‹ Maréquita, l'espangnoleChapitre 43 sur 51 · II · texte numérisé non relu

II

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Tous deux étaient comme fascinés par cette mare de sang...

Wilderness, toujours à genoux, la tête posée sur la neige , ne s'aperçoit pas de la présence du marquis. — Le malheureux, en se laissant corrompre, avait été plus faible que vicieux; et maintenant, à la vue des résultats de sa bassesse, les remords égarent sa raison. — Le marquis éprouve plus que des remords... : c'est un de ces immenses désespoirs qui transforment la vie de l'homme , comme les cataclysmes bouleversent la vie terrestre.

Le marquis, enveloppé dans un grand manteau, est assis à la même place où Maréquita s'était agenouillée; il regarde, d'un œil sec et étincelant, le noir sillon que tracent sur la neige les caillots du sang de l'homme qu'il a fait assassiner. — Cette vue , tout horrible , tout épouvantable qu'elle est, semble purifier son ame et racheter son péché ; l'odeur de ce sang avait un pouvoir magique : — elle pénétrait dans son cerveau , et rompait un à un tous les fds de son ancienne existence. — Le vieil homme disparaissait : un être nouveau

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prenait possession de son enveloppe, — Le mai'Cjuis sentit pour la première fois l'inefliible béatitude qui résulte d'une grande douleur; — il reconnut en lui le sentiment religieux , son ame s'élança vers Dieu, et sa bouche jeta au monde un rire de pitié et de dédain.

L'exclamation du marquis vibra aux oreilles de Wilderness ; celui-ci redressa la tète , et se trouvant en face d'un homme à la figure pâle, aux yeux brillants, et vêtu de noir, crut reconnaître l'ombre de Méphis lui montrant du doigt la mare de son sang.

— Grâce ! grâce ! s'écrie Wilderness ; monsieur Lysberry, ce n'est pas moi ; — je ne suis pas le coupable, Dieu sait que j'ai tout fait pour vous sauver; — le coupable, celui qui véritablement vous a assassiné, c'est le marquis de Torepa! Que votre sang retombe sur sa tête! Grâce! grâce!!!

Le marquis, saisi d'une invincible frayeui', pousse un cri lamentable et tombe évanoui.

Ce cri, poussé à cette heure, dans ce lieu , achève de troubler la raison du malheureux Wilderness; — une terreur superstitieuse

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s'empare de son esprit, — il court comme art insensé, répète à tous que c'est lui qui a assassiné M. Lysberry, qu'il vient de le voir au lien même où il est tombé, — qu'il le poursuit en poussant des cris lamentables , et qu'il a voulu lui faire boire son sang!

Le lendemain , lorsque la fdle de l'auberge laissa tomber son seau dans le puits, elle le sentit rebondir et elle aperçut, à la surface de l'eau , la tête d'un homme : — c'était celle de Wilderness.

La mort n'est pas une cessation de vie pour l'homme, mais un simple changement de manière d'être, un passage du plus ou moins de perfection, et d'un monde grossier, terrestre et matériel, altérable dans toutes les parties, à un monde spirituel, analogue à son essence, à la substance inaltérable et par là immortelle , par laquelle il est vraiment homme : c'est ainsi que dans l'Écriture la mort doit s'entendre de la résurrection.

(Swedenborg.)

Qu'est notre globe reladvement à l'univers?

— que sommes-nous relativement à la terre ? L'homme s'agite dans sa fourmilière; — les nations disparaissent; la terre est au loin jonchée de ruines, — et le temps, impassible, poursuit sa marche; — nous en ignorons le but; — nous voyons une succession de faits, s'enchainant les uns aux autres comme une suite de raisonnements mathématiques; — le mouvement progressif partout , la mort nulle part.

— Ah! nous ne savons rien, — la foi en Dieu est notre seul refuse.

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La belle saison est revenue, — les blés sont mûrs, — les roses, les orangers embaument l'air ; — une brise tiède agite le feuillage, le ciel est pur, la mer calme, et des milliers de petits plis se déroulent lentement à sa surface.

Au bord de la mer, en vue des lies d'Hyéres, sous un vaste berceau de chèvrefeuille et de jasmin, Maréquita , languissante, est étendue sur un sopha ; environné de plantations de cèdres et de citronniers, le berceau est paré des fleurs suaves de Provence. — Le fidèle Albert est auprès de son amie ; il peint un coucher du soleil, tandis qu'une jeune et fraîche nourrice allaite un enfant à la peau blanche , au teint animé, dont la force remarquable et la folle gaîté annoncent une santé excellente : cet enfant, qui peut avoir six mois,— est la fille de Méphis. — Mais qu'est devenue sa belle amante? quels changements se sont opérés en Maréquita? elle est méconnaissable ! Quelle effroyable maigreur ! quelle pâleur mortelle ! Ses yeux ternes et plombés n'ont plus de vie! ses lèvres sont blanches ! Ah! comme tout en elle

décèle le mal ([iii la dévore! La phlliisie est arrivée au dernier degré.

Albert, par intervalles, porte sur son amie des regards où se peignent l'anxiété et la douleur.— Maréquita tient ses yeux constamment fixés sur sa fdle ; — la petite quitte parfois le sein de sa nourrice pour sourire à sa mère, avec une expression caressante ; elle semble comprendre qu'elle est tout pour sa pauvre mère ; elle lui tend ses petits bras, lui montre son pied et fait mille petites singeries pour lui plaire. — Le passant s'étonne de l'émotion qu'il éprouve à la vue de cette scène ordinaire de la vie; c'est qu'il n'aperçoit pas l'ombre gigantesque du prolétaire , qui , adossé à la montagne, tend les bras à sa veuve et semble contempler , dans sa fdle , la longue suite de malheurs réservés encore à sa race.

Après la giort de Méphis , Albert avait fait transporter Maréquita dans une belle maison de campagne, située près de Toulon. Il sentait trop bien la douleur de son amie pour chercher à la consoler ; il pleura avec elle , et lui demanda pour toute grâce de ne point

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se laisser mourir jusqu'à ce (|u'cllc eût donné le jour à l'enfant qu'elle portait. Oh! Albcrl connaissait le cœur de la femme; et en suppliant Maréquita de vivre pour conserver la vie à l'enfant qu'elle portait, à l'enfant de son amant, il était bien sûr de l'obtenir. — Elle y consentit et fut même assez bien jusqu'au moment où elle accoucha. Ses couches furent heureuses, et cependant, à partir de cette époque , on la vit dépérir chaque jour. — Albert voulut faire venir de Paris les meilleurs médecins de la Faculté, Maréquita ne s'y opposa pas ; mais elle lui dit : — Cher ami , la même balle qui a tué Méphis m'a percé le cœur ; je sens que tous les remèdes seront impuissants à me guérir.

Les savants docteurs déclarèrent qu'il n'y avait aucun moyen de sauver la malade , et qu'elle mourrait à la chute des feuilles.

— Oh ! oui , poiu" certaines femmes , aimer est un besoin , une nécessité non moins indispensable à leur existence, que l'air et la nourriture. — Pour ces êtres , vivre sans affection est une impossibilité, en dehors de leur natiu'c

«linicinle el relif^ieusc; et leur aine alors, se sentant trop grande pour la vie malérielle, aspire à ehanger d'enveloppe.

Maréquita ne se plaignait jamais ; seulement, lorscju'elle regardait sa fille, on voyait ses muscles se contracter, ou ses yeux se remplir de larmes ,• — mais pas une parole, pas un geste ne décelaient autrement sa souffrance.

Cependant arriva le mois de novembre , et bien que ce mois soit beaucoup moins rigoureux en Provence qu'à Paris , l'état de Maréquita empira à un tel point , que, malgré les efforts qu'elle faisait pour cacher son mal à son ami , elle fut obligée de rester couchée. — Bientôt elle devint si faible , qu'on ne voulait pas risquer de la transporter dans un autre lit pour la rafraîchir. — Albert suivait les progrès du mal avec anxiété; il en souffrait cruellement ; son inquiétude était grandesur les suites qui résulteraient de la mort de son amie, car l'infâme chevalier d'HazcaF pouvait alors venir réclamer la fille de madame d'Alvarez, comme siemie, en prouvant qu'iK était son mari. — Toutefois, Albert n'osaie

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avertir Maréquita de sa fin prochaine. Dans notre ignorance de l'existence qui suivra cette vie, nous envisageons la mort avec effroi; — nous fermons les yeux sur nos déceptions passées, et semblons appeler à notre aide les illusions de l'inexpérience , pour attacher nos regrets à ce monde d'un jour ; — c'est pourquoi aussi nous nous laissons aller à la douleur, lorsque la mort, devançant l'heure accoutumée, vient visiter les êtres jeunes, beaux, que Dieu a comblés de ses dons, et que cependant le chagrin tue; — nous devrions nous réjouir de leur prochaine délivrance, en bénir la Providence, cependant nous en sommes révoltés et nous accusons Dieu ; — notre égoïsme pleure le compagnon de chaîne que notre amitié n'a pas le courage de suivre , et plus que jamais nous nous cramponnons à la vie.

Au mois de janvier suivant, le temps était triste et sombre j Albert, assis auprès du lit de «on amie, jouait avec la petite qui déjà courait seule. — Maréquita parlait avec calme, souriait à sa fdle et ne paraissait pas souffrir.

— Tout à coii|) elle demanda l'heure ; — c|uatre heures et demie.

— Oh' Albert, je vais rejoindre Méphis. — Il y a aujourd'hui un an qu'il a pris les devants. — Il m'appelle et je quitte la vie. — Mon ami , — servez de père à ma fille , soyez son appui, tenez-lui lieu de famille; — vous trouverez dans mon secrétaire mon testament et. mes instructions. — Ami, jurez-moi que vous observerez fidèlement mes dernières volontés.

En achevant ces mots, elle lui serra fortement la main , attira sa fille sur sa poitrine, l'embrassa, et exhala son ame en prononçant le nom de Méphis î

LESPOIH.

Majche au flambeau de respérance- Jusque dans l'ombre du trépas, Assuré que ma providence Ne tend point de piège à tes pas ; Cbafjue aurore la justifie ?

L'univers entier s'y confie.

(Méditations de Lamartine.)

Le plaisir que nous font éprouver un lever du soleil, un beau jour de printemps, la vue des beautés de la création ; l'attrait que les narrations, les peintures ont pour nous, quelque étrangers que nous soyons aux sujets qu'elles racontent ou représentent; la joie que nous causent les découvertes utiles à l'humanité, lors même qu'elles viennent trop tard pour que nous en puissions profiter; tout cela prouve qu'il y a un autre mobile en nous que l'intérêt personnel. — Ce noble

mobile ne manque peut-être à aucun indi- II. 19

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vidii, mais il n'est encore que bien faiblement développé dans Tespèee humaine; les iiommes chez lesquels il domine l'égoïsmc sont des èlres exceptionnels ; ils sont en petit nombre dans l'histoire des peuples! et ceux dont il dirige toutes les actions , comme Socrate, comme le Christ, n'apparaissent que de loin en loin. — Cependant il y a progrés, les idées collectives prennent de l'empire, l'homme commence à comprendre qu'il n'a d'importance que comme faisanJ partie d'un tout, quoique nos appétits, nos passions exercent toujours sur nous un tyrannique empire, et que les êtres d'abnégation se sacrifiant au bonheur d'autrui sont encore tellement rares, qu'on a été favorisé de Dieu lorsqu'on en rencontre un dans le cours d'une longue vie.

Albert était une de ces rares et belles exceptions; — l'homme capable d'être l'ami d'une jeune femme, sans chercher à devenir son amant, est sans nul doute d'une nature supérieure.

Maréquita l'avait nommé, par testament,

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luleiir (le sa lillo; il piit, |)(jur reiiij)lir ces ionctions, connaissance des papiers que son amie avait laissés, et lorsqu'il fut instruit des dernières volontés de madame d'Alvarez , il se décida , sans hésiter , à se consacrer entièrement à l'éducation de sa pupille.

Il quitta la France ; et on ne sut dans quel pays il était allé se cacher. — Voici quelques passages d'une lettre qu'il écrivit au duc de

Maréquita , par son testament , me nomme tuteur de sa fille et me charge de l'élever conformément au plan qu'elle me trace dans ses dernières volontés ; — mais je ne puis ostensihlement remplir une aussi sainte mission; — le chevalier d'Hazcal m'en empêcherait, et bien qu'il fut légalement séparé de madame d'Alvarez , il n'en viendrait pas moins, armé de son titre de mari, m'enlever ma pupille, afin de s'approprier la jouissance de la fortune que la mère a laissée à son enfatit; je n'hésite donc pas à abandonner

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mon pays pour soustraire l'orplieline à des loisdonl l'application aurait sa spoliation pour résultat, et la priverait de l'éducation que sa mère a voulu qu'elle reçût. — Je vais me cacher dans un pays étranger où, à l'abri d'un nom supposé et sous la protection du protestantisme , je pourrai élevei- ma fdlc adoptive, ainsi que sa mère l'attend de ma sincère amitié.

» Je sais , monsieur le duc, combien vous avez aimé madame d'Alvarez; — quelle peine vous a causée sa mort prématurée , et je ne doute pas que vous n'exauciez la prière qu'elle vous a adressée en quittant cette vie.

» Avant de mourir, Maréquita m'a écrit luie longue lettre qui renferme ses instructions; j'en extrais les passages suivants : ils vous feront connaître, si Maréquita ne vous l'a pas appris , dans quel but elle vous supplie d'assurer une fortune à sa fdle. »

» Albert, la marche de Dieu est cachée. — Les prêtres juifs, les puissants delà terre, firent mettre le Christ en croix , et son sang propagea au loin ses paroles animées d'une

l'esi'oik. 293

immortelle vie; depuis dix-liuil siècles, sa doctrine agite le monde. — Ne pouvant l'anéantir, les oppresseurs l'interprètent; — ils torturent le sens des Évangiles; et des paroles de liberté , de charité et d'amour , font ressortir l'esclavage , l'égoisme et les odieuses classifications de rangs ; — mais, de temps à autre , retentit la voix formidable du prolétaire;— c'est le bruit sourd que laisse échap per le Vésuve avant l'éruption. — Albert, rien n'est perdu! — Dans leur haine aveugle, ils ont tué Méphis; sa fille vous reste ! — Élevez-la dans ses principes; que la défense des opprimés soit l'objet de son existence, et le souhait le plus ardent de ma vie sera accompli. — Du céleste séjour, Méphis et moi nous entendrons la voix de cette fille d'Eve appeler des myriades de parias et de prolétaires à la participation des joies de la vie ; — et nous bénirons Dieu , car les temps seront venus, et les paroles de liberté et d'égalité cesseront d'être de vains sons.

» Toute ma vie j'ai été victime des préjugés; si j'en avais secoué le joug, j'aurais vécu heu-

SO-I MÉPIIIS.

relise avec Mépliis, hors d'atteinte de nos ennemis, et ni lui ni moi ne serions morts; maiS;, grâce au ciel, avant de mourir mes yeux se sont ouverts: — écoutez, Albert, Mëphis m'a légué sa pensée; il faut qu'elle vive en vous, afin que sa fille la fasse connaître au monde. — Le prêtre Xavier croit avoir enlevé à Mépliis ses manuscrits, — il n'en a volé que les premières ébauches; — j'avais en mon pouvoir, avant son arrestation, tout ce que Méphis a écrit, revu, augmenté par lui et mis au net par sa sœur.

)) 0 Albert! il y a dans les écrits de cet enfant du peuple le résumé de tous les temps, l'explication de tous les symboles; l'Évangile y est limpide comme la rosée du ciel;, la pensée du Christ en entier se dégage de ses voiles. — C'est enfin une loi nouvelle; loi d'amour et d'union , appelée à faire cesser toute kitte entre les hommes; mais ainsi que celle du Christ dont elle est la conséquence, elle n'obtiendra ses triomphes que par le sang de ses martyrs. — C'est à cette doctrine de Méphis que je dois d'avoir pu lui survivre ; par elle j'ai

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compris Dieu aiifanl qu'il peul, l'être, et le but (le l'existeuce. Elle a été pour moi la sève uourricière qui fait vivre la jeune [)lan(e; mais le géaut de la forêt qui m'en alimentait n'est plus, et comment sans lui puis-je résister aux vents du désert? — 0 mou ami! pardoiuiez-moi si je vous quitte; je ne puis vivre sans cet homme, son ame s'est emparée de mon ame, et du céleste séjour où maintenant elle plane, elle appelle la mienne.

» Méphis mourant me faisait un devoir de vivre pour continuer son œuvre ; il reconnaît maintenant combien sans lui mes forces étaient insuflisantes à la tache. Ah ! c'est une faiblesse sans doute, mais elle résulte de toute une vie empreinte de faiblesses, et elle en est le dernier acte. — Que ma fdle me le pardonne; — elle qui sera libre et courageuse, parce qu'une éducation forte lui aura appris à l'être; qu'elle laisse parfois tomber quelques larmes sur la tombe d'une mère qui n'a su que souffrir , mais qui remercie Dieu de ses souffrances , puisqu'elles lui révêlent la route

2î)G MÉi'iiis.

que sa lille devra suivre pour éviter les maux dont sa mère fut accablée.

» Albert , aussitôt (pie ma petite Marie saura parler, faites-lui apprendre à lire dans \e livre de Méphis, — intitulé : Education de la femme dans l'avenir ; suivez exactement , pendant la durée de son éducation , ta théorie de son père ; théorie dont l'évidence vous sera journellement démontrée par l'observation de la vie. — Que sa confiance en Dieu remplisse tout son être, domine et ses pensées et ses affections; alors et seulement alors, elle sera libre, et ne sera pas plus enorgueillie pour les louanges des hommes qu'humiliée par leur censure.

» Elle apprendra, par les livres de son père, que l'égoïsme résulte de l'ignorance, et que ce vice, auquel les hommes sont encore en proie, est d'autant plus inepte que chacun d'eux ne peut être heureux que dans la proportion du bonheur dont jouit l'humanité tout entière ; qu'ainsi, aimer son prochain c'est s'aimer soimême rationnellement, et que c'est aussi

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aiiiK!i Dieu, piiisiiuc Dieu t'( la créalion iic l'ont (jii'im.

«Quant à l'amour qu'elle pourra ressentir, qu'elle s'applique, avant de céder à ses impulsions, à étudier l'individu qui le lui inspira; mais qu'aucune contrainte ne fasse obstacle à son choix, que jamais un des liens forgés par les lois humaines ne l'enchaîne ; le Christ le reconnaît, l'amour que Dieu allume en nos cœurs est plus légitime que les lois, est plus saint que les volontés de père et de mère.

» Quoi([ue je laisse quelque fortune à ma fille, je veux qu'elle soit instruite non seulement dans la théorie des arts , mais encore qu'elle apprenne à les appliquer et qu'elle exerce une profession manuelle utile à la société.

«Méphis invoque constamment l'expérience des mères à l'appui de ses préceptes. — Dés que Marie aura quatorze ans, donnez -lui mes mémoires à lire, — qu'elle sache de bonne heure les déceptions que les femmes éprouvent en amour; — ne craignez point de détruire ses illusions ; — le vrai en tout doit être le guide

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(It; l'éducation. — La vie réelle est belle |)our qui sait la comprendre, — et pour de fantastiques félicités nous dédaignons le bonheur que Uieu a placé à la portée de toutes ses créatures ! Habituez-la à réfléchir sur tout, à voir les «.'lioses telles qu'elles sont; et avant l'heure où naîtront les passions, qu'elle ait analysé la vie.

» Albert, dites à ma fille que son premier devoir, si elle tient à obéir au commandement ([ue sa mère mourante lui adresse, que l'objet de sa vie, si la mémoire de son père et de sa mère lui est chère, devront être, aussitôt sa majorité, de consacrer sa fortune, ses talents, l'influence qu'elle pourra obtenir , enfin tous ses moyens d'action à poursuivre l'œuvre que Méphis a comuiencée ; que du fond de la tombe la voix de son père s'élève pour lui imposer cette noble tâche. — Albert , ayez foi en la Providence , pendant les vingt ans (pii séparent encore ma fille de sa majorité, de nombreuses voix se feront entendre en fa-

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veiir du proli'lairc , et, ce (eiii[)s éeoiih', les tk'rits de M(''[)liis Irouveronl une «irdenle sympatliie ; — que ma fille les fasse imprimei- par milliers, les répande partout avec profusion et ne recule devant aucun sacrifice pour que les pensées du prolétaire pénètrent au cœur de la société. Elle devra aussi publier mes mémoires : — les faiblesses, les fautes et les malbeurs de sa mère sont des preuves parallèles à celles que fournissent les existences et mémoires de tant d'autres, et viennent à l'appui de l'urgente nécessité de changer le système d'éducation des femmes; — qu'enfin ma fille soit \di femme de l'avenir que son père a conçue; qu'elle soit le ge'iiie i/ispirateur de riiomme / qu'elle lui éclaire la vie et le dote du fil d'Ariane pour en parcourir linextricable labYrinthe. »

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