcmmlo. de mots-rappels, légers, courts, faciès à a|ouler et faciles à retrancher, réduits parfois à n'être plus guère que des signes à peine perceptibles, mais suflisants. et. à force d'habitude, presque indispensables aujourd'hui. Sans vouloir reprendre ic, tout ce que nous avons dit sur ce sujet dans une élude spéciale', nous nous bornerons à quelques indications très sommaires sur le rôle en français de ces agents si actifs de sincérité et de franchise.

Notre langue possède, comme la plupart des langues, des mots dont l'accent primitif s'est peu à peu atténué, à l'usage, jusqu'au point ,1e disparaître complètement. Ces mots sont en principe ceux dont M. Uréal a défini le rôle, en les qualiliant d <'x/>o.«»i/.ç ; « Certaines modifications de la pensée, exprimées d'abord par tous les mots sont peu à peu réservées pour un petit nombre de mots, ou même pour un seul mot, qui assume la fonction pour lui seul : il y a ainsi substitution d'exposants constants ou même invariables, indépendants, aux exposants variables et assujettis 2 » ; tous mots devenus proclitiques. Mais il existe entre noire langue et la lan-ue mère celte dill'ércncc capitale, que les mots latins sans accents sonl enclitiques, sauf quelques prépositions ; et encore ces enchliques tigurent-ils en bien petit nombre dans le latin écrit :

.luc, ne, ce, <iuis (indéf.j, siim, es, esl. stml, ce, pse, et quelques autres bien rares. Il est permis de croire que le latin parlé en posse.lait davantage. Quoi qu'il en soit, on pourrail dire que noire svnlaxc, depuis longtemps conçue dans le latin populaire, est vraiment née le jour oii les mots proclitiques s'y sont muluphes et y ont eu droit de cité sous formes d'auxiliaires, de déterminal.ls et de copules. Le présent chapitre sera exclusivement consacre a I étude, dans le texte de Marcellus, des determinalifs et de l'imporlance

1 naelqaes Observations sur (,•»• Mots l>rorlUi.,u.'S dans la Langue rrançaise. Ann. Je rUniv. (le (irenoble. iiSr)8. pp. .i'i5-'i83.

'- Eilél <l.i MiTil £«•'" l'I'i'os. sur la format, de la langue Jran,;. (iboai. p. 91 ■ ,. LeVancais rempiace ,les lle.ion. sans valeur réelle par des mots particul.ers qu, n.arquaien. les rapports grammaticaux .les autres ». Une dénommat.on reslait a trouver.

qu'ils ont déjà conquise dans ce langage de transition. Disons-le tout de suite: c'est par là que l'ancien latin est le plus gravement altéré chez notre auteur. Nous n'avons rien dit et nous ne dirons rien de la syntaxe d'accord, celle dont la négligence produit ce qu'on appelle ordinairement des solécismes dans les copies d'élèves ; mais, à coté de ces solécismes formels, il en faut distinguer, comme le bon Ghrysale, « d'étranges en conduite » ; et la multiplication des motsrappels dans le de Mcdicamenlis, si l'on en juge par le rôle qu'ils jouaient à l'époque classique, aurait fait frémir d'un commun accord Cicéron, Quintilien, et jusquà Pline-le-Jeunc.

Le nombre des mots inutiles, ou plutôt des mots qui ne sont pas strictement indispensables, est considérable ici : on en trouve à chaque page, presque dans chaque proposition. Aussi est-il rare qu'on y relève quelque obscurité: les humbles et les malheureux pour lesquels il a écrit son recueil si profondément candide, mais si charitable, n'ont pas du se tromper souvent dans la préparation des recettes indiquées. Quand ils lisaient — ou qu'on leur lisait :

P. -G, 01 : pnlei flores destringe, eosi\\\Q madefacito... alque eo panni partem line, a cueille des fleurs de pouliot, fais /fi" tremper, et frotles-en le coin d'un linge »,

il n'v avait nas l'ombre d'un doute ; mais on peut bien affirmer que Ciceron eut fait l'économie de eos et même de eo. On croit lire dans la grammaire du bon Lhomond cette règle bien française, mais inconnue des Latins classiques, que si deux verbes qui se construisent avec des cas ditlérents ont des compléments identiques, il faut employer un pronom complément avec l'un des deux :

Deus amat virum bonum ////que favet.

Dieu aime F homme de bien et le favorise.

L'application de la règle en français est plus remarquable encore que dans l'exemple latin, puisque /t/t'O/wr et aimer sont transitifs l'un et l'autre ; c'est justement ce que fait ici Marcellus :

flores destringe, eo^que madefacito ;

deux sûretés valent mieux qnune, dit le plus français des fabulistes. . Voici un autre exemple bien significatif de la même tendance :

P. 70, ik : viperam in vaso fictili repones, ^amque illic putrescere permittes, « on enferme une vipère dans un pot, et on / j laisse pourrir ».

On aurait pu dire aisément :

viperam in vaso fictili repones ac putrescere permittes.

Le rappel peut être plus lourd encore :

P. -6, 20 : fellis terrae et chelidoniae utrius(/ae herbaesucum. . . pari mensura permisce.

Il semble ici que les deux premiers noms : /('/ terrae et chelidoniae, soient placés comme en titre, hors de la phrase, et qu'on ne puisse en parler ensuite sans employer un pronom-rappel. Assurément, c'est un excellent procédé d'analyse et de clarté, que de distinguer si nettement le nom d'une part, son rôle grammatical d'autre part, et d'affecter régulièrement ce dernier à un pronom qui laisse intacte ridée nominale et la dispense de se risquer dans la mêlée, parfois un peu obscure, qu'est une proposition : nous l'avons apprécié naguère (p. Go) à propos de linfinllif. Mais, comme nous sommes loin du latin classique, et combien plus près du français :

Pierre! //ne viendra pas de si tôt!

P. 22^1, 2 1 : l^ollo ad epar utilissima, praeterae liaec ipsa comper-

tum et praesentaneum remedium est etlam ad latcrls dolorem,

acciplt haec, etc.

Scrlbonlus, assurément, n'Ignore pas cette construction, et l'on peut lire dans son texte des phrases comme celle-ci :

rec. I : m<lc s.imitur cyatlius et duobus rosae commisceUir. frequentorque e.r eo curatnr caput.

Mais comme nous avons dû le dire à propos de la préposilion, autre chose est la connaissance dune construction, autre chose en est remploi incessant, et point n'est besoi.i de lire beaucoup de Marcellus pour se bien convaincre que c'est chez lui un vrai système :

P. -6, 36 : sucum cardonis, sucuin urticae... aequis mensuris ista conjunges, et addes his sapae modicum... atque ita oculos inde supeilines, ut modicum ingrediatur eos et delacriuient,

P. 289, 18 : rana viva, si... adponatur, in eam vitiuui transira dicilur.

On songe à la fameuse Pensée : u Le nez de Cléopàlre, s'il eut été plus court... » ; mais il manque encore illa dc\ani adponatur.

On objectera que les phrases sont bien longues, qu'une erreur même lé^^ère dans des matières aussi sérieuses pourrait être fatale ; mais comment justilier ceci :

P. 107, 3: kerbam quae gallice dicilur blulthagio, nascitur

locis umidis, eam teres sucumque ejiis..., P. Ji, G : cinisque ei adjecto melle inlitus alopeciis cito

prodest.

D'après le contexte, il est hors de doute que ei représente cinis : de la vendre, en y ajoiilant du miel...

V. 2V1, I : ad praecordiorum duritiam et ad dolorcm eoriim vere

convenit, P. ?>C)2, iG : quae cum fuerint igné liquefacta, colabis ea..., P. 2()J, 7 : lauri folia trita vel cjnsdem bacae aut llos ex vino

potus. . . . .

Notons bien, dans ce dernier exemple, qu'il n'a été question jusque-là d'aucune plante, et cpie par conséquent les feuilles ou la (leur ne peuvent apparterûr qu'au laurier.

Les pronoms employés sont intlilTéremment longs on courts, placés avant ou après le verbe: les proclitiques proprement dits ne sont pas encore délinitivement formés*. Mais la construction du

' Dans la Chanson de Rolaml, il s'en faut bien que la r<''^'lo des proclitiques sujets ou con4>lémeiits soit liefinilixement établie : aux vers 17/ii, 17^2 et i';!\\, vos et nos (compléments) précédent le verbe; aux vers 17^7 et 17/18, nos (complément) suit troveront et lèveront. Le vers 171U commence par les mots; a Se vos cornez »; le vers suivant, par : « .la a^ez vos ». LVtude de ces rendes de construction dans ce poème serait fort intéressante pour Tbistoire de la langue française et de sa formation du ba'> latin.

rappel avant le verbe est déjcà plus fréquente que l'autre, surtout quand ce rappel est un adverbe, comme nous le venons un peu plus loin. Au total, ces pronoms font des phrases extrêmement lourdes : l'addilion de for((m, de ejusdem, de isla, ne saurait passer inaperçue comme celle de nos rappels monosyllabiques cl proclitiques, 11 était naturel que la tendance à l'abréviation se lit déjà sentir, et nous allons en voir des exenq)les.

Il faut toutefois remarquer auparavant la multiplicalion. ou plulùl la réapparition régulière de pronoms d'une espèce à part, et qui avaient presque disparu du langage écrit : ce sont les antécédents démonslralifs des pronoms conjonctifs. Par le fait que les pronoms conjonctifs étaient variables en genre et en nombre, et s'accordaient par là avec leurs anlécédenls, il est clair qu'il n'était pas nécessaire d'exprimer cet antécédent, toujours le même quant au sens, et dont la simple audition du conjonctif permettait de reconnaître en général le nombre et même le genre. Quant au cas, il était d'ordinaire assez peu important, c'est-à-dire qu'on le suppléait sans peine aux cas droits; aux cas obliques seulement, on le maintenait rigoureusement, ou bien, dans les phrases les plus claires, si le relatif devait être a un cas droit, on construisait ce relatif au cas de l'antécédent sous-entendu (attraction) :

k[j.z\ [j.i-.'jiZ'2b)z (ov (=t:'jto)v y.) v/i^^-

Par conséquent, l'expression de l'antécédent étail fort rare en somme. A l'époque de Marcellus, les désinences sont mal [)rononcées, et le besoin d'un supplément de clarté se fait sentir; il ne faut donc pas s'étonner de voir rétablir les antécédents dans des propositions connne celles-ci :

P. 322, 10 : prodest etiam ///.v (piibus. . . liquores... sub-

sistunt.

P. 5i 18 : prodest et /ii^' quibus pustulae nascuntur.

Là où Sci^bonius avait écrit :

l\ec. i55 : ^^ed ei his alrus acri elysmo nuuie trahenda est, Marcellus commente :

P. 245, 17 : sed his quibus hoc remedinm dandumst alvus acri clvsmo S etc.

C'est moins, il faut bien le dire, un besoin spécial, qu'un besoin général de clarté, qui fait rétablir ici les antécédents : qnlhus est, par sa désinence, on ne pe.it plus clair, et il est bien certain que his n'est pas destiné à remi)laccr la chute de celle finale dans la prononciation. Assez souvent on trouve : lus qui siirdi sunl. i)our surdU : his (juaeœlalafuerint, pouvcolalls. A plus forte raison peut-on remarquer des antécédents substantifs soulignés par un pronom démonstratif, véritable article, comme :

P. 251, 3i : ex en parte, fjua quis nesciam palilur.

P. III, 33 : quod ad anrem ejiis partis dici oportel. de rjna...

Les anficipallons sont ainsi nmllipliées au point de pouvoir être regardées comme régulières; et l'on s'y habitue tant et si bien, que la'^suppression — due à la faute d'un copiste ou à la résistance de l'antique usage — de ce mot explétif Unit par paraître bizarre. En conséquence, ou ne fait plus guère attention à la désinence du relatif, ou, plus exactement, au genre et au nombre du relatif, Si, du moins aux cas droits, nous sommes loin en apparence du hl on du /r de la Chanson de Roland, réfractaire à toute variation en genre et en nombre, n'oublions pas cependant que cette ii»variabilité se révèle dès la plus antique origine de la langue française ; nous verrons tout à l'heure qu'elle existe aux cas obliques dans le texte même du de Medicamentis : on y voit 0 ileurir la cause », et déjà poindre l'elfet. Il est très rare, en'tait, que chez Marcellus le relatif placé au début de la phrase tienne lieu du démonstratif; par exemple :

PI III, 32 ; qaod ad aurem... dici oporlet. après un point-et-

virgule.

P. U)8, ik : Cui rei caslancae medenlur.

1 Cela ne rempèctic pas d'user d'expressions traditionnelles syncopées, comme le de cajus des notaires :

P. 283, l3, et ailleurs : dabis cui (= ei qui dictas est) supra bibcndum. De même : cum supra scnptis, dont la forn..' compl.-le se trouve p. 2/19^ i3 : cum his quae supra scripta sant.

ou encore, dans un cas où^c'est l'adverbe, au lieu du mot déclinable, qui est employé :

P. 227, 20 : Undejejuno cocleare... dabis, après un point-et-

virgule,

Noi.s pouvons donc conclure que, dès ce moment, celle liabilude de réparer nettement, par l'expression de lantecodent, la proposition relative de sa principale, est acquise ici. C'est, en somme, l.nser en plusieurs endroits, par des espèces de césures, l'unité jadis trop rigide dune même phrase. Concluons aussi que la multiplication de^s antécédents ou des anticipations non-nécessaires n'est que la première manifestation de cet esprit l.ien français, qui distingue s, nettement non pour subtiliser, mais tout simplement pour ne pas confondre Or. l'intérêt de la distinction est ici capital : telle erreur de composition peut rendre fatal le remède le plus efficace. En revanche, plus la proposition était brisée, plus il importait, [.our le maintien de son imite, que les ligatures, les attaches, les co/yo/,c/-/S, lussent prodic'ués sous toutes les formes : de là une grande clarté, de la a suppi-ession de tous les inconvénients qui pouvaient résulter de la rupture de la période; - de là aussi une difficulté d'ordre nouveau, que nous allons examiner dès maintenant.

Dans lenclievètrement des mots principaux et des rappels, il n est pas toujours bien commode d'apercevoir le rapport exact des pronoms avec ce dont ils lii-unenl la place, et par conséquent d'appliquer sans peine les règles rigoureuses <le l'accord. « La mission dont il les avait char.^és . n'est une phrase facile à dire en français que parce cnienous ne prononçons la désinence, ni de avait, ni de dun^s, ni de il: c'est-à-dire que, à mesure que les conjonctifs et les rappels se multipliaient, ils teudaient, ou plutôt on tendait à les immobiliser d'autant et à les transformer en mots de son invariable. La translor mation en cas obliques des pronoms-rappels en adverbes-rappels est i peu près aussi complète dans le de Medicamentis qu en français

moderne. , -j- i • ,„

Il faut noter d'abord que ce phénomène avait ete précède logique-

ment par la suppression des atlractions. L'attraction dn genre et du nombre est l'extension exagérée de l'accord ; avec le nombre croissant des pronoms, il fallut, sous peine de risquer mainte incorrection, réduire l'accord à ses justes limites, et même bien en deçà. Assurément rien de tout cela ne vint de l'intervonlion arbitraire ou opportune d'un grammairien ; d'autre part, le germe de cette réforme se trouvait déjà dans la langue classique : rien ne naît de rien, dit le simple bon sens.

L'attraction, en principe, consistait à faire accorder en genre et en nombre im relatif, non avec le mot qui" précède et dont il lient réellement lieu, mais avec un substantif suivant (jui joue en quelque sorte le rôle d'atliibut du premier :

animal. . . qiicm (non qnod) leoneni voca/nus.

Or, une pareille construction n'est possible que dans le langage écrit et dans le stvie soutenu; en second lieu, elle n'est absolument pas naturelle. Aussi Marcellus écrit-il toujours :

P. 4o, :^8 : ad vcrlujincni capilis, hikuu Graeci scoloiua vocant,

P. 49» 20 : cr/)c' longum, qiiod ce patins noininatnr,

P. 117, 5 : ar/zonam. (luani Graeci licrpcla (tV/ iz-r^-y) dicunt.

Voici un exemple encore bien plus caractéristique :

P. 9-, i4 : et quia sempcr acida sunt (nialu) nec unquam maturescunt, riioas o^'iàs fuie c Graeci dicuiit.

Et non seulement le relatif était ainsi réfractaire à toute inllnonce de l'attribut, mais encore il arrivait fju'il fut mis au neutre, cpiel (pie fut le genre de l'antécédent. M. lioissier ( /•'//? <Ui P<i[l-. t. IL [>• ^ih), n.) remarque fort justement que Salvien. « le [)réUe de Marseille », parle déjà français en latin quand il écrit :

Gub. l).. l\ , i\, (k) : Injusti sunt barbari et nos hoc sunuis : les barbares sont injustes, et nous le sommes aussi.

Marcellus ne se borne pas à maintenir rigoureusement la forme subs tantive de certains adjectifs au neutre :

P. 7^, 4 : eu m paii'iillo vini, P. 77, 2 : sapae inoiUciiin,

P. 1/40, i5 : piïKjue laridi,

P. 296, II : potiones duae de permlxto fiunt, etc.,

il dit constamment :

P. 121. 18 : rosae floris q uod esl lateiim,

P. -6, 3i : pulei flores deslringe eosquc madefacito ex aqua Irickla et contere bene alque ex eo panni partcm dimidiam line.

Eo ne peut avoir qu'ini sens : « de cela ... Aussi ne faut-il pas douter que eo ne signifie cela dans les exemples suivants :

P. /iG, /l : rutae fasciculum el suipliur vivum cum vino vetere

simul decoque et caput ex eo lava.

P. iGi, 3o : deindcipsam aquam colabis... atque addes illic meliis opliml scxtarium unum, pipcris trili semunciam et iteium ad tertias decoqucs, ut xphsum liât; dcinde diligcnter in vaso vitreo repones alque ex eo jejunus tcrna cocliaria sûmes.

Scribonius (rec. u35) avait écrit : si ulcus sonliduw cril aul cancer temijlavcrà aul jam occupaverit...; Marcellus précise doublement :

P. ;5/lo. 2!) : si ulcus //( pciie sordidiim fucril aut cancer illad (— penem) teinplaverit vcl jam occupaverit...

Cepbénomènc naturel qu'on peut appeler /a /i.>»/rafoa//on d,'.< oallh .,n,mmallcanx, est bien, dans tons les sens, une neutralisation : iontil perd non seulement son genre, mais tout ce qui accuse un peu nellement son indépendance, le nombre par exemple, et même, dès l'époque classique, le cas : quid (= cili rei) sludes? Ce rùle abstrait des outils grammaticaux est marque ainsi par une neutralisation générale.

Un pareil emploi dn neutre singulier même aux cas obliques. — car nous n'avons pas voulu citer des exemples, moins intéressants, de cas droits. - amenait insensiblement h des tournures adverbiales, puiscpie l'adverbe est toujours au neutre :

P. if.6, 3o : ova cruda duo in calicem \ergunlnr : co adjiciuntur olei oplinii unciac quinque.

f-o sianilie à cela, ou, si Ion veut, r à la qu..slion quo. La tournure suivante marque un nouveau pas en avant, presque délimtif :

P. i6i, 33 : ipsam aqiiam colabis et in rudem ollam alteram mittes atque addes illic mellis optimi sextarium unum.

Enfin :

P. 169, i3 : limaces tere in mortario et adjice ibi o\um gallinaceum, et tingue illic lanam sucidam.

Cette fois, le terme est atteint : que le mot de forme nettement adverbiale ibi, plus encore que le mot illic, soit répété à tout propos, et pour remplacer n'importe quel cas oblique de direction, ce n'est plus du latin; nous voilà désormais en présence d'un outil grammatical français, l'un des plus précieux, le pronom adverbe F, — à un détail près : il n'est guère encore construit avant son verbe, du moins quand le verbe n'est pas au participe, car on trouve ordinairement ;

P. i34, 2/4 : aqua malvarum illic incoctarum gargalizationi [Juri-

mum prodest, P. i^Q, 3o : novis sfongeis illic demersis (Scrib., rec. /|3 : novis

spongeis demissis).

Il est superflu de citer ici des exemples : il suffit d'ouvrir au hasard une page de Marcel lus, et l'on trouvera illic ou ibi construit indifféremment Si\ec addcre, adjicere, inlinfjiicrc, itico^jucre, etc., généralement à la question iibi ; rarement et sans distinction apparente, à la question rjno : nous sommes donc bien sur la route de France.

Aux cas droits même, en apparence, on trouve, nous ne disons pas le neutre, — cela va de soi, — mais la transformation de ce neutre en adverbes, tels que sic, ita, etc., dont le besoin évidemment se faisait beaucoup moins sentir :

P. 128, 3^1 : dentifricium optimum ac saluberrinmm sic, P. 175, 17 : compositio medicaminis ad arteria sananda x/c, P. 177, 16 : ad... contusiones medicamentum valde necessarium. quod dia steaton dicitur, sic * :

^ Une finale assez fréquente de ce genre de phrase est accipit haec : c'est celle que Scribonius emploie, quand il en emploie une. Dans rexempie suivant et dans beaucoup d'autres, Marcellus l'a ajoutée de son chef :

P. i']\, I : aller pastillus ad sanguinis eruptioncm mirilice faciens accipit haec: (cf. Scrib., rec. 86).

On voit très bien l'origine de cet emploi de l'adverbe : Marcellus a dit quelque part :

P. 1 85, 9 : ad pustulas papulasve de facie toUendas medicamen compones sic.

De là, avec le substantif verbal, compositio sic; de là enfin, avec un substantif quelconque, dentifricium, ou medicamentum, ou remedium sic. Va déjà, avec le verbe, sic tenait lieu de ex liis rébus (p. 77, 28) ou de taie ; c'est qu'en réalité sic est un véritable ablatif, ou plutôt un instrumental, qui remplace dans toutes sortes de cas le pronom déclinable.

P. 91, 18 : (diverses matières) tundes atque cribrabis per tenuissimum cribrum et sic pulvere uteris.

Puherc est une véritable glose de sic, car on lit un peu plus bas :

P. 91, 21 : tundes haec atque in pulverem tenuissimum rédiges

et sic uteris, P. 91. 24 : ... et siccabis et tundes et cribrabis et sic uteris.

Plus haut, c'est ita qui est employé de la même façon :

P. 91, i4 : haec mixta de ipso suco colliges... atque //a collyria formabis.

Le sim[)lc fait que tous ces exemples sont empruntés à la même page prouvent combien ils sont fréquents chez Marcellus. Ce qu'il faut noter en même temps, c'est que si le mot sic est indill'ercuunent construit en mot accentué ou en proclitique, ita, par contre, est généralement suivi de son verbe ou de la locution verbale dont il est le circonstanciel.

Après avoir ainsi reconnu au passage la formation de courts adverbes marquant la direction ou la manière, nous avons à parler d'un emploi plus important encore, en ce sens qu'il est assez avance pour que la traduction en français des phrases qui le contiennent ne soit plus qu'une transcription, non une traduction: c'est l'adverbe du point de départ ou de IWi^jine, à la fois génitif et ablatif, sous sa double forme du conjonctif undc, mais surtout du démonstratif

inde, français en.

11 n'y a pas lieu d'insister sur unde : cette tournure n'est pas m-

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