octobre, Bourg. — Marché passé par le Conseil
de Bresse pour la « grande sépulture » de Brou et la fourniture du marbre.
Ce marché n'est connu que par la mention qui se trouve dans une lettre de Jean Lemaire du 20 nov. 1510. LEMAIRE, Œuvres, édit. STECHER, t. IV, p. 399 et 409. Peut-être s'agit-il d'un nouveau marché passé avec Thibaut Landry dont parle ce dernier dans sa lettre du 28 octobre [1510].
33. - 1510, 10 octobre, Anvers. — Marguerite à Jean Lemaire (Paris, Bibl. nationale, nouv. acq. franç. 1412, copie insérée dans la lettre de Lemaire du 20 novembre 1510).
L'échantillon de l’albâtre de Saint-Lothain, que Barangier lui a fait parvenir, a été jugé si défectueux qu'il convient de chercher une autre carrière. Lemaire est prié d'envoyer un fragment de celui de la fontaine de Tourmont (!) pour que l’archiduchesse en fasse faire l'essai avant d'entreprendre une nouvelle dépense.
BanceL, Perréal, page 185 (daté par erreur d'Amiens et du 20 octobre). LEMAIRE, Œuvres, édit. SrecHER, tome IV, Louvain 1891, page 398. Noper, n° 37 (à la date du 20 octobre).
34. - [1510], 28 octobre, Salins. — Thibaut Landry à Barangier (Arch. Nord, B 18986, n° 38225, original).
Thibaut se demande si les lettres qu’il a adressées à Marguerite et à Barangier [le 1% août] sont bien parvenues. Il s'étonne que « certains personnaiges » parlent avec des sentiments envieux du marché que les officiers de l’archiduchesse ont passé avec lui pour la sépulture du duc de Savoie. Il rappelle les nombreux voyages qu’il a faits à ce sujet à Lyon, à Bourg, à Dijon et ailleurs pour se procurer des ouvriers tant en France qu'en Italie.
Thibaut, qui est sujet de l’archiduchesse, ne demande qu’à commencer et à lui donner satisfaction ainsi qu’à ses officiers. Mais Jean de Paris ne lui a pas encore envoyé les « patrons » malgré sa promesse.
Cocuin et BrRucHET, page 36.
39. - 1510, 20 et 25 novembre, Bourg. — Lemaire à Marguerite (Paris, Bibl. nationale, nouv. acq. fr. 1412, autographe; don Bancel, 18 janvier 1885. Cette pièce a figuré à la vente Charavay le 26 avril 1875).
L'albâtre de Saint-Lothain, dont l’archiduchesse se méfie à tort, est en grande réputation depuis 200 ans. Feu Anthoinet de Paris (?), le «tres singulier tailleur d’ymaiges », a choisi cette carrière pour les sculptures du tombeau du duc Philippe à Dijon ; après avoir fait des voyages en Angleterre et ailleurs il n’a pas trouvé de plus
(1) Jura, art et c°° de Poligny.
(2) Antoine le Moiturier, qui se servit, de 1462 à 1464, de l'albâtre de Saint-Lothain pour le tombeau de Jean-sans-Peur (et non pas pour celui du duc Philippe). REQUIN, Antoine le Moiturier dans Réunion Sociétés Beaux-Arts, 1890, p. 96 à 100, cf. Arch. Côte-d'Or, B 1754, fol. 161. Sur les carrières d'albâtre d'Angleterre, voir notamment, sur celle de Nottingham, l’article de Mac LaGam publié dans le Burlington Magazine.
belle carrière car c'est celle où sont « les plus beaux bancs, les plus parfondz et les plus netz du monde ». Louis XI avait chargé cet artiste de s’en procurer et avait dépensé pour l'extraction la somme considérable de 1.800 écus. La carrière avait été abandonnée depuis les guerres, mais le grand nombre d’étançonnages trouvés par Lemaire prouve l'activité de l’ancienne exploitation, confirmée par l'examen des archives de l’abbaye de Baume (‘). Lemaire avec seize « robustes compaignons et de couraige. toujours en dangier... a cause de la terre qui retumboit » a dû, pour retrouver le gisement, creuser à 71 pieds de profondeur sur une longueur de 71 pieds et sur une largeur de 50, travaillant « en l’eau vifve jusques au genoil » et tirant de si gros blocs qu'il fallait jusqu’à douze paires de bœufs pour faire le charroi d’un seul morceau. Aussi, malgré les protestations des moines de Baume, a-t-il pris possesion de ce trésor souterrain, plantant les armoiries de l’archiduchesse en signe de possession « car tous tresors et minieres cachéz en terre appartiennent au prince souverain ».
La fontaine de Tourmont renferme vraisemblablement aussi de l’albâtre. Mais son extraction serait plus aléatoire qu'à Saint-Lothain, et il n’y a, à la Saunerie de cette localité, nul homme ayant assez de connaissances pour diriger l'exploitation. Jean de Paris seul, dont il fait un éloge enthousiaste, pourrait diriger les travaux, nécessitant au préalable l'épuisement de la nappe d'eau.
À Brou, Lemaire pensait éviter les frais d’hôtellerie en logeant dans une « povre chambre », dans le vieux bâtiment du couvent, avec les « maistres tailleurs d'ymaiges ». Mais les religieux ont refusé d'abandonner ce local pour se rendre dans le nouveau qui leur est destiné.
Les moines dans l’aile du couvent où se trouve le dortoir, par «temerité et curiosité » ont cherché clandestinement à creuser un puits dans leur cave. En déchaussant « cinq des maistres pilliers jusques à l’eaue vifve », ils ont provoqué l'effondrement d'une voûte et de graves lézardes. Le maître des œuvres [Chivilliard] et les « massons bien esbah1z » ont envoyé chercher à Lyon des maîtres en maçonnerie pour réparer les dégâts.
Il serait nécessaire de commencer l'église « ce que les dicts religieux reculeroient voulentiers de toute leur puissance ».
Les marchés concernant la « grand sepulture » ont été passés par le Conseil de Bresse le 10 octobre précédent, en présence de Rosalles, sommelier de l’archiduchesse. Jean de Paris est tout disposé à faire les pourtraictz et plates formes » de l’église projetée. Il assurerait l'exécution de ses plans en venant sur le chantier trois ou quatre fois par an.
Lemaire a déjà rendu, à diverses reprises, des services désintéressés, notamment lors des premiers travaux exécutés à Brou « quand Madame commença son bastiment de Brou ». Il lui aurait fait faire « prouffit de plus de III" livres au prisfait, par l'advertissement d'envoyer querir des maistres massons partout ».
Il demande le paiement de l’année de gages qui lui est due depuis le 30 septembre précédent pour sa charge d’ « indiciaire » et le remboursement des frais d'extraction et de charroi [de l’albâtre de Saint-Lothain].
(Post scriptum du 25 novembre). Les deux maîtres jurés en maçonnerie, que le maître maçon de Brou et Chivilliard avaient envoyé chercher à Lyon, ont examiné la « ruyne apparente » de l'édifice menacé et procèdent aux réparations.
BanceL, Perréal, p. 184 à 192 (publication presque intégrale). Lemaire, Œuvres, édit.
(1) Baume-les-Messieurs (Jura, art Lons-le-Saunier, c Voiteur). L'abbaye était propriétaire de la carrière.
Srecxer, t. IV, p. 396 à 409 (texte intégral). Dezisce, dans Bull. Svc. histoire Paris, t. II, page 162 (mention). Becker, Jea: Lemaire, 1893, p. 152 à 155 (extraits). Noner dans Annales Soc. émulat. Ain, t. XLIII, 1910, p. 126 (extrait). GERMAIN dans Revue française hebdomaduire, août 1922, p. 209 (citation). P. Spaarx, Jean Lemaire de Belges, sa vie, son œuvre et ses meilleures pages (Paris, 1926) pages 73 à 75 (citations).
NoperT, n° 38.
36. - 1510, 24 novembre, Bruxelles. — Marguerite à Barangier (Bourg, ancienne collection Baux).
L'échantillon de l’albâtre de Saint-Lothain, que Lemaire avait envoyé, a été examiné par « aucuns bons maîtres de par deça » et défavorablement jugé, comme «tenant plus du gypse que d’albastre ». De nouveaux spécimens sont demandés à l'indiciaire. Barangier devra, de son côté, faire étudier secrètement la qualité de cet albâtre. Il convient, en conséquence, de retarder de deux mois l’exécution du marché [passé le 10 octobre précédent] avec le tailleur de Salins [Thibaut Landry] jusqu'à ce qu'on soit fixé sur la valeur de la carrière. Il conviendra aussi de rechercher les gisements exploités pour l’albâtre et le marbre blanc des tombeaux des ducs à Dijon.
CHaany, Gorrevcd, p. 93, note 1.
Noper. n° 37 bis.
37. - 1510, 29 novembre, Bruxelles. — Mandement de Marguerite concernant les dépenses de Jean Lemaire pour les travaux de Brou (Arch. Nord, B 203, fol. 57, copie officielle vérifiée le 2 décembre 1510).
Allocation de 237 florins 10 sous {1 denier, monnaie de Savoie, petit poids, à Jean Lemaire, tant pour l'extraction de l’albâtre de la carrière de Saint-Lothaim que pour le charroi de ce marbre jusqu'à Brou et pour le voyage aller et retour de son neveu (!) de Bourg dans les Pays-Bas.
Voir aussi une cédule de Laurent de Gorrevod du 29 novembre 1510 enjoignant de payer à Lemaire 128 livres 17 sous pour avoir travaillé pendant 60 jours à extraire l’albâtre de Saint-Lothain (Arch. Nord, B 2215, n° 75703).
Cocxin et BrucxeT, p. 14, note 1.
38. - [1510, novembre]. — Paiements concernant les travaux de Brou (Arch. Nord, B 753, n° 16601, compte du 1° janvier au 31 décembre 1510, original).
Vionet, trésorier de Bresse, a payé entre juillet et novembre [1510]: 1° à Etienne Chivillard, maître des œuvres de Brou, pour les travaux 425 florins + 1000 florins de Savoie petit poids, outre la somme imputée sur les revenus de Villars ; 2° au même, pour le transport de l’albâtre de Mâcon à Bourg 31 florins 7 gros; 3° « a maistre Thicbaud, sur la taiche a luy baillé de tailler la sculpture du feu mondict seigneur, 350 florins » ; 4° à Jean de Paris, peintre du roi, 61 écus d'or soleil ; 5° à Jean Lemaire 100 flor. + 122 1. 10 s. t. de 40 gros monnaie de Flandre + 237 fl. 10 gros.
Duray, Dissertation sur de nouveaux documents trourés dans les archives du département du
(1) Jean de Maroilles.
Nord concernant Péglise de Brou depuis 1505 jusqu’en 1527 (Bourg, 1847, ext. Journal
agricult. Ain), pièce 111. Duray, Jean Perréal (1864), p. 89. Durav, Eglise de Brou (1867),
p. 130. CHanver, Perréal, p. 46. Tous ces auteurs ont attribué la pièce à l’année 1509. CHarverT, n° XII. Noper, n° 24.
39. - 1510, 2 décembre, Bruxelles. — Mandement de Marguerite concernant l’extraction de l’albâtre de Saint-Lothain (Arch. Nord, B 203, fol. 64 verso).
Allocation d’une somme de 30 livres tournois, monnaie de Bourgogne, à Christophe de Villey, écuyer, pour l’indemniser des pertes subies par suite des pluies et des éboulements dans l'exploitation de la carrière de Saint-Lothain, le marché de 80 livres passé avec les gens de l’archiduchesse étant insuffisant.
Sur le même sujet, cf. une minute non datée aux Arch. Nord, B 19108, n° 42745.
40. - [1511], 4 janvier Lyon. — Jean Perréal de Paris à Marguerite (collection Feuillet de Conches en 1865).
Réponse aux doutes exprimés par l’archiduchesse sur la qualité de l’albâtre et les conditions du marché de Brou.
Eloge de la carrière [de Saint-Lothain]. Barangier se rendra à Dijon pour se renseigner sur l’albâtre employé [au tombeau de Jean sans Peur], bien que l'emploi du marbre paraisse préférable. Perréal a fait le « patron » de la sépulture du duc de Bretagne, et l’a montré à Barangier en lui faisant connaître le prix de cette œuvre. L'archiduchesse pourra faire exécuter un tombeau du même genre à condition d'attendre une année.
Perréal s’est déjà expliqué sur le marché conclu et ne redoute « nul soupessonneurs », protestant qu'il est dévoué à la douairière « bien et myeulx pour deux sols le jour que les aucuns pour cent solz ».
Perréal est joyeux de s’employer à « faire une plate forme (*) pour l’esglise », et il s'inspirera de ce qu'il a vu en Italie « touchent couvens, ou sont les plus beaux du monde » et il ne fera rien pour dépasser la volonté de l’archiduchesse, malgré la splendeur du logis déjà édifié, « sy grant et sy magnifique ». Il souhaite d’être « preposé a conduyre tel œuvre » et fera « petit et bon ».
Perréal propose la réfection des armoiries de l’archiduchesse et « aultres devises es clefs pendens », dont l'exécution par de « grossiers massons » est laide. On pourrait employer à cette réfection l’« ouvrier ou maistre » (?) qui avait déjà passé un marché et déjà reçu de l'argent.
Perréal, dans le marché qu'il a négocié [pour le tombeau du duc de Savoie] a voulu que l’archiduchesse fut servie « comme princesse et que la chose passast par les mains de grans ouvriers ». Il désire que tout soit au gré de la douairière et ne se soucie pas de l'avis des autres. Signé : « JEAN PERRÉAL DE PaRIs, vostre valet de chambre et paintre indigne ».
Ficcon, dans Poitou et Vendée, 1865, p. 5 à 11 (d’après une copie prise sur l'original de la coll. Feuillet de Conches). D& MonTAIGLON, dans Nouv. archives art français, 1872, p. 142. BanceL, Perréal, p. 201 à 203. CnHanveT, Perréal, p. 68 à 71. Noner, Tombeaur, p. 17. |
CHanver, n° XIX. Noper, n° 41.
(1) Plan par terre.
(3) Thibaut Landry qui avait un contrat pour le tombeau ducal.
41. - [1511], 4 janvier, samedi, Lyon. — Jean Perréal à Barangier (original conservé en 1865 dans la collection Benjamin Fillon, provenant de la bibliothèque Feuillet de Conches).
En réponse aux lettres que l’archiduchesse a adressées à Barangier, qui est à Bourg, Perréal donne des renseignements sur les diverses qualités d’albâtre et sur la nécessité de n’utiliser les blocs qu’un an après leur extraction, pour les faire durcir et obtenir un meilleur poli, précaution que n’a pas observée Thibaut [Landry], car il « vouloit toujours besongner ». Deux ou trois « belles grandes piesses », transportées de Lyon à Tours, en partie par la Loire, ont servi à Michel Colombe pour la sépulture d’un évêque (‘). Barangier est approuvé dans son projet de faire des recherches aux archives de la Chambre des comptes de Dijon pour connaître l'origine et le prix de l’albâtre employé pour les tombeaux des ducs de Bourgogne.
Explications sur le marché que Perréal a passé pour les travaux de Brou, dont l’archiduchesse témoigne quelque mécontentement. Ce marché a été fait ouvertement en présence de Barangier pour la somme de 1.500 écus, non compris les additions faites au su de Barangier et « en barbe de maistre Thibaut ». Au moment où Lemaire se rendait en Flandre, Perréal lui a dit que le prix des trois sépultures pourrait en réalité s'élever à 2.500 écus, « maïz qu'il ne falloit pas estonner Madame afin de ne reculer l’œuvre ». Depuis, à Bourg, en présence de Barangier et des membres du Conseil de Bresse, Perréal, montrant les lettres lui donnant charge de marchander, a estimé que le projet de Brou, si on le comparaît à celui qui avait été réalisé pour le duc de Bretagne, père de la reine de France, était trop mesquin. Thibaut, qui s'offrait à faire le travail pour 1.200 écus, manquait de capacité et avait d'ailleurs été averti que s’il ne « besoignoit bien », l'œuvre lui serait enlevée et que l’on ferait refaire à ses propres frais par de plus expérimentés les parties manquées. D'autre part, Perréal avait fait venir un des « disciples » de Michel Colombe « pour en marchander » et reconnaissait que son projet n'avait été conçu plus coûteux et plus difficile que pour éliminer Thibaut et lui substituer Michel Colombe.
Les officiers de la douairière à Bourg ont eu de grandes difficultés pour « accorder le différent dudit marché » et cependant Perréal, qui était auprès d'eux, en à « veu faire d’aultres a plus grans ouvriers que maistre Thibaut ». Perréal a passé une dizaine de jours à rédiger le marché, à l'expliquer, à faire le « pourtraiz», tant sur parchemin que sur papier, à en faire même un « grosset » contre le mur du couvent, en y ajoutant des « invencions et aornemens... plus que au patron pour ce que au petit on ne peult former comme au grant », obligé de se « rompre la teste pour les invencions ».
L'archiduchesse a fait savoir à Perréal que l’emploi du marbre d'Italie lui paraissait préférable à celui de l’albâtre. Perréal, pour assurer la durée de l’œuvre, conseille d'employer, en effet, pour la sépulture, du marbre blanc pris à Gênes et du marbre noir pris à Liêge, comme l’a fait la reine [de France pour le tombeau du duc de Bretagne]: «car, sans mentir, ce sera œuvre perpétuelle et de princesse ». ll ne conseille pas l'exécution en cuivre doré, parce que les fondeurs, en voulant arranger les bavures du métal, manquent d’habileté. |
Perréal fait allusion au danger d’écouter les donneurs de conseils : « Il est à present assez de telles gens autour des princes qui veullent, cuident complaire, de trop de choses deviser et gastent le drap. Telles gens n’ont besoing que d'ung
(1) Guillaume Guégen, évêque de Nantes, mort en novembre 1506.
seur homme bien experimenté pour leur montrer leurs faultes, et pour ce, chascun soit expert en son art et ne se mesle de ce qu'il ne scet, et croy qu’il est difficile a ung homme ce qu'il ne scet ne entend donner a entendre a ung aultre. Il est plus d'oreilles que d’œul...» Perréal sait que si on montre ses lettres à ceux de par delà, «a se ne sera pas sans commentateurs et gloseurs ».
Michel Colombe, auquel Perréal avait écrit, a accepté de faire les « patrons » pour cent écus. Perréal lui a écrit de nouveau pour savoir s’il voulait en outre « faire les deux principaux ymaiges ou le tout ». Colombe a répondu qu’il était vieux, qu'il ne voulait pas quitter sa ville de Tours et qu’il ne pourrait entreprendre le travail que si on lui envoyait le marbre à son atelier. Il convient d'attendre, d'autant plus que « l'esglise n’est pas faite » et que même le « patron ou plate forme », réclamé par l’archiduchesse à Perréal, n’est pas encore dressé, car c'est « chose qui ne se fait pas sans y penser, tant au lieu.que a la convenance... ».
Perréal envoie à Barangier le « patron de la sepulture du duc de Bretagne », disant qu'il a assisté à l’exécution de la plus grande partie de l’œuvre et qu'il l’a posée. Elle est en marbre blanc et noir. Le marbre [blanc] a été transporté par eau de Gênes à Lyon, par voie de terre de Lyon à Roanne, et de cette ville à Tours par eau. La dépense faite pour les deux marbres et leur transport jusqu'à Tours s'élève à 2.000 écus. Michel Colombe a travaillé pendant cinq ans, payé à raison de 20 écus par mois. Il était assisté, pendant la même période, de deux « tailleurs de massonnerie entique, italiens » à raison de 8 écus par mois pour chacun, ainsi que par « deux compagnons tailleurs d’ymaiges soubz Michel Colombe » recevant aussi chacun 8 écus par mois.
Fizcon, Documents relatifs à Michel Colombe (dans Poitou et Vendée, 1865). de MonTAIGLON, Jean Perréal. Lettre sur les travaux de Brou (dans Nouv. archives art français, 1872, pages 142 à 145). CHaRvEeT, J. Perréal (1874), pages 57 à 68. MicuieLs, Art flamand dans Pest et le midi de la France (1877), p. 210 (citation). Inventaire des autographes de la collection B. Fillon (1879), n° 1584. BanceL, J. Perréal (1885), p. 192 à 201. Ronpor, Les peintres de Lyon (dans Réunion Sociétés Beaux-arts, 1881), page 483 (citation). FinorT, Wan Boghem (ibidem 1888), page 200 (citation). Becker, Jean Lemaire, der erste humanistische Dichter Frankreichs (Strasbourg, 1893), p. 151 et 158 (citations). de Maurpe LA CLAvière, Jean Perréal dit Jean de Paris (Paris, 1896), pages 36 à 38. PALUSTRE, Renaïssance en France, tome IIT, page 81 (citation). CHarver, Ædifices de Brou (1897), page 39 (citation). Réunion Société Beaux-arts, 1899, page 288. Vrrry, Michel Colombe (1901), page 354 (citation). NonerT, dans Annales Société émulation Ain (1903), tome XXXVI, page 242 (citation).
Cxarver, n° XVIII. Noper, n° 40. Vrrry, page 490.
42. - [1511], 4 février, Salins. — Thibaut Landry à Barangier (Arch. Nord, B 18986, n° 38222, original).
Il est toujours décidé de s'occuper de la « sepulture » du duc de Savoie, mais il n’a pas encore reçu les « patrons ».
Cocxin et Brucaer, page 37.
43. - [1511], 15 février, Brou. — Le prieur et les religieux de Brou à Barangier (Arch. Nord, B 19182, n° 44510, original). On a fait à l’archiduchesse de « faulx et maulvais rapportz » contre les religieux
que l'on a chargés « de plusieurs choses faulsement controuvées ». L'aumônier [Louis Ocquin]|, qui a visité l’« édiffice » s’est enquis de la vérité auprès des membres
du Conseil de Bresse et rétablira les faits. Barangier peut se souvenir qu'avant son départ de Bourg, il a eu une conversation avec le prieur au sujet de l’église de Brou « disant que si le plaisir de Madame fut de la commencer, que ce estoit nostre grant desir. Et, pour amour de Dieu, que l’on la commence. Si plus tost eussions sceu le vouloir de Madame, pieça luy en eussions escript et prié... ».
Cf. Une autre lettre adressée par les mêmes à Marguerite le 15 février [1511] protestant de leur dévouement, depuis cinq ans qu'ils sont à Brou, affirmant qu'ils ont toujours désiré que l'on commençât l’église et qu'ils n'ont pas écrit à ce sujet à l’archiduchesse parce qu'ils ignoraient son intention (Arch. Nord, B 19182, n° 44509, orig.).
A4. - 1511} 17 février, Bourg. — Chivilliard à Marguerite (Arch. Nord, B 18963, n° 37393, original).
L’aumônier [Louis Ocquin] a visité les travaux de Brou « J'espere qu’il vous en fera la relation et aussi de l’oppinion de Messeigneurs de vostre Conseil. Quant a perseverer audict ediffice ou de encommancer vostre esglise, l'avoir ouy vous aurez advis, et apres nous advertirez de vostre bon plaisir lequel sera obeye a nostre pouvoir...»
45. - [1511], 1° avril, Bourg. — Chivilliard à Marguerite (Arch. Nord, B 18963, n° 37397, original).
I] envoie à l’archiduchesse le mémoire des dépenses faites depuis trois ans pour les travaux de Brou, ainsi que le modèle des écritures qu'il dresse pour contrôler le travail des maçons. Trois voûtes du grand cloïtre sont terminées ainsi que celles de la cave. Il faudrait continuer à faire les autres voûtes. « Il y a des gens le vueillans aultrement, Madame, il ne peut estre vostre prouffit que je complaye a chescum ». Une avance de 200 à 300 écus serait nécessaire pour terminer les voûtes. Il sera utile de se procurer du bois notamment pour les « sieges » de l’église. On pourrait le faire venir de la chartreuse de Seillon (*).
Cocxix et BRUCHET, page 16, note 3 (extrait).
46. - [1511], 24 avril, Bourg. — Chivilliard à Marguerite (Arch. Nord, B 18963, n° 37402, original ; copie contemporaine sous le n° 37403).
Chivilliard accuse réception du projet dressé par Jean de Paris pour l’église de Brou. Les maçons, interrogés sur place par le Conseil de Bresse, veulent travailler à la journée et non à la « tâche » afin de livrer un travail plus minutieux. Ils se conformeront, pour l'exécution, aux ordres de Jean de Paris que Chivilliard pense aller voir à Lyon. De nombreux matériaux sont préparés.
Cocuix et BRUCHET, page 317.
47. - 1511, 12 mai, Lyon. — Jean Lemaire à Jean de Marnix (Arch. Nord, B 18836, n° 27807, original).
Lemaire, qui s’est cassé le bras, a dû ensuite se rendre à Lyon pour se faire
(*) Ain, canton de Bourg, c°* de Peronnas.
soigner la main droite à grands frais. N'ayant pu, à cause de sa maladie, écrire pour faire la traduction de l'ouvrage de Pie IT intitulé De maseria curialium, il a néanmoins fait imprimer, pour occuper son temps, « deux livres a l’honneur de Madame et la ou ses armes sont ».
Diego Florès [trésorier de la douairière] ou un autre ont fait enlever ou tout au moins suspendre la « charge » que Lemaire avait des sépultures « soubz umbre de dire que l'alebastre n’estoit pas bon et que le marchief estoit trop chier ». Barangier, par les recherches qu'il a faites aux archives de la Chambre des comptes de Dijon [sur l’albâtre des sépultures ducales], a dû le justifier.
M. Paul Virry, Michel Colombe, page 492, a cru devoir restituer cet acte au 2 mai 1512. La restitution à l'année 1511 est plus justifiée, car : 1°) la date de l'année 1511 est écrite en toutes lettres dans l’acte ; 2°) elle est confirmée par celle de lieu. En effet, Lemaire était bien en 1511, à cette époque, dans la Bresse et le Lyonnais, comme le prouvent plusieurs correspondances, alors qu’en 1512, au 14 mai, il était non à Lyon mais à Blois; 3°) il faut remarquer que la charge à laquelle il fait allusion dans la présente lettre du 12 mai 1511 intéresse l’exploitation de la carrière d'albâtre destiné aux sépultures et non pas la charge d'’indiciaire qui fut enlevée à Lemaire en février 1512.
Sur les recherches faites à la Chambre des Comptes de Dijon à l’instigation de Barangier pour le paiement des copies intéressant l’albâtre du tombeau [de Jean sans Peur], voir un mandement du 30 décembre 1511 (Arch. Nord, B 18837, n° 28373, original et un autre du 25 février 1512, n. st. (2b1d., B. 2222, fol. 73).
Le GLay, Nouveaux Analectes ou documents inédits pour servir à l’histoire (dans Mémoires Société sciences Lille, année 1850), page 333. Duray, Observations sur la correspondance de Perréal (1853) page 5, Duray. Moticc sur Péglise de Brou (1879) p.36 à 38. BanceL, Perréal page 67. Finor, Van Boghem, p. 194. Lemaire, Œuvres, édition SrecHEr, tome IV, page 381. Becker, Lemaire , p. 160 (mention) Spaax, J. Lemaire, (1926) p. 92 (mention). Tous ces auteurs ont répélé la mauvaise lecture du 2 mai.
CHARvET, n° XXII. Noogr, n° 43.
48. - 1511, 6 juillet, Bruxelles. — Marguerite au Conseil de Bresse (Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, 115 H.F., copie faite d’après les archives de Brou; minute sans millésime aux Archives du Nord,
L'archiduchesse, voulant que l'on commence l’église de Brou au prochain carême, alloue, en sus de la subvention ordinaire de 5.000 florins, une somme de 3.000 florins pour les travaux. « Et nous semble qu'il seroit bon que du gectuin que l’on tirera des fondemens fust extendu et mis en la place ou l'on fera ladicte église pour la haulser de III ou IT marches, si l'on voit que la dicte eglise s’en treuve plus belle et que ce ne fit nulle difformité à l'ouvraige desja fait, et sur ce communiquerez avec les maçons et religieulx pour en avoir leur advis..… et le maistre de nos œuvres Estienne Chevilliard.… ».
49. - 1511, 15 juillet, Anvers. — Mandement de Marguerite portant augmentation de la subvention annuelle des travaux de Brou (Arch. Nord, B 2222, fol. 34, copie officielle vérifiée le 17 juillet 1511).
L’archiduchesse alloue quatre annuités supplémentaires de 3.000 florins de Savoie, à courir du 1° octobre 1510, en augmentation de la subvention annuelle qui
s'élevait déjà à 5.000 florins. Ces ressources seront mises à la disposition d'Etienne Chivilliard, maître des œuvres, pour faire commencer, dès le prochain carême, la construction du « couvent et monnastere », expressions impropres, car il s’agit non seulement du couvent mais aussi de l'église projetée et des tombeaux. Cf. Lettre de Chivilliard à Barangier du 4 août 1511 (Arch. Nord, B 18836, n° 28033, original).
Inv. somm. arch. Nord, t. IV, p. 328, col. 1 (mention). Finor, Van Boghem, p. 201. (citation). Cocxin et BrucHET, page 26, note 2.
Noper n° 44.
50. - [1511], 26 juillet, Brou. — Raiïmond [Cartier de Cesana], prieur de Brou, à Marguerite (Arch. Nord, B 19184, n° 44583).
Le prieur, consulté sur l’opportunité d’exhausser le sol de l’église projetée, pense que l'édifice serait plus beau s'il était haussé de « quatre ou six degretz ». Toutefois l'archiduchesse est priée de faire suivant son bon plaisir sans avoir égard à l'avis des religieux qui la remercient de l'allocation de 3.000 florins destinée pour les premiers travaux de cette construction.
51. - [1511], 12° août, Bourg. — Chivilliard à Marguerite (Arch. Nord, B 18963, n° 37395, original).
Chivilliard écrit à Laurent de Gorrevod pour ne pas « atcdier » l'archiduchesse au sujet des travaux de Brou. Mofflet, qui a visité les lieux, fera un rapport verbal à Marguerite. Il attend les 400 écus demandés pour terminer le couvent avant de s'occuper de l’église.
Thibaut [Landry] a passé à Brou. Chivilliard a transmis les lettres de Marguerite à Jean de Paris et à Jean Lemaire. Il envoie à Gorrevod celles de Jean de Paris et de Henriet [de Lyon]. Signé Estienne CHIviLLIARD.
52. - [1511], 1% août, Bourg. — Chivilliard à Barangier (Arch. Nord, B 18963, n° 37408, original).
On fait au couvent les cuisines avec leurs dépendances. Les travaux pourront être achevés à Pâques si l'on consent une avance de 400 écus. Jean de Paris, Lemaire et Henrict ont été priés de venir donner leur avis sur la cave, le couvent en construction et l’église projetée. Thibaut [Landry] a reçu à Bourg les « pourtratz » dressés par Jean de Paris.
Baucaer, Marguerite d'Autriche, preuve Lix.
93. - [1511], 23 août, Bourg. — Le Conseil de Bresse à Marguerite (Arch. Nord, B 19175, n° 44290, original).
Le Conseil a visité le chantier de Brou avec les maîtres maçons, en présence des religieux et de Chivilliard. « Avons confrontéz par ansamble et advisé qu'il sera biem seam et tropt plus beau de fere les degrés ou devant du portal de ladicte eglise, laquelle s’en trouvera tropt que plus pompeuse, sans aucune nuysance ny difformité à l’ediffice fait.….».
Citations dans RouiLLerT, Annales Société agriculture Indre-et-Loire, 1884. Invent.
somm. archives Nord, série B, tome IV, page 327, col. 1. CocxiN et BRUcHET, page 19, note 4.
Finor, Van Boghem, p. 196, a lu 400 florins au lieu de 400 écus ; 300 florins au lieu de 3.000 florins.
Vrrry, p. 491. Noner, n° 45.
54. - [1511], 6 septembre, Bourg. — Chivilliard à Barangier (Arch. Nord, B 2221, n° 76293, original).
Jean Lemaire et Chivilliard attendent à Brou Jean de Paris chargé de mesurer la « placte forme » de l'église avant le voyage que Lemaire doit faire à Tours auprès de Michel Colombe. Chivilliard demande une somme de 400 écus pour les travaux, afin de ne pas toucher à la réserve de 3.000 florins mise de côté pour les matériaux.
- [1511], 8 septembre, jour de la Nativité Notre-Dame, Bourg. — Lemaire à Barangier (Arch. Nord, B 18853, n° 30209, autographe).
L'archiduchesse dans deux lettres précédentes, avait témoigné à Lemaire peu de confiance dans le choix de l’albâtre de Saint-Lothain. Une troisième lettre, datée du 8 juillet et que Lemaire a reçue à Lyon, où il se trouvait avec la femme de Jean de Paris, vers la mi-août, l’a rempli de joie en lui apprenant que « Madame est retournée a saine cognoissance de son albastre et des marchiez faictz ».
Lemaire, qui est à Bourg depuis quinze jours, attend pour le lendemain dans cette ville Jean de Paris, Henrict Bertrand [de Lyon] et Jean de Lorraine « pour besoigner aux pourtraictz de l’église ».
Cette lettre de porte pas de millésime. Mais il est fait mention du départ du duc de Savoie quittant Lyon le samedi, avant-veille de la Nativité N. D. Cette fête tombant en 1511 un lundi, la restitution du millésime est certaine, corroborée par le contexte.
Le Conseil de Bresse, peu diligent, ne notifia à l'archiduchesse que le 21 novembre [1511] la visite faite à Brou par Jean de Paris, Jean Lemaire et les « maistres ouvriers », (Arch. Nord, B 19175, n° 44299).
Le GLay, Nouv. Analectrs, p. 335. Duray, Obserrations 1853, p. 6 et 7. Duray, Notice 1879, p. 39 à 41. Finor, Van Boghem, p. 196 (extrait). LEmAIRs. Œurrrs, édit. STECHER, t. IV, p. 382 à 384. CHaAGNY, Gorrevod, p. 104 à 106. Spaak, J. Lemaire, p. 93 (citation).
CHarverT, n° XXV. Noner, n° 46 (à la date du 8 oct. 1511).
56 - [1511], 29 sept. Brou. — Raimond [Cartier] à Marguerite (Arch. Nord, B 19184, n° 44570, original).
Il n’a pas eu de nouvelles de l’archiduchesse depuis qu'il est revenu de Bruxelles. « Maistre Jehan de Paris ct certains autres ouvriers de Lion ont esté a Brou, lesquelz ont designé et mesuré par cordeaulx la forme de l’eglise. Lemayre en brief s'en ira vers vous, lequel vous portera le pourtraict et vous advertira de l'estat de l'ediffice ».
97. - [1511], 3 octobre, Bourg. — Chivilliard à Barangier (Arch. Nord, B 18963, n° 37412, original).
Lemaire est chargé de porter à l’archiduchesse les « pourtraictz » de l'église.
Une somme de 400 écus est nécessaire pour les travaux en cours jusqu'à Pâques si l'on ne veut pas toucher à la réserve de 4.000 florins.
Les travaux de l’église ne se feront pas à « tache ». Il sera nécessaire pour cette raison d’avoir une personne pour surveiller la sortie des matériaux et une autre pour le contrôle, car Chivilliard aura de son côté assez à faire pour s’approvisionner de matériaux et « solliciter les massons et ouvriers ».
Cf sur les mêmes points la lettre de Chivilliard à Marguerite du 3 octobre [1511] (2bid., n° 37405).
Cocxin et BRucHET, page 38, n° 1 (extrait).
58. - [1511], 9 octobre, Lyon. — Jean Perréal à Barangier (Paris, Bibl. nationale, nouv. acq. franç. 1412, autographe, don Bancel, 18 janvier 1885).
Perréal a reçu, un peu avant le 15 août, les lettres de l’archiduchesse et se réjouit qu'il lui ait plu de faire appel à son « tres petit sçavoir ». Il s’est transporté à Bourg avec Jean Lemaire et deux maitres maçons ». Ils ont conféré avec les membres du Conseil de Bresse et avec les maçons de Brou.
« Avons bien calculé, speculé et regardé le lieu tant a bastir que celuy qui est basti pour les freres, et fismes par cordeaulx pour mieulx juger du tout ; mais considerant le bastiment ja fait qui n’est pas peu, nous sommes tous d’un acord deliberé de faire une esglise à iceluy correspondent, considerant plus faire ouvrage de fille d’empereur que pour aultre regard. Sy me suis mis apres et ay fait une plate forme que mons. l'indiciaire porte, laquelle a porpocions et mesures par le commandement de geometrie ; sy peu que j'en ay veu et au moins mal ay fait correspondre l’esglise au bastiment ;.. j'ay envoyé a Madame le compas dont me suis aidé, par lequel elle peust, comme bien le scet, faire cognoistre touttes les largeurs, haulteurs, longueurs tant du tout que des parties ».
Perréal sera peut-être blâmé par un maçon qui lui reprochera de n'être qu'un peintre. Il s’est servi de sa « theorique es-ars mathematique », et s'est efforcé, avec le conseil de Jean Lemaire, de réaliser des choses tout à fait nouvelles.
Perréal verra son ardeur se ranimer si Barangier vient lui-même sur place, car, à Bourg, en son absence, il ne sait à qui s'adresser : « Je ne voudroie, en telle affaire que l’esglise, point estre garssonné ne gourmandé, marz avoir autorité a tout le moins de conduire les choses ». Perréal se plaint d’être l'objet de « faux raports », et de ne pas être obéi. « Or je me debus de la chappe du moyne ». Il ferait volontiers au prochain Carême le voyage de Flandres pour dire verbalement à l’archiduchesso ce qu'il n'ose confier au papier.
Perréal se plaint du concours [de Thibaut Landry] qui lui est imposé, puisque l'archiduchesse veut que ce dernier travaille à l’exécution des patrons.
Perréal n’entretient de relations agréables à Bourg qu'avec la belle-mère et Ja femme de Barangier. Il a fait au crayon le portrait de cette dernière.
Le fils de Perréal, âgé de 18 ans, fait ses études à l’Université de Dôle.
Cotte lettre est signée : Jean PERREAL de Paris p{cintre] d[e] M[adame],.
CHaravay, dans Revue des documents historiques, 3° année, (1875-1876), p. 112 à 115 (et tirage à part sous le titre de J. Lemaire et J. Perréal (1876), p. 12. Bancez, Perréal, p. 206 à 209 avec fac-simile intégral. Finor, Wan Boghem, p. 196 (extrait). Duray, Æglise de Brou, 2 édition, p. 131. Noner dans Annales Société émulation Ain, t. XLIII, 1910, p. 127 (extrait). CHAGNY, Gorrevnd, p. 73, note 2.
CHARvET, n° XXVI. Vrray, p. 491. Noper, n° 47.
Tous les éditeurs ont daté du 8 au lieu du 9 octobre.
59. - 1511, 9 octobre, jour de Saint-Denis, Dôle. — Jean Lemaire à Marguerite (Arch. Nord, B 18854, n° 30246, autographe signé LEMAIRE, INDICIAIRE).
Lemaire a conduit à l’Université de Dôle, pour ses études de droit, le fils de Jean de Paris pour que le père soit encore plus enclin au service de la douairière.
Lemaire se rend à Tours, pour passer marché avec Michel Colombe le « grant ouvrier », suivant les instructions de Jean de Paris approuvées par l’archiduchesse, afin de faire exécuter les « patrons de terre des sepultures » et obtenir que le neveu de Colombe vienne à Bourg tailler les « ymaiges et faire marchié avec lui, car c’est le plus souffisant de deçà les montz apres son oncle, et avec ce, il est jeune et portatif ». Lemaire désirerait que l’archiduchesse envoie à Tours Richard Contault, clerc d'office, pour débourser les sommes nécessaires et passer le contrat avec Michel Colombe.
Le « tailleur d’ymaiges de Salins », [Thibaut Landry] malgré les exhortations du Conseil de Bresse, n’a pas voulu accompagnèr Lemaire à Tours. C’est d’ailleurs un homme surfait, cent fois moins capablé qu'on le prétend : « nulz ouvriers d'estime ne veullent besoigner soubz lui, né lui-mesmes n’én sçauroit finer pour ce qu'ilz le desdaignent et est mauvais paieur ».
Le GLAY, Nouv. analectes pages 337 et 338 (lire Michel Coulombe au lieu de Mahieu Coulomb). Duray, Observations, Bourg 1853, page 7 à 9. Duray, Notice 1879 page 42 à 45. FinoT, Van Boghem, page 196 (extrait). LemAIRE, Œuvres, édit. SrecHER, IV, p. 385 à 387. Router, M. Colombe (1884), p. 55 (citation).
Caanver, n° XXVII. Noper, n° 48. Vitry, p. 491.
60. - 1511, 9 octobre, Dôle. — Jean Lemaire à Barangier (Arch. Nord, B 18854, n° 30244, autographe).
Lemaire chargé par les lettres de l’archiduchesse du 8 juillet « de solliciter de nouvel les scpultures et la platte forme de l'eglise », a amené sur le « lieu de l’ediffice » Jean de Paris, ainsi que maître Henriet et maître Jean de Lorraine, « les deux plus souffisans ouvriers qu'on sache ou pays ». Ils ont, assistés aussi de maître Cretin, « ordonné la platte forme de l’eglise, laquelle ledict de Paris a patronée de ses mains en deux peaux et demie de parchemin ». Lemaire emporte ce travail « avec trois autres pieces, qui sont toutes les montées de l’ediffice qui est desja dressè, ce que Madame ne vit oncques, ensemble les plattes formes de la grand sepulture, toutes de mesure, et l'elevation ensemble pour tenir Ja grandeur des marbres noir en leur perfection et aussi affin que maistre Michiel Coulombe soit mieulx adverty pour fere les patrons de mesmes mesure pour correspondre du petit au grant ».
Lemaire porte à Tours « tous lesdicts parchemins » pour les communiquer à Michel Colombe, chargé de faire les « patrons de terre cuitte ». Il lui remettra aussi un échantillon de l’albâtre de Saint-Lothain, pour le faire « ouvrer pour Madame ».
Lemaire rapportera ensuite le tout ainsi que les « patrons de terre cuite » à Marguerite, estimant que « des patrons de terre... il y aura ung cheval chargié ». Il sera nécessaire qu’on lui envoie de l’argent à Tours et que la personne chargée de le lui apporter puisse aussi « veoir les marchiéz des patrons qui se feront » et aider Lemaire à les transporter auprès de l'archiduchesse.
Thibaut Landry de Salins, qui aurait dû payer sur son contrat l'argent destiné à ces « patrons », ct qui a reçu 100 écus d’arrhes, a déclaré n'avoir plus un denier, « qui cst signe de mauvais maisnaigier et petit ouvrier ».
Lemaire désire que l'archiduchesse, le gouverneur [de Bresse Laurent de Gorrevod] et les membres du Conseil [privé] « poisent et ruminent bien les lettres de maistre Jehan de Paris touchant à ceste besoigne, car il y est affectionné.. et n’y a riens de fardé ».
Lemaire a conduit à Dôle, pour faire ses études, le fils de Jean de Paris, et le recommande à l'archiduchesse pour un bénéfice, « car il sera l’homme d’esperit ».
Cocxix et BRUCHET, pages 40 à 42.
61. - 1511, 28 octobre. — Mandement de Marguerite pour le paiement des « patrons » en terre commandés à Michel Colombe (Arch. Nord, B 2222, fol. 59 v., copie officielle vérifiée le 31 octobre 1511).
L’archiduchesse alloue 200 livres de 40 gros à Jean Lemaire, qui est à Tours et qui est chargé de payer à Michel Colombe, « maistre maçon » demeurant en cette ville, les « patrons en terre » commandés pour les travaux de Brou.
Sur le même sujet, voir une lettre de Marguerite à [Lemaire] datée du 17 oct. (arch. Nord B 18837, n° 28231 minute).
Ino. somm. arch. Nord, tome IV, page 328 (citation erronée). Fixor, Van Boghem, page 198 (a lu 1100 livres au lieu de 200 1.). Cocuix et BRucHET, page 20, note. CHARvVET, n° XXVIII. Noper, n° 49.
62. - 1511, 22 novembre, Tours. — Lemaire à Marguerite (Arch. Nord, B 18837, n° 28295, autographe).
Lemaire a remis à Michel Colombe la somme de 142 florins d'or et 24 sous envoyée par l’archiduchesse, représentant 200 livres de 40 gros, pour l'exécution des travaux de Brou, très touché de la confiance qui lui a été témoignée de faire la répartition de cette somme entre les quatre « ouvriers » attachés à l’œuvre, sans assistance d'un contrôleur.
Michel Colombe a demandé, pour achever son travail, un délai jusqu'à Pâques « a cause de la pesanteur de l’euvre et aussi pour l'indisposition de sa personne et et du temps ». Lemaire espère le décider à terminer avant trois mois. « Ledit Coulombe est fort ancien et pesant, c'est assavoir environ de III ans, et est goutteux et maladif, à cause des travaulx passéz, par quoy il fault que je le gaigne par doulceur et longanimité; ce que je fais et feray jusques a parfaire. Le bonhomme rajovenist pour l'honneur de vous, Madame, et a le cuer a vostre besoigne, autant ou plus qu'il eust oncques a autre... Vous aurez ung des plus grandz chiefz d'euvre qu'il fit oncques en Sa vie, Car vous verrez la sepulture de feu Monscigneur en toute perfection, comme elle sera. Le gisant aura ung pié et demy de longueur, les Vertuz demy pié; et toutes les autres ymaiges a la correspondance ; et la massonnerie qui sera grand chose en toute perfection, comme se vous la voyez en grand volume, tellement que les ouvriers qui besoigneront apres seront tenus de l’ensuivre a toute righeur, en reduisant le petit pié au grand ».
Michel Colombe est secondé dans ses travaux pour la douairière par trois neveux () dont deux sont « ouvriers en perfection comme heritiers de leur oncle, l'un en taille d'ymaigerie, l’autre en architecture et massonnerie, et n’y a gens
(*) Guillaume Regnault, tailleur d'images; Bastien François, maître maçon; François Colombe, enlumineur.
nulle part que je saiche qui mieulx reduisent vostre besoigne en grand volume que eulx deux, et je les ay gaignéz ».
Lemaire se propose de se rendre dans les Pays-Bas pour aller faire sa révérence à l’archiduchesse et lui offrir de « beaux presentz et bien agreables ». Il ne se mettra en route qu'après avoir vu la « besoigne en train » et donnera l’ordre de faire porter le travail exécuté en chargeant l’un des neveux de Colombe de cette mission, pour qu’il puisse donner à la douairière toutes explications « par le menu ».
Lemaire envoie à Marguerite un bloc d’albâtre de Saint-Lothain en attendant la statuette que Michel Colombe doit exécuter à titre d'essai. Cet albâtre, dont « j'ay retrouvé la perriere.., est le plus bel albastre du monde et le plus approuvé: ny en Espaigne, ny en Ytalie, ny en Engleterre n’en y a point qui l’aproche en bonté, beauté et pollissement.
Tout le monde est émerveillé de la grande œuvre entreprise « la ou une tres haulte magnanimité se montre et se declaire. J’ay le tout monstré a l'ambassadeur de l'Empereur, et est le tout parvenu aux oreilles du Roy et de la Royne... On ne l'estime point autrement que le plus grand chief d’euvre qu'on faira es parties par deça ».
Le GLay, Analectes (1838), pages 9 à 12. Puvis, Dissertation sur Brou (1840), p. 3 à 7. RousseLer, Aistoire de Brou, 5° édition (1840), page 160. Duray, Eglise de Brou (1867), pages 138 à 143, 2° édition (1879), page 134. Bancer, Perréal (1885), pages 210 à 212. FinoT, Van Boghem (1888), page 198 (extrait). LEMAIRE, Œuvres, éd. STECHER, tome IV, pages 410 à 412. Spaak, J. Lemaire (1926), page 94 (extrait).
CHARVET, n° XXIX. Virry, page 491. Noper, n° 50.
63. - [1511], 1° décembre, Lyon. — Perréal à Marguerite (Milan, collection du comte Gilbert Borromée en 1876).
Perréal a reçu la lettre que Marguerite lui a envoyée de Bois-le-Duc concernant la conférence tenue à Brou avec les maçons. Il a fait le « patron ou pourtraict » de l'église, s'efforçant d'inventer et s'inspirant aussi de ce qu’il a pu voir au cours de ses voyages. Il a établi aussi sur trois parchemins, le dessin des parties déjà construites du couvent. Le tout est terminé depuis deux mois. Jean Lemaire [qui était chargé de porter Je tout] est tombé malade en voyage. Il s’est rendu à Tours auprès de Michel Colombe chargé de l’exécution des « patrons » que Perréal a établis pour la sépulture.
Perréal n’a pas grand crédit et il serait nécessaire que l’archiduchesse intervienne pour lui donner « quelque peu d’auctorité » si elle entend lui confier les travaux de l'église de Brou. Il préfère travailler seul plutôt que de subir « maïstre Thibault » dont il ne peut se servir et qui l'empêche d’avoir des ouvriers, « et puis il ne scet rien et veult tout faire ».
CHaravay, dans Revue des documents historiques, t. III (1875-1876), p. 116 à 117 (et p. 16 du tiré à part J. Lemaire et J. Perréal). Duray, Eglise de Brou, 2° édition, p. 139. BanceL, Perréal, p. 212 et 213. Finor, Van Boghem, p. 197 (extrait). Noner, dans Annales Société émulation Ain, t. XXXVI, p. 243. Miruier, Nofice sur l'eglise de Brou (Bourg 1882), p. 11 (extrait).
CHARvET, n° XXX. Vrrry, p. 491. Noper, n° 51.
64. - 1511, 3 décembre, Tours. — Marché des sépultures de Brou passé entre Michel Colombe et Marguerite d'Autriche, représentée par Jean Lemaire de Belges (Arch. Nord, B 2221, pièce 76294, ancien
dossier 9, original formant un cahier de 6 pages de parchemin, coté au début du xvi° siècle Brouz vu).
Ce marché intéresse ce que l'on appellerait l’exécution des maquettes et le travail des praticiens pour la sépulture de Philibert le Beau. I] mentionne aussi d’autres projets pour les tombeaux des deux princesses et pour l’église de Brou. Michel Colombe agit en son nom et en celui de Guillaume Regnault, Bastien François et François Colombe qu'il appelle ses neveux, et passe quittance d’une somme de 94 florins d'Allemagne valant 128 livres 13 sous tournois.
« Michiel Coulombe, habitant de Tours et tailleur d’ymaiges du Roy », s'engage à exécuter, avec le concours de ses neveux, la « sepulture en petit volume » du duc de Savoie. Il fera de sa « propre manufaiture sans ce que autre y touche » les « patrons de terre cuitte » en ce qui concerne la « taille des ymaiges ». L'archiduchesse pourra se rendre compte de Ja grandeur de ces « patrons » par deux « pourtraictz » qu’il lui envoie « l’un en platte forme pour le gisant, l’autre en elevation » exécutés par F. Colombe et Bastien François. La partie architecturale fera l'objet d’un autre « patron » en relief, car « ledis Bastyen fera de pierre de taille toute la massonnerie servant a ladicte sepulture en petit volume par vrayz traictz et mesures, tellement que en reduisant le petit pié au grand, Madame pourra veoir toute la sepulture de mondit feu seigneur de Savoie dedans le terme de Pasques ». Ces « patrons », après leur achèvement, seront « estofféz de paincture blanche et noire, selon ce que la nature du marbre le requierct, par ledit Françoys Coulombe, enlumineur, la taulette de bronce dorée et les lisieres, armes, fourures d’ermines, carnations de visaiges et de mains, escriptures et toutes autres choses a ce pertinentes fournies », et devront être portés à l’archiduchesse par Guillaume Regnault et Bastien François, à condition que ces derniers reçoivent chacun, par jour de déplacement, 1 philippus d'or de 25 sous tournois et fassent le voyage en Flandre, pays qui leur est inconnu, sous la direction d’un guide.
Quand ces « patrons », après avoir été présentés à l’archiduchesse, auront reçu son approbation, Michel Colombe, ne pouvant se transporter à Brou à cause de son « aaige et pesanteur » donnera à Guillaume Regnault tout pouvoir pour faire en son nom « choses concernans nostre art d'ymaigerie et architecture » et aller sur place pour l'exécution en grandeur définitive. Regnault l’assiste depuis quarante ans dans ses travaux et a collaboré au tombeau de François, duc de Bretagne (dont le « pourtraict » est envoyé à la douairière); il est « souffisant et bien experimenté pour reduire en grant volume la taille des ymaiges servans a ladite sepulture » du duc de Savoie en se conformant aux « patrons » fait par Michel Colombe. Il sera assisté pour la partie architecturale par Bastien François, l’auteur même de l’un des « patrons en petit volume », « souffisant pour exploicter et dresser en grand volume les patrons de ladicte sepulture quant a l'art de massonnerie et architecture ». Jean de Chartres, tailleur d'images de madame de Bourbon, qui a été pendant plus de 18 ans au service de Michel Colombe et quelques serviteurs de ce dernier seront aussi envoyés à Bourg.
Michel Colombe a gardé le « double de la platte forme » de l’église de Brou, « icelle platte forme faicte et tres bien ordonnée sur le lieu, mesurés de la main de maistre Jehan de Paris, avec l’advis, en presence de maistre Henriet et maistre Jehan de Lorraine, tous deux tres grans ouvriers en l’art de massonnerie ». D’après ce document, Bastien François exécutera la « montée et elevation du portal et des arcz boutants par dehors » et portera son travail à l’archiduchesse ainsi que « l’elevation de [sic] la platte forme de son eglise, mesmement touchant les sepultures des deux
princesses dont nous avons les pourtraictz et tableaux faitz de la main de Jehan de Paris ».
Michel Colombe fait l'éloge de l’albâtre de Saint-Lothain, qui a servi à Claus [de Werve] et à Anthoniet [le Moiturier] pour les sépultures des ducs de Bourgogne aux Chartreux de [Champmol lez] Dijon. Il s’est servi d’un échantillon apporté par Lemaire pour tailler de sa propre main une tête de Sainte Marguerite que Regnault a ensuite « poly et mis en euvre » et dont il fait présent à l’archiduchesse.
Observalion sur ce document : I] convient de remarquer que, dans cet acte, Michel Colombe considère comme ses neveux non seulement l’enlumineur Frais Colombe mais aussi Guillaume Regnault, « tailleur d’ymaiges » et Bastien François, maitre maçon de la collégiale de Saint-Martin de Tours. En réalité, Regnault n’était son neveu que par alliance, ayant ét6ô marié deux fois et ayant épousé chaque fois une nièce de l'artiste. De son second mariage il eut une fille, Marie Regnault qui épousa Bastien François.
Ce contrat, d'une abondance savoureuse, est vraisemblablement copié sur une minute rédigée par Jean Lemaire qui s'intitule pompeusement « indiciaire et solliciteur des édiffices de... Madame Marguerite, archiduchesse d’Austriche et de Bourgoigne..…. ». Les détails qu'il donne sur la carrière de Saint-Lothain, dont il entendait charger l'exploitation, trahissent l’exagération de sa plume quand il parle de cet albâtre « tres liche et tres bien pollissable en toute perfection et ung tresor trouvé au pays de Madicte dame sans aller querir autre marbre en Ytalie ny ailleurs, car les autres ne se polissent point si bien et ne gardent point leur blancheur, ains se jaulnissent et ternissent a la longue ».
A la fin du document, l'original porte que « Jan Lemaire, notaire imperial et soliciteur pour Madicte dame, a soubzcript ». En réalité, il ajoute à sa signature le titre d’ « indiciaire ». Aucun acte ne permet de penser que ce personnage ait exercé les fonctions notariales. Il y a là une erreur de scribe.
Le contrat est dressé et signé par Macé ForMon, notaire à Tours, et porte aussi les signatures paraphées : M. CoLoMBE, LEMAIRE DE BELGES, INDICIAIRE.
Un second marché a été passé certainement avec Michel Colombe pour toute l « ymagerie » du tombeau de Philibert, notamment pour l'exécution des dix Vertus, moyennant une somme de 800 écus soleil. Ce marché est antérieur au 27 mai 1512 et probablement rédigé à l'époque où Lemaire était à Tours au mois de décembre précédent (voir plus loin la lettre de Michel Colombe du 27 mai 1512 et celle de Perréal du 20 juillet de la même année).
Le (Lay, Analectes (1838), pages 13 à 19. Roussezer, Histoire de Brou, 5° édition (1840), piges 166 à 173. Puvis, Dissertation sur l’église de Brou (Bourg, 1840), pages 7 à 19. BorDier et CARTON, {/istoire de France, tome II (Paris, 1859), page 124. Duray, Église de Brou (1867), pages 143 à 154. de GRANDMAISON, Documents sur Phistoire des arts en Touraine (1830), pages 194 à 199. PÉAx, dans Bulletin Société archéologique Touraine, t. II (1871), pages 25 à 29. Durav, £'ylise de Brou, 2° édition (1879), page 1-42. CHARVET, J. Perréal (1874), pages 83 à 87. Zuventaire sommaire des archives du Nord, iome IV (1881), page 327 (mention). Roun.LeT, A/ichel Colombe (1881). page 54 (citation). BaxceL, J. Perréal (1885), pages 214 à 219. Fixor, Fax Boghem (dans Reunion Soc. Beaux arts. 1888), page 199
(mention). JARRIN, Brou, sa construction, ses architectes (Brurg, 1888, ext. Annales Société
émulation Ain), page 41 (extrait). LEmAIRE, Œuvres, édition SrecHER, tome IV (1891), pages 413 à 419. Becker, Jean Lemaire, der erste humanistische Dichter Frankreichs (Strasbourg, 1893), page 201 (mention). Virry, Michel Colombe (1910), pages 487 à 490 (contient la meilleure édition de ce texte, établie par A. de SaiNT-LÉGER). Courson, Leçons professées à l École du Louvre, time 11 (1901), page 676 (mention). Guy, Histoire de la poésie française au XVI siècle. Tome I. L'École des rhétoriqueurs (Paris, 1910), page 198 (mention.
Cocin, Michel Colombe et ses projets pour Péglise de Brou (dans Revue de F Art ancien et moderne, tome XXXV, année 1914), page 114 (mention). Spaax, J. Lemaire (1926), pages 94 à 96 (extrait).
CxarverT, n° XXXIV. Virry, page 491. Noper, n° 52.
65. - [1511], 29 décembre, lundi, lendemain des Innocents, Bruxelles. — [Lemaire] à Barangier (Arch. Nord, B 18854, n° 30325, original).
Lemaire va visiter sa mère qui est sur le point de mourir. Il verra aussi les neveux et les nièces dont elle avait la tutelle et s’excuse auprès de l’archiduchesse de son départ précipité.
Il a remis à Toison d'or [Thomas Isaac] les « patrons et pourtraitz et plattes formes en parchemin », lui laissant le « compas et donné à entendre le tout », de façon à ce que Marguerite puisse les voir avant le retour de Lemaire. Il a chargé quelqu'un de solliciter en son nom ce qui lui est dû et a justifié par un compte sa demande qui est légitime.
« Madame pourra deliberer cependant s'elle se veult servir de moy en cest affaire et que je soie chief quant a la sollicitation d’icelle avecques recompense et estat condigne et comme on le m'a prommis. Mais j'ay grand peur que je ne soie celui qui bat les buissons et ung autre prend les oisillons. S'il est ainsi, il fauldra que j'aye patience ».
LeMAIRE, Œuvres, éd. Srecxer, t. IV, page 402 (extrait d’après PINcHART). CociN et BrucHET, p. 45.
66. - [1512], 15 janvier, Bourg. — Chivilliard à Laurent de Gorrevod (Arch. Nord, B 18963, n° 37410, copie de la main de Chivilliard).
Chivilliard a eu une conférence avec maîtres Godet, Crestin et Chardon au sujet du bois de sapin nécessaire « tant pour la perfection du couvent, ediffice de cuysine que de l’esglise » et a dressé avec leur concours la liste des approvisionnements à faire. Il a envoyé auprès de [Pierre de La Baume], abbé de St-Claude, ledit Godet avec les lettres de l’archiduchesse pour s’approvisionner.
« Ledit seigneur l'avoir veue mescognent le seel d’icelle, toutesfois il sercha quasi par ung jour plusieurs paqués de lettres, mays il n’en trouva point de seellées a si petit seel et semblable, pourquoy n’en pouvons avoir pour ceste heure provision, qui me retarde fort.
« Monseigneur, vous sçavez que je n’ay point besoing mectre les doiz entre deux moles et me sembleroit qu'on n'en doyge riens dire a Madame, pour paour de l’indignation et irrite, ains plustost que Monseigneur le conte, son père (!)}, l’advertisse de la verité et vouloir de Ma dicte dame ».
L'archiduchesse avait demandé la quantité de chênes à fournir « pour les sieges de l’esglise, sacristie, tables du reffectoire et banchs ». Après avis des maïtres susdits et du menuisier, on a évalué cette quantité à six douzaines de chênes. Il serait trop dispendieux, à cause de la distance, de les prendre dans la forêt de la douairière,
(1) La seigneurie La Perrière (Côte d'Or, arrondissement de Beaune, canton de Saint-Jean de Losne) avait été donnée à Marguerite par son père en même temps que celle de Chaussin, à proximité (Jura, art. de Dôle).
à La Perrière. (‘) Il vaudrait mieux essayer de s’en procurer auprès de monseigneur de Varey et à la chartreuse de Seillon.
« Vous aurez a advisé de quelle sorte Madicte dame veult que son esglise se face. Vous debvez avoir receu le pourtrait qu’a fait Jehan de Paris par l’homme de Jehan Le Mayre, nous n'en avons bien retenu la forme, toutesfoiz n'y vueillons nous en rien touchier ».
En attendant que les instructions demandées à Gorrevod arrivent, « nous entendrons a fere quelques petites eugives qui sont tallées.
» Je croy que monseigneur le maistre Berangier viendra qui verra tout et aussi mes comptes avec les aultres qui sont tous pres d'heure en heure. Je n'ay pas fait mes livrets par Item, ains par belles quictances et confessions signées en bonne forme comme je croy et vous asseure que je n’y gaigne riens, Dieu soit loué, de tout ». Vous asseurant que, avoir heu la provision du boys dessus escript, puisques on aura mis la main a l'esglise, elle sera plustost faicte de la moytié que vous ne pensés, aussi je le desire ».
Observation. — Cette lettre au gouverneur de Bresse est une copie adressée dans la lettre de la même date expédiée par le même Chivilliard à Barangier (Ibidem, n° 37411).
67. - [1512, janvier]. — Marguerite à [Jean Lemaire] (Arch. Nord, B 19182, n° 44514, minute).
L'archiduchesse s'étonne de n'avoir pas été prévenue par le destinataire de cette lettre qu'il ne pourrait exercer la charge qu'elle lui avait donnée, au sujet de l’ « ediffice » de Brou, à cause d’un long voyage qu'il doit entreprendre. Elle a appris qu'il avait, à son insu, passé procuration à maître Jean Le Roy, pour l’associer en sa charge, ce dernier ayant fait constater cette procuration. Et « pour ce que en l'exercice d’icelluy estat et office est bien requis avoir homme qui soit continuellement apres pour cause des matieres qui journellement surviennent », l’archiduchesse désire que le destinataire vienne en personne exercer sa charge ou l’abandonne complétement. Dès sa réponse, elle pourvoira « tant audict maistre Jehan Le Roy comme aussi en la charge que nous avons donnée touchant ledit Brou ».
Observation : La restitution de la date et celle du destinataire sont très hypothétiques. Il est vraisemblable que ce Jean Le Roy est Ic personnage de ce nom qui était lié avec Perréal (de MauLDE, J. Perréal, page 4). On a une lettre de lui adressée à Jean Lemaire (Œuvres de LEMAIRE, éd. STECHER, tome IV, page 430). C'était un poète et un philosophe.
68. - [1512], 28 février, Blois. — Jean Le Veau à Marguerite (Arch. Nord, B 18838, n° 28690, original en partie chiffré).
Le Veau a remis à Jean Lemaire et à Jean Perréal de Paris les lettres de l’archiduchesse et il a dit à ce dernier la nécessité urgente des édifices de Brou. Perréal enverra le jour même, à Tours, prendre des renseignements auprès de l’ « ouvrier » chargé de l'exécution des « patrons » [Michel Colombe].
Goperroy, Lettres de Louis XIT, Bruxelles, 1712, t. III, p. 180. Pxan un Bull. Soc. archéol. Touraine, 1871, page 26.
Virry, page 492. Noper, n° 53.
(1) Gui de la Baume-Montrevel, chevalier d'honneur de Marguerite d'Autriche.
69. - [1512, février]. — Marguerite à [Lemaire] (Arch. Nord, B 19182, n° 44528, minute très raturée).
L'archiduchesse a appris avec plaisir que Lemaire, après avoir pris congé d'elle par lettre, était au service d'Anne de Bretagne. Elle a vu, par l'entremise de Toison d'or, les patrons que Perréal a dressës pour l’église et les sépultures de Brou. Ce dernier a êté nommé contrôleur des travaux en remplacement de Lemaire.
Cocxin et BrucHET, page 46 (à la date défectueuse de mai 1512).
70. - 1512, février, n. st., Malines. — Marguerite à Jean Perréal (Arch. Nord, B 18835, n° 27374, minute; autre minute B 19182, n° 44529).
L'archiduchesse remercie Perréal des « patrons » qu’il a envoyés et le nomme a contreroleur » des édifices de Brou, dont l'office était assuré par Jean Lemaire, qui a quitté le service de la douairière. Margucrite désire connaître les termes du marché conclu entre Michel Colombe et Perréal, au sujet des sépultures de Brou et le délai d'exécution. Le fils de ce dernier sera mis sur le rôle des bénéfices du comté de Bourgogne.
Duray, Dissertation, Bourg, 1847, pièce n° VI (à la date de février 1511 et avec erreurs paléographiques). Duray, Eglise de Brou, 1867, page 132 (extrait), 2 édition, p. 126. CHARVET, Perréal, p. 53. Finor, Van Boghem, p. 201. Bancez, Perréul, p.203 (à la date de fév. 1511.
CHanver, n° XXXV. Vrray, p. 491. Noper, n° 54.
71. - 1512, 28 mars, n. st. dimanche, Blois. — Lemaire à Barangier (Arch. Nord, B 18835, n° 27439, autographe).
Lemaire a reçu les lettres de Barangier par l'intermédiaire de Jean Le Veau et le remercie de sa sympathie, « car, en toute la Maison de Madame, je n'’ay trouvé si grant amy que vous, ne qui mieulx aidast a soubstenir la verité en mes affaires ».
Pour perdre Lemaire, on a insinué à l’archiduchesse qu’il aurait « escript quelque chose contre elle et que, à Paris, l'en le treuve publicquement par escript ». Dès qu'il a reçu les lettres de Barangier lui donnant connaissance de ce bruit, Lemaire les a montrées « a Monsieur le contrerolleur, maistre Jehan de Paris, lequel en riant a respondu ung mot vrayement philosophal, c'est assavoir que quand les chiens ne pevent mordre, ils se saoulent a abayer ». Il est heureux d'apprendre que l’archiduchesse n’ajoute aucune foi aux détracteurs de son ancien serviteur et ne croit « aucune chose sinistre » venant de la bouche de ses ennemis.
Lemaire ne croyait pas offenscr Marguerite d'Autriche en faisant publier ses travaux à Paris, « c'est assavoir que j'ay fait imprimer, à grande requeste de plusieurs nobles hommes de France et de Picardie, les {llustralions de Gaule et singularités de Troye lesquelles ont premierement esté imprimées a Lyon, soubs le nom, le tiltre et les armes de Madame, et ne les ay point volu bailler ausdits imprimeurs de Paris, synon sous tel condition que les armes de Madame y seroient, pour ce que le livre estait dedié a elle (*). Se j’ay mespris en faisant ce, je n’en
(1) Le premier livre des Illustrations de Gaule et Singularitez de Truye fut imprimé à Lyon, par Estienne Baland, en 1510, et réimprimé à Paris, en janvier 1512, par Geoffrov de Marnef. Dans ceite réimpression, Lemaire prend encore le titre d' « indiciaire » de l'archiduchesse.
demande point de mercy, car je ne l’ay pas cuidé faire pour mal, et si en ay eu ung bon pot de vin depuis. Lesdits imprimeurs m'ont requis d'ouvrer les Conciles (!) et la Légende des Vénitiens (*), lesquels je leur ay permis imprimer, car tout est à l'honneur de Madame. Et en ont desja bien fait en tout six mille volumes qui sont divulguëéz par tout le monde ».
Lemaire voulait écrire à la douairière au sujet des marchës passés par son intermédiaire avec Michel Colombe. Il s’abstient toutefois parce que Jean de Paris doit lui envoyer une lettre à ce sujet.
Lemaire, en raison de ses services, avait l'intention de solliciter « quelque privilège ou pension », outre ce qui lui était dû. Il renonce à cette idée puisqu'on lui « baille des nouvelles brisures ». Il réclame toutefois le solde de son compte. Il ne faut pas « cercher occasion de frustrer le povre Jan Lemaire de ce qu’il lui est deu de son service justement, car Madame n'en sera pas plus riche » et il l’a bien gagné à la « sueur » de son corpz.
Lemaire rappelle son affection pour l’archiduchesse : « Se je ne l’eusse tant aymée, je n'eusse pas tant escript de bonnes choses a sa louenge. Et autant que j'en ay escript d’elle, en ecriprai-je de la Royne, ma noble maistresse qui me fait tant de biens... Je vous prie et requiers estre recommandé en toute humilité à l'excellence de Madame comme son povre serviteur que j'ay esté, ce que je ne sçauroie jamais escripre sans larmes, car tant m'a Fortune bestourné, transporté, ramené et pelotté en son service que je ne sçay comment je[me]suis peu eschapper ».
L'archiduchesse ne doit pas savoir mauvais gré à Lemaire de l'avoir quittée. Elle doit s’en prendre « a ceulx qu’en sont cause, lesquels n’en demoureront point impugniz ; et cela je le vous prometz, car Dieu est juste. Et se gardent hardiement de moy et de ma plume, mais ce sera le plus tart que je pourray ».
Le GzLay, Analectes, pages 21 à 25 (à la date du 28 mars 1511). RousseLer, Histoire de Brou, 5° édition (1810), p. 175 (extrait). Duray, Dissertation (1847, pièce XXV (à la date du 28 mars 1511). LEMAIRE, Œuvres, édition SrecHer, tome IV, pages 419 à 423. Becker, J. Lemaire, p. 204 et 208 (mention). Spaak, J. Lemaire, p. 97 (mention).
Vrrey, p. 492. Noper, n° 55.
72. - [1512], 30 mars, Blois. — Perréal à [Barangier] (Arch. Nord, B 18855, n° 30397, autographe.
Perréal se plaint des difficultés qu'il rencontre à Brou et ne voudrait avoir à faire qu'avec [Barangier], « pour ce que tousjours vous ay trouvé entier, et je l'ay bien aperceu a Bourg, et m'en suis bien congneu quant dernierement je y fus pour prendre la mesure de l’esglise, car jeux plus de paine a assembler ses longues
Le second livre (Paris, G. de Marnef, août 1512) et le troisième livre (Paris, G. de Marnef, juillet 1513), furent imprimés depuis que Lemaire était au service de la Cour de France. Le premier livre était dédié à Marguerite d'Autriche. Le second fut dédié à Claude de France, fille d'Anne de Bretagne et le troisième à cette dernière.
(1) « Le traictie intitulé de la difference des scismes et des concilles » imprimé à Lyon, par Etienne Baland, en mai 1511, avait été réimprimé en janvier 1542, à Paris, par G. de Marnef. Pamphlet dirigé contre l'institution de la papauté, sorte d'appel prophétique à un schisme a grand et merveilleux », que Luther devait réaliser six ans plus tard.
(2) La première édition de la « Légende des Vénitiens » fut imprimée à Lyon, par Jehan de Vingle, en 1509.
robes (!), de quoy je n’avoie que faire, que de faire mon art... ; Je rescrips a Madame que, se elle veult que bien je besongne, que je ne soie plus en ceste paine. Je vouldroie bien qu'il vous pleust que je n'eusse a faire que a vous, s’il vous plairoit, voire se je me mesle de son esglise ».
Perréal négocie avec Michel Colombe et son neveu pour les sépultures. Colombe, par affection pour le peintre de Louis XII et dans l'espoir qu'il sera avec lui, ne veut pas d'autre marché que celui passé entre Perréal et Thibaut [Landry]. « Or considerez quel differance il y a autant de plomb a or; et sy vous di mieulx que jamais je n’eusse fait le marché que je fis, sinon que je pretandoie tousjours venir a ceste fin, car je veoye bien que maistre Thibault ne sçavoit rien. Aussy vous sçavez comment je luy disoie que je romperoie tout, sy ne le feroit bien ; et jamaiz je n’eusse besongné avec luy, car il eut voulu tout faire, et dernierement je congneux son cas a Lyon ».
Tous les « patrons » de Brou sont terminés et mis en caisse ct l’archiduchesse peut les envoyer chercher, sauf à les renvoyer à Lyon, si elle désire que Perréal s'occupe des travaux. Dans le cas contraire, elle pourra les garder.
« Vous voiez la paine que je prens et de bon cuer, tant en invencions que patrons. Et, sur ma foy, les derniez pourtraiz ou patrons que j'ay faiz, tant celui de l’esglise que des trois aultres, m'ont donné beaucop peine. ; ce m'est ung grant rompement de teste tant pour inventer que pour faire au gré de Madame, qui est le tout... J'ay faict, faits et feray le miculx que pourray, tant que ma pauvre peau se pourra estandre ; mais aussy que Madame y ait esgard, se tant est qu'elle se veulle plus servir de moy. Son bon plaisir soit fait, car je luy ay esté entier et ay prins autant de peine comme si j'avoye mille écus d’or de pension ; maiz amour me maine et vous Île povez congnoistre ».
Perréal apprécie le «tresorier Vyonet (*), car il est bon homme, combien que je ne puis estre paié de cy petit que Madame me donne qu'il ne vault pas le demander ».
Il faudra avoir quelqu'un pour remplacer Lemaire « qui bien nous fait faulte pour faire tirer l’alabastre de ia perriere et a puissance ».
Perréal réitère à Barangier son désir de ne s'adresser qu'à lui et dene connaître que lui après l’archiduchesse. Il a vu, le 28 mars, la lettre de Barangier (*), avertissant le « pauvre Jehan Lemaire » des imputations dont il était chargé. « Vous vous monstrez son amy, quant l'avez averti. Certes, c'est tres mal fait. Certes, qui m'en vouldroit autant faire, je ne seroie pas joieux, apres avoir bien besongné, estre mors et piqué. Vela que ung faulx raport vault. Je n'en attends pas moins ung jour et puis j'aray bien gaigné mon labeur ». Signé : JEHAN PERRÉAL DE PARIS, p. d. m. d. (!).
Le GLay, Nouv. analectes, p. 330 à 332. Duray, Observations, Bourg, 1853, p. 3 à 4. Duray, Essai sur Perréal (1864), page 69 (extrait). Duray, Notice, 1879, p. 31 à 35 ; Duray, Eglise de Brou, 1'° édit. 1867, p. 133 à 138; 2° édit. 1879, p. 127. CHARVET, Perréal, p. 79 et 80. BanceL, Perréal, p. 204 à 206. Finor, Van Boghem, p. 195. LEMAIRE, Œuvres, éd. STECHER, t. IV, p. 377 à 380. Becker, Lemaire, p. 159.
CHARVET, n° XX. Virry, n° 491. Noper, n° 56.
Tous ces auteurs, sauf Nodet, ont attribué la pièce au millésime de 1511. Nodet (Annales Soc. émulation Ain, 1903, p. 237) a restitué la date de 1512 en faisant observer que « l’erreur qui a fait dater cette pièce de 1511 est une de celles qui ont le plus obscurci la question du rôle de Jehan Perréal et Michel Colombe à Brou ».
(1) Il s’agit des membres du Conseil de Bresse. Voir plus haut la lettre de Perréal à Barangier du 9 octobre [1511].
(3) Louis Vionet, trésorier du douaire de Savoie, en résidence à Bourg.
(8) Cette lettre n'a pas été conservée.
(&) Peintre de Madame.
73. - (1512, après 30 avril]. — Marguerite à Michel Colombe (Arch. Nord, B 18835, n° 27479, minute).
Pierrechon Lucas est chargé de prendre les « patrons » des sépultures de Brou exécutés par Michel Colombe. Le neveu do l'artiste devra partir pour commencer le travail sur place suivant les termes du contrat passé entre son oncle et Jean de Paris.
Cocxin et BrRucHET, page 48. Cf. tbid. p. 47, note 1, la lettre de Jean Le Veau du 30 avril [1512] (Arch. Nord, B 18839, n° 28832).
74. - [1512, après 30 avril]. — Marguerite à Jean de Paris (Arch. Nord, B 18835, n° 27478, minute).
Pierrechon Lucas, valet de chambre de l’archiduchesse, va prendre les « patrons» exécutés par Michel Colombe pour les sépultures de Brou. Cet artiste et ses neveux avec lesquels le marché a été passé devront se rendre à Brou dans le plus bref délai.
Cocxin et BRUCHET, page 41.
75. - 1512, 6 mai. — Mandement de Marguerite concernant Claude de La Tour, son fourrier d’écurie (Arch. Nord, B 19181, n° 44454, minute; B 2222, fol., 94, verso, transcription officielle vérifiée le 1 mai 1512). |
L’archiduchesse lui alloue 500 livres de 40 gros pour le charroi de Dinant (Belgique) à Chalon-sur Saône des « pierres d’albastre « destinées aux sépultures de Brou.
Cf. sauf conduit du 7 mai 1512 délivré à C. de la Tour pour se rendre à Brou (Arch. Nord, B 19027 n° 40012 minute).
76. - [1512], 11 mai. — Jean de Tournay (‘) à Barangier (Arch. Nord, B 19006, n° 39078, original).
Jean de Tournay rappelle à Barangier le désir de Jean de Paris, voulant lui confier, dans les édifices de Brou, la succession de Jean Lemaire « pour ce que c'est cas d'imagerie ».
BrucxeT, Jean de Tournay, (dans Bulletin Comité flamand, 1926) page 232, note 7.
Cf. autre lettre du même jour envoyée par le même personnage à Marguerite, 11 mai [1512], Genève. #bid., p. 232, d’après Arch. Nord, B 19006, n° 39078.
(*) Ce personnage devint, sous le nom de « Bonnes Nouvelles », héraut d'armes de l'Annonciade, fonction qu'il exerçait encore en 1528. Il était marié en Bresse et fut chargé en 1516 d'instruire Jean-Philippe de Grolée, désigné cette année pour l'archevêché de Moûtiers-en-Tarentaise (Savoie), mais trop jeune pour être installé. Jean de Tournay était en bonne relations avec Laurent de Gorrevod, procurant à ce personnage un « Traité des joustes et tournoys », un autre petit « Traité de trempures pour tremper toutes pieces de harnoys, tous fers de lances et espées d'armes » et fit copier à son intention un « Traicté d'artillerie et de feux » (Jean de Tournay à Laurent de Gorrevod, 31 décembre [1516], Moûtiers, Arch. Nord, B 19006, n° 39076.
77.- 1512, 13 nai. — Quittance d'Hubert Nonnon pour fourniture de marbre noir (Arch. Nord, B 19091, n° 42257, original).
Hubert Nonnon (!), « marchant et maistre des pieres de mabre », bourgeois de Dinant, donne quittance notariée d'une somme de 92 livres de 15 gros monnaie de Flandre à lui payée par Diego Florès, receveur général de l’archiduchesse, et d'une autre somme de 148 livres déboursée par Claude de La Tour, fourrier de l'archiduchesse, pour « certaines pieces » de marbre.
78. - 1512, 14 mai, Blois, « au jardin du Roy », Lemaire à Marguerite (Arch. Nord, B 18855, n° 30411, autographe).
Lemaire prend la hardiesse d'écrire à l’archiduchesse sur les conseils de Barangier. Il sait qu’elle n’a pas prêté l'oreille à des insinuations malveillantes. Il a êté chargé par la reine de France de « compiler les cronicques de sa maison de Bretaigne » et il parcourt ce pays afin de s’enquérir « par les vielles abayes et maisons antiques de toute l’histoire britannicque laquelle encoires n’a été mise en lumière entierement jusques a ores ».
Lemaire a remis à Jean de Paris, peintre de l’archiduchesse, tout ce qu'il a pu « recouvrer des patrons faictz de la main du bonhomme maistre Michiel Coulombe. Et ledit maistre Jehan de Paris a estoffé lesdits patrons de couleurs, qui est ung grand chief d'œuvre. a cause que François Coulombe, nepveu du bon maistre, est alé a Dieu, lequel François Coulombe, enlumineur, avoit receu de votre argent dix florins d'or par mes mains pour ce faire. Je n’ay pas volu poursuivre sa femme ne ses heritiers…, voyant qu'il y avoit pitié en eulx. Et pour ce, Madame, il vous plaira avoir regard aux labeurs et diligences dudit de Paris qui vous sert de bon cuer et acomplit ce dont les autres estoient paiés, non seullement en ce mais en toutes autres choses ».
Lemaire rappelle à l’archiduchesse qu'il n’a pas été complètement payé de ce qui lui restait dû. Il demande, en outre, à être maintenu dans les pouvoirs qu'elle lui avait donnés pour l'extraction du marbre [de la carrière de Saint-Lothain], nécessaire aux sépultures de Brou, prévoyant qu'il s’en fera bientôt « grande traicte en France, car elle se commence fort a cognoistre depuis que je l’ay descouverte ».
Lemaire a appris que l’archiduchesse avait créé « ung nouvel indiciaire nommé maistre Remy, bourguigon » (?). Il est tout disposé à faire parvenir à la douairière ce qu'il a rédigé et recueilli pendant qu'il exerçait cette charge, « car vous ny autre ne veistes jamais la moictié des choses que j'ay faictes a l'honneur de Votre Excellence;
(1) On trouve déjà au milieu du XVe siècle un Jean Nonnon qui avait fourni du marbre pour le tombeau de Jean sans Peur à Dijon. L'un de ses descendants, André Nonnon, a maistre des pierres de marbres estant lez ledict Dvnant», passa le 3 mars 1525 un contrat avec Louis Van Boghem, le maître maçon de Brou, pour la fourniture du marbre noir destiné au tombeau que l’on élevait dans l'église de Caudenberg, à Bruxelles, à la mémoire de François, frère de Marguerite d'Autriche, inhumé en cet endroit. PINCHART, dans Messager sciences historiques Gand, 1858, page 105. Cf. le même auteur dans ses Archives des Arts, tome [ (1860), page 261. Voir aussi aux archives du Nord l'article B 2339, folio 234.
(3) Remi Du Puys fut nommé par commission du 15 février 1512, n. st., en remplacement de Lemaire «qui s'est retiré et accepte autre service, délaissant et habandonnant ledit office ». (Arch. Nord, B 2226. Cf. Cocnin et BRUCHET, Une lettre inédite de Michel Colombr, page 46, note 5. |
et se elles ne sont achevées, si sont elles bien pourgettées ; mais es mains d'autre que vous, Madame, jamais ne les delivreray ».
Le GLay, Analectes, pages 25 à 28 (avec fac-similé partiel). RousseLeT, Histoire de Brou, 5° édition (1840), pages 176 à 180. Puvis, Dissertation (1840), pages 16 à 21. Duray, dans Journal agriculture Ain, tome XLII (1853), p. 147. Durav, Eglise de Brou (1867), p. 154 à 159; 2° édition (1879), page 151. BanceL, Perréal, pages 219 à 222. THIBAUT, Marquerile d'Autriche et Jehan Lemaire de Belges (Paris, 1888), page 154. LeMAIRE, (Œuvres, édition STECHER, tome JV, pages 423 à 426. Finor, Van Boghem, page 202 (extrait). BEeckER, J. Lemuire, pages 210 et 222 (mentions). Spaak, J. Lemaire (1926), page 98 (mention).
CHARVET, n° XXX VII. Vrrry, page 492. Noper, n° 57.
79. - 1512, 26 mai, Bruxelles. — Mandement de Marguerite pour faire payer le marbre noir destiné à Brou (Arch. Nord, B 2222, fol. 138 v., copie officielle vérifiée le 12 juin 1512).
Assignation d’une somme de 80 livres à Jacques Jaquinet dit Jehan Pierre, marchand à Fagnières (Marne), pour fourniture d’une pièce de marbre noir de neuf pieds et demi de long et de quatre pieds et demi de large pour les sépultures de Brou.
Finor, Van Boghem, p. 224 et p. 203 (à la date erronée du 25 juillet 1512. Z»v. arc4. Nord, t. IV, p. 329 (citation).
CHARVET, n° XXXVIII. Nopgr, n° 58.
80. - [15121, 27 mai, Tours. — Michel Colombe à Marguerite (Arch. Nord, B 18966, n° 37472, original).
Colombe a remis à Pierrechon [Lucas], valet de chambre de l’archiduchesse, les « patrons » que Jean de Paris a « coustré ».
Colombe, vieux et malade, désire l’ajournement du départ de son neveu, qui est son bâton de vieillesse. Il ne pourra livrer avant la Toussaint tout ce qui lui a été commandé. Il continue à travailler, dans sa maison de Tours, aux dix Vertus du tombeau de Philibert, ayant fait prix avec Jean de Paris, moyennant 800 écus soleil, pour toute l’« ymagerie » qu’il remettra « toute polie et bien achevée ».
Colombe désire que Jean de Paris continue à l’assister.
Cocin et BrucHET, Une lettre inédite de Michel Colombe, pages 48 à 51. CocniN, dans Compte rendu Académie des Inscriptions, 1913, page 655. BrucHET, Marguerite d’ Autriche, preuve LXII.
81 -[1512, avant 23 juin]. — Marguerite à [Chivilliard ?] (Arch. Nord, B 19182, n° 44517, minute).
L'archiduchesse, voulant que l’on travaille en toute diligence à l'église de Brou en se conformant au « patron » qu'elle a envoyé, désirerait que maître Henriet [Bertrand] de Lyon, prenne la direction des travaux en s'engagcant à venir sur le chantier une fois par mois ou, à son défaut, qu'il indiquât un bon maître maçon, soit à Lyon, soit l’un de ceux qui firent récemment l'église de Villefranche-sur-Saône. Le marché qui pourrait être projeté serait transmis à la douairière, qui ferait examiner si elle pourrait trouver des conditions encore plus avantageuses. Il faut faire exécuter une copie du patron et l'envoyer « pour le monstrer aux maîstres de par deça ».
Baucargr, Afarquerite d'Autriche, preuve LXIII.
82. - 1512, 23 juin. — Quittance d'Henriet Bertrand, maçon de Lyon (Arch. Nord, B 2225, n° 76412, ancien dossier 6, original signé).
Henriet prend l'engagement de travailler avec un serviteur à l’église de Brou à raison d’un florin par jour, sous condition de n'être pas astreint à résidence et de ne pas prendre les travaux à « pris fait ». Il passe quittance d’une somme de trois écus d'or pour le double du projet de l’église et une somme de cinq sous donnée au peintre.
Finor, Van Boghem, page 205.
CaanveT, n° XXXIX. Noper. n° 59.
83. - 1512, 25 juin, Bourg. — Chivilliard à Barangier (Tours, collection de Grandmaison en 1894, copie contemporaine de la main de Chivilliard).
Chivilliard s’est rendu à Villefranche-sur-Saône et à Lyon pour conférer avec maître Henriet et avec Pierre « Cantin ». Le premier, «expert sur tous autres en son art», est occupé à l’église d’Alix (!), et ne consentirait pas à se fixer à Brou. Il y viendrait d’une façon intermittente, demandant pour chacun de ses déplacements un écu par jour, outre ses dépenses. Si son séjour se prolongeait, il se contenterait, pour lui et son serviteur, de douze sous par jour. « Cantin », de son côté, vient de commencer, Sous la direction d’Henriet, la construction d’une chapelle à St-Paul de Lyon. Il n’est pas de « tel entendement que ledit maistre Henriet » et ne paraît guère supérieur aux maçons de Bourg.
« Je vous ay fait fere le doble du portrait a toutes diligences; en verité ledit maistre Henriet et deux des siens il ont demoré cinq jours. Je vous envoye par ce porteur expressement, pour ce que je desire qu’on mecte la main a ladite eglise basse...
» Quant vosdits massons d’icy seront advertis de quelle forine vous voulés qu'on face les pilliers qui porteront les grandz votes et quelle molleure es montans, taborins et aultres ensuyvans ; aussy se vous voliez qu'on fasse nul tabernacles a l'entor du grand aulter pour mectre des ymages ou ailleurs, ils suyvront bien la forine du portrait ». Henriet est d'avis « qu’on pillocte toutes vos fondes, pour plus grand seureté. Il costera, mais la seurance qui s’ensuivra le poyera ».
Chivilliard désire recevoir la pièce comptable qui lui est nécessaire pour toucher les 3.000 florins de la prochaine échéance du mois de septembre. Il estime que la solution la plus pratique serait de trouver dans les Pays-Bas un bon maître maçon plutôt que de courir après ceux de la région lyonnaise.
Observation : Cette copie précède la lettre originale de même date que le même Chivilliard écrit à Barangier pour le tenir au courant de ce qu’il écrit à l’archiduchesse sur Brou.
CH. de GRANDMAISON. dans Réunion Sociétés Beaur-arts, tome XVIII (1894), pages 103 à 105.
Caarver, n° XL. Noper, n° 60.
84. - 1512, juin]. — Pierre Quentin, maçon à Villefranche, à [Chivilliard] (Arch. Nord, B 19001, n° 38859, original).
Pressenti par le destinataire de cette lettre pour servir l’archiduchesse en
(1) Alix, Rhône, ar! de Villefranche.
« l'eglise et ediffice » qu'elle fait construire, Quentin est disposé à la « servir avecques les massons dudict Bourg » à raison de 7 sous 6 deniers tournois par jour en conduisant l’œuvre « jouxte les patrons qu’avéz veuz ».
Quentin refuse de prendre le travail « a pris fait », ne connaissant pas la valeur des matériaux que l’archiduchesse veut y mettre, n'étant pas assuré de vivre jusqu'à l'achèvement des travaux : « Ce seroit le domaige de Madame et de l’euvre laquelle ne se feroit pas si bien a prouffit ». Signé : Pierre QUENTIN, masson de Villefranche.
85. - [1512], 20 juillet, Blois. — Perréal à Marguerite (Arch. Nord, B 18856, n° 30430, original).
L’archiduchesse a du recevoir, par l'intermédiaire de Pierrechon, la « sepulture de pierre, ensemble les ymaiges ». Il espere qu'elles sont arrivées « entières ».
Michel Colombe travaille à l'exécution des dix Vertus travail pour lequel il a été payé par Jean Lemaire d’après un marché qui n'avait pas été préparé par Perréal. « J’ai fait l'ordonnance et patrons pour faire lesdites Vertus. Il est apres. Le bon homme est vieil et fait a loysir et m'est avis que encor sera bien heureux ung meschant ouvrier d’avoir telz patrons. Je ne scay se seréz contante de ce que les ay ainssy acoustré, tant blanchy les ymages que dorëéz ct faire visaiges. S’il vous plaisoit me mander.... que ainssy fisse les Vertus.... ce me sera plaisir. Mais je doubte que pour le temps vous estes lasse de Jehan de Paris, tant par parolles raportées que aultrement.. Puisque ainsy est que de moy n'avez plus affaire.., il vous plaise me commander et mander si je feray les Vertus blanches, comme la reste que vous ay envoyées... ».
Le GLay, Nouv. analectes, p. 339 à 340. Duray, Observations, 1853, p. 9 et 10. Duray, Notice, 1879, p 46 à 48. Duray, Église de Brou, 1" édit. 1867, p. 160 à 163; 2° édit. p. 156. Lemaire, édit. SrecHer, t. IV, p. 387 à 389. BanceL, Perréal, p. 222 à 224. Finor, Van Boghem, p. 202 (extrait). CHaArveT, Perréal, p. 88 à 89. Router, M. Colombe (1884), p. 70. MauLpe, J. Perréal, p. 49 (citation).
CHARVET, n° XLI. Viry, p. 492. Noper, n° 61.
86. - 1512, 2 août, Bourg. — Anselme Cara, religieux à Brou, à [Louis Ocquin], aumônier de Marguerite (Arch. Nord, B 18840, n° 29076, autographe).
Les moines, toujours aussi mal logés, sont malades de chaleur. Nécessité de s'installer dans les nouveaux bâtiments l'hiver prochain.
87. -[1512}, 23 août, Chambéry. — Jean de Tournay à Marguerite (collection non désignée).
Jean de Tournay, ayant appris, à Lyon, par Jean de Paris, que la place de « solliciteur » des édifices de Brou était vacante depuis le départ de Lemaire, brigue cette charge.
Préambule très littéraire avec allusions à la vie de Marguerite d'Autriche. RAHLENBECK, dans Messager sciences historiques Gand, 1852, pages 60 à 63; Bull. Soc.
histoire Tournai, t. III, 1853, pages 166 à 170. Sur la restitution de la date, cf. BRUCHET, dans Bull. com. flam., 1926, page 231.
88. - [1512, août]. — Marguerite à Chivilliard (Arch. Nord, B 19182, n° 44536, minute).
L'archiduchesse a communiqué le « patron et pourget » de l’église qu’elle entend faire à Brou à un maître maçon [Louis van Boghem]. Ce dernier se rendra sur place à la fin du mois d’août pour étudier le terrain des fondations, et pour faciliter son examen, On devra avant son arrivée faire une tranchée sur une longueur de dix toises.
Il se rendra compte des ressources qu'il trouvera sur les lieux en ouvriers et maîtres maçons et verra aussi l’albâtre destiné aux sépultures. Il fera ensuite son rapport avant que l’archiduchesse ne passe marché avec lui.
Chivilliard fera toute diligence pour s’approvisionner de pierres ct autres matériaux destinés à la construction de l'église qu'il faudra commencer dès le mois de mars, Marguerite désirant « la perfection d'icelle estre le plus tost qu'il sera possible ».
Cocxix et Brucuer, pages 50 et 51.
89. - 1512, 9 septembre. — Chivilliard à Marguerite (Arch. Nord, B 18840, n° 29195, original).
Les matériaux rassemblés sont si nombreux que la place manque pour les loger. Les religieux ont empêché les tranchées ordonnées par l’archiduchesse pour permettre l'examen du terrain au maître maçon que l'on attend. Chivilliard a fort à faire pour essayer de « contenter chescum ». On commence à mettre dans les voûtes [du couvent] les armoiries de l’archiduchesse.
BrucxeT, Marguerite d'Autriche. Cocuin et Brucuer, page 51, note I (extrait).
90. - [1512], septembre ?]. — Marguerite à [Laurent de Gorrevod ?] (Arch. Nord, B 19182, n° 44539, minute).
L’archiduchesse désire que les « maistres maçon et ymaigier qui s’en doyvent aller en Bresse, tant pour le fait de l’eglise de nostre couvent de Brou que pour la sepulture que y entendons fere » puissent partir en compagnie de Louis Barangier et soient convoqués devant elle à Malines avec le « pourtraict de ladicte sépulture » en présence du personnage auquel cette lettre est adressée.
L'attribution de date est douteuse. Peut-être s'agit-il du premier voyage de Van Boghem à Brou nécessitant l'intervention de Barangier pour introduire le maître maçon auprès du Conseil de Bresse et des religieux.
91. - 1512, octobre [avant le 10], Malines. — Marguerite aux religieux de Brou (Arch. Nord, B 18856, n° 30471, minute).
L'archiduchesse annonce la prochaine arrivée de [Louis Van Boghem], « maistre masson qui est ung bon et experimenté maistre et des meilleurs qui soient par deça » I] visitera l'édifice de Brou, chargé de faire un « rapport de toutes choses, et s'il vouldra entreprendre la taille de la pierre qui sera necessaire tant pour l’esglise que pour les sepultures ». Elle desire qu'il soit reçu « benignement, et qu'on lui donne toute l'assistance nécessaire. Barangier est complètement renseigné à ce sujet.
Elle exprime le désir que l'on fasse transporter à Brou, pour l’ensevelir, le corps de frere « Aureille » homme de bonne et saincte vie ».
Observation : La minute est datée de 1512, octobre Malines. Elle est antérieure
au 11 octobre, Margucrite, d’après son itinéraire, ayant quitté cette ville la veille. Une autre minute, non datée (B 19182, n° 44525), était destinée à aviser Chivilliard, Vionet et Barangier.
Quelques-unes de ces lettres, dont les destinataires ne sont pas identifiés, sont publiées dans Duray, Dissertalion, 1847 ; Duray, Église de Brou, 1867, p. 165 ; 2° édition, p. 160. Cf. Duray, dans Journal agriculture Ain, 1865, p. 90. Znvent. somm. arch. Nord, t. 1V, p. 331 (mention). Finor, Van Boghem, page 205 (mention).
Cnarver, n° XLIII. Noper, n° 63.
92. - [1512], 17 octobre, Blois. — Perréal à Marguerite (Arch. Nord, B 18856, n° 30469).
Perréal, après avoir « blanchi » les patrons de la sépulture de Brou exécutés par Michel Colombe, les a fait parvenir à l'archiduchesse par Pierrechon, son valet de chambre. Il aurait désiré savoir si elle était satisfaite et connaître son avis pour savoir s’il fallait commencer l’église et « bien achever l’œuvre ».
Il ne peut s'empêcher d'écrire à la douairière « car amour ancienne me constraint, et ce sçavéz. Mais a present, je cognoy que vous querëéz a me rebuter.…. Bien congnoys que de vous ce ne vient, mais, comme j'ay piessa mandé à Monseigneur maistre Loys Barangier, il ne me chault des parleurs inventeurs de menteries, tant pour Jehan Le Maire dont vous pensez par raport que soie cause, car luy meismes m'a menassé a batre ou tuer depuis Pasques enssa, pour ce que je luy ay remonstré sa nativité, sa nourriture, et la bonté de la dame qui bien le traitoit, qui est vous, Madame, qui l'avez levé et geté hors de la poullerie et pauvreté, tellement que chascun le congnoist tel qu’il est et s’en est, alé demourer en Bretaigne pour ce que chascun le note. Et avant qu'il soit guicre, en orrez chanter mauvaise chansson, ct plus n’en dis d’aultre mot. Je croy que n’avez plus en moi nul vouloir a l’occasion d’aulcuns raporteurs, comme l'on m'a dit d'un quidem qui vous a raporté tant et tant de menteries que tout n'en vault rien ».
Perréal espère que l’archiduchesse n’ajoutera pas foi aux mensonges, sachant qu'il a toujours travaillé « non pour les biens mais pour amour et honneur ». Il la supplie de lui faire savoir s’il doit désormais s'abstenir de lui écrire. « Et me fera mal a jamais avoir perdu l’amour de telle dame que toute ma vye j'ay aymée et que j'aymeray ». Signé : JEHAN de PARIS, p. d. m. d.
Le GLay, Nouveaux analectes (dans Mém. Société sciences Lille, année 1850), pages 341 et 342. Duray, Observations sur la correspondance de Jean Perréal (Bourg, 1853, ext. Journal agricult. Ain), pages 10 et 11. Duray, Eglise de Brou, 1re édition (1867), p. 163 ; 2° édition, page 159. Durav, Essai sur Perréal (1864), p. 77. Duray, Église de Brou et ses tombeaur (1867), p. 163. Duray, Notice sur l'église de Brou (1879), pages 49 à 51. CHARvVET, Perréal. p. 89 et 90. BaxceL, Perréal, p. 224 à 226. FixorT, Van Boghem, p. 203 et 204. LEuaIRE, Œuvres, édit. Srecner, tome IV, pages 389 à 391. Becker, Lemaire, page 205 (mention), Spaa&, Lemaire (1926), page 100 (citation).
CrARvET, n° XLII. Virry, p. 492. NoDer, n° 62.
93. - 1512 [octobre]. — Barangier à Marguerite (sans référence).
On attend à Brou l’arrivée du « maistre masson ». Barangier fait l'éloge de la comptabilité des travaux tenue par Chivilliard. Les dépenses faites depuis le début s'élèvent à 50.000 florins de Savoie.
Duray, Dissertation, 1847, documents sur Brou, pièce VII. Noper, dans Annales Societé émulation Ain, t. XLIIT, 1910, p. 128 (extrait).
94. - [1512], 4 novembre, Bourg. — Chivilliard à Marguerite (Arch. Nord, B 18963, n° 37407, ancien G Brou).
Louis [Van Boghem] portera la présente lettre à l’archiduchesse, et lui fera un rapport, ayant visité le couvent et l'emplacement destiné à l'église. Chivilliard, renouvellera la provision de pierre destinée aux fondations de l'église, aux tabernacles, aux écussons, aux armes de Marguerite, ainsi qu'il en a été prié par Van Boghem qu’il a logé en sa maison et qu'il a nourri sans oublier le vin « et du meilleur affin, quant il sera icy de retour, qu’il est causse de plus demeurer pour adresser vos afferes ».
Chivilliard a averti le Conseil de Bresse, cn présence de Barangier et de Van Boghem, de la nécessité d’avoir un aide pour noter chaque jour l'arrivée des matériaux et chaque samedi les dépenses et les salaires.
Finor, Van Boghem, page 208 (extrait).
CHanver, n° XLV. Noper, n° 64.
95. - 1512, novembre [avant le 15], Dôle. — Barangier à Marguerite (Arch. Nord, B 2225, n° 76413, original avec cachet).
Louis [van Boghem] a trouvé « tres beau et bien ordonné » l'édifice de Brou. Il a examiné l'emplacement destiné à l’église, estimant qu'il n’y aurait pas lieu de la construire sur pilotis. Il la reculera de 15 ou 20 pieds loin du couvent, pour ne pas cacher la vue du dortoir et pouvoir faire plus belles les chapelles et la sacristie.
Un oratoire pour l’archiduchesse pourrait être fait au-dessus de la sacristie.
Les chapelles seraient placées à l'opposé de l'édifice déjà construit. Le maître maçon entend faire une chapelle « qui sera ung chief d’euvre et pourréz descendre par dessubz le jubilé... en vostre chapelle, de laquelle pourréz veoir par dessubz vostre sepulture au grand haulté.., ».
Barangier conseille de renoncer à faire un « nouveau maisonnement » pour l’archiduchesse du côté de sa chapelle. Il est plus urgent de commencer l'église attendu que les moines sont maintenant bien logés. Ce travail pourrait durer cinq ans. Le maître maçon a essayé avec succès le marbre amené à Brou et désire en avoir 30 à 40 blocs pour commencer les sépultures et la chapelle de l'archiduchesse.
Nécessité d'avoir un contrôleur de la comptabilité des travaux, les ouvriers ne travaillant plus à forfait (tâche) mais à la journée.
Duray, Dissertation, 1847, documents sur Brou, pièce VIII. Duray, Æglise de Brou, 1867, p. 166 à 171; 2° édit. 1879, p. 161. Duray, Æssai sur Perréal, 1864, p. 92 à 94. BanceL, Perréal, p. 226 à 228. CHarver, Perréal, p. 91. Finor, Van Boghem, p. 207. Inc. somm. Arch. Nord, t. IV, p. 331 (mention).
CHARveT, n° XLIV. Viry, Colombe, p. 492. Noper, n° 65.
96. - (1512, 30 novembre]. — Marguerite à [Chivilliard]. (Arch. Nord, B 19182, n° 44524, minute).
L’archiduchesse a commandé au maître maçon [Van Boghem] un beau «patron» de l'église, pour pouvoir faire commencer les travaux au prochain carême. L'adoption du travail à la journée nécessite le concours d’un contrôleur. Le greffier Le Guat a été chargé de cette mission et secondera Chivilliard.
Sur le même sujet, voir une autre minute de l’archiduchesse, non datée et sans
indication de destinataire (Arch. Nord, B 19182, n° 44523). Sur la nomination de [Le Guat] comme contrôleur, voir une lettre de Marguerite à Barangier du 30 novembre [1512] (Arch. Nord, B 18838, n° 28513 et B 18837, n° 28309).
Duray, Dissertation, 1847, pièce IX.
97. - 1512, 24 décembre, Malines. — Mandement de Marguerite concernant la démolition de la chapelle Tarlet à Brou (Arch. Nord, B 2222, fol. 131, copie officielle vérifiée le 26 décembre 1512).
Une indemnité de 200 florins de Savoie est allouée à Philibert Tarlet, seigneur d’Aiguerande et à Claude Tarlet, seigneur de Marmont, pour le transfert à N.-D. de Bourg de la chapelle et du « charnier » qu'ils avaient dans l’ancien couvent [St-Pierre] de Brou, dont l'emplacement était nécessaire aux nouvelles constructions.
Voir aussi un mandement de décembre 1511 (Arch. Nord, B 18837, n° 28377 et B 19100, n° 42576, ainsi qu'une lettre du Conseil de Bresse du 30 septembre [1511] (Ibidem, B 19175, n° 44304).
Ino. somm. Arch. Nord, tome IV, page 329 (analyse). Noper, n° 65 his (avec référence inexacte).
98. - [1513], 14 mars, Brou. — Anselme (Cara), prieur de Brou, à Marguerite (Arch. Nord, B 19102, n° 44561], original).
Le prieur félicite l’archiduchesse de la décision qu'elle a prise d'envoyer bientôt un maître ouvrier [Van Boghem] pour commencer les travaux de l'église.
Cf. Lettre des religieux à Marguerite du 2 mai [1513] (Arch. Nord B 19182,
99. - 1513, 2 mai, Bourg. — Barangier à Marguerite (Arch. Nord, B 18858, n° 30626, original).
Eloge de Chivilliard. « Il vous sert tres bien et Ilealment et vouldroye que eussiés
veu vostre beal couvent et grant apprest qu'il a fait pour vostre eglise et ce vous seroit grande consolation ».
Duray, Dissertation, 1847, documents sur Brou, pièce XI.
100. - [1513, avant juin]. — Conventions passées devant l’échevinage de Bruxelles entre Marguerite et Louis Van Boghem au sujet de la construction de l’église de Brou (acte perdu, mentionné dans un mandement du 3 juin 1513, Arch. Nord, B 2230, fol. 5).
101. - 1513, 1° juin, Bruxelles. — Mandement de Marguerite fixant à 900 francs les gages annuels de Louis Van Boghem (Arch. Nord, B 19182, n° 44560%, copie contemporaine authentique suivie du visa
du Conseil des finances du 4 juin suivant; copie contemporaine à la date du 3 juin 1513 aux Arch. Nord, B 2230, fol. 5).
L’archiduchesse a passé « naguaires » devant la « loy » de Bruxelles un «traicté » avec « maistre Loys van Beughem, maçon, pour soy transpourter en nostre couvent
de Broux lez nostre ville de Bourg en Bresse et pour conduire et ordonner les ouvraiges de l'eglise que y desirons et voulons fayre construire et cdiffier, selon les pourtraictz que luy en avons baillé, sans delaisser ne habandonner lesdicts ouvraiges jusques ladicte eglise soit entierement parfaicte de massonnerie ».
Van Boghem recevra par an 500 francs de 20 sous le franc, l’écu d'or au soleil ayant cours pour 38 sous et ses gages commenceront à courir du 5 septembre prochain et seront payés par Louis Vionet, trésorier du douaire de Marguerite, auquel il devra produire la copie de son marché.
Ino. somm. Arch. Nord, t. IV, page 335. Finot, Van Boghem, p. 227. JarriN, Brou dans Annales émulation Ain, 1887, p. 391. FERRET, i0idem, 1911, p. 156 (citation). Tous ont publié le document à la date inexacte du 3 juin.
102. - 1513, 3 juin, Bruxelles. — Mandement de Marguerite concernant la pension de Louis Van Boghem (Arch. Nord, B 2230, fol. 4, copie officielle contemporaine).
Paiement par anticipation d’une somme de 125 francs, trimestre de la pension qui court à partir du 5 juin 1513.
Inv. somm. Arch. Nord, t. IV, page 333 (citation). JARRIN, Brou, dans Annales Société
émulation Ain, 1887, p. 389. Fixor, Van Boghem, p. 226 et 227. CHanver, n° XLVII.
103. - 1513, 3 juin. — Mandement de Marguerite concernant l'achat d’un cheval pour Van Boghem (Arch. Nord, B 2230, fol. 3 verso, copie officielle contemporaine).
Allocation de 20 livres de 40 gros assignée à Louis van Boghem, « maistre masson de notre couvent de Brouz » pour l’achat d’un cheval « pour aller audit lieu de Brouz faire construyre et ediffier l’eglise que y voulons et entendons faire faire ».
Ino. somm. Arch. Nord, t. IV, page 333 (citation). Fixor, Van Boghem, pages 225 et 226. JaRRIN, Brou, dans Annales Société émulation Ain, 1887, p. 388. CaarverT, n° XLVI.
104. - 1513, 3 juin. — Promesse faite par Marguerite au sujet de la rançon de Van Boghem (Arch. Nord, B 19182, n° 44560", minute signée ; n° 44560", fol. 2 verso, copie contemporaine ; ancien
G. Brou) (!).
L'archiduchesse s'engage à payer la rançon de « Loys van Beughem », maïtre maçon de Brou, qu'elle envoie pour construire l'église, ce dernier redoutant « que, pour raison de guerres, esmocions et divisions regnans presentement entre les princes et leurs pays et subgectz, l’on ne luy face quelque moleste sur le chemin, veu que pour aller audict lieu de Brouz, luy convient passer par divers pays... ».
FinorT, Van Boghem, page 228.
CHARvET, n° XLVIII.
(1) L'ancien G. Brou avait été constitué facticement en 1886 avec des éléments tirés de la Chambre des comptes de Lille pour former un article concernant les augustins de Brou, placé par mégarde dans la série du clergé séculier. Ces documents ont été réintégrés en 1914 dans le fonds primitif (Chambre des comptes de Lille, papiers de la Chancellerie de Marguerite B 19181 sq. et B 20047).
105. - [1513, juin ?], — Marguerite à Chivilliard (Arch. Nord, B 19182, n° 44549, minute).
Marguerite envoie à Chivilliard les « patrons » de l’église pour qu’on puisse s'assurer si l'exécution des travaux, qui est imminente, sera conforme à ces documents. L'archiduchesse se réjouit des bonnes réponses faites par l'abbé de St-Claude, par monseigneur de Nantua et par le prieur de la Grande Chartreuse au sujet des bois qui leur avaient été demandés (cf. Arch. Nord, n°° 44530 à 44532).
106. - [1513], 15 juillet, Brou. — Anselme Cara, prieur de Brou, à Marguerite (Arch. Nord, B 19184, n° 44565, original).
Le prieur est heureux de l’arrivée de Louis [van Boghem] pour la direction des travaux. L'office divin se célèbre dans la sacristie neuve depuis le 24 juin.
« L’eglise vielle et la maison ancienne sont abbatus et a l'on esgallé la place de l'eglise tellement que l'on est apres à foer la terre pour commencer à fonder selon les mesures et cordeaulx mis et apposéz par ledit maistre Loys ».
107. - 1513}, 19 juillet, Bourg. — Louis van Boghem à Marguerite (Arch. Nord, B 19007, n° 39085, original).
On a terminé la démolition des bâtiments dont l'emplacement doit servir à ériger la nouvelle église. On a déjà tiré les « cordeaulx de la plate forme ». On commencera demain à creuser les fondations. L'évêque de Maurienne [Louis de Gorrevod] assistera à la cérémonie de la pose de la première pierre. Van Boghem fera le « pourtrait » de toute l’église ainsi que les « montans » et les portera à l'archiduchesse. Signé : LowycH van BoGHEM (avec paraphe centre les syllabes du prénom).
.Cocxin et BRUCHET, page 50, note 1.
108. - 1513, 25 octobre, Brou. — Anselme Cara, prieur de Brou, à Marguerite (Arch. Nord, B 18860, n° 30960, autographe).
Eloge du maître maçon Louis [van Boghem] « Piacesse a Dio fusse venuto piu presto per bene di tuta la fabrica del convento vestro... ».
109. - 1514, 9 février, style de Rome, Bruxelles. — Mandement de Marguerite concernant les subventions allouées pour les travaux de Brou (Arch. Nord, B 2230, fol. 39, copie officielle contemporaine, acte vérifié le 16 février 1514). |
Etienne Chivilliard, maître des œuvres de Brou, recevra une assignation de 10.000 florins de Savoie, petit poids, moitié sur l’amodiation du Pays de Vaud, moitié sur le comté de Villars, sauf à en rendre compte à la Chambre des comptes de Bresse après avis du contrôleur Leguat et du maître maçon [van Boghem|, la dite allocation remplaçant celle de 8.000 florins précédemment assignée.
JARRIN, Brou, dans Annales Société émulation, Ain, 1887, p. 392.
110. - 1514 [après mars]. — Louis Vionet, trésorier de Bresse, à Marguerite (sans référence).
Vionet réclame le remboursement des sommes qu’il a payées pour les travaux de Brou, salaires d'ouvriers et matériaux depuis le mois d'août 1513 jusqu'au mois de mars suivant, depuis la maladie et mort de Chivilliard, maître des œuvres, jusqu’à l'installation de Guillermin [de Maxin].
Duray, Dissertation, 1847, documents sur Brou, pièce XIV. |
111. - [1514], 10 mai, Brou. — Anselme [Cara], prieur de Brou, à Marguerite (Arch. Nord, B 19184, n° 44562, original).
Le prieur insiste pour que Van Boghem puisse, par une résidence continuelle, assurer la prompte exécution des travaux.
Finor, Van Boghem, page 212 (extrait attribué à l’année 1515).
112. - 1514, 23 mai, Bourg. — {Chivilliard] à Marguerite (Arch. Nord, B 18963, n° 37392, original).
Suivant le désir exprimé par l'archiduchesse, Chivilliard lui envoie le compte des travaux de Brou, vérifié par la Chambre des comptes de Bourg avec le double des pièces de dépenses. Il reste dû à Chivilliard 1117 florins, ce dernier ayant été obligé, en engageant ses propres biens, de faire des approvisionnements de matériaux l'hiver précédent. « Si vous trouvés que j'aye prouffité sur vous ne sus aultre personne quelques deniers que j'aye livré d'ung seul liard, je vous remectz ma personne et mes biens a vostre voulenté,. . .».
113. - (1514, avant octobre]. — Règlement concernant le contrôle des travaux de Brou (Arch. Nord, B 2236, n° 77251, minute).
Chivilliard sera constamment sur le chantier, soit pour recevoir les matériaux, soit pour payer les ouvriers et sera le scul à manier les fonds. Le maître maçon « Crestin » s'occupera des travaux sous la direction de Van Boghem, mais n'aura pas qualité pour payer. Eviter les fraudes de paiements dans le travail à la journée. Le contrôleur Pierre Le Guat assistera aux marchés des matériaux ainsi qu'à la paie des ouvriers.
Ino. somm. Arch. Nord, t. IV, page 338 (mention). Finor, Van Boghem, pages 210 à
211 (extrait). BRUCHET, Marguerite d’ Autriche. CHarver, n° XLIX.
114. - 1514, 20 octobre, Brou. — Anselme Cara à Marguerite (Arch. Nord, B 19184, n° 44568, original).
Activité des travaux de Brou sous l'impulsion de Louis [van Boghem}, « homme fort vertueulx et merveilleusement expert en son art ».
Finor, Van Boghem, page 211.
115. - 1515, 30 janvier, style de Rome, Bruxelles. — Commission de « maistre des ouvraiges » de Brou, délivrée par Marguerite à
Guillemin de Maxin, son huissier de chambre, en remplacement de feu Etienne Chivilliard (Arch. Nord, B 19031, n° 40156, minute ; copie contemporaine non datée, B 19182, n° 44560).
Guillemin, dont les émoluments annuels étaient fixés à 300 florins de Savoie petit poids, devait « solliciter lesdits ouvraiges », recruter et payer les ouvriers, acheter les matériaux, le tout après avis du « maistre masson » et celui du « contrerolleur ». Il devait aussi recevoir les subventions assignées par l'archiduchesse, prêter serment, fournir caution, et rendre son compte devant la Chambre des comptes de Bourg.
Cocuin et BRUCHET, page 51, note (extrait).
116. - 1515, 1° février, style de Rome, Bruxelles. — Mandement de Marguerite portant à 550 francs les gages annuels de Van Boghem (Arch. Nord, B 19182, n° 44560, fol. 1 verso, copie contemporaine authentique ; B 2230, fol. 96, copie incomplète avec attestation de vérification du 2 février).
Le « traicté » que l'archiduchesse avait passé avec Van RBoghem pour la construction de l’église de Brou, selon les « pourtraictz » qu'elle en avait fait faire, portait que le maitre maçon résiderait à Brou mais à condition de pouvoir faire dans les Pays-Bas deux voyages annuels « pour entendre a ses affaires particuliers », l’un en été, l’autre en hiver.
Marguerite, ayant appris que, « quant ledict maistre Loys vient par deça a sesdictes affaires, lesdicts ouvraiges dudict couvent de Brouz cn sont fort retardéz et ne sont si bien dresséz ne conduictz que en sa presence », alloue au maître maçon un supplément de gages de 50 francs à condition de renoncer à son voyage d'été et à ne plus en faire qu'un, en hiver, après la Toussaint, mais cette somme ne sera payée que sur une attestation du contrôleur des travaux faisant connaitre « comme ledict maistre Loys aura residé audict lieu de Brouz et servy ».
Invo. somm. Arch. Nord, t. IV. Fixor, Van Boghem, p. 229 (d'après une copie incomplète). CHARVET, n° LV.
117. - [1515 juillet]. — Marguerite à Guillemin [de Maxin] (Arch. Nord, B 19174, n° 44255 verso).
L'archiduchesse a donné l'ordre à Diégo Florès de délivrer le reste des 4.000 florins nécessaires à l'avancement des travaux de Brou.
À la suite se trouve une autre minute de lettre à expédier à Louis [ Van Bogheml] lui donnant le même avis et l’avertissant qu'il aura à toiser les travaux faits du temps de Chivilliard.
Sur la mort récente de Chivilliard, voir la lettre de la Chambre des comptes de Bourg du 8 octobre [1514] (Arch. Nord, B 19182, n° 44337 ; cf. bad. n° 44535).
118. - [1515], 7 octobre, Lausanne. — [Aimon de Montfaucon], évêque de Lausanne, à Marguerite (Arch. Nord, B 18997, n° 38660, original).
Il a fait envoyer volontiers la « pierre de mabre » nécessaire pour l'édifice de Brou, sur la demande de l’archiduchesse.
119. - [1515], 19 octobre, Bourg. — Le Conseil de Bresse à Marguerite (Arch. Nord, B 19175, n° 44311, original).
Louis [Van Boghem] se rend auprès de l’archiduchesse. Grand progrès des travaux.
Finor, Van Boghem, page 212 (extrait avec attribution à 1513).
120. - [1515], 21 octobre, Bourg. — Le Conseil de Bresse à Marguerite (Arch. Nord, B 19175, n° 44271, original avec cachet).
Louis de Gorrevod a fait son entrée dans sa ville épiscopale de Bourg le 30 août (‘) et tenu le synode le 19 septembre.
L'évêque de Lausanne consent à envoyer le marbre noir dont il avait fait provision pour l'un de ses édifices.
Louis {Van Boghem] se rend auprès de l’archiduchesse après avoir poussé les travaux de Brou très activement. Le Conseil estime que le quart de l'église est exécuté.
Brucner, Marguerite d'Autriche, preuve LXX.
121. - 1515, 24 octobre, Brou. — Raimond Cartier de Cesana (°) à Marguerite (Arch. Nord, B 19184, n° 44582, original).
Activité du chantier de Brou. Les maçons « taillent forse pierre, font murailles, pilliers, portes, fenestres de vostre eglise ».
FinorT, Van Boghem. page 212 (extrait attribué à l’année 1513 avec la lecture Raynaud Cartier de Césarée). Cocxin et BRUCHET, pages 52 et 53 (à la date 1512)?
122. - [1515 ?], 24 octobre, Bourg. — Le Conseil de Bresse à Marguerite d'Autriche (Arch. Nord, B 19175, n° 44315, original).
Louis Van Boghem part dans les Pays-Bas et avertira l’archiduchesse de la bonne marche des travaux.
Les piliers, les murs et les « fenestrages » jusqu’au chœur atteignent déjà une hauteur de 22 pieds. Les « fenestrages » du chœur s'élèvent à celle de 28 pieds. La chapelle de l’archiduchesse est presque entièrement taillée ainsi qu'une grande partie de |” « ymagerie ».
On a extrait 28 pierres de marbre noir et on les a déjà amenées à Genève.
BrucneT, Marguerite d'Autriche, preuve LXXI.
123. - [1516}, 5 juin, Brou. — Raimond Cartier de Cesana à Marguerite (Arch. Nord, B 19184, n° 44572, original).
« Monseigneur de Bourg » [Louis de Gorrevod, évêque de Bourg] « souvent nous
(1) Bourg avait été érigé en évêché le 1° juin 1515. Le nouveau diocèse, supprimé le 22 septembre 1516, fut rétabli le 25 novembre 1521 et définitivement supprimé le 4 janvier 1535. Louis de Gorrevod, frère du gouverneur de Bresse, premier et unique évêque de Bourg était en même temps, depuis 1499, évêque de Saint-Jean-de-Maurienne. Promu cardinal en 1530, il mourut en 1535.
(2) Raimond Cartier avait été réélu prieur de Brou vers 1515.
visite et presque chascun jour, seoir et matin, assistant au divin service. Touchant l'edifice de vostre eglise, tousjours monte hault et s’aprouche du ciel et le faict merveilleusement bon veoir ».
124. - 1516, 7 juillet, Bruxelles. — Mandement de Marguerite allouant à Jean de Bruxelles, peintre résidant en cette ville, une somme de 950 philippus, pour solde de ce qui lui était dû pour les « patrons » des sépultures de Brou (Arch. Nord, B 2266, n° 79063, minute).
Jean de Bruxelles a livré à l’archiduchesse les « patrons » qui lui avaient été commandés pour la somme de 150 philippus, du temps où Diégo Florès exerçait la charge de trésorier général. Ce dernier ne lui avait payé que 20 florins d'or et 20 philippus. Marguerite ordonne de faire payer par Jean de Marnix, son nouveau trésorier, une somme de 50 philippus de 50 gros de Flandre pour solde des patrons livrés entre les mains de l'archiduchesse, laquelle les a envoyés à Brou, à savoir :
1° « ung patron de sepulture de feu mons. de Savoye.…. fait de blanc et noir sur toille ou petit pied ».
2° a ung autre patron aussi grant que le vif, assavoir de quinze piedz hault et quinze piedz large, aussi de blanc et noir sur toille ».
3 « une sepulture moderne de mondit seigneur de Savoye ou petit pied sur perchemin.… »,
4° « une sepulture moderne pour nous montant quarante piedz hault ct vingt piedz de large faicte ou petit pied sur perchemin ».
5° « une aultre sepulture pour Madame Merguerite de Borbon... aussi de quarante piedz hault et vingt piedz large ou petit pied sur perchemin ».
6° « ung visaige de feu mondit seigneur de Savoye sur ung tableau à l'uille aussi grand que le vif, et pluiseurs autres petis patrons ».
Observalion. La minute de ce document est constituée par un ancien mandement sur parchemin, lacéré, incomplet du début, couvert de ratures et d’additions de la main de Marnix et qui portait la date du 1* juillet. La mention relative à Diégo Florès ne permet pas de savoir à quelle date ont commencé les travaux de ces patrons, puisque ce personnage était encore en fonctions le 17 octobre 1515 (Arcb. Nord, B 2230, fol. 115) c’est-à-dire peu avant la date de notre texte. Jean de Bruxelles est appelé dans d'autres pièces Jean de Roome ou Jean Van Roome.
DE Quinxsonas, Matériaux pour servir à Phistoire de Marguerile d'Autriche, tome 11 (Paris 1860), page 377 (à la date du 1° juillet). Znvent. somm. Arch. Nord, tome IV, page 349 (extrait, même date). PincHarr, dans Bull. Commission royale,art et archéologie (Bruxelles 1865), tome IV, page 337. Houpoy, dans Gazette des Beaux-Arts, tome V (année 1872), pages 515 et 516 (identifie à tort Jean de Bruxelles avec Jean Vermay). MicHieLs (Alf.), L'art flamand dans P Est et le Midi de la France (1877), page 224 (identifie le personnage avec Jean de Roome). JARRIN, dans Annales Soc. émulat. Ain, t. VI, 1873, page 280. DE MÉLy, dans Arts anciens de la Flandre, tome VI (1912-1913), page 4. Finor, Van Boghem, page 213 (extrait).
CHanveT, n° LVI. Nover, n° 66 et 67 (l’auteur ne s’est pas aperçu qu’il n’y avait qu'un texte dont la date avait été raturée).
Sur Jean de Roome : WaurTers (A. J.), Jean van Roome dit Jean de Bruxelles, Bruxelles, 1904 (ext. Za Gazette, 21 sept. 1904); cf du même notice dans Biographie nationale de Belgique, 1. XX, 1908-1910, col. 23 à 35, avec bibliographie. Taréry (A.). Les inscriptions el signatures des tapisseries du peintre bruxellois, Jean de Bruxelles, appelé aussi Jean de Rome, peintre de Marguerite de Savoie. Louvain, 1907, 2 vol. in 4° avec 29 planches. (cf. Congrès archéologique de Gand, 1907). NoneT, T'ombeaux de Brou, pages 12, 24 à 27.
125. - [1516], 13 août, Noyon. — [Artus Goufier (‘), seigneur de] Boisy à Marguerite (Arch. Nord, B 940, n° 23999, original).
Boisy, dans cette lettre de recommandation, fait allusion à la devise de Marguerite : « Et vous plairra, Madame, avoir souvenance que celuy qui feut cause de faire fere le petit livre, là ou il y avoit pourquoy s’est que Fortune infortune fort une vous feroit de tres bon cueur service ».
Anal ysé ainsi dans Znvo. somm. Arch. Nord (Lille, 1906), t. I, 2° partie, p. 93, col. 2: «Noyon, le 12 août, sans date d'année, vers 1505: Requête adressée à l’archiduchesse Marguerite par le sieur d’Oisy (?) pour un objet indéterminé ».
Publié dans BRUCHET, À propos de lettres mal datées de la Chancellerie de Marguerite d'Autriche (Mélanges Pirenne, Bruxelles, 1926), page 57, avec une discussion sur la restitution chronologique.
126. - 1516, 9 octobre, Bourg. — (Conventions concernant l'extraction de la pierre de la carrière de Ramasse (Arch. Ain, H 614, original).
Pierre Gringoz et Barthélemy Julliard s'engagent à fournir à Guillemin de Maxin. « maistre des euvres », du 15 mars au 1° novembre 1517, un millier de quartiers de pierre de Ramasse (?) à raison de 14 florins par centaine de quartiers. L’extraction de la carrière sera réservée aux travaux de Brou.
Baux, Recherches (1844), p. 63 à 65. Baux, Hist. de Brou (1854), page 382. CHaRrveT, n° LVII.
127. - 1516, 25 octobre, Bourg. — Guillemin de Maxin à Marguerite (Arch. Nord, B 2266, n° 79060, original).
Maxin demande un auxiliaire pour aller chercher au dehors les matériaux nécessaires à Brou et désire que l’archiduchesse examine le double du compte des travaux qui lui sera porté par Louis [Van Boghem]. Ce compte a été dressé sur l'ordonnance de ce dernier et après avis du contrôleur des travaux.
Van Boghem se rend dans les Pays-Bas après avoir poussé les constructions avec une telle activité que c’est « une chouse merveillieuse ».
Duray, Dissertation (1847), documents sur Brou, pièce XVI, Jno. somm. Arch. Nord, t. IV, p. 349 (mention). Finor, Van Boghem, p. 213. JarriN, Brou, dans Annales Société émulation Ain, 1887, p. 393.
128. - 1517, 5 mars, style de Rome, Bruxelles. — Mandement de Marguerite à Guillemin de « Maxin », maître des œuvres de Brou (Arch. Nord, B 19181, n° 44463, minute).
L’archiduchesse autorise Maxin à acheter 200 pieds de chêne pour les combles
(1) Artus Goufer, seigneur de Boisy (né vers 1475 + 1520), avait connu l'archiduchesse en Touraine quand il était enfant d'honneur de Charles VIII. H devint gouverneur de François Ier en 1503, lequel le nomma grand-maitre de son hôtel quand il fut roi de France. 1] négocia le traité de Noyon en 1516. C'était un lettré. Ce serait lui qui aurait donné à François 1* la devise de la Salamandre. Vazer de Virvize dans Hærer. Nouvelle birgraphie générale, tome VI (Paris 1854), col. 473.
(2) Ain, art Bourg, ce Cevyzériat.
du chœur de l’église et pour ceux de la chapelle de Marguerite, ainsi que pour l « allée » du dortoir, travaux à exécuter dans la présente année. Une somme de 200 écus d'or sera allouée pour ces dépenses, indépendamment des 12.000 florins de Savoie affectés à l'œuvre de Brou.
129. - 1517, 10 mars, style de Rome, Bruxelles. — Mandement de Marguerite concernant Louis van Boghem (Arch. Nord, B 19181, n° 44464, minute, B 19182, n° 44560, copie contemporaine authentique).
L'archiduchesse promet à « maistre Loys van Beughen, de ceste ville de Bruxelles, principal maistre et conducteur de l’ediffice et couvent que faisons fere
a Brouz-lez-Bourg-en-Bresse », une gratification de mille livres de quarante gros, monnaie de Flandre, quand les travaux seront terminés.
Finor, Van Boghem, page 229 ; cf. p. 214.
CHARVET, n° LX.
130. - 1517, 1° août, Bourg. — Le Conseil de Bresse et la Chambre des Comptes de Bourg à Marguerite (Arch. Nord, B 19176, n° 44323, original).
Guisbert, « ymageur de Brou », blessé dans une querelle, a été convaincu d’avoir été « promoteur des paroles et de faict ».
Duray, Dissertation, 1847, documents sur Brou, pièce XVII.
131. - 1518, 20 février, style de Rome, Malines. — Mandement de Marguerite portant allocation à Guillemin de Maxin, maître des œuvres de Brou (Arch. Nord, B 2279, n° 79661, minute).
Somme de 700 florins de Savoie petit poids pour acheter le bois nécessaire à l'édifice du couvent.
132. - 1518, 11 mars, style de Rome, Malines. — Mandement de Marguerite allouant une gratüfication à Louis Van Boghem (Arch. Nord, B 2278, fol. 12, copie officielle contemporaine; cf. B 2279,
Somme de 12 livres de 40 gros assignée au maître maçon de Brou, pour se faire un pourpoint de velours noir.
Invo. somm. Arch. Nord, t. IV, page 355 (mention).
133. - 1518, 10 juin, Anvers. — Mandement de Marguerite allouant diverses gratifications (Arch. Nord, B 2278, fol. 32, copie officielle contemporaine ; B 19181, n° 44466, minute).
Louis van Boghem, maître maçon de Brou, 120 florins ; Guillemin de Maxin, maître des œuvres, 80 florins ; Claude Combet, docteur en droit, 200 florins.
Ino. somm. arch. Nord, t. IV, page 355 (mention). JARRIN, Brou, dans Annales Société émulation Ain, 1887, p. 394 à 396.
134. - 1518, 5 novembre, Bruxelles. — Mandement de Marguerite allouant au couvent de Brou un don de 400 florins (Arch. Nord, B 19181, n° 44472, copie contemp. ; cf. n° 44468 et B 2278, fol. 62 v.).
Travaux pour le puits du second cloître. Grille de la fenêtre du vestiaire. Charroi de terre sur les « celles » du dortoir des religieux. Enlèvement de la terre du cloître.
135. - 1518, 6 novembre. — Mémoire adressé par le Conseil de Bresse à [Jean de Marnix|, seigneur de Toulouse (Arch. Nord, B 19177, n° 44386, original rongé).
Marnix est chargé d’avertir l’archiduchesse de diverses questions administratives. On lui envoie les « pourtraictz » de ce qui est déjà fait de l’église de Brou, ainsi que les autres « pourtraictz » des bâtiments conventuels déjà « perfaictz » pour les montrer à Marguerite et en faire ce qui lui plaira. Le peintre demande pour son travail au moins six écus.
136. - 1519, 14 juillet. — Mandement de Marguerite relatif à Louis Van Boghem (Arch. Nord, B 2278, fol. 102, minute).
L’archiduchesse alloue à Van Boghem, 350 livres de 40 gros, pour la pierre blanche destinée au chœur de N.-D. des Sept-Douleurs, que Marguerite fait édifier près de Bruges (‘). Anne Deckeleye, femme de Van Boghem, pourra passer quittance en l’absence de son mari, retenu à Brou jusqu'au mois de novembre.
Ino. somm. Arch. Nord, t. IV, page 357. Finor, Van Boghem, page 214. Caarver, n° LIX (à la date du 8 mars 1517).
137. - 1521, 6 avril, Malines. — Mandement de Marguerite concernant les gages de Louis Van Boghem (Arch. Nord, B 19007, n° 39086, minute).
L'archiduchesse enjoint au trésorier Vionet de payer intégralement les gages de Van Boghem, bien que ce dernier n’ait pu se rendre à Brou, dans le délai fixé par son contrat, son départ ayant été retardé sur l'ordre de Marguerite.
138. - [1521], 2 septembre, Bourg. — Pierre de Marnix (*) à Marguerite (Arch. Nord, B 18830, n° 25844, autographe).
Le reliquat de 1500 florins sera insuffisant pour continuer les travaux, qui risquent d’être arrêtés dès le premier novembre faute d'argent. La dépense augmente « a cause que fault monté les ouvraiges desja bien en hault ». L'œuvre
(1) Marguerite avait eu le projet de se retirer dans ce couvent de religieuses de l'Annonciade. Voir les lettres publiées dans Baux, Histoire de l'église de Brou (1854), p. 109 et 110. On trouvera un compte de la construction de ce couvent, du 12 décembre 1524, dans de Quinsunas, Matériaux, t. Il, p. 352 à 361.
(2) Pierre de Marnix, frère du secrétaire Jean de Marnix, après ses études juridiques à l'Université de Turin, devint écuyer tranchant de Marguerite d'Autriche et fut chargé de diverses missions en Angleterre et en Espagne (Arch. Nord, B n° 40134).
a été poussée avec la plus grande activité cette année, suivant le témoignage du Conseil de Bresse, avec lequel il s’est rendu sur place. « Il votent le cueur et desja vostre chapelle est votée et plusieurs aultres et ausi le clocher est bien hault, car desja, pour y monté, il fault monté cent quatre vingtz et quinze degré... ».
Duray, Dissertation, 1847, documents sur Brou, pièce XXII (à la date de 1519).
139. - [1521], 2 septembre, Brou. — Louis de Gleyrens à Marguerite (Arch. Nord, B 19184, n° 44587, original).
Pierre de Marnix a visité les travaux de Brou, le jour de la fête de St-Augustin (28 août), avec le Conseil de Bresse.
Les deux chapelles collatérales du chœur sont voûtées ainsi que les « alées haultes et basses et oratoires dessus et dessoubz du cousté du cloché ». Les gargouilles et les chéneaux sont posées sur ces « alées ». Le clocher a été élevé de 25 pieds. On travaille à voûter le « crepon » du chœur. On fait la voûte qui suit, ainsi que celle de la chapelle de Montcut. On taille les clefs de voûte dans la chapelle de Gorrevod.
Les matériaux préparés sont encore nombreux, notamment la tuile et le plomb pour la toiture, ainsi que le bois pour la charpente. Il serait regrettable, faute d'argent, d'interrompre des travaux menés avec tant d'activité. La réponse de l’archiduchesse devra parvenir avant le départ de Van Boghem, pour que ce dernier puisse donner les instructions nécessaires pour la campagne d'hiver.
Baux, Recherches, 1844, appendice pages 83 à 85. Duray, Mofice, 1844, pages 6 à 8. Baux, Hist. égl. Brou, 1854, p. 404 à 406. Fixor, Van Boghem, page 215 (résumé).
CHaRver, n° LXV.
140. - [1521], 2 septembre, Brou. — Louis Van Boghem à Marguerite (Arch. Nord, B 2319, n° 81894, ancien dossier 4, original).
[Pierre de] Marnix est venu examiner les travaux de l’église de la part de l'archiduchesse. Van Boghem est « bien joyeulx » quand l’archiduchesse fait « bien visiter et regarder », car il croit que les visiteurs lui « feront bon rapport.... pour en veoir en brief la fin ». L'œuvre est en tel état que Ja douairière en a « grant honneur et louange de tous ceulx qui l'ont veue et verront ».
Depuis cinq ans, la subvention allouée annuellement est insuffisante. Pour ne pas licencier actuellement l'atelier, « pourveu de matières et de gens de bien », Van Boghem, avec l'approbation de Louis de Gleyrens, vicaire du couvent, envoie un messager à l’archiduchesse pour savoir quelle détermination prendre avant qu’il ne parte. Il serait désirable que « l’œuvre suyve son train ». Van Boghem souhaite plus encore que l’archiduchesse la fin des travaux, car il voudrait être en sa maison et « tenir bonne compaignie » à sa femme. Signé, LowycH vAN BOGHEM.
Inv. somm. Arch. Nord, t. IV, page 376. JarriN, Brou, dans Annales Soc. émulal. Ain, 1887, p. 399.
141.-1521, 3 septembre, « cité de Bourg ». — Le Conseil de Bresse à Marguerite (Arch. Nord, B 19175, n° 44294, original). Le Conseil a visité les travaux en compagnie de l’écuyer [Pierre de Marnix},
les trouvant très avancés, « mesmement quant aux pierres, tieulles, boys et aultres a ce faisantz preparées et desja largement posées. ... ».
142. - [1521], 23 octobre, Bourg. — Le Conseil de Bresse à Marguerite (Arch. Nord, B 2319, n° 81892, original).
Louis [Van Boghem], maître maçon de l'édifice de Brou, va partir, laissant le double de ses « ordonnances » pour continuer les travaux. Nécessité de se procurer environ 1000 florins si l'on veut éviter de fermer le chantier, qui est en pleine activité.
Durar, Notice, 1844, p. 8 à 10 (à la date de 1522). Duray, Dissertation, 1847, pièce XXV. Zno. somm. Arch. Nord, t. IV, p. 375. JARRIN, Brou, dans Annales Société émulation Ain, 1887, p. 400.
143. - 1522, 30 juillet, Brou. — Procès-verbal dressé devant notaire par le Conseil de Bresse en présence de Pierre Le Guat, s' de Feugière, contrôleur de l'édifice de Brou, de Guillaume de Maxin et de Louis Van Boghem, des travaux exécutés en l’église depuis l’arrivée de ce dernier (Arch. Ain, H 614, original).
Eglise. — Les fondations sont entièrement terminées sauf celles de la façade. Les murs de la nef centrale et ceux des bas côtés, ainsi que ceux des chapelles adjacentes, sont élevés jusqu'à la hauteur des « premieres basses vaultes » (voûtes des bas côtés). Les pierres de taille sont préparées pour les piliers et pour les arcs. La « croisée avec les deux portaulx » (transept) ainsi que le « pillier outre croisée » sont édifiés, sauf les deux pignons, jusqu'à l’arasement du mur de la charpente. Deux des huits grands arcs de la « croisée » sont posés, les autres devaient l'être dans l’année. La maçonnerie du chœur, celle des « deux chappelles de Madame et deux doubles oratoires l’ung sur l'aultre, ensemble deux aultres chapelles a l'endroit du coeur » est achevée ; la charpente est en partie placée et même partiellement couverte. La taille des « ogives des arcs des vaultes du coeur », sauf les clefs de voûtes, et celle des « fermeures et cleres voyes et establement de tout le grand cueur », est achevée, mais non encore posée.
Clocher. — Il est édifié presque jusqu'à la deuxième voûte et la pierre de taille est préparée pour atteindre le sommet de la grande nef.
Tombeau de l’archiduchesse. — Les quatre piles de ce tombeau, la décoration ajourée et la voûte sont presque terminées ainsi que « toutes les imaiges à l'entour », c'est-à-dire la petite statuaire. Mais « reste a faire les bassements des pilliers et et aulcunes pièces non achevées ».
Tombeau de Philibert. — « La pierre de marbre noyr est prest de la moytié taillée et les Vertus a l'entour ».
Tombeau de Marguerite de Bourbon. — Tout est prêt à être posé, « tant ymaiges que aultres ouvraiges » sauf le soubassement de marbre noir et celui des piliers.
Retables. — La statuaire des Mystères du retable des Sept-Joies, les trois statues qui le surmontent et deux autres à placer dans les angles de cette chapelle sont terminées. La statuaire du retable de la chapelle de Gorrevod ainsi qu'un Ecce homo destiné à cette chapelle, celle du retable des Sept-Douleurs ainsi qu'un saint Antoine à placer dans la chapelle de Montcut sont aussi terminés, mais la « massonnerie », c'est-à-dire l'ensemble architectural de chaque retable, restait à faire, sauf pour celui des Sept-Joies, en cours d'exécution. |
Statues diverses. — Trois statues, non encore polies, sont prêtes pour le maîtreautel, ainsi que les statues de Philibert, de Marguerite et de leurs patrons et celle
d'un Ecce homo, toutes destinées au portail de la façade dont les fondations n'étaient pas encore faites. Les deux statues destinées aux portails latéraux sont aussi terminées.
Baux, Recherches, 1844, page 86 à 90. Baux, Mist. égl. Brou, 1854, pages 407 à 412. Finor, Van Boghem, page 215 (résumé). CHanver, Édifices p. 53 à 55 (analyse). Nover, Tombeauz, p. 14.
CHARvET, n° LXVII. Nopgr, n° 68.
144. - 1523, [20] mars, style de Rome, Malines. — Mandement de Marguerite concernant la charge donnée à [Louis de Gleyrens|, prieur de Brou (Arch. Nord, B 2319, n° 81895, ancien dossier 4, minute).
L'archiduchesse donne charge au prieur de Brou de gérer les deniers destinés aux travaux formant une subvention annuelle de 12.000 florins, après avoir destitué de ses fonctions de maître des œuvres Guillemin de Maxin. (Cf. Mandement du 20 mars 1523, B 2308, fol. 22 v).
Duray, Notice, 1844, pages 10 et 11. Znv.somm, Arch. Nord, t. IV, page 376 (mention). JARRIN, Brou, dans Annales Société émulation Ain, 1887, p. 396.
145. - [1523], 14 octobre, Bourg. — Le Conseil de Bresse à Marguerite (Arch. Nord, B 19175, n° 44273, original).
Louis [Van Boghem}] s'en retourne dans les Pays-Bas après avoir beaucoup avancé les travaux au cours de l'année. Il a laissé aux maitres ouvriers de Brou ainsi qu'à la Chambre des Comptes de Bourg des instructions pour la campagne d'hiver. L’archiduchesse pourra en prendre connaissance par la copie qu'il emporte.
« Et trouve l'on les deux portalz de la croysée hors du cueur, pour ce que le cueur est tout couvert, et avec le demorant, faict tres beau veoir ycelle couverture. Et esperons, Madame, que si la chouse se continue en telle sorte, que dedans deux ou troys ans le toui se parfaira jusques aux portalz devant. ».
Observation. La restitution de ce document à l’année 1523 paraît certaine parce que, dans le contexte, il est dit que le sceau de la Chambre des comptes de Bourg était détenu par la veuve de Bon Badel. Ce personnage fut remplacé par Pierre Buatier à la date du 8 novembre 1523 (Arch. Nord, B 19013, n° 39343.
146. - 1523 à 1532. — Comptes récapitulatifs dressés par Louis de Gleyrens des recettes et des dépenses faites pour les travaux de Brou (Arch. de l’Ain, H 614, cahier original de 32 feuillets, papier).
(Fol. 2): « Calculus computi fratris Ludovici de Gleyrens de denariis reccptis et libratis per eum in operibus ecclesie de Brouz in annis xv°xxumt et ais sequentibus subdeclaratis; ex commissione per ïillustrissmam dominam nostram Dominam Margaritam de Austria et Burgundia, etc. sibi facta ».
Sommes payées : Année 1523 : 11651 fl. p.p. — Année 1524: 12790 fl., 7 gros, 1 quart, 1 fort, 1 picte et 1/2 picte. — Année 1525: 12143 fl., 2 gros, 1 quart, maille rt picte. — Année 1526 : 13.126 fl., 1 gros, 1 quart, 1 fort, maille, picte et demy picte. — Année 1527 : 12320 f., 6 den. gros p. p. et 3 den. — Année 1528 : 11693 À. 11 d., 1/4 den. gros p. p., 1 picte et 1/2 picte. — Année 1529 et début de
l'année 1530 jusqu'au 16 avril : 19342 f., 3 d., quart de denier gros p. p. — Fin de l'année 1530 : 8733 f., 4 gros, 1 fort, maille. — Année 1531: 11528 fl, 11 gros, 2 quarts. — Année 1532 du 2 janvier au 14 septembre : 5105 fl., 8 gros, 2 quarts, 4 fort. — Année 1532, du 16 septembre à la fin de l’année : 759 fl. 7 gros, 1 quart, 1 denier.
Le total des dépenses s'élève pour cette période de 1523 à 1532 inclus (en négligeant les fractions, à 107.539 florins petit poids de Savoie (et non à 139.445 florins, chiffre donné par J. Baux ; le Père Raphaël avait donné le total de 119.231 florins. Cf. ALLOING dans Annales Soc. émulat. Ain, 1902, p. 71).
Cette récapitulation ne donne, pour les dépenses, que le chiffre des paiements faits semaine par semaine. Elle est dressée d’après des registres plus détaillés au nombre de neuf. Le sixième de ces registres concernant l’année 1528, comptait 39 feuillets écrits.
Les cinq premiers exercices étaient réunis en un volume de 180 feuillets. Ces registres de détail ont disparu.
La récapitulation du dernier compte s'arrête à décembre 1532 et a été arrêtée le 24 décembre 1535 par Claude Jobert, receveur des comptes de feue l’archiduchesse, Gilles de Verceil, prieur de Brou, Jean-Marie de Ciriaco, vicaire du couvent et Paul de Dronero, doyen du monastère. La Chambre des comptes de Bresse a vérifié les autres récapitulations. L'exercice financier commençait à la semaine suivant Noël.
En 1530, mention d’un rôle de dépenses visé « per nobilem Ludovicum de Van Boghem, lathomum et precipuum rectorem operum ».
Baux, Aist. église Brou, 1854, page 203, note I (résumé avec erreurs de chiffres). CHaARvET, n° LXXX VII (total erroné).
147. - 1524, 14 septembre, Bruxelles. — Marguerite à la Chambre des comptes de Bourg (Arch. Nord, B 19031, n° 40157, minute).
Injonction de payer les gages de Guillemin de Maxin, empêché par la maladie de remplir son office de maître des œuvres, fonctions qu'il devra exercer en se soumettant aux ordres du prieur de Brou « auquel avons donné charge de prendre regard sur le tout ».
Cf. une réclamation de G. de Maxin du 30 août [1524]. Arch. Nord, B 19031. n° 40158).
148. - 1524, 2 octobre, Bruxelles. — Marguerite à Louis Vionet (Arch. Nord, B 19181, n° 44482, minute).
Nécessité de prélever sur le prochain exercice 2000 à 3000 florins nécessaires à Louis de Gleyrens, vicaire du couvent de Brou, pour assurer la continuation des travaux et éviter le renvoi des ouvriers, les disponibilités ayant été absorbées par les approvisionnements de matériaux.
Duray, Dissertation, 1847, documents sur Brou, pièce XXVII. 149. - 1524, 24 octobre, Brou. — Louis de Gleyrens à Marguerite (Arch. Nord, B 19184, n° 44585, original).
Gleyrens a emprunté 1000 florins, sur la caution des membres du Conseil de Bresse, venus sur le chantier, pour assurer le salaire des ouvriers, afin d'éviter l'interruption des travaux que Van Boghem a poussés avec la plus grande activité,
malgré la peste qui sévissait aux portes du couvent, ayant atteint cinq de ses ouvriers dont un mortellement. Gleyrens s'est occupé avec zèle des approvisionnements de matériaux et désire rendre compte de sa gestion.
Duray, Dissertation, 1847, documents sur Brou, piece XX VI.
150. - 1525, 24 septembre, La Haye. — Marguerite à Pierre de Marnix, son écuyer tranchant (Arch. Nord, B 19181, n° 44486,
minute).
L’archiduchesse sait la bonne marche des travaux de Brou visités par Marnix. Elle fera assigner sur les disponibilités du prochain exercice une subvention de 2000 florins de Savoic.
Cf. B 19181, n° 44485 et 44488, lettres adressées le même jour à Louis de Gleyrens
et Louis Van Boghem.
151. - 1525, 27 novembre. — Mandement remboursant à « Loys van Bodeghem » les sommes avancées pour les patrons des vitraux de Brou (Bruxelles, Archives du Royaume, Chambre des comptes, reg. 1801).
Le total de ces remboursements s'élève à 631. 13s. dont: 1°) 24 livres pour « certains grands patrons sur papier, historiés et armoyés des armes d'icelle dame [Marguerite] pour trois des verrieres du cropon du chœur de Brou et pour une quatrième, placée dans la chapelle de l’archiduchesse ».
2°) 12 sols pour un coffre destiné à loger les « patrons ».
3°) 16 livres pour 700 livres de plomb destinées aux verrières et pour le charroi de ce plomb et des patrons de Bruxelles à Brou.
Prosr, Notice sur les vitraux de Saint-Julien, 1885, page 21. Noner, dans Gazette des Beaux-Arts, t. XXXV, 1906, page 100 (d'après PINCHART).
152. - 1526, 14 avril, après Pâques, Malines. — Contrat passé entre Marguerite d'Autriche et Conrad Meyt pour la grande statuaire des tombeaux de Brou (Arch. Nord, B 2338, n° 82335, original ; B 19182, n° 445607, copie contemporaine).
« Conrad Meyt, taillicur d’ymages », s'engage à se transporter à Brou pour « besoignicr aux sepultures.. selon le pourtraict pour ce faictpar.. Loysvan Beughen ».
1 devra faire « de sa main assavoir les visaiges, mains et les vifz » des trois tombeaux, « et au surplus se pourra faire aidier par son frere » et par deux autres « bons et expertz ouvriers » fournis par Van Boghem qui s'engage en outre à livrer le marbre et l'albâtre nécessaires. Le travail de Meyt est ainsi spécifié :
« Premier, la figure et representacion au vif de feu monseigneur le duc Phelibert de Savoie, 1llhecques reposant avec le lion couchant aux piedz, et alentour les six enffans, dont les quatre tiendront des armes et épitaphe, et les deux du millieu l'ung les gantelletz et l’autre le timbre ; et cecy se fera de marbre blanc. Item, fera au dessoubz la figure de la Mort, selon le pourject, et icelle figure sera d’albastre.
Item, fera le personnaige de la figure et representacion de Madame. au vif, avec le levrier couchant aux piedz, et alentour quatre enffans tenans les armoyries, le tout de marbre blanc. Et fera au dessoubz la representacion de la Mort, d’albastre
» Item, fera aussi le personnaige de la representacion de Madame Marguerite de Bourbon, mere de feu mondit seigneur de Savoie, et quatre enffans alentour, tenans les armoyries, lesquelles pièces il fera d'albastre…
» Et quant aux Vertuz et autres pieces necessaires a faire autour des dictes trois sepultures par dessus ce que dessus, ledit maistre Loys Van Beughem les fera faire sur sa charge, le tout d’albastre comme il apertient ».
Meyt s'engage à terminer le travail dans un délai de quatre ans à courir du 15 mai 1526. Il recevra une rémunération annuelle de 300 livres de 40 gros. L'œuvre, lors de son achèvement, après un premier examen fait par deux maîtres de la Chambre des Comptes de Bourg, le prieur de Brou et le religieux ayant la « charge et solicitation » de l'édifice, sera définitivement vérifiée par « maistres a ce cognoissans ».
Le contrat est passé à Malines en présence du comte d'Hoogstraete [Antoine de Lalaing}, chevalier d'honneur de Marguerite, du seigneur de Rosimboz, son premier maitre d'hôtel, d'Antoine de Montcut, son aumônier, de Jean de Marnix, son trésorier général et de Louis « Van Beughem, commis par madicte dame a la conduyte de l'édifice de Brouz ». Signé : MARGUERITE, CONRAT MEYT. Contresigné : LoETSs.
Baux, Recherches historiques et archéologiques sur église de Brou (Bourg, 1844), pages 91 à 95. Dinron, dans Annales archéologiques, tome I (1844), page 94. Duray, Notice sur Brou (Bourg, 1844, extrait de l'Annuaire de l'Ain), pages 12 à 14. Baux, istoire de Péglise de Brou (Lyon, 1854), pages 413 à 417 (à la date du 24 avril). Houpoy, Marguerite d'Autriche. L'église de Brou (dans Gazette des Beaux-Arts, tome VI (1872), pages 170 à 172. Micniecs, Art flamand dans Pest de la France (1877), pages 229 à 231 (analyse). Jnventaire sommaire des Archives du Nord, tome IV (1881), page 385 (résumé). Duray, dans Revue Société littéraire Ain, tome XII (1883), page 228. Rouzcier, Michel Colombe (1884), page 70 (extrait). Finor, Van Boghem (dans Réunion Sociétés Beaux-Arts, 1888), page 217 (extrait). CHARVET, K'difices de Brou (ext. Réunion Sociétés Beaux-Arts 1897), page 105 (commentaire). GauTHIER, Conrad Meyt et les sculpteurs de Brou (dans Réunion Sociétés Beaux-Arts, 1898), page 278 (citation). NoDET, Z'ombeaux de Brou (ext. Annales Société émulation Ain, 1906), page 15 (citation à la date du 24 avril).
CHaRvET, n° LXXI. Noper, n° 69.
Il est utile de rappeler que, deux ans avant la signature de ce contrat, l’archiduchesse avait déjà dans sa « librairie » de Malines, d’après un inventaire du 9 juillet 1523, clos le 17 avril 1524, « la representatiou de feu Monseigneur de Savoie, que Dieu pardoint, fete de mabre blanc, de la main de maistre Conrat ; son harnast complet; la representation de Madame, fete de mesme main et mabre que la précédente » (Inventaire des collections de l'archiduchesse, publié par MicHELANT, dans Bull. Com. roy. hist. Belg., 3° série, t. XII, Bruxelles, 1871), page 58.
153. - 1526, 25 avril, Malines. — Mandement de Marguerite concernant les gages de Conrad Meyt (Arch. Nord, B 459, n° 22624, copie contemporaine authentique).
Paiement des annuités de la pension de C. Meyt fixée à 300 livres par an, pour l'exécution des sépultures de Brou, en exécution du contrat du 14 avril précédent.
154. -[1526!, 3 décembre, Brou. — Louis de Gleyrens à Marguerite (Arch. Nord, B 19184, n° 44586, original).
En l'absence de Louis [Van Boghem] et conformément à ses instructions, on a
établi les fondations du jubé et celles des caveaux. On a fait clore le transept. La charpente et la toiture de l’avant-dernière travée de la nef ont été terminées. On
continue la taille des sépultures. Les « chapuis » ainsi que les verriers travaillent suivant les instructions écrites de Van Boghem. Conrad Meyt demande des nouvelles du marbre [de Carrare].
Brucner, Marguerite d'Autriche, preuve XCI.
155. - [1527]. — Relation des travaux exécutés à Brou, dressée par un personnage non dénommé, délégué par l’archiduchesse (Arch. Nord, B 19182, n° 44560, original non signé, formant un cahier de sept pages).
Chœur. — « Est a quatre votes, et chascune vote a cinq clez avec le Sanclus sancluarium dernier, qui est a double vote et huit clez, et en toutes les clez principalles fuillatieres avec les armes et blason de Madicte dame, contenant ces motz: FORTUNE INFORTUNE FORT UNE... Ledict ceur est a doubles galleryes, toutes a clerevois, dont les basses allées sont pour venir du dourtoir au jubé. Et descendent les freres religieulx au ceur sans passer permy les gens ».
Chapelle de Marguerite. — «La principalle chappelle est a treze clez avec fuillatieres pourtans lesdictes armes et blason de Madicte dame painctes et dorées, et tous les siege d’icelle chappelle d'allebastre, chascung siege son arc remplir (sic) desdictes armes et blason de Madicte dame, contenant les motz dessusdiz; et au dessoubz de marbre noir pour s'asseoir, et a chascun cousté ung tabernale ou il y a ung sainct Andrey et ung sainct Philippe ; et a l'entour de ladicte chappelle, ung larmier d'allebastre ou sont les dictes armes et divises ».
Chapelle sainte Apolline. — « La seconde chappelle de l’aultre des coustelz, qu'est sur /sic) la chappelle saincte Apolligne, est a huit clez avec fullatieres, armes, blason et divises de Madicte dame ».
Oratoires. — « Et dernier lesdictes deux chappelles y a quatre oratoires, deux dessus et deux dessoubz, chascung sa cheminée, et chascune volte desdicts oratoires a cinq clez fuillatieres, armoyéz comme dessus ; et chascun sa fenestre pour veoir au grand haultel lever Corpus domini ».
Chapelles de Gorrevod et de Monicut. — « Apres lesdicts oratoires, y a deux chappelles, l'une de Monseigneur le Grant Mestre, qui est a huit clez avec fuillatieres et armes et avec ses sieges richement tailléz, avec ses divises et armes et sa contretable quasi preste a asseoir. Item, y a de l’autre cousté la chappelle monseigneur l’aulmonnier, qui est a cinq clez armoyéz de ses armes, aussi sieges assez honnorablement faiz, et sa contretable plus que a demi faicte. Item, ausdictes chappelles, assavoir les quatre collateralles du ceur, y sont les haultez de pierres de roiches beaulx et riches ».
Transepl. — « La croisée de la dicte eglise est parfaicte de la sorte de ceur.... ; les deux pourtaulx de la croisée... sont achevéz, qu'est une chose tres singuliere a veoir, meismes celluy du cousté devers la ville ».
Relable des Sept-Joies. — « Y a une contretable toute d’allebastre pour Madicte Dame, bien richement ouvrée et quasi preste a asseoir ».
Tombeau de l'archiduchesse. — «La sepulture de Madicte Dame. est fort avancée, et me semble bien somptueusement et richement taillée ».
Tombeau du duc de Savoie. — « Plusieurs grandes et belles pieces de marbre noir... D.
Tombeau de Marguerite de Bourbon. — « Sepulture.. quasi achevée et aussi fort bien menusée des riches ouvraiges ».
Jubé. — « Quasi tout taillé et bien richement ouvré ».
Nef. — « Grand nef... toute couverte, reserver la derniere volte, y a beaucoptz de tailles pour volter ».
Chapelles de la nef. — « Les pignons et ars boutans des huit chappelles collateralles de ladicte nef, avec basses allées d'icelles, sont faictes, reserver le front devant de l’une ou sont les massons presentement besoingnans. Item, trois desdictes chappelles devers ladicte ville sont couvertes et trois devers le couvent sont latées et prestes a couvrir, et y sont les couvreurs apres... Et quant aux aultres deux chappelles joinctes au pourtal de ladicte eglise, ne sont encoires couvertes, mais les charpentiers sont apres journellement pour fere la ramure afin de les couvrir avant l'yver, ainsi qu’ilz m'ont dit et donné a entendre ».
Clocher. — « Le clochier.… est parachevé bien richement et triomphaument avec ses clerevois, et ne reste que l’esguille. Et pour ce soit prins l’advis de Madicte dame... ordonner le fere a son pleisir, soit des pierres ou de bois.
Vitraux. — « Y a deux verrieres posées audit ceur dernier le grand haultel, assavoir celle du mylieu ou Nostre Seigneur s’apparut a Nostre Dame, et l’aultre comme il s’apparut aussi a Marie Magdelenne, armoyéz tant des armes de feu digne memoire l'Empereur, que Dieu pardoint, que celles de Madicte Dame. Item, la seconde verriere pourte et y a sainct Philipbert qu'il presente feu mondit seigneur de Savoye avec ses armes soubz luy et son blason et epithaphe dessus, armoyéz aussi des armes de la duché de Savoye. Oultre plus, l'on est apres la verriere de Madicte Dame, en laquelle saincte Marguerite represente Madicte Dame, mais le dessus dez le commancement ou vont les armes ne s’achevera jusques a ce que maistre Loys [Van Boghem] ayt parler a Madicte Dame pour d'elle savoir son bon plesir… ».
Tentures funéraires. — La couverture de velours noir placée sur le tombeau du duc est usée après 23 ans d’usage, ainsi que «les aultres habiz de velours noirs » servant à la grande messe des trépassés célébrée en mémoire du défunt prince.
(Sur le dos, de la main de l'archiduchesse) : De mon esglise de Brou.
Observation : L'auteur de cette relation anonyme est vraisemblablement Pierre de Marnix. Le velours qui servait depuis 23 ans à couvrir le tombeau de Philibert n'a été placé qu’en septembre 1504 et était encore en usage entre septembre 1527 et septembre 1528, période correspondant à la 23° année mentionnée dans le texte.
Baux, Recherches (1844), page 101. de Quinsonas, Matériaux, tome II, pages 380 à 382. Noner, Tombeaur, page 15 (mention). Noner, Un oitrail de Péglise de Brou, dans Gazette des Beaux-Arts, tome XXX V (1906), page 101 (extrait).
CHarverT, n° LXXII. Noper, n° 70.
156. - [1527]. — Supplique adressée à Marguerite d'Autriche par Pierre Godet, charpentier de l’édifice de Brou (Arch. Nord, B 19182, n° 44559, original).
Godet, qui travaille depuis vingt ans à Brou, depuis le début des travaux, a exécuté « la besoignie de tout le charpentaige tant du couvent que de l’eglise ».
Au moment où la peste sévissait à Bourg, il y a trois ans, il passa un contrat notarié avec Louis de Gleyrens et Louis [Van Boghem}, maître maçon, pour exécuter pour 400 florins la charpente de la chapelle de l’archiduchesse et celle de deux autres chapelles. S'étant aperçu à l’œuvre que son marché ne lui permettait pas de « profiter ny gaigner ses despens », Godet se plaignit à ces deux personnages qui l’autorisèrent à travailler à la journée comme il faisait précédemment. Louis de
Gleyrens a calculé que les journées employées au travail confié au suppliant dépasse déjà de 88 florins le prix du forfait et lui réclame ce supplément. Godet demande à ne pas subir cette perte.
157. - 1528, 4 juillet, Malines. — Marguerite à Van Boghem (Arch. Nord, B 19007, n° 39089, minute).
Injonction d'avoir à réparer les gargouilles et les chéneaux de Brou pour éviter la détérioration des voûtes. Les « sepultures » et les « ymages » devront être placées dans le plus bref délai.
158. - 1528 [avant le 14 juillet}. — Paiement fait pour les dessins des blasons destinés aux vitraux du chœur (Bruxelles, Archives générales du royaume, Chambre des Comptes, reg. 1804).
Une somme de six livres est donnée à un peintre non denommé pour avoir dessiné sur papier 64 blasons de couleur avec les « devises, les armes de la descendue de Madame ». Ces blasons ont été expédiés de Bruxelles à Brou.
Prost, Notice sur les vitraux de Saint-Julien, page 22. NoDeT, dans Gazette Beaux-arts, t. XXXV, 1906, page 101.
159. -[1528|, 14 juillet, « de-Sainct-Nicolas - de-Tholentin-de Broz ». — Louis de Gleyrens et Louis Van Boghem à Marguerite (Arch. Nord, B 19007, n° 39087, original; ancien G. Brou).
La lettre de l'archiduchesse, du 4 mai précédent, a bien été reçue. Le marbre [de Carrare], rendu au port de Neyron (!), par les soins d'Humbert Grillet et de son frère, a coûté tant achat que transport 362 écus d'or soleil et un sou tournois. Le charroi des « neuf piesses dudict marbre » de Neyron à Brou, très difficile à cause des « troys grandes piesses », s'élève à 274 florins, 11 gros et 2 quarts. La dépense totale s'élève à 1642 florins, 6 gros et 2 quarts, vérifiée parcelle par parcelle par la Chambre des comptes de Bourg.
« On met de la diligence à « veoir la fin de vostre egliese, et sont faictes les voltes des huict chappelles collaterales de la nau, et les six des allées joignantes a icelles; aussi, l'ont a taillé et posé quatre fermeries des fenestres de quatre chappelles prouchaines de la croisée collateralles de la nau. Et au plaisir de Dieu, esperons faire une des grandes voltes de ladicte nau devant l’yver, ainsi n’en restera a faire que troys de ladicte nau, de quoy nous avons la taille de l’une preste, et ferons tailler ce yvert a l'aide de Dieu la taille de la tierce ; et ne restera sinon la derniere desdictes grandes voltes et les deux des allées joignantes au portal, que ne se peuvent faire sans haulser ledict portal, lequel maistre Loys espere de lever de huict ou neuf pieds devant l’yver.
» L'on est apres a poser le jubé, qui sera triumphant et fort riche, pour les beaulx ouvrages et folliages qui y sont.
» Les verriers sont apres la tierce vierriere du crepon et celles de vostre chappelle ».
On espère que, l’été prochain, le portail sera assez avancé pour qu'on puisse clore
(1) Nevron, Ain, ar. Trévoux, canton de Montluel, à une grande hauteur sur la rive droite du Rhône.
l'église, condition nécessaire pour que l’on mette en place les « sepultures et contretables... lesquelles sont fort avancées ».
Pour activer les travaux, Van Boghem ne quittera pas le chantier cet hiver, ou s’il est obligé d'aller « en sa maison », son absence ne dépassera pas un mois. Il sera nécessaire, en conséquence, d'avancer de l'argent sur l'exercice prochain car « sera forse faire plus grosse despense, estant ledict maistre Loys sur l’euvre ». Signé: Frère Loys DE GLEYREINS, LOWYcH VAN BOGHEM.
Duray, Notice (1844), pages 15 et 16 (à la date de 1526). Baux, Recherches (1844), pages 99 à 102 (même observation). Baux, Wistotre église Brou (1854), pages 422 à 424 (à la date du 14 juillet 1526). Houpoy, dans Gazelte des Beaux-Arts, tome VI (1872), pages 173 et 174. Finor, Van Boghem, dans Réunion Sociétés Beaux-Arts (1888), page 218.
CHarvET, n° LXXIII. Noper, n° 72.
160. - [1528, juillet). — Mémoires des dépenses faites pour le charroi du marbre de Carrare destiné aux tombeaux de Brou (Arch. Ain, H 614, copie contemporaine).
Neuf pièces de marbre blanc acheté en la « perriere de Carrara près de Pise» sont transportées sur le Rhône jusqu'à Neyron (Ain) par le facteur d'Humbert Grillet. Van Boghem et Louis de Gleyrens font dans cette ville et à Lyon des voyages pour se procurer des charretiers. Le charroi de Neyron à Brou s’éleva à 274 florins, 11 gros et deux grains, et nécessitant des pourparlers qui durèrent trois mois.
Le charroi des trois gros blocs donna licu à de multiples incidents : « au-dessus dictz charretons, pour leurs domaiges et interets qu'ils ont soubstenus en l’amenage dudict marbre, en quoy ilz ont vacqué et demouré XV jours, quatre hommes et neuf chevaulx qui ont rompu leurs roes et charrete, pitié et compassion de leur perde l’on leur a doné XII florins… ».
Baux, Recherches, 1814, pages 95 à 99. Baux, Aist. dgl. Brou, 1851, pages 417 à 421 (à la date inexacte de 1526). Noper, Z'ombeaux, page 21.
Noper, n° 71.
Cf. Lettre d'[Humbert Grilliet] à Marguerite, 11 juillet [1528] (Arch. Nord, B 19182, n° 44512). Duray, Motice, 1844, p. 14 et 15 (à la date de 1526).
161. - [1528], 3 août, Brou. — Paul de Dronero, religieux augustin, à Marguerite (Arch. Nord, B 2319, n° 81893, original). Le duc de Savoie, que Dronero a vu à Chambéry, désirerait avoir une chapelle à
Brou. Bonnes nouvelles (‘) a visité l’église avec Van Boghem pour proposer un emplacement.
JARRIN, Brou, dans Annales Société émulation Ain, 1887, p. 397.
162. - 1528, 8 août, Malines. — Mandement de Marguerite concernant l’achat et le transport du marbre destiné à la grande statuaire des tombeaux (Arch. Nord, B 2327, fol. 33 v., avec vérification du 10 août 1528 ; B 19181, n° 44491, minute; cf. n° 44492, 44493, 44496). |
Allocation à Humbert Grilliet de Bourg : 1° de 362 écus d'or au soleil et 1 s.t.
(?) Heraut d'armes de l'Annonciade, de son vrai nom Jean de Tournay.
pour l'achat de 9 blocs de marbre à Pise et pour leur transport par le Rhône jusqu'à Neyron; 2° de 274 florins 11 gros, 2 quarts de Savoie pour le charroi de Neyron à Brou, soit au total, pour ces deux paiements, 1642 florins, 6 gros et 2 quarts.
Ino. somm. Arch. Nord, t. IV, page 379. Finor, Van Boghem, page 230. CHARvET, n° LXXIV. Noper, n° 73.
163. - [1528], 4 septembre, Malines. — Marguerite à Paul de Dronero, prieur de Brou (Arch. Nord, B 19184, n° 44588, minute).
L'archiduchesse prie Dronero de choisir un emplacement pour la chapelle sollicitée par le duc de Savoie.
Des instructions ont été données à Van Boghem au sujet des gargouilles, ainsi que pour la mise en place des « contreteble et ymageries ».
164. - [1528, septembre]. — Instructions données à « Bonnes Nouvelles » relatives à Brou (Arch. Nord, B 19171, n° 44145, original).
Louis [Van Boghem] devra réparer les gargouilles pour éviter que les eaux ne tombent sur les voûtes de l’église. Il devra faire connaître son intention au sujet de la chapelle que le duc de Savoie voudrait avoir à Brou.
Obervalion. Une note marginale fait connaître qu’une décision du Conseil privé de l’archiduchesse aurait été prise sur cette demande.
165. - 1528, 25 octobre. — Testament de Jean de Gramont, portant élection de sépulture à Brou (Arch. Aïn, H 616).
L'archiduchesse autorise la sépulture de ce personnage dans une chapelle située dans le collatéral droit ; le tombeau pourra être orné des armes du défunt, mais ce blason ne pourra pas être placé « es verrières ».
Baux, Aist. égl. Brou, p. 219.
166. - 1529, 26 février, n. st. Bruxelles. — Gageure entre Marguerite d'Autriche et Louis Van Boghem sur l’achèvement des travaux de Brou (Arch. Nord, B 19182, n° 44560, original ; copie contemporaine, ibidem n° 44560°, ancien G Brou).
«a Madame a aujourd’huy convenu avec maistre Loys van Beughem, maistre des euvres à Brouz... que si ledict maistre Loys, par son moien et bonne dilligence, fait tellement que les esglise et couvent de Brouz, dont il a charge, soient entièrement perfaictz tant de massonnerie, charpenterie, verrieres, sieges, clouchier, et autres choses neccessaires, ensemble aussi les sepultures posées, le tout bien et souffisaument a dit de maistres du mestier a ce congnoissans en deans trente mois a compter deis le jour de Pasques prouchaines, que seront le XX VIII de mars qu'on comptera l’année XXIX (!), que Madicte dame, par dessus son salaire et autres
(1) La fête de Pâques tombait bien le 28 mars en l'année 1529. La présente convention, du 26 février 1528, a été datée d'après le style de Pâques en usage dans la chancellerie de Marguerite d'Autriche et dans celle des archiducs. On remarquera toutefois que d'assez nombreux actes, surtout en matière de finances, relatifs notamment à Brou, sont datés d'après
choses... luy donnera encoires la somme de cinq cens livres de quarante gros pour une foi en don et gratuité especiale ».
Si Van Boghem ne remplit pas cet engagement dans un délai de trente mois, c’est-à-dire avant le 1* octobre 1531, la somme de 500 livres sera déduite de ce qui lui sera dû.
Cette convention est passée en présence du comte d’Hoogstraete [Antoine de Lalaing|], chevalier d'honneur de l’archiduchesse, d'Antoine de Montcut, abbé commendataire de Saint-Vincent de Besançon, aumônier et confesseur de Marguerite, et de son premier écuycr d'écurie Philippe de Bregilles. Signé : MARGUERITE. Lowycx vAN BoGHEM favec paraphe).
Une première addition fait connaître que l’archiduchesse « n'entend les closures des chapelles estre eu ce conprinses ».
Une seconde addition est ainsi rédigée, de la main de l’aumônier : « Pour ce que maistre Loys dit n'avoir eu en son marché le couvent de Brouz, ayns seullement l'esglise et ce qui en depend comme dessus, ne vouloit accepter ceste cedule, ayns m'a prié parler a Madame pour oster la charge dudict couvent hors ceste cedule, ce que j'ay fait, et m'a respondu que en parfurnissant le surplus cy dessus mentionné, elle n’y entend la perfection du couvent estre comprins, ce que je certifie par mon seing cy mis le VIII de mars anno XV° XX VIII. Signé : A. DE MONTcuT.
Fixor, Van Boghem, pages 220 et 231. de Mécy, Signatures de primitifs. Le livre d'heures de Parchitecte Louis Van Boghem au Séminaire de Bruges (dans les Arés anciens de Flandre, tome VI, 1912-1913), page 4.
167. - 1530, 31 août. — Ordonnance de Claude de Boisset (‘) et de Jean de Marnix concernant le concours de Louis Van Boghem et de Conrad Meyt à Brou (Arch. Ain, H 614, copie contemporaine non authentique).
Frère Louis [de Gleyrens] devra « bailler le tache des sieges » c’est-à-dire des stalles, après avis de la Chambre des comptes de Bourg, en présence de Louis [van Boghem] qui a déclaré qu'il assisterait à la conclusion du marché à condition de recevoir une vacation.
Les pièces de bois et autres matériaux destinés aux travaux de l'église et « aux ouvrages deppendans du couvent » devront être mis en lieu fermé, « interdisant l'alienation et distraction desdites piesses a maistre Loys qui les pretend siennes ».
Van Boghem devra faire diligence pour terminer les travaux dans le délai qu'il a fixé.
Il devra « pourveoir au faict des gargolles qui ne sont en seurté et es autres accidents si que ung tel ediffice ne puisse estre ruyneulx a ceste cause ».
Van Boghem devra s'abstenir d'avoir la menace à la bouche et d’entraver le travail de Conrad Meyt. « Et davantage, pour ce que ledict maistre Loys est asses
le stvle de Rome, qui faisait partir le commencement de l'année non plus de Pâques mais du 25 décembre, sans doute sous une double influence : départ de l'exercice financier au 4% janvier et usage du style de Rome dans la chancellerie de Savoie, notamment en Bresse. Voir BRUCHET, À propos de lettres mal datérs de la Chancellerie de Marguerite d'Autriche (ext. des Mélanges Pirenne. Bruxelles 1926).
(4) Claude de Boisset, franc comtois, doyen de Dôle et de Poligny, grand archidiacre d'Arras, abbé de Faverney, était membre du Conseil privé de l’archiduchesse,
ligier de parolles et menasses envers l’ung et l’autre, tant ecclesiastiques que seculiers, dont plusieurs scandalles se peulvent susciter, comme de faict desja a esté faict, et par ce l'ouvrage de Madame retardé, sera prohibé et desfendu tres expressement audit maistre Loys user desormais de telles menaces et parolles, et consequemment de toutes euvres de faict, lui faisant sur ce ouverture de la justice, si mestier est, et s’il y veult attempter par voye de faict, Madame s'en prendra a sa personne et a ses biens. Le semblable sera dict a maistre Conrard [Meyt] et tous autres qu’il appartiendra.
» Et, affin que l'ouvrage que ledict maistre Conrard a en mains ne soit plus retardé, luy a esté commandé et sera encoures derechief de parfaire sa charge le plus tost qu'il pourra, et pour ce fere, prendre tels ouvriers que bon luy semblera, sans que maistre Loys ait aucune cognoissance sur luy. Et, son ouvrage parfaict, sera tenu le delivrer audit maistre Loys, qui le recevra au dict et jugement de deux maitres non suspects qui pour ce seront choisis aux fraiz de Madame, attendu l’ynimitié estant entre lesdicts maistres Loys et Conrard ».
Le trésorier devra payer les gages dus à Conrad Meyt, tant pour le passé que pour l'avenir « si avant qu'il besognera en sa charge a la forme de son marché, dont le terme luy a esté prorogué pour ung an et dela, si avant qu'il plaira a Madame, attendu que l'on ne luy a fourny l’estoffe ni ouvriers necessaires selon son marché ».
Louis [de Gleyrens] devra payer les ouvriers de Meyt à la journée.
Le trésorier s'efforcera d'acquérir à un prix raisonnable les terrains nécessaires pour assurer la clôture et la sécurité du couvent.
Baux, Recherches, 1844, page 227. Baux, Histoire église Brou, 1854, page 209 (extrait).
NoperT, T'ombeaux de Brou, page 86.
Nope1, n° 74.
168. - 1531, 5 août, Brou. — Procès-verbal de la réception des tombeaux exécutés à Brou par Conrad Meyt (Arch. Nord, B 459, n° 22638, copie notariée contemporaine).
Simon Paluat, lieutenant du bailliage de Bresse, certifie qu'il s’est rendu à Brou, sur la requête de Louis de Gleyrens, chargé de la comptabilité des travaux, et de Conrad Meyt, pour assister à la réception des tombeaux de Philibert le Beau, de Marguerite d'Autriche et de Marguerite de Bourbon, exécutés par ledit Conrad Meyt.
Cette réception a été faite après vérification par François de Toiria, espagnol, habitant à Montbenoit dans le comté de Bourgogne et par Pierre Vienze d'Anvers, « magistros expertos in arte menuiserie et ymaginarie ».
Brucuer, Marguerite d'Autriche, preuve XCV.
169. - [1531], 1° octobre. — Mémoire adressé à Charles-Quint sur les vitraux de Brou (Bruxelles, Archives gén. du royaume, sans référence).
Ïl y aurait lieu, d’après Van Boghem, de faire sur le grand portail trois grandes verrières au prix de 700 florins et de poser des « trailles et fils d'archault » afin de protéger celles qui sont terminées, pour le prix de 600 florins.
Les verrières du portail ne furent pas exécutées.
Prosr (Bern.), Nofice sur les anciens vitraux de Péglise de Saint-Julien {Jura) et
incidemment sur ceux de N.-D. de Brou, Lons-le-Saunier, 1885 (publication de la Société d'émulation du Jura), page 22.
170. - 1531, 26 octobre, Brou, « in camera rationis ». — Quittance délivrée par Louis Van Boghem (Arch. Aïn, H 614, original notarié).
Van Boghem « magister opere de Brou », déclare avoir reçu la somme de 1.037 florins et 1 gros de Savoie, à valoir sur ses gages, à lui payée par Louis de Gleyrens.
Baux, Recherches, 1844, page 107. Baux, Mist. Brou, 1854, p. 430 et 431.
CHaRvET, n° LXXXI.
171. - 1532, 21 février, Bruxelles. — Antoine de Lalaing et Jean de Marnix, exécuteurs testamentaires de Marguerite aux [religieux de Brou] (Arch. Ain).
Ils ont examiné le mémoire sur les travaux de Brou rédigé par Louis de Gleyrens.
Van Boghem devra se hâter de terminer l'église. Sa réclamation pour ses émoluments de l'année précédente a été ajournée, parce qu'il n'a pas tenu son engagement dans les termes fixés. La réception des travaux sera faite par des maitres à désigner, l'un venant des Pays-Bas, l’autre du comté de Bourgogne, le troisième choisi à Lyon, avec attention particulière sur les défectuosités des gargouilles.
Faire consacrer l'église le plus tôt possible par l'évêque suffragant.
Les religieux, lors du transport du corps de l'archiduchesse dont la date ne peut encore être fixée, recevront des reliques, des « painctures de dévotion » et des tapisseries suivant la voulonté de la défunte. Une somme de 300 livres tournois est allouée aux religieux pour faire exécuter un tableau pour le maître autel, l’empereur ayant retenu celui que Marguerite destinait à Brou.
« Quand l’on transportera le corps, il fauldra fere quelque beau sermon funebre en latin a l'honneur de la trespassée et de sa descente, ainsi qu’on est accoutumé ».
Baux, Aist. Brou, 1854, pages 476 à 478.
CHarverT, n° LXXXII.
172. - 1532, 12 mars, « stil de Rome ». — Attestation de Louis de Gleyrens concernant les travaux exécutés à Brou par Conrad Meyt (Arch. Nord, B 19182, n° 44560, copie authentique contemporaine).
Louis de Gleyrens, religieux du couvent de Saint-Nicolas de Tollentin, à Brou, « commis a tenir la raison des deniers de la fabrique de l’eglise dudict Brouz », atteste « comment maistre Conrard Meyt, tailleur d’ymaiges, a demeuré audict lieu de Brouz, environ cincq ans a tailler les ymaiges et piesses a luy chargées..…, durant lequel temps a vescu et conversé benignement et amyablement avecques nous en homme de bien ». La réception des travaux de Meyt a été faite, en présence de « mesdicts signeurs de la justice et du Conseil ducal de Breysse » le dernier août 1531 (*) par « maistre Francisco Toiria, yspagnol, et maistre Pierre Vuenche d'Anvers ».
Meyt a reçu pour le terme de ses gages à l'échéance du 15 mai 1531, la somme
(1) Le procès-verbal de réception est non du 31 août mais du 5 août 1531 (Arch. Nord, B 459, n° 22638), si toutefois le copiste a bien lu « die quinta augusti ».
de 179 florins 2 gros de Savoie et pour « final poyement de sesdits gaiges », le dernier août 1531, la somme de 156 florins 9 gros 1 quart, monnaie de Savoie. (sur le dos, de la main de Meyt) : « Copie de la certificasion de frere Lois ».
Finor, Van Boghem, pages 232 et 233.
Caanver, n° LXXXIII. Noper, n° 75.
173. - 1532, 22 mars. — Consécration de l’église de Brou (Baux, Histoire de l’église de Brou, 1854, page 212).
Cotte consécration aurait été faite, d’après Baux, qui mentionne cet événement sans citer sa source, par Jean Joly de Fleury, évêque d'Hébron in partibus.
Le Père Raphaël, cité par ALLOING, dans Annaies Société émulation Ain, 1902, p. 75, affirme, d’après la tradition de Brou, que cette consécration aurait été l'œuvre de Louis de Gorrevod, « évêque de Maurienne et de Bourg ».
CHanveT, n° LXXXV.
174. - 1532, 12 juin. — Récépissé et énumération des reliques léguées par Marguerite d'Autriche au couvent de Brou (Arch. Nord, B 20047, n° 19959, copie authentique).
Brucxer, Marquerite d Autriche, preuve XCVI.
175. - 1532, 18 novembre, Bruxelles. — Antoine de Lalaing aux religieux de Brou (Archives, Ain).
En réponse à la lettre que les moines avaient écrite le 14 juin précédent pour l'achèvement des « strouctures » et pour la « décoration de l’église et du chœur et les aornemens de l'autel », les religieux sont avertis que [Claude de Boisset, membre du Conseil privé], doyen de Poligny est chargé de se rendre sur place.
CHARvET, n° LXXXVI.
176. - [1533, avant le 12 juillet, — Requête adressée aux exécuteurs testamentaires de Marguerite par Louis Van Boghem pour le règlement de ses gages (Arch. Nord, B 19182, n° 44560, ancien dossier 43, cahier de 5 feuillets, original).
« Maistre Loys van Beughem, maistre maçon, resident à Bruxelles », commis par feue l’archiduchesse « chief et principal maistre et conducteur des ouvraiges de la maçonnerie et depuis de la charpenterie et de ce que en ensuyvoit pour construyre et ediffier l’église et couvent... de Brouz », déclare qu'il lui est dû diverses sommes du fait de son office.
Van Boghem rappelle qu’au début sa charge intéressait « seullement ce qui touchoit la maçonnerie de ladicte eglise ». Il devait se conformer aux « patrons qu'il avait fait », signés de la main de Marguerite qui lui alloua, par patentes du 1* juin 1513, des gages annuels de 500 francs (à 38 s. pièce monnaie des Pays-Bas), gages qui furent augmentés de 50 francs par an par patentes du 1° février 1515 [style de Rome]. L’archiduchesse, par lettre du 3 juin 1513, lui avait en outre promis de payer sa rançon, s’il était fait prisonnier au cours dé ses voyagés èn Savoie.
« Et voyant Ma dite dame, par véritables rappors que journellement l'on luy
faisoit du dit maistre Loys, aussi qu’elle congnoissoit bien il estoit homme de bien, expert et entendu en son art et semblablement bien sachant au fait de charpenterie et en ce que dependoit pour toute la perfection du dit ouvraige, ne laissa a repos le dit maistre Loys jusques a tant qu'il l’eust emprins aussi bien le fait de la charpenterie de la dite eglise que les verrieres et plusieurs autres nouveaulx ouvraiges de maçonnerie et charpenterie, assavoir les cloistres et autres ediffices et maisonnemens faictz au dit Brouz qui sont telz et si excellant, en ce comprins la dite eglise, que sans vantise le dit maistre Loys veult bien maintenir que, pardeça les mons, n’y a ung tel et si exquis couvent, lesquelles charges pour complaire a Ma dite dame le dit maistre Loys accept a voulontairement. Et voyant ce, Ma dite dame, mesmes qu'il estoit tant meu de bon vouloir envers elle et desiroit a luy fere service, luy feyt une rencharge de vouloir aussi emprendre et accepter la charge des sepultures et contretables pour servir en la dite eglise, ce que aussi il feyt... ».
L'archiduchesse, qui n'avait alloué à Van Boghem, et seulement pour la maçonnerie, qu'un « traictement assez megre et par trop petit », voyant son bon vouloir, lui promit par lettres du 10 mars 1517 [style de Rome] une somme supplémentaire de 1000 livres de 40 gros, à toucher lors de l'achèvement des travaux. Elle fit aussi le 26 février 1528 [1529, n. st.] (*) la « gajure » de payer à Van Boghem 500 livres de 40 gros, si ce dernier « faisoit et sçavoit livrer parfaict certains ouvraiges audict Brouz, pour lors entre eulx deux pourpaléz et accordés, en dedans certains temps et termes ».
Van Boghem accepta depuis « nouvelles rencharges d'ouvraiges pesans et de grosse emprinse, assavoir de fere l’esguille du clouchié de l’eglise, qui est de merveilleuse importance, laquelle ne debvoit estre que de bois, l’a faicte toute de pierres de taille ; et si a fait ung bien exquis cloistre de X vaultes de long, pour aller les moynnes de leur demeures a l’eglise tout a couvert, que n'estoit nullement à son marché, en quoy il n’a esté empesché ny occuppé non plus que sept mois oultre le temps de sa gajure ». |
Van Boghem fournit ensuite une déclaration des sommes qu'il réclame, dont le total s'élève à 4031 livres de 40 gros, à savoir :
1° 275 livres pour ses gages, à raison de 550 livres par an du 1* janvier 1532 n. st. au 9 juillet de la même année, date de son retour dans les Pays-Bas, en la compagnie [d'Antoine] de Lalaing, [comte d'Hoogstrate], ayant travaillé pendant ce laps de temps, soit au couvent, soit aux « choses duisantes pour l'enterrement du corps de Madicte dame ».
2° 1100 livres pour la perte du change représentant une moyenne de 8 à 9 sous par écu de gages, chaque écu ayant été évalué entre 44 sous et 51 sous 6 d., alors que ses patentes lui garantissaient une évaluation de 38 sous au maximum.
3° 356 livres pour indemniser d’une part une perte de 140 livres, subie lors du pillage de sa maison, à Brou, « quant les François allerent della les mons et mesmes vouloient lors piller l’abbeye », d'autre part pour les sommes qu'il a données, s’élevant au moins à 120 écus d'or, « pour eviter les dangiers d’estre prins prisonnier en allant et venant... et mesmes aux gens d'armes mons. de Loraine que le conduisoient et menoient a sauveté ».
4° 800 livres représentant la dépense des chevaux de Van Boghem « pour luy
(!) On remarquera que les mandements du 1° février 1515 et du 10 mare 1517, cités dans la requête de Van Boghem sont, vérification faite sur les originaux, datés en « style de Rome », tandis que la gageure du 26 février 1528 est, d’après le contexte, datée en style de Pâques et sa date doit être ramenée au 26 février 1529.
mesmes en personne a toutes heures aller deux ou trois lieue loing dudict Brouz sur les perrieres et aultre part solliciter les maticres et monstrer aux compaignons ce qu'ilz avoyent affere, qu'a pourté prouffit mieulx de IITIM livres a Madicte dame, a quoy fere ledict maistre Loys n'estoit nullement tenu ».
5° 1000 livres de 40 gros en exécution des lettres de l'archiduchesse du 10 mars 1517, stipulant cette gratification.
6° 500 livres de 40 gros en exécution de la gageure du 26 février 1529.
Au bas de ce mémoire non daté se trouve l’ordonnancement à la date du 12 juillet 1533, d'une somme de 1500 livres de 40 gros, monnaie de Flandre, au profit de Van Boghem, après accord amiable avec lui, au lieu des 4031 livres qu'il réclamait. Cette pièce est signée par les exécuteurs testamentaires : A. de LALAING ; RosrmMBoz ; RUFFAULT.
Houpoy, Gazette des Beaux-Arts, t. VI (1872), p. 174 à 176 (publication incomplète). FinoT, Van Boghem, p. 220 (citation).
CHARVET, n° LXXXIX. Nopgr. n° 76.
177. - [1533, 12 juillet. — Requête de Conrad Meyt concernant le règlement de ses gages pour les travaux de Brou (Arch. Nord, B 459, n° 227178, ancien n° 17925'%, original).
« Conrat Mayt, tailleur d'imaige de feue Madame », qui avait passé marché pour « faire plusieurs exquis ouvraiges d'imaigeries de malbre et d’allebaistre au couvent et esglise de Brou » et dont le travail a été reçu par les « maistres ouvriers ad ce commis », a reçu 1100 livres 40 gros de Flandre, pour ses gages depuis le début de son travail, somme payée en monnaie de Savoie, alors que son marché prévoyait le paiement en monnaie de Flandre.
Le cours de l” « escuz soleil », étant à Brou de 50 sous de Savoie, ne vaudrait en monnaie de Flandre que 36 sous. Meyt a, de ce chef, subi une perte de plus de 5 sous pour chaque livre de Flandre et fait observer que chacune de ces livres ne lui a jamais été payée que à raison de 21 sous et demi en monnaie de Savoie. Le préjudice qu’il a subi du fait du change représente 275 livres de 40 gros.
D'autre part, Meyt a dû prolonger son séjour à Brou quinze mois de plus qu'il n'était nécessaire, parce qu'il a attendu pendant ce temps le marbre des sépultures. Ïl a droit aux gages de cette période supplémentaire, soit 400 livres de 40 gros.
Le total de la réclamation de Meyt s'élève à 675 livres de 40 gros. Les exécuteurs testamentaires, par ordonnance du 12 juillet 1533 rédigée au bas de la requête, lui allouent pour solde 400 livres de 40 gros.
Observalion : Meyt avait annexé à sa requête le procès-verbal de réception [1531, 5 août], le contrat passé avec Marguerite [1526, 14 avril], le mandement fixant ses gages [1526, 25 avril]. Ces trois pièces ont été dispersées, vers 1880, sous les cotes B 459, n° 22638 ; B 2338, n° 82335 et B 459, n° 22624.
Meyt passa quittance de cette somme de 400 livres à Pierre Damant, le 26 septembre 1534 (copic signée par Meyt, aux Archives du royaume à Bruxelles, fonds de l’Audience, article 339) ({).
(1) Dans ce même dossier, se trouve une lettre inédite adressée par Mevt, le 6 octobre [1532], au même Pierre Damant, datée de Lons-le-Saunier, concernant la requête de l'artiste, pour paiement de solde des travaux faits pour « l'œuvre de Madame » et mentionnant le rachat d'une rente sur une maison qui appartenait au sculpteur.
178. - 1533, 12 juillet. — Ordonnancement des frais de déplacement d'Henri van Pede (‘) et de Gilles Crappe, maîtres maçons des Pays- Bas (Arch. Nord, B 459, n° 22782, original).
Les exécuteurs testamentaires de l'archiduchesse allouent à ces deux personnages une somme de 15 livres pour s'être rendus à Anvers, en avril 1533, « pour entendre et sçavoir d’eulx se ilz vouldroient entreprendre le voiaige de par deça au lieu de Brou lez Bourg en Bresse, pour visité les ediffices que feue Madicte dame y a fait faire par maistre Loys van Beughem, ou sinon sur ce avoir de leur advis ».
179. - 1534, 22 décembre, Bruxelles. — Quittance de Louis Van Boghem pour solde des gages qui lui étaient dus à Brou (Arch. Nord, B 2385, n° 83753; Archives du royaume, à Bruxelles, fonds de l’Audience, article 33°, quittance originale).
Van Boghem reconnaît avoir reçu 1500 livres de 40 gros pour solde des gages à lui dus pour l'exécution des travaux de Brou, depuis l'année 1513. Signé : LowYcH VAN BoGHEM.
Tno. somm. Arch. Nord, tome V, page 51. Finor, Van Boghem, p. 233; cf. p. 221, à la date erronée du 22 novembre).
CHarver, n° XCII.
180. - 1535, 20 avril, Bruxelles. — Proposition des exécuteurs testamentaires de l’archiduchesse sur la requête des religieux de Brou concernant les travaux et le mobilier de l’église (Arch. Aïn, H 614, copie contemporaine).
Bâtiment : Réparation des gargouilles et des chéneaux de la toiture. « Parachever le grand portal de l'église, selon le devys de maistre Loys ». Faire deux voûtes au clocher « pour assuration d’icelluy, car l’aguille dudict clochier, qui est de piere, n'est soubtenue sinon sur boys, qui est tres mal seur et on dangier de tomber ». Terminer les « ambulatoires par lesquieulx on va à la sacristie ». Edifier autour de l'église et du couvent un mur de {2 pieds pour éviter le vol.
Mobilier : Faire le tableau du prix de 1200 francs pour remplacer celui que Charles-Quint avait conservé bien qu’il eut été donné par l'archiduchesse. Donner des chandeliers pour le maïître-autel et les quatorze autres autels qui sont dans l’église. Enumération de nombreux objets nécessaires à la célébration des offices.
Tombeaux : « Fere des treilliers de cuyvre autourt des sepultures pour la conservation d'icelles, aultrement les enfans les guatent et rompent et emportent les pieces que sera ung tres grand dommaige avec le temps. Item, fere ung treillier de cuyvre qui traverse le cucur pour conserver lesdites sepultures au lieu de celluy qui est de bois..; fere des cortines autourt des scpultures pour les guarder et préserver des mouches et poussfier}e..….. »
(*) Le manuscrit porte Henri van Pe, personnage dont le nom est orthographié généralement sous les formes « Van Pede » ou « Pee ». C'est l'architecte de Bruxelles qui acheva la Maison dite du Roi sur la grande place de Bruxelles avec la collaboration momentanée de Louis Van Boghem et construisit complètement l'hôtel de ville d'Audenarde (E. Marc, dans Biographie nationale de Belgique, tome xvr, 1901, col. 797 à 801).
Charles-Quint attendit onze ans pour statuer sur cette proposition. Sa décision est du 1° mai 1546.
Baux, Hist. de Brou, 1854, p. 438 à 447.
CHarverT, n° XCIII et CI.
181. - 1535, 20 mai, Bruxelles. — Ordonnancement par les exécuteurs testamentaires de Marguerite d’un paiement relatif à Bernard van Orley chargé d’estimer les tableaux destinés à Brou (Arch. Nord, B 459, n° 22932, original).
Pierre Damant fournit un mémoire de 43 1. 12 s. pour diverses avances dont 62 s. 6. d. « pour la despense de Estienne Lullier, varlet de chambre de feue madame et garde de ses librairie et cabinetz a Malines et maistre Bernard d’Orlet, pointre residant a Bruxelles, qui a l'ordonnance des dis seigneurs executeurs, sont aller le VI* de mars anno XXX V, stil de Romme, a Malines pour veoir, visiter et fere extimation des tableaulx et pointures qui sont esdis cabinetz et librairie que Ma dite feue dame a legué en son cloistre de Brou les Bourg en Bresse, affin que si il plaisoit a la Royne, a qui appartiennent presentement les dis cabinetz et librairie retenir les dis tableaulx pour la dite extimation au proffit desdis de Brouz faire le pourroit. En quoy faisant 11z ont vacqué III jours comprins leur chariage ».
Observation : Cet inventaire a été conservé (Arch. Nord, B 3507, n° 123906) et débute ainsi: « S'ensuivent les painctures de devotion qui sont encoires es cabinetz et librairies de feue Madame, oultre celles qui ont esté envoyées a Brouz en Bresse ». Il a êté publié dans LE GLay, Correspondance de l'empereur Marimilien (Paris, 1839), tome II, pages 483 et 484; Baux, Hist. église Brou (1854) pages 431 à 434; Inventaire sommaire Archives Nord, tome VIII (Lille, 1895), pages 212 et 213.
182. - 1536, 22 janvier, n.st., Bruxelles. — Ordonnancement par les exécuteurs testamentaires de Marguerite au profit de Bernard van Orley, chargé d’exécuter un tableau pour Brou (Arch. Nord, B 459, n° 22915, original).
Un acompte de 300 1. de 40 gros est délivré à « maistre Bernard de Orley, painctre, resident à Bruxelles » sur la somme de 1.200 1., monnaie du comté de Bourgogne qui lui avait été promise « pour ung beau, exquis et puissant tableau de bois de Dennemarke qu'il a emprins poindre et livrer a ses despens pour servir sur le grant autel de l’esglise du couvent de Brouz (‘)..., icelluy tableau fait et parfait en tout et par tout selon qu'il est amplement devisé.. ou marchef pour ce fait et passé entre lesdicts executeurs et ledit maistre Bernard, en date du XII* jour d'avril derrenierement passé ».
183. - 1539, 9 juin. — Récépissé par Jean Mouchet, receveur de Charolais, commis au paiement des ouvrages du couvent de Brou, d’une
(4) Triptyque, aujourd'hui à N.-D. de Bruges dont la partie centrale représente le Calvaire et dont les quatre volets figurent le Couronnement d'épines, le Portement de la Croix, la Déposition et la Descente du Christ aux Limbes. Ce triptyque, commencé par Bernard van Orlev, fut achevé par Marc Gheeraerts en exécution d'un contrat du 16 juillet 1561 et restauré en 1539 par Pourbus le jeune. J. WEALE, Bruges et ses environs (Bruges 1884), page 129.
somme de 3120 livres tournois pour les travaux à faire à l’église (Arch. Nord, B 459, pièce 22987, original).
Prévision pour le plomb nécessaire à la réfection des gargouilles, 800 livres. Construction du mur et du fossé de clôture, 1500 livres. Peinture des portails de l'église avec de la couleur à l'huile nommée « loywyt », 30 livres. Balustrades pour les tombeaux, 300 1. Construction de deux voûtes au clocher et achat de deux cloches, 200 I. Pavage et blanchiement des deux cloîtres, 250 1. Bénitier 40 1. t.
184. - 1539, 21 juillet. — Compte des réparations faites aux vitraux de Brou (Arch. Aïn, H 614, cahier de 8 feuillets dont 2 blancs, original).
Le prieur « Egide de Urtro » passe marché avec Antoine Coucon, verrier de Bourg, pour « rabiller et accoustrer » les verrieres « rompues par grelle et tempeste », ainsi qu'avec Benoit Fuma, « serraillieu » à Bourg pour placer des « treilliers de fil d'ercaux pour rabiller lesdictes verrieres ». Les travaux se poursuivent pendant les années 1539 et 1540.
Les verrières intéressées sont: « la grant fenestre du portal de st Augustin du costé de la bisse », appelée aussi « grant fenestre de la croysée de l’eglise du costé de la bisse », et encore « portel de la nefz du costé de la bisse » ; puis les cinq « fenestres du chœur » ainsi que celles de la chapelle de l’Archiduchesse et de la « chapelle de Mons. le Grant maistre » [Gorrevod], et les « deux fenestres de l’oratoire de feue Madame, qui est sus la vaulte de l’ouratoyre qui est dessoubz ».
Parmi les fournitures employées figurent 406 pieds de « voyrre blanc » à 35. monnaie de Savoie le pied, le salaire quotidien du verrier étant fixé à 5 s. ; 370 livres de « fil de louth » ; 8 douzaines de « prin fil de louthon pour lier » ; le transport de « liges et plateaux pour fayre les chafaulx » ; la « roucaille pour metre es coleurs du voyrre » ; 12 livres « d’eytain de Cornaille pour soulder le plumbz de verryeres de l'eglise » ; 13 livres d’ « angons et clavetes pour estacher les treilliers des fenestres de l’eglise ».
Baux, Mist. Brou, 1854, p. 224 (citations).
185. - 1546. 27 mai. — Ordonnancement par les exécuteurs testamentaires de Marguerite du paiement d’un modèle en relief de l’église de Brou pour diriger les travaux de réparations (Arch. Nord, B 459, n° 22999, pièce 394).
Philippe Laine, maître maçon d'Anvers, reçoit 16 livres de 40 gros pour avoir exécuté « en modelle pointe une petite esglise faicte a la semblance et selon celle du cloistre de Brou en Bresse... sans y riens obmettre, et avec ce y mettre, agensir et ajouster ce qu'il est besoing de fere en ladicte esglise de Brou pour la contregarde d'icelle ou autrement, tant par les grans vens, grelles, nesges et eaux de pluye que y tumbent en si grosse abondance sur les gargoilles qui y sont tres mal faictes.., laquelle eglise en modelle se envoira audict Brou pour servir de monstre et enseigner les ouvriers, pour non faillir a ce qu’ilz y auront de faire pour la meillieuration et asseurance d'icelle.…. ».
186. - 1547, 22 août, Bruxelles. — Instructions des exécutsurs
testamentaires de Marguerite adressées au s' de Cormaillon, sur sa mission à Brou (Arch. Nord, B 19182, n° 44560", original).
Réparation des toitures du chœur, de la « croisée » de la nef, et des chapelles. Employer des « goutieres de bois couvertes de plomb ». Faire échapper les eaux pluviales « par corpz de plomb jusques en la terre en dehors et non pas par le dessus desdictes chappelles, comme elle sont de present, lesquelles goutieres sont esté tres mal faictes ». On a fait « en modelle une semblable cglise que celle dudit Brouz » pour mieux faire comprendre les défauts signalés. Faire reblanchir les parties du bâtiment endommagées par les fuites d'eau. Deux jeunes ouvriers des Pays-Bas partiront pour participer aux travaux et devront être bien accueillis « et que nulle rudesse ne leur soit fete ».
Faire édifier autour du couvent et de l'église un mur de 4 pieds en terre et 6 pieds hors terre, bordé d’un fossé de 6 pieds de large et de 6 pieds de profondeur. Devant les deux portails de l’église, placer deux portes et des treillis de fer « affin que nuls chevaulx n’y entrent ny approchent lesdicts pourtaulx ».
Faire peindre à l’huile « de couleur blanche que se fait de plomb, et semble unes couleur d'albastre », les portails pour les préserver de la pluie, « pour ce qu'ilz sont menuisez et faictz de doulce pierre ».
Faire des « treillis de cuivre jecté ou de fer. pour contregarder les trois sepultures qui sont au cueur ».
Faire les deux voûtes nécessaires au clocher ct acheter deux cloches moyennes.
Paver les deux cloitres. Faire un bénitier avec le marbre qui est au couvent. Signé : Loys DE PRAET, RosIMB0Z.
Houpoy, dans Gazette des Beaux-Arts, t. VIII (1873).
CHARVET, n° CIV.
187. - 1548, 10 juin-14 octobre. — Compte dressé par Augustin Guiguet du Dauphiné, procureur du couvent de Brou, de l’emploi des sommes mises à sa disposition pour les travaux par le seigneur de Cormaillon (Arch. Nord, B 459, n° 22999, pièce 407, cahier de 28 feuillets, original).
Détail des prix de matériaux et des salaires d'ouvriers.
188. - 1548, 15 juin, Bourg. — Prix fait des trois « treilliers de fert carré » placés pour la protection des tombeaux de Brou (Arch. Ain, H 614, original; copie contemporaine Arch. Nord, B 459, n° 22999%%).
Baux, Aist. Brou, 1854, p. 448.
189. - 1548, 27 juin. — Contrat passé par Guillaume Laurendet, maitre maçon, pour le pavage de la nef de Brou (Arch. Nord, B 459, n° 22999, pièce 409).
Laurendet, maçon de Gravelles, paroisse de St-Martin du Mont (Ain), s'engage à « fere et copper des plactes de pierre de chon tant de long que de large, qu'est despuis le jubile de l’eglise de Brou jusques au grand portal de ladicte eglise, et lesquelles plactes coppera et tailliera comme s’appertient.…, jouxte la forme des aultres plactes quo sont en ladicte eglise de Brou »..
190. - 1548, [juin-octobre]. — Compte rendu aux exécuteurs testamentaires de l’archiduchesse par Jean de Bonnot, seigneur de Cormaillon, baïlli de Hal, des travaux exécutés à Brou pendant l'été 1548 (Arch. Nord, B 459, n° 22999 pièce 405, cahier de 2 + 24 feuillets, original).
Les dépenses faites intéressent les fournitures suivantes :
Pierre de Jasseron pour la clôture du jardin. Pierre de taille blanche de Ramasse. « Pierres de lozes >» de Sinissiat pour la toiture des chapelles. Trente grandes pièces de chêne prises en la « foret de lau bletonnée de bon repous pour les cheneaux et nioguieres ». « Plattes et quarreaulx de terre » pour le pavage des cloitres. Tuiles pour la toiture des chapelles. Plomb. Fer. Tuiles à crochet. Huile de noix pour détremper les couleurs « dont les channaulx ont esté paintz >. « Une grosse corde d’engin servant pour tirer et avaller de dessus l’eglise tant les grosses pieces de bois que de pierres et aultres ». Crampons de fer. « Clouz a channée pour emploier et attaicher les crampons desdictes channées ». (Cloux nommés « brocquettes ». Achat à Lyon « d'or fin en feuille, azur et aultres couleurs. dont ont esté painctz, dorés et agensez les pommeaux, feullaiges, channées et aultres choses de decoration faictes aux toitz et fenestraiges de l’egliso ». « Main euvre et façon de la plus haulte vaulsure du cloichier dudict Brouz, faicte a l’endroit d'une gallerie estant oudict cloichier ». Pose de trois « trilliz » de fer formant clôture des trois sépultures.
Paiement à Nicolas du Pré fsir) pour la façon d'un bénitier, à Jean Guillot et Thomas de Mollin, maîtres fondeurs de cloches de « Romain-sur-Meuse » pour deux cloches ; à François Jehan, maître maçon et tailleur de pierres d'Ecaussines (‘), pour s'être rendu de Hal à Brou pour donner son avis sur les travaux.
Le compte s'élève à 453 1. 10 s. 2 d. t., dans laquelle somme est comprise celle de 1500 1. destinée aux religieux, notamment pour « meublissement d’une librairie ».
Le compte est rédigé en monnaie de Bourgogne, la livre étant comptée à 20 sous et le sou à 12 deniers. Par comparaison avec la monnaie de Savoie, la livre de Bourgogne équivaut à 2 florins 1 gros de savoie, le florin de Savoie étant subdivisé en 12 gros.
191. - 1548, 22 août, Brou, « faict au premier clostre dudict couvent ». — Prix fait de la sculpture du bénitier de Brou (Arch. Ain, H 614, original; autre original Arch. Nord, B 459, n° 22999).
Contrat passé par Jean, s' de Cormaillon, représentant Marie do Hongrie, et par Augustin du Daulphiné, prieur de Brou, au profit de Nicolas Ducré, tailleur de pierre, né à Bonneville en Faucigny. Le béniticr sera en marbre noir « jouxte la forme d'ung patron faict et pourtraict en ung folliet de papier, reservé la croix dudict beneyty, laquelle ledict Nycolas ne sera tenu fere..., ledict maistre Nicolas Ducré sera tenu de escripre a la molure dudict benoicty les parolles suyvantes : asçavoir FORTUNE INFORTUNE FORT UNE ».
Baux, Hist. de Brou, 1854, p. 451 à 453.
(4) Ecaussinnes, Belgique, province de Hainaut, à 9 kil. de Soignies dans l'arrondissement de Mons.
192. - 1548, 24 septembre. — Contrat passé par Benoît Bernard et Jean Mulliard, maçons à Bourg pour des travaux complémentaires au clocher (Arch. Nord, B 459, n° 22999, pièce 418, original).
« Construire une voste au dessus du berfrey du clochi de l’eglise dudict lieu de Brouz a une cruyse et par dessus icelle cruyse, une voste de carroi ad cuz de fort, lesqueulx masson seront tenu rompre la murallie dudict cloché pour faire la dicte voste en seurté, et laysé en ladicte voste une fenestre pour monté dessus ladicte voste.….. ».
193. - 1557, 7-10 décembre. — Enquête sur le pillage de l’église et du couvent de Brou (Arch. Ain, H 614, cahier de 13 feuillets, original).
Les soldats du roi de France, de la compagnie du baron de Digoine, en partie suisses et gascons, pillent le couvent et l'église vers le 11 octobre 1557, sous prétexte qu'ils cherchaient du plomb pour faire des balles et qu'ils ne voulaient rien laisser aux mains des « Bourguignons » de l’armée d'Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, qui venait assiéger Bourg.
Le vicaire de Brou ouvre la porte du couvent à une bande de 200 soldats, en voyant par leur « escharpes blanches » qu'ils étaient gens du roi. Les hommes se mirent à « rompre les portes et fenestres et fere bruit tel que c’estoit chose piteuse de l'oyr », vidant « buffectz, archebans, oratoires et coffres », emportant les vivres et les vêtements ainsi que 4775 livres de plomb pris sur la toiture, notamment au dessus de la chapelle de l'archiduchesse, de celle de Gorrevod, ainsi qu'au dessus de la « chapelle st Antoine » et de la « chapelle de Monsieur qui est du côté de vent ». Les tuyaux de plomb de l'orgue furent aussi cnlevés: « Sur le jubile, avons treuvé les orgues dudict couvent toutes rompues et brisées et quant es tuiaulx qui estoient de plomb, ilz avoicnt esté levèz et ostéz, et les autres tuiaulx estans de bois estoient encores la pluspart en l'armoire desdictes orgues ».
Baux, Mist. Brou, 1854, p. 453 à 476.
194. - 1613, 28 février. — Rapport concernant les réparations de l'église de Brou (Arch. Aïn, H 615, pièce authentique).
Dressé à l'occasion d’une demande de subsides adressée au roi de France qui accorda 1500 1. t. Les réparations les plus urgentes concernaient le clocher menaçant ruine, la réfection du portail de la façade et celle du « grand portail du costé de bize appelé st-Augustin » et du « portail appelé ste Monique, du costé du
vent >.
On trouve dans l’intérieur du second cloître, à l'angle sud-est, au-dessus d’une porte, une inscription mutilée rappelant les travaux de restauration faits en 1614 à l’époque où Ange de la Morra était prieur, et Oddot Mayre, de Dôle, architecte.
Baux, Aist. de Brou, 1854, p. 250 (extrait).
195. - 1659, 13 février. — Lettres de cachet adressées au prieur de Brou pour l'installation des augustins réformés de France en ce couvent (Arch. Ain, H 617).
Les augustins de la Congrégation de Lombardie durent céder à la force pour
faire place aux augustins réformés déchaussés de la Congrégation de France. Ils intentèrent dans la suite un procès qu'ils perdirent en 1662.
L'installation de ces derniers était négociée depuis la convention du 29 août 1658, que les anciens moines avaient dû subir sous la pression du duc de Savoie, désireux de faire occuper le couvent par une congrégation richs, capable de supporter les frais d'entretien. Le procès-verbal de mise en possession au profit des augustins de France est conservé aux Arch. de l’Ain (H 617) et daté du 14 mars 1659.
Baux, ist. de Brou, 1854, page 261 et 271. Cf. le P. Raphaël, cité par Alloing, dans Annales Soc. émulat. Ain, 1902, p. 266 à 270.
196. - 1659, 15 mai. — « Rapport judiciel des ruines de l’église et couvent de Brou et des réparations qu’il y faut faire » (Arch. Ain, H 615).
Important pour connaître le délabrement des constructions et certaines dispositions anciennes, aujourd’hui disparues, notamment en ce qui concerne le clocher.
Ce rapport a été dressé par Benoît d’Aurolles, architecte, et Fleury Patrasson, charpentier, tous deux de Lyon.
Baux, Hist. Brou, 1854, p. 265 à 270 (extraits). | CHARvET, n° CXVIII (à la date du 15 mai 1649); cf. le travail du même sur les Ædifices de Brou, page 88.
197. - XVIIe siècle (fin). — Renseignements archéologiques sur la construction de Brou recueillis par le Père Raphaël (Bourg, Bibliothèque de la Société d’émulation, manuscrit acheté à la vente Jules Baux).
Le manuscrit de Bourg, anonyme, a été avec raison restitué au Père Raphaël de la Vierge Marie, qui fut attaché à Brou peu après 1659, quand le couvent passa aux augustins déchaussés de la Congrégation de France, et qui a uülisé des comptes, aujourd'hui disparus, conservés alors aux archives du monastère.
Bien que sa relation ne soit pas exempte d'erreurs, son manuscrit renferme des parties utiles, rédigées avec plus de critique que les autres compilations venues du couvent.
Des extraits ont été publiés par ALLroIxG, dans les Annales Sociélé émulation Aïn, tome XXXV (1902), pages 53 à 75 et 233 à 272.
Une rédaction plus ancienne, non signalée jusqu'à présent, et faisant mention du nom de l’auteur « Raphaël de la Vierge Marie, prédicateur augustin déchaussé de la province de Dauphiné », existe à la bibliothèque de Dijon, dans le fonds Baudot, ms 44, folio 2 à 22. Voir des extraits dans BruCHET, Marguerite d'Autriche, p. 441 à 447.
198. - 1759. — Restauration de l’église de Brou avec le concours des Etats de Bresse (Archives Ain).
Substitution d’une toiture « à la Mansard », actuellement subsistante, à celle qui avait ôté établie primitivement.
Le système d'écoulement des eaux fut complètement modifié, entraînant un changement très fâcheux dans les lignes extérieures du monument. Cette restauration, indispensable pour la protection du monument, nécessita la
surélévation des murs : ceux du chœur furent haussés de six pieds : ceux de la nef, de quatre. On changea aussi le beffroi du clocher.
RaAPHAËL de la VIERGE MARIE, cité par ALLOING, dans Annales Société émulation Ain, 1902, page 233. CHaRveT, dans Edifices de Brou, page 89, a étudié minutieusement cette transformation de la toiture. Cf. Baux, Histoire de Brou, 1854, p. 288 (mentions).
199. - 1791, 17 février. — Rapport sur l’église et sur le couvent de Brou par Chauvereische, architecte (Arch. de l’Aïn).
Important pour faire connaître la distribution du couvent avant sa transformation et la disposition de l’appartement de l’archiduchesse. CHARVET, n° CXIX. Cf. CHARvVET, É‘difices de Brou, p. 35 et 90.
200. -1793, 21 mai. — Arrêté du Conseil général du département de l’Ain concernant la destruction du tombeau de Gorrevod (Arch. Aïn, série L).
Réquisition du bronze pour la fabrication des canons, notamment des « mausolées en bronze » conservés à Brou, à Coligny et à Montrevel », de trop mauvais goût pour devoir être conservés comme monuments des arts » ({).
Baux, Mist. de Brou, 1854, p. 295.
201. -[1794, 4 avril}, an IT germinal, Epidor, ci-devant Bourg. — Compte rendu de la destruction partielle du clocher de Brou par l'atelier de charité installé au couvent (Arch. Ain, série L).
La destruction n’intéresse que le dôme et la flèche. Le reste de la construction a subsisté.
Baux, Hist. Brou, 1854, p. 296.
202. - 1856, 1 décembre, Brou. — Procès-verbal de reconnaissance des sépultures de Brou (Arch. Ain, H 668).
Une fouille pratiquée le 17 septembre 1856 avait permis de déterminer l’emplacement exact du caveau ducal. La reconnaissance solennelle des sépultures se fit le 1° décembre suivant, jour anniversaire de la mort de Marguerite, en présence du comte Somis de Chiavrie, représentant le roi de Sardaigne, du préfet de l’Ain, de l'évêque de Belley, du comte de Quinsonas, de J. Baux archiviste départemental, de Dupasquier, architecte, du docteur Dupré et de quelques autres personnes.
Sur le cercueil de Marguerite de Bourbon (morte le 24 avril), une inscription rappelait son ensevelissement à la date du 27 avril 1483. La partie inférieure du tombeau s'était eflondrée entrainant l’affaissement partiel du corps à partir de la poitrine jusqu'aux pieds. Le squelette a pu être presque complètement reconstitué par le docteur Dupré. La défunte avait des cheveux châtains.
Le cercueil de Philibert le Beau n’a pas été ouvert, parce qu'il était intact, sauf une petite partie de l'enveloppe du plomb. Ses dimensions laissaient supposer un corps de taille gigantesque. Le cercueil, dont la boîte extérieure était en plomb, était
(1) La description du tombeau de Gorrevod a été donnée par P. RAPHAËL. (ALLOING dans Annales Société émulation Ain, 1902, page 245).
recouvert d'une inscription en relief rappelant que le souverain, mort au château de Pont d’Ain, le 10 septembre 1504, avait été enseveli à Brou, le 16 dudit mois ({).
Le cercueil extérieur de Marguerite d'Autriche était en bois. Sa forme n’a pas été décrite, car les parois étaient détruites par la pourriture. L’enveloppe intérieure, en plomb, moulait le corps, simulant une momie. L’un des chevalets de fer, celui du milieu, sous l’action de la rouille, s'était effondré, entraînant l’affaissement du corps. La tête, bien conservée, était encore garnie d’une assez grande quantité de cheveux roux et présentait les traces d’une autopsie. « La voûte du crâne était séparée de la base par un trait de scie qui, partant du niveau des bosses frontales, se prolonge de chaque côté à travers les pariétaux jusque près de l'articulation de ces os avec l'occipital. Dans ce point, la scie a cessé d'agir et les médecins, chargés de cette opération, ont fait levier à la partie antérieure et ont rompu l'articulation des pariétaux avec l'occipital pour pouvoir enlever la voûte du crâne, sur lequel on coustate l'angle rentrant formé par les deux pariétaux, tandis que l’occipital reste tout entier à la base. A la partie inférieure du cercueil, nous avons recueilli les deux jambes et les pieds, enveloppés isolément de débris de peau, et nous avons pu les transporter en bloc dans le cercueil provisoire. Nous avons alors recherché les parties qui pouvaient être sur le sol, et nous avons retrouvé le maxillaire inférieur dégarni de deux incisives, dont l’une a du être perdue du vivant de la princesse. Il manquait également deux petites et grosses molaires du côté droit et deux molaires du côté gauche. Ces dents ont dû manquer pendant la vie, ce que prouve la conformation et l'obturation complète des alvéoles. Nous avons retrouvé deux côtes entières et trente-quatre fragments de côtes et absence complète du sternum. Ce grand nombre de fragments de côtes tient vraisemblablement à l'ouverture de la poitrine qui a du avoir lieu pour en extraire le cœur de la princesse, conformément à son testament. Nous n'avons pu recueillir que vingt et une vertèbres, plus ou moins altérées. Il manquait deux cervicales et une dorsale. Les os du bassin, sauf le coccyx, sont dans un assez bon état de conservation, ainsi que les deux fémurs et les deux rotules. Pour les membres supérieurs, nous avons recueilli les deux clavicules intactes ; la partie scapulaire des deux omoplates n'existe pas, et il ne reste de ces os que les apophyses coracoïdes et les parties articulaires. L'humérus droit est bien conservé, mais la tête de l’humérus gauche est détachée du corps de l'os. Les os des avant-bras, peu avariés, existent de chaque côté. Pour les mains, nous n'avons pas trouvé trace des os du carpe ; mais nous avons pu recueillir huit os du métacarpe et dix phalanges.. Les corps des deux princesses paraissent avoir été placés dans leur cercueil respectif enveloppés d'un linceul en cuir de vache... Les cuirs sont tannés, gaufrés, avec ornements découpés et tailladés ».
L'archiduchesse était revêtue de la robe des religieuses de l’Annonciade.
Une inscription latine, en caractères gothiques, gravés en creux sur cuivre et émaillés de noir, était placée sur le mur et rappelait que la Régente était morte à Malines en 1530, le jour des calendes de décembre (1* décembre). La stèle de pierre blanche, renfermant l'inscription de cuivre commémorant les titres et dignités de l’archiduchesse, au lieu d'être scelléo sur la colonne servant de support n'était que « maintenue d’aplomb par une mince cale en bois qui, au moindre choc, n6 l’eut pas empêché de vaciller et de tomber sur le cercueil ».
En dehors des renseignements donnés par le procès-verbal officiel, une lettre d’un témoin oculaire, le comte de Quinsonas, donne des détails impressionnants :
(1) Cette date est confirmée par le compte des obsèques de Philibert (QuINsonas, Matériaux (t. I, p. 82).
« À la lueur des lampes, j'embrassais bien l’ensemble de cette scène imposante et lugubre... Entre les trois cercueils et les murs du caveau régnait un étroit passage permettant à peine aux dix spectateurs justement émus d’entourer ces trois personnages célèbres dont on entend souvent les noms retentir dans l’histoire. Dans ce grand cercueil, étendu sous le mausolée, celui qui fut le Duc de Savoie, Philibert le Beau. A sa droite était bien le cercueil en plomb de la Princesse de Bourbon, sa mère ; à sa gauche. celui de. la fille des Césars, tous deux, hélas! presque vides, rompus et brisés dans la partie inférieure; et sous les tréteaux de fer, altérés profondément par la rouille, gisaient épars quelques débris sans nom... Le cercueil [de Philibert le Beau] occupe exactement le centre du caveau mortuaire ; son volume est le double des deux autres. Il repose sur un chevalet massif de fer forgé qui pourrait encore défier bien des siècles. Nous vimes, en tête de l'inscription, et déposée là comme un emblème de la Souveraineté, une couronne ou diadème à douze pointes arrondies en forme de perles ; elle est en cuivre doré, sans émail, avec des pierreries simulées en bosse, au repoussé et peintes. Je vois encore le cercueil de Philibert le Beau servant de table et supportant les lampes. M. Dupasquier et vous [Jules Baux] écriviez chacun à un bout les détails du procès-verbal, ayant près de votre papier cette couronne illusoire de paillon doré. Votre émotion était visible, aussi bien que celle du bon docteur Dupré, pendant que. vous recherchiez, à l’aide de la science, la place de chaque débris humain qu'il fallait auparavant retirer de cette poussière humaine, puis le reconnaître et le décrire au procès-verbal... Sur un lit de mousseline, on reconstituait soigneusement les restes de Marguerite d'Autriche... Lorsque le docteur Dupré eut complété l'ensemble de la tête par le rapprochement du maxillaire inférieur, que nous venions de retrouver, nous pûmes alors échanger à voie basse les impressions... On voyait encore, en quantité suffisante et en état complet de conservation pour en apprécier la belle couleur, cette admirable et abondante chevelure dorée. Il vous fallut six heures d'un consciencieux et émouvant travail continu pour parfaire cette œuvre patiente de reconstituer à peu près deux squelettes à demiconsumés.. La dimension des ossements indique que, sans être grande, Marguerite [d'Autriche], d'une taille au-dessus de la moyenne, dut être heureusement proportionnée.. Quoique la princesse soit morte à cinquante ans, il ne se trouvait aucune trace de cheveux gris ».
Le cercueil de Philibert le Beau qui n’était que dessoudé à la partie supérieure, ne fut pas ouvert. En soulevant la plaque de plomb formant l'enveloppe extérieure, on constata l'existence d’une seconde enveloppe de cuir servant de gaine à un solide cercueil de chêne parfaitement conservé. Ce cercueil était énorme, mesurant 2 mètres 27 de longueur.
Les murs du caveau étaient « grossierement blanchis à la chaux ». Des inscriptions, charbonnées à la hâte d’un simple trait, rappelaient les dates funèbres 1483, 1504, 1530, et quelques sentences sur la brièveté de la vie.
L'épaisseur du lit de mortier couvrant le caveau était telle qu'elle défait toute percussion si l’on voulait au-dehors déterminer l'emplacement. La sépulture fut ainsi inviolée sous la Révolution.
Le 2 décembre 1856 lendemain du jour de cette exhumation, une solennité religieuse fut célébrée à Brou pour la translation des tombeaux dans un caveau provisoire, en présence des autorités. 246 personnes de distinction avaient pris place sur le jubé pour entendre l'oraison funèbre prononcée par l'évêque de Bellay. Les corps des deux princesses furent extraits, tandis que celui de Philibert, resté sur place à cause de son poids, n'était représenté que par un simulacre. Les cercueils furent portés processionnellement dans un autre caveau, en faisant le tour du jubé,
en attendant l'appropriation définitive du caveau ducal et la substitution de tables de marbre aux chevalets de fer. Puis, dans l'ancien couvent, affecté au Grand Séminaire, le comte de Somis, au nom du roi de Sardaigne et le Préfet, organe de l'Empereur, prononcèrent quelques paroles. L’historien des Pays-Bas, Gachard, exprimera plus tard le regret de la non-participation de la Belgique à cette cérémonie. Oubli symbolique : en Bresse, au XIX° siècle, on ignorait comme au XVI* siécle la lointaine Malines.
La réinhumation des corps eut lieu, dans le caveau ducal restauré, le 8 juillet 1858 après une messe pontificale célébrée par le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux. Plus tard, lors de la réfection du pavage du chœur, on réouvrit le caveau ducal le 23 juillet 1900 et l’on constata son parfait état.
Les procès-verbaux du 1®° décembre 1856 et du 8 juillet 1858 ont été publiés dans de Quixsonas, Matériaux pour servir à Phistoire de Marguerite d'Autriche (Paris, 1860), tome III, p. 149 à 164 et 257 à 267. Duray, Eglise de Brou et ses tombeaux (2° édition. Lyon, 1879), pages 166 à 177, a réédité le procès-verbal de 1858. Les lettres à Jules Baux sont imprimées dans de Quinsonas, pages 1 à 47 et 73 à 147.
Cf. Van Der MEERSCH. Ouverture du tombeau de Marguerite d'Autriche, dans Messager des sciences et des arts (Gand, 1857), page 373.
203. - 1902, 6 février, Brou. — Procès-verbal de la réinhumation des membres de la famille de Gorrevod (Annales Sociélé émulation Ain, tome XXXV, 1902, p. 199 à 201).
Lors de la réfection du dallage du chœur, on avait ouvert le caveau des Gorrevod le 30 novembre 1901. On constate la présence de six corps, ceux de Laurent I de Gorrevod, fondateur de la chapelle, ancien chevalier d'honneur de Marguerite d'Autriche, mort à Barcelone le 6 août 1529 ; da Philiberte de La Palud, sa première femme, morte avant 1509, et de Claude de Rivoire, sa seconde femme, morte en 1535; et celui d’un jeune enfant ainsi que ceux de Jean de Gorrevod, mort en 1544, et de Laurent II de Gorrevod, mort en 1581, neveux de Laurent I.
Les quatre premiers de ces personnages étaient représentés sur le mausolée de cuivre, qui fut détruit à la Révolution.
La sépulture avait été violée. Les cercueils étaient effondrés.
Le D' Passerat fit la reconstitution anatomique des ossements épars. Les squelettes furent placés dans quatre cercueils dont l’un contenait Laurent I et son fils, et un autre renfermait les restes des deux femmes.
M. le chanoine Perretant, M. Ferret, architecte et M. Chanut, entrepreneur assistèrent à la réinhumation qui eut un caractère privé.
Cf. FERRET, Les Caveaux de Brou, dans Annales Société émulation Ain, t. XXXV, (1902), pages 170 à 180 et pages 199 à 201. Cf. t. XLV (1912), p. 340.