ACTE II, SCÈNE XI
PRIOLI. 4
De ce que Je n’ai pu la rejoindre ?
MARCO
Ça l’a piquée à un point!., elle ne veut pas vous voir... c’est une aversion décidée !
PRIOLI , se levant.
Allons donc !
MARCO, prenant son parti.
Je craignais de vous le dire d’abord... mais puisque vous en doutez... voici une lettre qu'elle m’a chargé de vous remettre à votre arrivée.
(11 lui donne la lettre qu’Anna lui a écrite. ) PRIOLI , souriant.
Elle m'a écrit! eh! mais... cela n'annonce pas!., au contraire...
MARCO, Indifféremment.
C’est peut-être des complimcns !
prioli, lisant.
«A mon persécuteur! » Hein? je vous de* mande un peu ce que je lui ai fait pour m’écrire : à mou persécuteur !
MARCO
Vous allez le savoir!
prioli, llsanL
» Puisque vous vous attachez à mes pas , avec » cet acharnement ! (S'interrompant.) C’est joli... c’est l’oncle qui m’a envoyé... les femmes sont d’une injustice.
marco.
A qui le dites-vous?
prioli , lisant.
» Vous connaîtrez toute ma pensée!.. (A luiméme. ) Je ne serai pas fàctoé de connaître sa pensée!.. (Continuant.) 11 est affreux d'opprimer ainsi » une femme... de vouloir l’obtenir malgré » elle... (a lui-même.) Malgré elle !..
MARCO
Oui , oui , à cause de ce mariage arrêté sans la consulter... les femmes n'aiinem pas...
PRIOLI.
Mais ça se fait tous les jours ! dans les familles... on se dit... (Continuant.) Cette con*
» duite est bien digne d'un homme qui fait mé- » lier de séduire toutes les femmes... (a luimême. ) Oli ! par exemple! est-ce qu'on lui aurait conté mon aventure avec la petite... ou peutêtre avec la grosse...
MARCO, d’un air goguenard.
Eh! eh!., pourquoi diable aussi... vous en faites de trop!..
prioli , d’un air de complaisance.
Non... non... parole d’honneur... non!.. (Continuant) » Renoncez à vos projets... ne paraissez » jamais devant moi!., à ce prix, je puis par- » donner et tout oublier!.. » (a lui-même.) Merci! une belle grare !..
MARCO, à part, montrant la lettre.
Quand je l’aurais dictée moi-méme... elle ne serait pas mieux!
prioli.
J’ai été calomnié , jardinier ! atrocement calomnié... mais, je me justifierai... je lui prou* verai...
MARCO, le poussant insensiblement pour le mettre
dehors.
Pas dans ce moment! avec une tête aussi exaltée... elle vous bannirait sans vous écouter...
vous seriez perdu ! ce que vous avez de mieux à faire... c’est de vous éloigner pendant quelque temps... et... (Écoutant.) Dieu! c’est elle! j’eutends la voiture...
PRIOLI.
Elle est avec son onde ?
MARCO, le poussant.
Non , je crois qu'elle est seule.
PRIOLI.
Je vais profiter de l'occasion pour me jeter à ses pieds... et..
MARCO
Du tout...
PRIOLI.
Si fait , je veux me jeter...
MARCO
Au moment où elle vient de vous défendre de paraître devant elle...
PRIOLI, InsistanL
Raison de plus !.. je lui expliquerai.
MARCO
Comment, vous vous trouverez la nuit dans sa chambre à coucher?
PRIOLI, se récriant.
Ah ! c’est juste, diable! les mœurs... il n’en faudrait pas davantage !..
(On entend appeler Rebecca.)
Sauvez-vous !
PRIOLI , étourdi, allant vers la gauche.
Par où? elle va me rencontrer!
mabco , montrant la droite.
De ce côté ?
PRIOLI.
On vient avec de la lumière...
MARCO, voyant qu’il n’est plus temps, et montrant la fenêtre à gauche.
Eh vite !.. sur ce balcon !
PRIOLI, y courant.
Bonne idée... au fait, c’est castillan!.. Ioson Lindoro... Et puis, ça la compromet... c’est le moyen de séduire les femmes !
marco, poussant la fenêtre.
Du silence!
prioli, l’ouvrant doucement.
Vous me ferez sortir?
MARCO
Dès qu’elle passera chez son onde !..
PRIOLI , sur le balcon.
Bon! voilà la pluie qui tombe... et je suis sous la goutière ! passcz-uioi donc un parapluie ! MARCO, fermant vivement la fenêtre et l’espagnolette,
de sorte que Prioli est caché par les petits rideaux.
Taisez-vous donc 1 (A part, en se sauvant) Ma foi, quand il y passerait la nuit... il n’y aurait pas grand mal !
(11 se jette dans l’alcôve et disparaît. )