SCÈNE X
MARCO , PRIOLI , entrant par la droite. J1 est pâle et en désordre.
pniOLl , sans voir Marco.
Me voilà eufin !
marco, à part.
Le futur dont j’ai escamoté la chaise! que l’enfer le confonde!
PRIOLI , à lui-même et s'asseyant 5 droite.
Je voudrais rencontrer quelqu’un pour me dire au juste si je suis mort ou vivant... je n’en sais plus rien!., ouf!., c'est drôle!., l'hôtel paraît abandonné ! je suis entré par la petite porte du jardin...
MAnco, à part.
Celle que j’ai laissée ouverte!., maladroit!
PRIOLI, apercevant Marco, qui feint d’entrer dans . la chambre.
Ah! voici pourtant un être animé...
marco, à part.
A tout prix il faut l'éloigner. (Haut.) Hé! c'est vous , seigneur Prioli ! ma foi , on ne comptait plus sur vous!..
PRIOLI.
MARCO
Delà rivière?
PRIOLI.
Non... d'une troupe de voleurs!
marco, attentif.
Ah bah ! des voleurs !
PRIOLI , toujours préoccupé de sa figure.
Qui étaient d'une humeur massacrante... il parait qu’ils venaient de manquer une très belle affaire !
MARCO , à part , étouffant un éclat de rire.
Je devine ! ceux que j’avais dispersés...
PniOLl , le regardant toujours.
Et ils voulaient se raitraper sur moi... (S’interrompant.) Il n’y a pas de doute que je vous ai vu... vous n’auriez pas été vol...
MARCO
Hein ?
PRIOLI.
Oh! que je suis béte... pardon... (Reprenant son récit, élevant la voix.) Tout beau, messieurs! jesuisle fils du podestat de l’ndoue... — Le fils du podestat! tant mieux ! votre père nous en a assez fait!.. — Comment?.. — vous paierez pour lui... — Mais... — Voire bourse! dépêchons!.. — Oh ! pour le coup ! j'avais la tête montée... je leur ai donné tout ce que je possédais... il y a des momens où il faut payer d'audace !.. (Le regardant toujours.) C’est unique... comme vous me rappelez!., au fait, qui êtes-vous donc?
MARCO, hrsitatlL
Moi ? le jardinier du seigneur Donato.
PRIOLI.
Bah !.. et le vieux Paolo?
Vous êtes de la maison , mon cher?
MARCO, embarrassé.
Sans doute! mais d'où sortez- vous donc?., comme vous voilà fait !
PRIOLI.
Ne m’en parlez pas... une suite d’infortunes !.. (L’envisagant et à lui- même.) Tiens! c'est particulier... je vous ai vu quelque part... je ne sais pas où... mais je vous ai vu...
MARCO
Parbleu , moi aussi ! ce n’est pas la première fois... mais vous seriez mieux !..
PRIOLI , continuant à le regarder de temps en
temps.
Figurez-vous d'abord... en sortant de Parme, ma voiture que l’on me vole... comme dans ma poche !..
MARCO
Vous uc vous en êtes pas aperçu ?
PRIOLI.
Trop tard !.. obligé de courir la poste à pied! ra ne pouvait pas aller loin , parce que la rate... heureusement , au premier village, je trouve... (Le regarda nL) Ricnsùr,je vous ai vu quelque part... vous me rappelez... (Continuant.) Un malheureux bidet e filanqué... un peu borgne... un peu boiteux... avec un tr<»i en zig zag.
marco, a part.
Il ne finira pas!., et si Anna revenait...
PRIOLI.
C'est égal... je le lance comme le vent , j’avais la tète moulée ! et je tombe au milieu... ,
MARCO
Il l’a quitté.
PRIOLI.
Lui qui était si attaché ?..
MARCO
H est mort.
PRIOLI.
Ah!., c’est une raison!
marco, à part.
Où diable l’envoyer... je suis sur des charbons !
PRIOLI, retournant s'asseoir.
Et le cher oncle... ma charmante prétendue?
où sont-ils donc?
MARCO, voulant le faire sortir.
Aux jardins Boboli, et si vous voulez les rejoindre.
prioli , s’étendant dans son fauteuil.
Ils doivent être d’une impatience !
MAnco , secouant la tête.
Hum ! hum !
PRIOLI.
Qu’est-ce que c’est... hum, hum?
Ilum!.. hum!., je dis pouh!.. (a part.) Quelle idée... je n’ai que ce moyen...
PRIOLI.
Hum! hum! pouh! pouh!.. vous avez un air singulier... jardinier...
MARCO, d’un air mystérieux.
C’est que, voyez- vous... il y a du change ment... la jeune veuve est furieuse contre vous.