CHANSON FAITE PAR MADAME
C'est pour james q'un regret me demeure
Qui sans seser, nuit et jour, a tout eure Haut me tourmante que bien voudroie mourir, Car ma vie n'est fors seullement languir
Et sy faudra a la fin que j'an meure.
De l'infortune pansoie estre bien seure
Quan le regret maudit ou je demeure
Me coury sus pour me fere mourir,
Car ma vie n'est fors seullement languir
Et sy faudra a la fin que j'an meure:
C'est pour james,
On a conservé le texte du premier poème qui fut, à votre connaissance, dédié à Marguerite tandis qu'elle était duchesse de Savoie. L'auteur, un certain Destrées, écrivit en vers une Vie de
Régente, sacrifiant les dessins d’un Perréal ou les « patrons » d'un Colombe, ne sera pas une novatrice.
L'archiduchesse, par le choix du projet comme par la désignation de l'exécutant, avait ainsi fixé l'orientation flamande de Brou. Comment Louis Van Boghem allait-il réaliser son programme ?
Un texte important, que l'on peut restituer au 15 juillet 1513, fait connaître qu'à cette date, coïncidant avec l'installation définitive de Van Boghem sur le chantier, l’« église vielle et la maison ancienne » étaient abattues et que l’on avait nivelé l'emplacement de l'église pour creuser les fondations, « selon les mesures et cordeaulx mis et apposéz par ledit maistre Loys » ({).
L'« église vielle », démolie par Van Boghoenm, c'était celle du prieuré Saint-Pierre, qui n’était plus nécessaire depuis que les moines utilisaient pour le service divin la « Sacristie neuve », c'est-à-dire depuis le 24 juin 1513 (?). La situation de cette sacristie est hypothétique. Il est vraisemblable qu’elle était installée dans le nouveau couvent, car il est difficile de concevoir la célébration des offices pendant de nombreuses années au milieu d’un chantier en travail.
Il semble bien, d’après les textes, que Van Boghem ait fait table rase. Et cependant un archéologue, qui a longtemps examiné le monument pierre par pierre, a fait des constatations troublantes. Comment expliquer, si l'on n’a pas construit sur d'anciennes fondations, certaines anomalies du plan? On peut observer que la chapelle de Sainte-Apolline, dont le quadrilatère flanque au midi le chevet de l'église, est hors d’axe avec la basse nef et avec le clocher, disposition qu'on peut encore remarquer dans la chapelle de la Vierge, au chevet septentrional (?). On a constaté aussi qu’il y avait des différences dans le style des moulures. Les bases des piliers du transept, au lieu d'être traitées à la flamande comme celles des portails, du jubé, des mausolées, sont conformes à celles que les maîtres bressans ont taillées dans le couvent, conformes aussi à celles de quelques vieilles maisons de Bourg (*). On a encore remarqué le style bressan dans certains fenestrages extérieurs du chœur, ainsi que dans les fenêtres de la nef. Il y a là un problème archéologique que l'on ne peut résoudre qu’en supposant l'utilisation par Van Boghem de certains matériaux taillés avant son arrivée par l'atelier de Bourg (°).
sainte Marguerite (d’après le ms. de la Bibliothèque Nationale de Paris, fr. 14997, fol. 1 à 16v.) du vivant de Philibert le Beau, en 1501. L'œuvre, très incolore, s'apparente aux plus banales productions de la fin du xv° siècle bourguignon. On trouvera en acrostiches, dans la strophe xxxu1 les noms Margnreta, Phylybertus Duzx et dans la strophe xxxv ceux de Margareta, Mazimilyanus, Phylypus. H. HoLGER PETERSEN, Destrées, frère chartreux et poète du temps de Marguerite d'Autriche, Helsingfors, 1927, 168 p. in-8° (publication de la Finska Vetenshkaps- Sucteteten, Soctetas Scientiarum Fennica. Tome 1, fascicule 8 des Comomnentationes humanarum litterarum.
(1) A. Cara à Marguerite, 15 juillet [1513]. Appendice I, n° 106.
(2) Ibidern.
(5) CHARVET, Jehan Perréal, p. 94.
(#) Cuarver, Les édifices de Brou, p. 56 avec dessins de piliers.
(5) Charvet a soutenu avec beaucoup de persévérance l’idée de l'adaptation par Van Boghem de certaines constructions antérieures, particulièrement sensible dans le chœur. « La chapelle de sainte Apolline, aujourd'hui sacristie, est, avec le rond-point du sanctuaire, une partie de l'édifice commencé en 1507 ; les jambages, les arcs et les remplissages de ces fenêtres sont de
Toutefois ces traces de l’œuvre antérieure n'apparaissent qu'à des yeux très perspicaces. Brou dans son ensemble reste un monument homogène, sans addition malencontreuse, œuvre flamboyante dans laquelle le maïtre flamand, faute d'imagination, a épuisé son art dans l'adaptation de vieilles formules. Le mot a été dit : il faut aller à Brou voir mourir le gothique, et le témoignage de Didron, qui fut si précieux quand la Monarchie de juillet s'efforça de sauver notre patrimoine artistique, vient encore étayer cette affirmation évidente quand on étudie la façade : « L'édifice est un résumé et un spécimen de tous les styles antérieurs... On y trouve toutes les variétés de baies, cintres, ogives en tiers-point, ogives lancettes, anses de panier, accolades, roses et demi-roses ; toutes les espèces de colonnettes, cannelées, tordues en spirale...; de plus les oves, denticules, raies de cœur, perles de l'antiquité, doublent les festons, les dentelles, les entrelacs et les rinceaux du style ogival : et le gothique finissant arrive ici à la perfection même, dans certains détails » ({).
Le marché passé entre Van Boghem et Marguerite devant l'échevinage de Bruxelles, peu avant juin 1513, est un des documents dont l’absence est particulièrement regrettable, car le Brou actuel est la conséquence de ce contrat. L'architecte mit vingt ans à édifier son œuvre, de 1513 à 1532, long délai pour l'impatiente Marguerite à laquelle le maître maçon avait promis de terminer en cinq années (?). Peut-être les ressources allouées n'étaient-elles pas suffisantes, puisqu'on réclamait constamment des sommes supplémentaires, et pour ne pas fermer un chantier en plein travail, on verra le Conseil de Bresse cautionner sur les biens de ses propres membres un emprunt destiné au salaire des ouvriers (ÿ).
La première pierre de l’église définitive fut posée au mois de juillet 1513 (*). On conduisit les travaux pendant les deux premières années avec une grande activité, faisant sortir de terre près du quart de la construction (‘). Il y eut ensuite une période d’accalmie, causée sans doute par des modifications de plans. L'atelier continuait à tailler et à préparer les matériaux. Mais, pour les placer, il fallait encore savoir si l’on ne changerait pas les dispositions prises. Van Boghem était loin d'être maître absolu sur son chantier. De Malines, avec les patrons dont on avait les doubles, on faisait et on défaisait. Il est certain par exemple que le clocher, au lieu d’être latéral, s'enlevait primitivement sur le carré du transept (f). On trouve dansle chœur
travail français ; les têtes de contreforts se trouvent beaucoup plus simples qu'ailleurs ; cette chapelle constituait une des chapelles absidiales d'une église à trois nefs, sans chapelles latérales aux basses nefs, et avec transept, dont on retrouve, avec une étude attentive, les emplacements et les directions dans le plan de l’église actuelle ». CHARVET, Les Edifices de Brou, p. 55.
(1) DipRoN, cité par JARRIN dans Annales Société émulation Ain, t. xx, 1887, p. 70. Didron a rédigé le texte (vu + 71 pages in 4°) de la Monographie de Notre-Dame de Brou (Lyon 1842) par Louis DUPASQUIER, qui forme un atlas in folio de 32 pages dont les planches sont d'une exécution remarquable. Cet architecte fut chargé de la restauration de Brou en 1845.
(2; Barangier à Marguerite, novembre 1512. Appendice I, n° 95.
(3) Louis de Gleyrens à Marguerite, 24 octobre 1524. Appendice I, n° 149.
(t) Louis Van Boghem à Marguerite, 19 juillet [4513]. Appendice I, n° 107.
(5) Le Conseil de Bresse à Marguerite, 21 octobre [1515]. Appendice I, n° 120.
(6) En 1867, M. Savy a observé qu'il y avait, au-dessus de la voûte du transept, sous le toit, quatre puissants massifs de maçonnerie s'élevant en encorbellement au-dessus des quatre piliers
des raccords dont le mauvais agencement trahit l'embarras d'un architecte devant d’incessantes exigences. Les chapelles de Gorrevod et de Montcut n'étaient pas prévues au devis initial. Et pour donner satisfaction aux moines qui voulaient aller de leur dortoir dans l’église, sans passer au milieu des fidèles, il fallait des combinaisons qui expliquent la complication de la partie supérieure du sanctuaire et du jubé (")}. Et c’est ainsi que, en 1522, dix ans après le début des travaux, ni le chœur, ni ses chapelles n'étaient voûtés. On n'avait pas encore posé les « fermuures et cleres voyes et establement de tout le grand cueur » et cependant les pierres en étaient taillées. Le transept était encore moins avancé, les deux portails latéraux atteignaient l’arrasement du mur de la charpente, mais n’élaient pas couverts et les grandes arcades qui devaient supporter la croisée du transept n'étaient pas complétement placées. Dans la nef, les travaux étaient encore plus en retard. Les murs ne dépassaient pas le niveau des voûtes des bas côtés et la façade restait à faire. Le clocher, en benne voie, s'élevait jusqu'à une hauteur de 195 marches, presque le sommet de la grande nef (?).
La forme authentique du procès-verbal du 30 juillet 1522, qui nous fait connaître ces détails, la substitution d’un religieux au contrôleur chargé de la comptabilité, les inspections confiées à Pierre de Marnix, qui venait des Pays-Bas, tous ces faits donnent à penser que l’archiduchesse ne croyait plus aux belles paroles qu'on lui prodiguait, quand on célébrait la magnificence de l'édifice qui « tousjours monte hault et s’aprouche du ciel et le faict merveilleusement bon veoir » (?). Un contrôle plus rigoureux et une meilleure gestion financière provoquèrent des résultats satisfaisants. Le chantier devint plus actif. En 1528, le chœur et ses chapelles, le transept et la plus grande partie de la nef étaient enfin terminés et il ne restait à achever que le haut du portail de la façade (*). L'année suivante, pour stimuler le zèle de l’insatiable Van Boghem, il fallut une gratification de 500 livres —- une annuité de gages — pour obtenir sa promesse de terminer, pour le mois d'octobre 1531, la « massonnerie, charpenterie, verrieres, sieges, clouchier et autres choses neccessaires, ensemble aussy les sepultures posées (f). L'église fut enfin consacrée le 22 mars 1532 et, trois mois après, le « maistre Loys » des premières années quittait définitivement le chantier, salué des titres de «nobilis magister Ludovicus van Boghem, architector totius
de la croisée, lesquels étaient reliés partout en système d’arcatures. Ce sont les vestiges du clocher primitif. JARRIN, Brou, dans Annales Société émulation Ain, 1887, p. 35. On a, par ailleurs, déjà remarqué que les quatre piliers de la croisée du transept sont beaucoup plus massifs que les autres et que leur dimension est la même depuis la base jusqu'aux combles, disposition qui ne pouvait s'expliquer que par le dessein d’asseoir, sur ces solides bases, le clocher primitivement prévu à cet emplacement. Baux, Hist. église Brou (1854), p. 267.
(1) « Une autre preuve de la gêne que l'on a eue pour raccorder le sanctuaire, c'est l’agencement maladroit et d’un effet désagréable, de la partie vers le mausolée de Marguerite d'Autriche et vers celui de Marguerite de Bourbon. C'est fort à propos que les stalles masquent le raccord dans la longueur de deux travées, adossées à un mur derrière lequel on ne trouve que des corridors et des chapelles absolument inutiles ». CHARvET, Les édifices de Brou, p. 57.
(2?) Procès-verbal du 30 juillet 1522. Appendice I, n° 143. Cf. n° 140.
(3) Raimond Cartier de Cesana à Marguerite, 5 juin [1516]. Appendice ], n° 123.
(#) Louis de Gleyrens et Van Boghem à Marguerite, 14 juillet [1528]. Appendice I, n° 159.
(5) Gageure entre l'archiduchesse et Van Boghem, 26 février 1529, n. st. Appendice I. n° 166.
aedifici de Brou » (‘). La gratitude des Bressans célèbrera ses mérites avec grandiloquence :
Qui est l'ouvrier ? Le grand maistre Loys.
Vitruvius, le maistre charpentier,
N'’eust a cestuy donné escharpe entier,
Ny attouche, mais perdu contenance
Et d’ung flameng eust suivi l'ordonnance ().
Les documents concernant les collaborateurs de Van Boghem sont rares et l'on ne peut malheureusement plus consulter la série des pièces justificatives que les « maîtres de l'œuvre », Chivilliard (1506-1514) et Maxin (1514-1523) ainsi que le père Louis de Gleyrens (1523-1532) (*), fournissaient à l’appui de leurs comptes, pièces qui existaient encore aux archives du couvent à la fin du XVI! siècle, quand le père Raphaël rédigea sa « Description historique de la belle église et du couvent royal de Brou » (*). Les papiers de la Chancellerie de Marguerite renferment heureusement quelques textes particulièrement précieux.
Un document énigmatique, qui paraît être de septembre 1512 ou de juillet 1513, nous apprend que l’archiduchesse avait convoqué à Malines «les maistres maçon et ymaïigier qui s’en doyvent aller en Breisse tant pour le fait de l'église. que pour la sepulture » et demandaient pour cette conference le « pourtrait de ladicte sépulture » (5). On ne connaissait jusqu’à présent qu’un imagier venu des Pays-Bas, Conrad Meyt, mais il n'apparaît dans l’œuvre de Brou qu’en 1526, et le document est bien antérieur. Le maçon, c'est Van Boghem, mais l’imagier, c'est encore un inconnu, appartenant vraisemblablement aussi aux Pays-Bas et chargé de s'occuper de la petite statuaire. Si l’on peut regretter de ne pas connaître son nom, du moins est-on renseigné sur celui qui a conçu le « pourtraict » des tombeaux, et sur le sculpteur de la grande statuaire.
On a en effet heureusement conservé, pour les sépultures, deux textes précieux sur la collaboration flamande. Un document de 1516 fait d’abord apparaître Jean van Roome dit de Bruxelles, et un autre, de 1526, donne des détails précis sur le concours de Conrad Meyt.
Van Boghem était avant tout chargé de l'exécution de la maçonnerie. Au début, sa tâche était strictement limitée à cette entreprise. On comprend donc, et c'était l'usage du temps, qu'on devait lui fournir les patrons des tombeaux, des vitraux, des stalles et autres travaux étrangers à sa spécialité. On commença par les tombeaux. I] n’y avait plus à songer à Perréal, dont la disgrâce était définitive. Il était plus
(1) Compte de Louis de Gleyrens dressé en 1532 pour l'église de Brou (Archives, Ain, H 614). L'architecte de Brou eut une lignée qui lui fit honneur. L'un de ses descendants occupa le siège épiscopal d'Anvers et appartenait à la branche des vicomtes de Beughem. WaAuTERS dans Biogr. Nationale, t. n, col. 566.
(2) A. DE Sarx, Le blason de Brou, Lyon vers 1532. Cet ouvrage a été réimprimé par A. VayssèRe à Bourg en 1876.
(3) Sur la comptabilité de Chivilliard, de Maxin et de Louis de Gleyrens, voir Appendice Ï, n° 112, 127 et 146.
(*) Sur la valeur de la « Description » faite par le P. RapnaËL, voir Noper. La valeur documentaire des manuscrits sur Brou, dans Annales Société émulation Ain, t. xxxvi, 1903, p. 391, sq. Cf. ALLOING. Un manuscrit sur Brou, ibidem, t. xxxv, 1902, p. 53 sq.
(5) Marguerite à [Laurent de Gorrevod, septembre 1512?] Appendice I, n° 90.
adroit de trouver à Bruxelles même quelqu'un de l'entourage de Van Boghem, pouvant, par sa résidence, ses habitudes, ses relations, avoir quelque emprise sur le constructeur de Brou. Il y avait précisément chez les Keldermans, dans la capitale brabançonne, où fréquentait Van Boghem, un peintre très apprécié qui était l'hôte de la maison, le bruxellois Jean van Roome connu aussi sous le nom de Jean de Bruxelles. |
Jean de Bruxelles nous est surtout connu par les cartons qu'il composa pour des tapisseries de haute lisse. Il savait admirablement, dans des histoires bibliques, faire revivre les personnages de la Cour de l’archiduchesse. Une tapisserie célèbre, conservée au Cinquantenaire, les dix panneaux de l'Histoire de David et Bethsabée, au Musée de Cluny, d’autres encore nous révèlent un art aimable et souriant. L'artiste faisait aussi des patrons pour les verriers et pour les tailleurs d'images. Il était de plus bon graveur de sceaux, car il exécuta ceux de l'archiduc. Marguerite le connaissait ; c'était lui qui avait fait, à Bruxelles, pour la cour des bailles à Caudenberg, les patrons des statues des ducs de Brabant en 1510. Soucieux d’exactitude, il avait pris la peine, pour armorier ces personnages, de compulser les vieilles chroniques (!).
Marguerite avait chargé son trésorier Diégo Florès de « marchander » — à une époque difficile à préciser, entre 1513 et 1516, mais certainement bien avant cette dernière date — l'exécution de divers patrons. La somme convenue s'élevait à 150 philippus, et l'artiste devait être payé « incontinent et promptement ». En réalité il ne toucha que deux acomptes, réclama à plusieurs reprises, et n'obtint le solde de son travail qu’au mois de juillet 1516 (°).
Les patrons de Jean de Bruxelles sont d'autant plus intéressants qu'ils furent transmis en Bresse, « et ont les aucuns esté envoyés en nostre couvent de Brouz » et l'on ne concevrait guère la nécessité de cet envoi, si ces dessins n'avaient pas dû servir à l'exécution de l'œuvre. On a pensé qu'ils étaient de 1516, et c’est à cette année que le dernier historien du monument fait remonter l'existence de ll” « atelier flamand de Brou ». Mais l’année 1516 est la date du règlement définitif du compte de Jean de Bruxelles, longtemps attendu, et les patrons étaient déjà fournis depuis longtemps et expédiés. Il est vraisemblable qu'ils durent être exécutés par le peintre
bruxellois peu après l'entrée en scène de Van Boghem, vers 1513. | Le mandement relatif à Jean de Bruxelles, parchemin précieux bien que lacéré et raturé, d’une écriture qui n’a pas toujours été lue correctement, renferme une expression digne de remarque: deux des tombeaux étaient conçus en « sépulture moderne ». L'artiste avait en effet fourni, entre autres patrons, « une sépulture moderne de mondit seigneur de Savoye ou petit pied sur parchemin ». Le tombeau de l’archiduchesse était aussi traité en « sepulture moderne, montant 40 pieds hault et 20 pieds de large, faite au petit pied sur parchemin ». Les mots « sépulture moderne » sont assez énigmatiques, mais si on les interprète comme indiquant une double représentation du mort, c'est à dire le « vif » en costume d’apparat, et en bas
(1) A. J. WauTERs, Jean Van Roome dit Jean de Bruxelles dans Biographie Nationale, t. xx (1908-1910), col. 23 à 35.
(2) Mandement du 7 juillet 1516. Appendice I, n° 124. L'intervention de Jean de Bruxelles est postérieure à la disgrâce de Perréal (1512) et à la destitution de Florès (fin 1515 ou début 1516).
le cadavre, on constatera que cette disposition a été réalisée pour Marguerite d'Autriche et Philibert. Le tombeau de Marguerite de Bourbon, au contraire, n'a pas de « representation de la mort », et, en effet, dans le patron, pas de prescription de ce genre : nouvel argument pour conclure que les patrons qui ont servi à Brou sont bien ceux de Jean de Bruxelles ({).
Pendant dix ans, l'atelier flamand de Brou fonctionna activement. A la date du 30 juillet 1522, un procès-verbal constate que l'on a terminé la petite statuaire des tombeaux, notamment les Vertus de la sépulture de Philibert et, pour celle des duchesses, « toutes les imaiges a l’entour » (*). Ce travail ne pouvait se faire que d'après le patron, car il fallait tailler les statuettes à dimension, et là encore c'est le patron de Jean de Bruxelles qui a dû servir.
Le nom de Jean de Bruxelles ne figure plus sur le célèbre contrat de la grande statuaire passé avec Conrad Meyt le 14 avril 1526. Ce dernier doit « besoignier aux sépultures. selon le pourtraict pour ce faict.. par Loys van Beughem ». Si l’on s'en tenait à la lettre du contrat, Van Boghem aurait été substitué à Jean de Bruxelles pour la conception des tombeaux. La chose est peu vraisemblable, mais il est possible que l'architecte, devenu le maître de l’œuvre entière, ait signé ou contresigné l'ancien patron de Jean de Bruxelles, de façon à faire reconnaitre, sur place, de par l’archiduchesse, son autorité.
La grande statuaire fut exécutée de 1526 à 1531 par un artiste que Marguerite avait attaché à son hôtel, lui commandant divers travaux, lui faisant faire son buste en bois — celui du Musée national bavarois à Munich (*). C'était un allemand de Worms, Conrad Meyt, devenu flamand d'adoption, appelé à cause de sa résidence près J’archiduchesse « maistre Conrard de Malines ». Par contrat du 14 avril 1526, le « taillieur d'ymaiges » s'engageait à se rendre à Brou pour exécuter, de sa propre main, dans un délai de quatre ans, la « figure et representation au vif » du duc de Savoie, le lion aux pieds, entouré de six « enffans » porteurs d’attributs. Il ferait aussi la « representation de Madame au vif » avec le lévrier couché, et les quatre enfants supportant blason et cartouche. Dans chacun de ces tombeaux, en bas, se trouverait la « figure de la mort ». Les « vifs » et les « enffans » seraient en marbre, tandis que l'on emploierait l'albâtre pour ceux de la sépulture de Marguerite de Bourbon, pour la statue de cette princesse ainsi que pour les gisants morts des deux autres mausolées (*).
(1) Les proportions données pour les patrons des sépultures des deux duchesses dans la pièce comptable, sépultures dont la hauteur était double de la largeur, laisseraient supposer que ces patrons comprenaient non seulement les gisants, mais aussi la partie décorative et architecturale.
(?) Appendice I, n° 143.
(3) Noner. Les tombeaux de Brou (Bourg 1906), p. 55 sq. Le buste de Marguerite, attribué à Conrad Meyt, est reproduit dans la Gazette des Beaux-Arts, t. xxxv, 1906, p. 95. L'archiduchesse n'avait les traits ni de Maximilien ni de Marie de Bourgogne, et tenait plutôt de sa grand'mère maternelle Eléonore de Portugal, femme de l'empereur Frédéric III. Voir la reproduction du buste d'Eléonore dans Exposition d'art autrichien. Les trésors de Maximilien prètés par la République d'Autriche, Musée du Jeu de Paume 15 juin au 15 août 1927. (Paris, 22 pages et 12 planches) pl. mi.
(4) Contrat du 14 avril 1526. Appendice I, n° 152. Deux des génies du tombeau de Marguerite de Bourbon sont détruits. On les avait transportés à la Convention pour inscrire, sur le cartouche qu'ils tenaient, la tablette de la Constitution. Ils sont arrivés brisés à Paris (Baux, Hist. Brou, 1854, p. 299). ;
La petite statuaire était exclue du contrat Meyt ainsi que la partie architecturale des sépultures. On spécifiait même que les Vertus, qui devaient orner le soubassement du tombeau ducal, étaient sous la « charge » de Van Boghem. Elles étaient d'ailleurs déjà tailléces (!).
Quand on examine le tombeau de Philibert, on constate que le soubassement est bien flamand, tant par ses lignes architecturales que par sa statuaire. Mais la partie supérieure, écrasante, hors d'échelle, apparaît d'un style si différent qu’elle semble pour ainsi dire rapportée.
Meyt devait bien, aux termes de son contrat, travailler à la grande statuaire des sépultures « selon le pourtraict pour ce faict par Loys van Beughem ». Mais si le « pourtraict » était flamand, son exécution présente un caractère si différent que l'on est obligé d'admettre une complète indépendance d'interprétation. Les « enffans » porteurs d’attributs sont bien prévus sur le contrat, mais ils deviennent des génies nus, tellement nus que, plus tard, quand l'église sera affectée sous la Restauration au Grand Séminaire, on les mutilera pour ne pas offenser les regards (?). Ce sont des réminiscences de l'antique. Le bas, qui est antérieur à Meyt, est flamand, mais le couronnement, c’est-à-dire l’œuvre de Meyt dans le tombeau ducal, est italien. Comment expliquer pareille métamorphose dans cette église dont les travaux avaient été poursuivis avec tant d'homogénéité, subissant la tradition archaïque du maître maçon de Bruxelles, dans la petite statuaire comme dans l'architecture ?
Van Boghem, depuis quatorze ans, avait imposé sa manière parce qu'il avait été jusqu'alors maître incontesté sur son chantier, et on le savait capable de s'affirmer par la violence, car il était « assez ligier de parolles et menasses envers l’ung et J'autre, tant ecclésiastiques que séculiers » (ÿ). Il était craint. Conrad Meyt arriva avec son contrat en poche, indépendant. C'était une personnalité, d’une humeur difficile. Les deux hommes eurent vite fait de s'affronter. Mais il y eut dans leur querelle plus qu'un heurt de caractères : c'était l'antagonisme de deux écoles, Van Boghem représentant le passé, son adversaire les idées nouvelles.
On ne sait rien de la formation de Meyt. Peut-être avait-il fait partie, avant d'être
(*) I convient de remarquer qu'il y a eu des transpositions dans l'ordre des statuettes ornant le soubassement du tombeau de Philibert, dont l'ancienne répartition apparaît dans la gravure publiée dans GuICHENON, Histoire de la Maison de Savoie, Lyon 1660, tome 1, p. 612. Ces statuettes, en principe — c'était déjà le thème imposé à Michel Colombe (Appendice I, p. 85) — représentaient dix Vertus. Il n’y en a plus que huit. Les personnages occupant la quatrième niche (Ste Madeleine au vase) et la huitième (Ste Marguerite foulant aux pieds le démon) proviennent du tombeau de Marguerite d'Autriche. On trouvera des dessins curieux de diverses statuettes, avant leur restauration, dans CHARVET, Les édifices de Brou, p. 115 sg. et une discussion sur ces transpositions dans NoperT. Les tumbeaux de Brou (Bourg, 1906), p. 39 sq.
(2) H. G. Un cas de vandalisme à l'église de Brou, dans Bulletin monumental, tome L (1884), p. 685.
La gravure de Thurnevsen (dans GUICHENON, Histoire de Savoie, Lyon 1669, tome 1, p. 612) montre bien que les génies ont été transposés puisqu'elle représente à la tête ceux qui tiennent l'écu, aux pieds ceux qui supportent le cartouche, montrant aux regards la partie antérieure du corps. Même disposition dans la gravure publiée dans l'édition de Turin en 1780. Le P. Raphaël, à la fin du xvrr* siècle, confirme cette constatation. Il est à remarquer que les deux génies latéraux ont été aussi retournés, car, dans la gravure citée, le heaume était à gauche du génie par rapport au spectateur et non à droite. On remarquera, dans le tombeau de Marguerite d'Autriche, que l'écu est resté à sa place naturelle, c'est-à-dire à la tête.
(3) Ordonnance du 31 août 1530. Appendice [, n° 167.
au service de l’archiduchesse, de la cour italianisante du futur évêque d'Utrecht, Philippe, bâtard de Bourgogne, ancien « amiral de la mer » (*). Quand il quittera Brou, il emploiera à Lons-le-Saunier, pour le tombeau de Philibert de Chalon, des Italiens dont les noms sont connus. Il représentait donc les idées du jour et l'on conçoit qu'il ait interprêté dans un style nouveau le « pourtraict » attribué à Van Boghem, c'est-à-dire le patron déjà vieux de plus de dix ans dû à Jean de Bruxelles.
Un fait significatif montre bien la mésintelligence profonde qui existait entre les deux hommes. Van Boghem était tenu de fournir à son rival l’albâtre, le marbre de Carrare et les ouvriers. L’albâtre était déjà sur le chantier quand Meyt arriva, et il put ainsi commencer la statue de Marguerite de Bourbon et, dans les autres tombeaux les « figures de la mort ». Mais on lui fit attendre plus de deux ans ses blocs de Carrare (?), blocs bruts, car on pourrait supposer qu’un pareil délai aurait permis d'envoyer d'Italie la statuaire toute faite, si l’on n'avait des textes explicites. Van Boghem lui refusait même les ouvriers prévus au contrat. Il y eut des altercations si violentes, « attendu l'ynimitié estant entre lesdicts maistres Loys et Conrard », que les gens de l’archiduchesse vinrent de Malines pour mettre à la raison les deux adversaires. On dut les menacer l’un et l’autre des rigueurs judiciaires en défendant « tres expressement audit maistre Loys user désormais de telles menaces et parolles et consequemment de toutes euvres de fait, lui faisant sur ce ouverture de la justice, si mestier est ; et s’il y veult attempter par voye de faict, Madame s’en prendra à sa personne et à ses biens » (*). On en dit autant à Conrad Meyt, mais, au fond, on donna raison à ce dernier puisqu'on lui laissa désormais le droit de choisir ses collaborateurs et de travailler à sa guise, disposition qui justifie l'indépendance d'interprétation qui devait caractériser l'œuvre du sculpteur (*). Et en fait, à Brou, Meyt emploiera des Italiens dont les noms nous ont été conservés. Le florentin Onoffrio Campitoglio sculpta, dans le tombeau de Philibert, les génies de l'épitaphe et celui du gantelet, tandis que Gilles Vambelli travaillait à la « representation au vif » du souverain. La nationalité de Benoît de Serins, qui exécuta les trois autres génies, reste indécise (5).
(1) Un contemporain de Philippe de Bourgogne nous le représente, à son retour de Rome, vivant en Zélande, dans son château de Souburg, dans une cour d'artistes : € In patriam reversus, totus exornandæ arci suæ Suytburgo intentus, inter fabros, architectos, sculptores et pictores versabatur, adeo familiariter ut unus illorum putaretur ». GErarpus NoviomAGus, Pkhilinpus Burgundus, dans A. MATTHAEUS, Veteris aevi Analecta, 2° édit. (La Haye, 1738), t.r, p. 156. Nous serions tenté de croire que Conrad Meyt, avant d'être, à partir de 1514, en relations personnelles avec Marguerite, avait travaillé pour Philippe de Bourgogne. Une lettre inédite de Marguerite, adressée vraisemblablement vers 1512 à un chevalier de la Toison d'Or, pourrait bien concerner notre sculpteur. € Mon cousin, pour ce que desire faire faire la portraicture au vif de feu Monseigneur et mary, cuy Dieu absoille, en pierre, et que sçay avés ung bon maistre tailleur allemand que avés eu de mon cousin l'admiral [Philippe de Bourgogne], je vous prie le envoyer a Malines le plus tot que pourrés, et je le vous renvoyray bien brief... » (Arch. Nord, B 18921, n° 35608, minute).
(2) Mandement du 8 août 1528. Appendice I, n° 162, cf. n° 160.
(83) Ordonnance du 31 août 1530. Appendice I, n° 167.
(4) « Et afin que l'ouvrage que ledit maistre Conrard a en mains ne soit plus retardé, luy a été commandé... prendre tels ouvrierz que bon luy semblera, sans que maistre Loys ait aucune cognoissance sur luy ». (Ordonnance du 31 août 1530).
(5) Noper, Les tombeauzx de Brou, p. 69, d'après le P. Raphaël. Cf. Bibliothèque de Dijon, fonds Baudot, manuscrit 961, folio 16 verso. Les génies placés aux pieds de Marguerite d'Autriche auraient été l'œuvre de Thomas Meyt, frère de Conrad.
Voilà tout ce que l'on sait sur les imagiers des célèbres tombeaux (‘). Peut-être convient-il encore de sauver de l'oubli le nom de celui qui cisela les lettres de la devise de l'archiduchesse, au-dessus de son Mausolée, Amé Carré dit le Petit Picard (?), cette devise qu'on trouve à profusion jusque dans les clefs de voûte ou sur un bénitier, FORTUNE INFORTUNE FORT UNE. Elle était déjà connue depuis 1509, lors de la publication des Regrels de la dame inforlunée, et peut être de source française. Un gentilhomme ami des lettres, qui connut sans doute Marguerite, quand elle habita les bords de la Loire, pendant son éphémère royauté de France, Arthur Goufier de Boisy, le gouverneur du futur François I*, aimait à lui rappeler qu'il avait été « cause de faire faire le petit livre la ou il avoit pourquoy s'est que Fortune infortune fort une » (?).
(!) On a émis l'hypothèse du concours d'artistes champenois que l’archiduchesse aurait recrutés lors de son passage à Troyes (KæCHLIN et MARQUET DE VAssELOT, La Sculpture à Troyes et dans la Champagne méridionale au Xvie siècle. Paris, 1900, p. 54. Marguerite est passée à Troyes vers le 8 novembre 1501 et peut-être en 1505 après le 5 mai. Mais à cette époque la question de la statuaire de Brou ne sc posait pas encore.
(2) Noper, Les tombeaux de Brou, p. 40.
(3) [Goufñer de] Boisy à Marguerite, 13 août [1516]. Appendice I, n° 125. La devise FORTUNK- INFPORTUNE-FORTUNE en trois mots, avec sa belle signification philosophique, allusion à la roue de la Fortune, a été déformée par l'un de ces déplorables jeux de mots, si chers à Molinet et autres poètes de la cour de l'archiduchesse, devenant une devise personnelle de Marguerite sous la forme de FORTUNE INFORTUNE FORT UNE que l'un de ses panégyristes traduira ainsi en 1532: Fortuna infortunat fortiter unam (G. GRaPHEus, Fata Variæque Fortunæ... Margaritæ... 1532, édition de REIFFENBERG, dans Archives philologiques, t. 1 (Bruxelles, 1825), p. 209. Marguerite, déjà Régente, parvenue au faîte de sa destinée, par passe-temps littéraire, écrivait sur ses infortunes passées un manuscrit qu'elle avait prêté à Madame de Ravenstein. [Françoise de Luxembourg, femme de Philippe de Clèves]. A une date difficile à préciser, mais antérieure à 1522, elle fit réclamer ce livre que la douairière € avait fait de sa main, faisant mencion de ses infortunes, pour ce que Madite dame desire le parfaire » (Arch. Nord, Marguerite à Madame de a Veuge », sans date, minute de la main de Barangier, mort en 1522, B 18927, n° 35970). Peutêtre s'agit-il du Discours sur la vie et les infortunes de l'archiduchesse (Bibl. de Bruxelles, ms. 10926), resté inédit. Peut-être s'agit-il de la € Complainte sur les malheurs de l'archiduchesse Marguerite » dont un manuscrit est conservé à la Bibliothèque Nationale de Vienne sous le n° 2584. On a, d'autre part, la mention d'une « Cronicque Margaritique, par icelle feue dame composée et escripte de sa propre main, contenant environ quatre vingtz fuilletz » qui fut recopiée, entre 1530 et 1539, sur l'ordre des exécuteurs testamentaires de Marguerite, par C. Bernard. Quittance de ce dernier, 4 novembre 1539 (Arch. Nord, B 2415, n° 84750). La même Bibliothèque possède aussi, sous le n° 2625, un manuscrit composé par Michel Riccio pour l'archiduchesse intitulé: € Le changement de sort du malheur au bonheur » (Exposition d'art autrichien. Paris 1927, n°5 97 et 99). On trouvera, dans l'un des albums poétiques de Marguerite (Bibl. de Bruxelles, ms. 10572, fol. 12, publié par GAcueT, Albums et Œuvres poétiques de Marguerite d'Autriche, Bruxelles, 1849, page 17), un rondeau débutant par ce vers:
Fortune fortunoit fort une.
Un panégyriste de la Régente, Fossetier, dont les Chroniques Margaritiques sont restées inédites, commente ainsi, en tête de son premier volume, la célèbre devise :
Vertu en infortune appere.
Qui fort soeffre, il vainct infortune.
Fortune infortune fort une.
Ces chroniques n'ont pas un caractère biographique ; composées entre 1508 et 1517, elles commencent à la création du monde et s'arrêtent aux guerres puniques, d’après Guy, Histoire de la poésie française au XVIe siècle, tome 1, Paris 1910, p. 58; elles portent les cotés 10511 et 10512 à la Bibliothèque royale de Bruxelles). Cf. PINcHaArT dans Messager sciences hist. (Gand), 1862, p. 321.
On trouvera le texte complet de ce rondeau dans de REe1rFENBERG, Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque de Bourgogne, tome 1 (Bruxelles, 1829, p. 18).
176 MARGUERTITE D'AUTRICHE
On est encore plus pauvrement renseigné sur les imagiers des retables. Le nom d'un certain Guisbert, « ymageur de Brou », nous a été conservé pour l'année 1517; c'était un personnage fort tapageur (‘). Jean de Louhans et Jean de Rolin ont été relevés parmi ceux qui travaillèrent aux « tabernacles », mais on ne saurait mieux faire, pour désigner tous les anonymes, que de les grouper sous J’expression d’ « atelier flamand de Brou » dont l’activité s’exerça de 1513 à 1522 (?). Le Retable des Sept joies, la petite statuaire des tombeaux, quelques autres statuettes (à l'exception des génies si italiens de l'atelier Meyt) tout est bien flamand (*). L'œil exercé d'un Courajod a pu reconnaître les plis bourguignons dans les pleureurs de Marguerite de Bourbon, dans le saint Paul du portail, dans le saint Pierre du jubé, mais ces réminiscences de l'École de Dijon sont exceptionnelles. « Brou, déclare le grand animateur de notre Ecole du Louvre, n'est pas de style flamand-bourguignon pur, mais bien d'une branche directe de l’art flamand, sans greffe française... C'est du flamand presque pur sang. C'est l'œuvre à peu près exclusive de la Flandre » (f).
Les textes d'archives connus à ce jour ne sont que des jalons pour l'étude de Brou. Les lacunes sont graves. On a déjà eu l'occasion, en parlant du gros œuvre et des tombeaux, d'exprimer quelques regrets. Ceux qui étudieront la petite statuaire des rctables, le jubé, les stalles, le pavement ne pourront s'appuyer sur aucun contrat et les textes concernant les vitraux sont plutôt pauvres. On se trouve réduit, pour dégager quelques noms, à consulter le Père Raphaël, c'est-à-dire un manuscrit de seconde main.
Les renseignements relatifs au jubé sont purement chronologiques. Sa construction fut de suite envisagée par Van Boghem pour permettre à l’archiduchesse de se rendre de son appartement dans sa chapelle en cheminant « par dessubz le jubilé » (). Mais les fondations ne furent établies qu'en 1526 en même temps que celles des
(1) Le Conseil de Bresse à Marguerite, 1°" août 1517. Appendice I, n° 131. (2) Procès-verbal du 30 juillet 1522. Appendice I, n° 143.
(3) Des détails de la sculpture flamande de Brou ont été moulés pour le Musée du Trocadéro : les faces d'un pilier du soubassement du tombeau ducal et deux statuettes de femmes de ce mausolée ; un panneau du soubassement de celui de Marguerite de Bourbon (pleurant entre deux angelots), statuette de sainte Marguerite, fragments d'ornementation (choux frisés, bouquet de marguerites) du même monument. Le tombeau de Marguerite d'Autriche est représenté par une statuette de sainte Catherine, par des fragments décoratifs (double gorge à redents portant les initiales P et M enlacées de la cordelière, le briquet de Bourgogne, la palme et la branche de gui); les initiales P, M et la cordelière ; le bouquet de marguerites ; le buste de Marguerite gisante sur la dalle inférieure. Le retable des Sept joies de Marie est aussi représenté par la Vierge d'Annonciation, la Visitation, la Nativité. ENLART (Cam.) et J. RousseL. Cataloque général du Musée de srulpture comparée du Trocadéro. Nouv. édition, t. 11, France, style gothique. Paris, 1926. Articles E 28 à E 30.
(#) Courajod, songeant à l’apport italien, ajoute encore cette nuance : € Je le répète, ce qui domine à Brou, c'est le style purement flamand, et même flamand de la troisième époque, le style flamand presque sans apport bourguignon dans l'exécution. Ce qui domine le plus, c'est le style flamand italien ». Courason, Leçons professées à l'Ecole du Louvre, tome 11 (Paris, 1901), p. 410. On trouvera les principaux types de la sculpture de Brou dans V. de MESsTRAL- COMBREMONT, Une merveille de l'architecture française au XVI° siècle. La sculpture à l'église de Brou. Paris, Massin, [1912], 8 pages et 46 photographies in-folio.
(5) Barangier à Marguerite, novembre 1512. Appendice I, n° 95.
caveaux (‘). L'année suivante, il était déjà « quasi tout taillé et bien richement ouvré ». On commença la mise en place en juillet 1528 (?).
Les vitraux de Brou, d'inspiration flamande, ont été exécutés sur place de 1525 à 1531 par un lyonnais, Antoine Noisin, assisté de Jean Brachon et de Jean Orquois. Van Boghem se procura à Bruxelles « certains grands patrons sur papier, historiés et armoyés des armes d'icelle dame », pour trois des verrieres du chœur et pour une verrierc de la chapelle de l’archiduchesse. Ses dessins furent expédiés à Brou en même temps que 700 livres de plomb (#). Les verriers travaillaient activement l’année suivante, toujours suivant les instructions de Van Boghem et, en 1527, on avait déjà placé dans le chœur les panneaux des Apparilions du Chrisl à la Madeleine el à la Vierge, ainsi que ceux de Philibert et de Marguerite, mais on était arrêté pour les vitraux armoriés, Van Boghem devant avoir à ce sujet une conférence avec l'archiduchesse (*). On dut alors recourir à un peintre resté anonyme, habitant aussi les Pays-Bas, pour faire dessiner sur papier 64 blasons de couleur contenant les devises et armes de la « descendue de Madame ». La troisième verrière du chœur était enfin posée en juillet 1528 ainsi que celles de la chapelle de Marguerite (f). Il fut question d'en placer aussi trois autres sur la façade (1531, 1° oct.) mais ce projet ne fut pas réalisé (°).
Les stalles, qui n'étaient pas encore commencées en août 1530, furent exécutées sous la direction d'un menuisier de Bourg, Pierre Berchod dit Terrasson (”).
Le pavage du chœur et de la chapelle de l’archiduchesse, malheureusement disparu, avait été exécuté en céramique émaillée, en style de la plus pure Renaissance représentant des têtes de l'antiquité latine, des figures contemporaines, des ornements décoratifs. D'après le P. Raphaël, ce remarquable travail, dont il reste
(t) L'emplacement du tombeau ducal a été très difficile à repérer parce que la voûte était couverte d'un lit épais de mortier qui assourdissait toute sonorité. Gf. F. FERRET, Les caveauæ de Brou dans Annales Société émulation Ain, t. xxxv, 1902, p. 148 à 201. Cf. Appendice I, n°: 202 à 203.
(2) Appendice I, n°° 154, 155, 159.
(3) Mandement du 27 novembre 1525. Appendice I, n° 151.
(#) Relation de [1527]. Appendice I, n° 155. Cf. n° 154.
(5) Louis de Gleyrens et Van Boghem à Marguerite, 14 juillet [1528]. Appendice I, n° 159. Cf. n° 158. On a observé que, dans le chœur, l’Apparition du Christ à la Madeleine était inspirée par la gravure de Dürer N,li me tangere. Dans la chapelle de Marguerite, la composition centrale du vitrail de l’Assomption rappelle un bois du même artiste exécuté en 1510 et la frise du Triomphe de la Foi est une copie d'un dessin perdu du Titien de la même date connu par une gravure de Nicollo Boldrini. NoneT, Un vitrail de Brou dans Gazette des Beruæx-Arts, tome xxxv, 1906, p. 108, sq. avec planches.
La verrière du transept Nord a été brisée par la grêle en 1539 (Appendice I, n° 184), alors qu'il n'y avait pas de treillages de protection ; son sujet n'est pas connu. La Résurrection du Christ, placée au-dessus du Retable des Sept Joies, a été enlevée en 1800. Il n'en reste que les angelots (Description dans CHarveT. Les édifices de Brou, p. 79; cf. le P. RAPHAËEL dans ALLOING, Annales Société émulation Ain, 1902, p. 242). Les vitraux ont été restaurés à diverses reprises, notamment vers 1887 par M. Hirsch. Voir pour la description des vitraux conservés la notice de V. NoperT avec 49 phototvpies et 5 héliogravures dans Lucien BÉGULE, Les vitraux du Moyen âge et de la Renaissance dans la région lyonnaise. Paris 1911, p. 165 à 200.
(6) Mémoire du 1°° octobre [1531]. Appendice I, n° 169.
(7) La description des stalles a été faite par Mgr H. PERRETANT, Eglise de Brou. Guide express contenant une description de l'église et du cadran solaire (Bourg, 1920, 8° édition), p. 116 à
heureusement des spécimens dans quelques collections, était l'œuvre de François de Canarin (1).
La créatrice de Brou, depuis Malines, commandait en regardant des « patrons », les uns intéressant les projets à exécuter, les autres représentant les travaux en cours (?). S'il y avait des réparations à faire, on se servait encore de ces maquettes faites « a la semblance et selon celle du cloistre de Brou... sans y riens obmettre ». Sur l’un de ces modèles en relief on portait les corrections à faire (*) et un ouvrier arrivait sur place avec cette maquette explicative.
L'’archiduchesse n'était pas seule à regarder cette série de « patrons et de pourtraicts ». Ses conscillers aussi la connaissaient ct il leur était facile, quand ils revenaient de mission, d'expliquer, pièces en mains, l'état des travaux. Le secrétaire Barangier, le président Gattinara, le gouverneur Gorrevod, l'aumônier Louis Ocquin, d’autres encore, membres du Conseil privé ou personnages plus humbles passaient à Brou et se renseignaient.
Non sculement on suivait à Malines les progrès des travaux, mais encore on les modifiait, parfois sans se rendre compte du danger de certaines transformations. Marguerite aimait à parler de son église. Du temps de Perréal, elle montrera les projets à Pierre Torrigiano, le fameux rival de Michel-Ange (*). D’autres aussi donneront leur avis. Van Boghem, bon gré mal gré, dut subir bien des interventions, remanier ses plans même en cours d'exécution. Il avait d'abord placé son clocher au-dessus de la croisée du transept, il dut le refaire dans son emplacement actuel. Il avait prévu une « aiguille » de bois ; on l'obligea, quand tout le gros œuvre était achevé, à y substituer une flèche de pierre, car l’archiduchesse avait voulu que l'on pût voir de loin les attributs de la puissance impériale, le « Monde » et la « Couronne » des Césars. Van Boghem dut refaire de nouvelles arcatures pour supporter la charge inattendue (°) et il faudra plus tard abattre ce couronnement pour éviter un écroulement.
Sur place, le maître maçon avait la direction des travaux, mais non le maniement des fonds. A ses côtés se trouvait une sorte d'agent administratif, Chivilliard décoré du titre de maître de l'œuvre, « magister et prefectus edificii » (°) : c'était un simple comptable, parfois obligé de prendre de petites initiatives quand il s'agissait d'ouvrages imprévus. Il tenait les cordons de la bourse et avait fort à faire pour « contenter chescun » (?). Il devait aussi veiller à l'exécution des « patrons », qu'il recevait parfois directement (®), et tout contrôler : « Il y a des gens le vueillans aultrement, Madame. Il ne peut estre vostre prouffit que je complaye a chescun » (°). Sa comptabilité, déjà vérifiée par le Conseil de Bresse, était envoyée à Malines,
(4) Savy et Sarsay, Anriens carrelages de l'église de Brou. Derniers vestiges recueillis et reproduits d'après des calques. Lyon, 1874, in-folio.
(2) Le Conseil de Bresse à [Pierre de] Marnix, 6 novembre 1518. Appendice I, n° 136.
(3) Ordonnance du 27 mai 1546. Appendice I, n° 185.
(#) Mandement du 26 avril 1510. Appendice I, n° 16.
(5) Relation de 1527. Appendice I, n° 155. Sur l'ancien clocher, voir le P. Raphaël dans ALLOING, Annales Société émulation Ain, t. xxxv, 1902, p. 234 et 259.
(6) Procés-verbal du 28 août 1506. Appendice I, n° 6.
(7) Ghivilliard à Marguerite, 9 septembre 1512. Appendice I, n° 89.
(8) Marguerite à Chivilliard [juin 4513]. Appendice I, n° 105.
(9) Chivilliard à Marguerite, {°° avril [1511]. Appendice I, n° 45.
avéc pièces à l’appui (‘). À la mort de Chivilliard, l'archiduchesse essaya l’un de ses serviteurs particuliers, le valet de chambre Maxin (?). Mais le vrai contrôle était exercé non par des officiers, ni des magistrats, mais par les moines et il fallut bien en passer par leurs mains quand on eut constaté la lenteur des travaux, et peut-être quelques malversations. A partir de 1523, Louis de Gleyrens, ancien prieur, tint la comptabilité et ce choix fut heureux. Ses comptes, qui s'étendent jusqu'à l'année 1532, représentent les dix dernières années de la période de Van Boghem et enregistrent une dépense de 107.539 florins de Savoie, soit le tiers du prix total de l’œuvre, église, tombeaux et couvent (*). Les moyens financiers, réduits à 4.000 florins au début, étaient passés à 5.000 florins en 1510, à 8.000 en 1511, à 10.000 en 1514, pour atteindre, enfin, une subvention annuelle de 12.000 florins de Savoie, à partir de 1517, sans compter quelques subventions d'un caractère intermittent (!*).
Certains travaux furent entrepris à la « tâche », c’est-à-dire à forfait, surtout au début. Le couvent fut ainsi édifié (f), mais on ne trouva personne pour exécuter le gros œuvre de l'église dans ces conditions. Il fallut subir le travail à la journée (°), et c'est dans cette comptabilité des salaires qu'il fallait un homme intègre pour éviter les dilapidations. Toutefois certains travaux d’un caractère spécial furent encore traités à forfait, les tombeaux par exemple, lors des projets Colombe (), la charpente (f), les stalles (?), et vraisemblablement aussi les vitraux et le pavage.
Les matériaux nécessaires à la construction se trouvaient à proximité, dans les falaises du Revermont, et excellents. À Jasseron et Tréconnas, bonne pierre pour la maçonnerie ; à Ramasse, carrière célèbre pour les revêtements extérieurs, dont la douairière s’assura Je monopole (‘*); à Gravelle, pierre de roche très dure, recommandée pour les piliers. On employa aussi de la brique pour faire des blocages, sur lesquels on plaquait la pierre de taille (**). Le chêne et le sapin se trouvaient aussi
(1) Appendice I, n° 14, 19, 45, 109, 112.
(2) Commission du 30 janvier 1515. Appendice I, n° 115.
(3) Appendice I, n°‘ 146, 147. Baux a estimé que le florin de Savoie représentait, comme puissance d'achat, dix francs de son temps, s'appuyant pour son évaluation sur le prix des salaires et celui du blé. Son estimation est vraisemblable, mais elle a été faite en 1854. Barx, Histoire église Brou (1854), p. 215; cf. p. 203, note 1.
(#) Appendice I, n°° 25, 48, 49, 109, 128, 146.
(5) Prix fait au 31 mars 1505. Appendice I, n°* 2 et 3.
(6) Appendice I, n°: 46, 57, 84.
(7) Marché Colombe, 3 décembre 1511. Appendice I, n° 64; cf. n° 80. Marché Meyt, 14 avril 1526, n° 152.
(8) Supplique de Pierre Godet pour la charpente [1527]. Appendice I, n° 156; cf. n° 9.
(®) Ordonnance du 31 août 1530. Appendice I, n° 167.
(19) Conventions du 9 octobre 1516. Appendice I, n° 126.
(41) Charvet a constaté des vices dans l'appareillage extérieur. « La structure fut si fréquemment vicieuse, ne consistant le plus souvent qu'en un placage de pierres de taille contre de la maçonnerie en briques, qu'il ne fallut pas moins que le soin et la vigilante volonté de Dupasquier
pour sauver l'édifice dont la restauration qui fut entreprise en 1849 et qui dure encore... Nous avons pu constater ces fautes ». CHARVET, Les édifices de Brou, 1897, p. 28.
facilement dans les régions boisées des environs. Les tuiles et les carreaux vernissés de la toiture étaient fabriqués dans le voisinage, à la Sardière ({).
La sculpture des tombeaux exigeait des matériaux plus rares. On dut faire venir de Carrare le marbre blanc pour la grande statuaire (?), le marbre noir en partie du pays de Liége, comme l'avait déjà fait Perréal pour le tombeau de Nantes (?). L'évêque de Lausanne put aussi en procurer (*). L’albâtre était extrait de la carrière de Saint-Lothain, qui eut son heure de célébrité, car l’on s’en servit non seulement à Brou, mais à Dijon, pour le tombeau de Jean-sans-Peur (5), ainsi qu’à Lons-le-Saunier, pour celui de Philibert de Chalon, et sa qualité a été maintes fois célébrée par Lemaire de Belges (°).
L'œuvre de Marguerite a traversé les siècles sans subir trop d’outrages. Sans doute le clocher a perdu son impériale couronne de pierre ; sans doute l'ancienne toiture, avec ses lignes aiguës et ses pignons, se profilait dans le ciel avec plus d’élégance que la plate toiture à la Mansart, faite en 1759, et l’on doit regretter les teintes polychromes des anciennes tuiles vernissées (7). Mais, en somme, l'essentiel a subsisté, et la Révolution a marqué son passage surtout par la destruction du tombeau de Gorrevod, dont le bronze servit à faire des canons (*). Au moins, pendant la période dangereuse, un bon citoyen s'est-il rencontré, Th. Riboud, dont l'initiative sauva l'édifice, qu’un décret du 13 mars 1791 classa au nombre des monuments nationaux (*). Depuis, la Commission des Monuments historiques a rendu à l’église sa primitive splendeur (‘°).
(1) Le P. Raphaël donne divers renseignements sur la provenance de tous ces matériaux. Voir ALLOING, Annales Société émulation Ain, 1902, p. 69. Jasseron, Treconnas (c'e de Céyzériat), et Ramasse appartiennent au canton de Ceyzériat, à proximité de Bourg, sur les premières hauteurs du Revermont. Gravelle, plus éloigné, est un hameau de St-Martin-du-Mont dans le canton de Pont-d'Ain. La Sardière est un lieudit de Bourg.
(?) Mandement du 8 août 1528. Appendice I, n° 162, Cf. n° 159, 160.
(3) Marguerite au Conseil de Bresse, [jnillet 1510]. Appendice I, n° 28. Cf. 12, 20, 41, 79.
(t) L'évêque de Lausanne à Marguerite, 7 octobre [1515]. Appendice I, n° 118; cf n° 120.
(5) La Chambre des Comptes de Dijon à Philippe le Bon, 13 novembre 1462 (Arch. Côte d'Or, B. 310), document publié par Bernard PRosT dans Archives historiques, artistiques et littéraires, tome 11 (1890-91), p. 61 à 63.
(6) Lemaire de Belges s'occupa de l'extraction de l'albâtre de St-Lothain (Jura, canton de Sellière) avec un remarquable entrain à partir de 1510. Cf. Appendice I, n°s 11, 19, 20, 22, 25, 29, 33, 35, 37, 39, 40, 47, 60 et 64. Voir aussi la curieuse lettre de Perréal du 4 janvier [1511] n° 41. Sur la carrière de St-Lothain, Cf. CHEVALIER, Mémoires historiques sur Poligny (17309). t. 11, p. 223; Annuaire du Jura 1813, p. 109 et 1845, p. 155; RousseT, Dictionnaire du Jura, tome 1v, p. 4. L'emploi de l'albâtre de St-Lothain est stipulé aussi dans le contrat passé le 23 janvier 1531 n. st. pour la sépulture de Philibert de Chalon à Lons-le-Saunier (aujourd'hui détruite) par Conrad Meyt, flamand et J. B. Mariotto, (rs Mariau), florentin. ROBERT, Philibert de Chälon. Lettres et documents. Paris, 1902, p. 590.
(7) Description de l'ancienne toiture par le P. Raphaël dans ALLOING, o.c. p. 233. Cf. Barx, Histoire église Brou, p. 288 et CnaRveT. Les édifices de Brou, p. 89.
(8) Le Conseil général de l'Ain, par arrêté du 21 mai 1793, condamna à la fonte à Brou, à Coligny et à Montrevel « des mausolées en bronze de trop mauvais goût pour devoir être conservés comme monuments des arts ». Baux, Hist. église Brou, 1854, p. 295.
(®) Inauguration d'une plaque de marbre au prieuré de Brou en hommage à Thomas Riboud, 18 actobre 1925 dans Annales Société émulation Ain, 1925, p. 90 à 1083.
(1) Parmi les architectes qui ont entrepris, avec tant de cœur et de talent, la restauration de Brou, les noms de Dupasquier et de Vaudremer méritent d'être commémorés. A côté des services publics, des amis du monument veillent sur sa conservation. On doit citer, comme un
Marguerite ne vit jamais l'œuvre qui devait perpétuer son nom. Brou n'avait pas encore mis sa dernière parure lorsque, dans le silence d’une matinée d'hiver, à Malines, le glas de Saint-Pierre annonça au peuple le dernier soupir de la Régente des Pays-Bas. Sept médecins, penchés sur un lit de mort, avaient été impuissants à guérir une vicille plaie. Marguerite souffrait depuis plusieurs années d’une affection à la jambe (!).
En cette fatale année 1530, vers le vingt du mois de novembre, l’archiduchesse fut prise d’un accès de fièvre « que lui dura environ quatre heures, pour ce que les humeurs de sa jambe montoient en hault, par les remedes qu'on y faisoit, cuydant que ce feust gouste ; et fut advisé par les cirurgiens et medecins de luy faire, par oignemens, ouverture en sa dicte jambe, afin de faire evacuer les dictes humeurs; ce que fut fait, et s’en cestoit depuis trouvée madicte dame fort amendée » (?). L'espoir revint mais bientôt, à partir du lundi 28, on n'eut plus d’illusion. Ce jour-là, l'Empereur, qui était à Spire, fut averti de l'état inquiétant de la malade. Deux jours après, on lui écrivait que « la doubte de sa mort excede l'espoir de sa vie; l'on a pourveu qu'elle a esté et est administrée de sa conscience, pour attendre le bon plaisir de Dieu» (*). La Régente remettait alors ses pouvoirs entre les mains du comte d’Hoogstrate. Jusqu'à sa dernière heure, elle avait pensé au salut de l'État. Dans un codicille du 28 novembre, elle adjurait Charles-Quint de « non abolir le nom de la Maison de Bourgoingne » et le suppliait de «vouloir, pour bien universel de Crestienté et la seurté de son estat, entretenir, garder et observer la paix ct amytié avec le roy de France et d’Engleterre » (*). Le jour même de sa mort, dégagée alors de toute passion humaine, jugeant et condamnant l'œuvre de sa vie, elle voulait encore
fait caractéristique l'initiative toute récente d'un admirateur étranger. Ayant appris par M. le duc de Trévise le délabrement des portes des chapelles latérales de Brou, dont la réfection était compromise par des difficultés budgétaires, M. Horace Gallatin, de New-York, a offert de prendre à sa charge les travaux. Bulletin de l’Art ancien et moderne, février 1927, page 52.
(1) En 1527, le chirurgien Pierre Desmaîtres soignait déjà Marguerite pour « certaine blessure qu'elle avoit en l'une des jambes » (Arch. Nord, B 2339). Lors de la négociation menée par Marguerite à Cambrai, le même chirurgien, qui était à Bruges, fut mandé le 8 juillet 1529 pour que « incontinent et en poste il se transportast à Cambray pour curer ung accident qui estoit venu ou piet de madicte Dame » (quittance du chevaucheur, Arch. Nord, B 2356, n° 82811 ; cf. B 2351).
(2) Ant. de Lalaing à Charles-Quint, 28 novembre [1530], Malines, dans Gacnarp, Maladie et mort de Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas (dans Collection de documents inédits concernant l'histoire de Belgique, t. 1, 1833, p. 291).
(8) Ant. de Lalaing à Charles-Quint, 30 novembre [1530], dans GacaRp, o. c., t. 1, p. 292. Sur la. mort de l’archiduchesse, voir le Compte de Jean de Marnix du 1° janvier 1531 au 31 octobre 1532 dans Quinsonas, Matériaux, tome 1, p. 397 sq. ; cf. t. 1, p. 383. Cf. HENNk, Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique, tome rv (Bruxelles 1859), p. 342 à 347 ; GacHarn, Les derniers moments de Marguerite d'Autriche, dans Bulletin Académie royale de Bruxelles, 2° série, t. 1, p. 133. [G. DE Azevepo], Korte chronyckhe... van Mechelen, Louvain, 1760. Les moines de Brou racontent à leur façon l'origine de la blessure de l’archiduchesse et l’amputation du pied gangréné précédée d'absorption d'opium dont la dose trop forte empêcha la malade de se réveiller. Récit très suspect par divers détails en contradiction avec les textes d'archives. Voir le récit légendaire du P. SÉBASTIEN DE SAINTE-CLAIRE, rédigé vers 1708, publié par VILLE- FRANCHE dans Revue Société littéraire Ain, 1887, p. 70. Cf. Le GLay, Corr. Maximilien et Marguerite d'Autriche, t. 1 (1839), p. 456. Baux, Histoire église Brou (1854), p. 112 à 115. Sur la critique de la tradition de Brou, voir GacHarD dans Bull. Ac. roy. Belgique, 2 série, t.1 (1857), p. 135 à 141.
(#) Codicille du 28 novembre 1530 dans Baux, o. c., p. 427.
rapprocher la France et l'Autriche. La gravité du moment donne à ses ultimes paroles une solennité émouvante : « Monseigneur, L'heure est venue que ne vous puis plus escripre de ma main, car je me trouve en telle indisposition que doubte ma vie estre briefve. Pourveue et reposée de ma conscience, et de tout resolue a recevoir ce qu’il plaira a Dieu de m'envoyer, sans regret quelconque... je vous ay institué mon héritier universel... Vous laisse vos Pays de par-de-ça, que durant vostre absence n'ay seullement gardé, comme les me laissâtes a vostre partement, mais grandement augmentéz, et vous rends le gouvernement d’iceulx, auquel me cuyde estre 16alement acquitée et tellement que j'en espere remuneracion divine, contentement de vous, Monseigneur, et au gré de vos subjects, vous recommandant singulierement la paix, et par especial avec les roys de France et d'Angleterre... vous disant le dernier adieu... De Malines, le dernier jour de novembre 1530... MARGUERITE » (‘).
C'était la fin. Le 1° décembre 1530, tandis que retentissait le bourdon de Malines, Jean Carondelet et le comte d’Hoogstrate mandaient en ces termes à l’empereur la mort de la Régente : « L’indisposition de Madame vostre tante a tellement continué que quelque remede que les medecins et cirurgiens y ayent sceu donner, le feu s'est mis en sa jambe, et incontinent est monté au corps et que ceste nuyt [du 30 novembre au 1° décembre], entre douze et une heure, apres avoir prins son dernier sacrement, elle a rendu l’ame a Dieu » (?).
Malines gardera pendant six semaines le corps de sa souveraine. Les obsèques
(1) GacHArD, Analectes belgiques, tome 1, 457. Ce texte très connu a été publié aussi par Le GLay, Corresp. Maximilien, t. 11, p. 457, ainsi que par Altmeyer, Lanz, Henne, Wauters, etc.
(3) Jean Carondelet et Ant. de Lalaing à Charles-Quint, 1° décembre 1530, dans Bull. Acad. roy. Belgique, 2* série, t. 1 (1887), p. 140. Agrippa de Nettesheim confirme ces renseignements dans les détails biographiques qu'il donne sur l'archiduchesse dont il fut l'historiographe : « Nata est in hanc lucem Princeps Sercnissima anno humanae redemptionis millesimo quadringentesimo septuagesimo nono, mense januario, die decima hora horologii ante meridiana u, Nata in celeberrima Advaticorum urbe, videlicet Bruxellarum, atque per reverendum dominum Ferricum, Tornacensem episcopum, juxta ritum ecclesiæ, in templo Divæ Gudulæ per sacrum baptisma christianæ religion: initiata, fidejubentibus illustribus principibus Philippo a Ravenstein, e ducibus Clivorum et Joanne Austeraniæ principe, atque superillustri domina Margareta, materni avi secunda conjuge, ad cujus imitationem nomen huic divæ Principi nostræ tunc impositum est ».
Agrippa emploie le style de Pâques ; la date 10 janvier 1479 doit être ramenée à 10 janvier 1480 n. st. Les personnages mentionnés sont : Ferry de Cluny, évêque de Tournai le 8 octobre 1473, promu cardinal le 15 mai 1480, mort le 7 mai 1483; Philippe de Clèves, seigneur de Ravenstein, qui aurait épousé l’héritière Marie de Bourgogne sans l'hostilité des seigneurs des Pays-Bas, né vers 1459 (fils d’Adolphe de Clèves, seigneur de Ravenstein et d'Isabelle de Portugal-Coimbre, lequel se remaria avec Anne de Bourgogne, fille naturelle de Philippe le Bon), mort à Wynendaele le 28 janvier 1527 ; Jean de Châlon, prince d'Orange (1443-1502); Marguerite d'York, qui fut la troisième femme du Téméraire qu'elle épousa le 2 juillet 1468 et qui était la belle-mère de Marie de Bourgogne ; elle mourut à Malines en 1503.
Au sujet de la mort de Marguerite, Agrippa dit qu'elle mourut dans sa résidence de Malines : « Ibi moribunda obiit, hoc currente anno salutis humanæ Mpxxx, ætatis suæ fere quinquagesimo secundo, gubernii sui ferme vicesimo secundo aut tertio. Decessit primo calendas decembris, hora una et media post medium noctis. Sepulchrum et monumentum corporis sui esse voluit Burgis apud Sedusios. Cor suum Brugis penes Morinos vel Flandros, viscera sibi vendicavit Mechlinia ». H. C. AGrtPPA AB NETTESHEYM, Oratio habita in funere Dive Margaretae Austriacorum et Burgundorum prinripis dans Operum pars posterior (Lyon, « per Beringos fratres », sans millésime), pages 1101 et 1120.
furent célébrées en grande pompe les 16, 17 et 18 janvier de l’année 1531 (‘), tandis que se déroulaient les périodes cicéroniennes de Cornelius Agrippa chargé de faire l'éloge funèbre (?). Puis un cortège se forma sous la direction de l'archevêque de Palerme, chef du Conseil privé des Pays-Bas, allant de Malines à Termonde, s'arrêtant en l’église St-Michel de Gand (), traversant au cœur de l’hiver la vaste plaine pour confier aux Annonciades de Bruges le corps de leur bienfaitrice (*).
A Brou, on n'était pas encore prêt pour recevoir la dépouille mortelle. Conrad Meyt n’achèvera ses tombeaux qu’au mois d’août 1531 (°) et Van Boghem demandera de nouveaux délais. L'église put néanmoins être consacrée le 22 mars 1532. Enfin allait être exaucé le souhait de celle qui se plaisait à dire :
Le temps m'est long et j'ay bien le pourquoy, Car ung jour m'est plus long qu'une sepmaine, Dont je prie Dieu que mon corps tost ramainne Ou est mon cœur qui n’est plus avec moy (°).
Bruges gardera le cœur de la Régente et Malines, les entrailles, en l'église Saint- Pierre-et-Saint-Paul (7). Antoine de Lalaing, comte d’Hoogstraete, l’ancien chevalier
(1) Dans les villes des Pays-Bas, on sonna aussi les cloches pendant ces trois jours, notamment à Valenciennes. Voir le récit de la cérémonie des obsèques à cette date, en cette ville dans le ms. 385, fol. 75 de la coll. Godefroy, Bibl. de l'Institut à Paris.
(2) « Henrici Cornelii Agrippæ sacre Cæsareæ Maiestatis a Consiliis et archivis Inditiarii Oratio, in funere Dive Margaritæ, Austriacorum et Burgundionum Principis, æterna memoria dignissimæ habita. Anno mpxxx1... Anvers, 1531, mensis junii die sexto ». L'auteur est le célèbre Agrippa de Nettesheim. Il avait écrit pour l'archiduchesse le traité De nobilitate et præcellentia fœminei sexœus declamatio. Anvers, 1529, in-8°. Parmi les pièces de circonstance publiées à l’occasion de la mort de Marguerite, on peut citer la Complainte faicte pour Madame Marguerite, Archiduchesse Daustriche, duchesse doagiere de Savoye, Comtesse de Bourgogne et de Villars. S.1.n. d. [Anvers, 1530 ?], petit in 4° gothique de 4 feuillets. Au milieu de la page initiale, l'aigle impérial ; au verso, une gravure sur bois de 15 centimètres de haut, représentant la princesse se promenant dans un jardin clos ; à gauche la Mort. Cette pièce a été rééditée dans Recueil de chansons, poèmes et pièces en vers français relatifs aux Pays- Bas, publiés par les soins de la Société des Bibliophiles de Belgique, tome arr (Bruxelles, 1878), pages 79 à 83.
(3) Compte de J. de Marnix, dans Quinsonas, t. 1, p. 398 à 400. Voir aussi sur les obsèques, le rôle détaillé dressé par Richard Contault, 4 juillet 1533 (Arch. Nord, B 459, n° 22768).
(4) Déclaration faite le 21 janvier 1531 n. st. par les religieuses du couvent des Sept-Douleurs situé à Bruges, hors de la porte des Anes, appelé Cloistre des Rouges sœurs de l'ordre de l'Annonciade, fondé par l’archiduchesse, portant que ce n'est qu'à titre provisoire que le corps de celle-ci a été déposé devant le grand autel de leur église, après avoir été placé d'abord au chapitre N.-D. de Bruges et qu'elles délivrent cette attestation à la requête d'Antoine de Monteut, abbé de Saint-Vincent de Besançon et de Jean de Marnix, seigneur de Toulouse, exécuteurs testamentaires, rappelant que Marguerite, le 28 novembre précédent, au cours de sa maladie, avait exprimé le désir que son corps fut confié aux religieuses jusqu’à ce qu'on eut « l'oportunité de la faire mener en Brouz ». Les noms de 39 religieuses du couvent figurent dans l'acte (Arch. Nord, B 459, n° 17252, Orig.).
(5) Procès-verbal de réception, 5 août 1531. Appendice I, n° 168.
(6) Ballades, rondeaux et dialogues de Marguerite d'Autriche. Manuscrit 10572 de la Bibliothèque royale de Bruxelles.
(7) A Bruges, le cœur de l’archiduchesse fut d'abord placé en l'église Notre-Dame (où se trouvait déjà la sépulture de sa mère) par les soins de Claude de Boisset (Arch. Nord, B 2379, n° 83533), puis dans l'église des Annonciades, devant le grand autel. A Saint-Piepre-de-Malines, les « ventrailles » furent placées aussi devant le grand autel, du côté droit. Voir l’ordonnance des exécuteurs testamentaires avec avis de l'empereur, signé le 1% mai 1546, dans « Historica narratio de vita et morte Margarete.. » ms. 15862 de la Bibliothèque royale de Bruxelles (fol. 4),
d'honneur, entouré de quelques fidèles serviteurs de l’archiduchesse (‘), quittera les Pays-Bas vers le milieu de mai (?), cheminant sur les grandes routes pendant un mois derrière un cercueil. Déjà, tant en Bresse que dans le comté de Bourgogne, 10.000 messes avaient été dites pour le repos de l'âme de la trépassée (*). Puis, à Brou, pendant trois jours, les cérémonies des 10, 11 et 12 juin 1532 (*) commémorèrent le souvenir de la douairière et Antoine du Saix la célébra dans son Oraltio funebris et dans son Blason de Brou (°).
Marguerite avait enfin rejoint, dans la paix du tombeau, celui qu’elle avait tant
Ce document est incomplètement publié dans Baux, Hist. église Brou (1854), p. 442, d'après un ms. de La Haye. Les entrailles de Marguerite furent transférées dans la nouvelle paroisse de Saint-Pierre, le 23 octobre 1778 (Procès verbal dans le ms. 15865-66 fol. 47 v. de la Bibl. roy. de Bruxelles). Cf. GacharD, La translation des entrailles de Marguerite d'Autriche dans Bull. Ac.roy. Bruxelles, t. xt (1861), p. 226 et ALTMEYER, Marguerite d'Autriche, dans Revue belge, t. xv (Liége, 1340), p. 352 sq. Cet auteur donne des détails sur la destruction par les iconoclastes du monument de Marguerite aux Annonciades de Bruges.
(1) Alard Bentinck; Philippe, bâtard de Lalaing ; Jean de Lannoy; Jean de Mastaing ; Jean de Boynières ; Jean de Hallewin ; Frédéric, bâtard de Melun ; Jean Bonnot, s' de Cormaillon ; Laurent Bentinck ; Claude, bâtard de Vauldrey, etc. (Compte de J. de Marnix, dans QUINSoNsS, o.c.,t. 11, p. 334). D'autres personnages assistèrent, du 10 au 12 juin 1532, à la cérémonie des obsèques célébrées à Brou, notamment Claude de Boisset, abbé de Faverney. Il ne semble pas que l'on ait conservé le compte de ces funérailles dressé par Jean de Boisset, trésorier de Dôle et mentionné dans un texte du 22 novembre 1532 (Arch. Nord, B 459, n° 22723).
(2) Quittance délivrée le 12 juin 1532 par Laurent Bentinck, écuyer, « pour me trouver au lieu de Malines le quatorzieme jour de may... devers monseigneur... le conte de Lalaing.… ambassadeur et chief pour assister a la translatiou du corps de madicte dame en son eglise et couvent de Brouz..., dez lequel lieu de Malines et xuni* dudict mois ay continuellement servi monseigneur le conte jusques audict Bourg, pour faire lequel voiage m'a esté ordonné deux chevaulx et pour chascun cheval douze sols de deux gros dicte monnoie le sol..., pour trente jours entiers a compter dez ledit xr11 de may jusques aujourd'huy... » (Arch. Nord, B 2373, n° 83402, Orig.). Le corps de l'archiduchesse, avant de quitter pour Brou le couvent des Annonciades de Bruges, fut de nouveau « embaulmer et mis en deu estat » par Jean Estocart, fruitier de la défunte, Etienne Lullier, son valet de chambre, et Jean Doméon, son sommelier d'oratoire (Arch. Nord, B 459, n° 22785).
(3) Compte apuré le 4 juin 1533 (Arch. Nord, B 459, n° 22749).
(#) Délibération de la ville de Bourg, juin 1532 dans Baux, o. c., p. 117, note 1.
(5) Oratio funebris in exequiis illustrissime principis Margaritæ Austriæ Broari sepultæ, habita ab fratre Antonio Saxano, Antoniano, tertio idus junii 1532, 8. 1. in 4° (réimpr. dans G. PaRADIN, De antfiquo statu Burgundiæ liber, Bâle [1555]. Une traduction française, qu'on peut attribuer à 1532, a été réimprimée dans QuINsoNas, Matériaux, tome 1, p. 387 à 402. Antoine de Saix, Le blason de Brou, temple nouvellement édifié au pays de Bresse par tres illustre... dune Marguerite d'Austrice et de Bourgongne en son vivant duchesse de Savoye, Lyon, Claude Nourry dit le Prince, vers 1532, petit in 4° goth., 16 feuillets non chiffrés. Réédité en 1876 à Bourg, par A. VAYSSIÈRE.
Le comte d'Hoogstraete demanda aussi au poète Schryver un éloge dont voici le titre : « Fata Variæque Fortunæ Omnium Clariss. Heroines, Optimæq. Principis, Divæ Margaritæ Augustæ, Divi Maximiliani Cæs. Aug. Filiæ, Matris Patriæ, Pacis et Concordiæ Procuratricis diligentiss, Archid. Austriæ, Ducisq. et Comitis Burgundiæ, etc. CORNELIO GRAPHEO authore, pio voto, ac jussu inclytiss. D. Comitis Hochstraten moxxxir » (Réimprimé dans REIFFENBERG, Archives pluilolugiques, tome 1, p. 201 à 219 et dans ses Notices et extraits des mss de Bourgogne (Bruxelles, 1829), p. 116). On peut encore citer : « Carmen sepulchrale in funus Illustrissimæ Principis Domine Margaretæ, Archiducis Austriæ, Ducis Comitisque Burgundiæ, Viduæ Sabaudiæ, etc. Nicolao Grudio Belga lureconsulto, Caroli Quinti Imp. Aug. Secretario autore. Louvain, Serv. Zassenus, 1532, mai », 8 fol. in 4° (réimpr. dans REIFFENBERG, Coup d'œil sur les relations qui
ont existé entre la Belgique et la Savoie dans Nouv. Mémoires de l'Acad. roy. de Bruxelles, 1841, p. 56.
OU ee ne =
aimé. L'’adversaire de la France repose maintenant sur terre française. La Révolution lui fut clémente et son tombeau restera inviolé jusqu'au jour où une pieuse pensée rassemblera des débris épars et une chevelure d’or tombés d’un cercueil trop fragile pour porter tant de gloire (*). Brou verra alors se dérouler une dernière solennité, lors de la réinhumation des dynastes savoyards en présence d’un prince de l'Église et d’une assistance d'élite. Puis la très magnifique église appartiendra aux archéologues tandis que, dans le silence des archives, en France depuis deux siècles déjà, puis en Belgique, en Hollande, en Allemagne, en Autriche et même en Espagne et en Angleterre, chacun apportera sa pierre pour édifier un nouveau monument à la Régente des Pays-Bas.
(1) Procès-verbal de la reconnaissance des sépultures du 1° décembre 1856. « La paroi supérieure du cercueil, assez bien conservée... ; quant à la paroi inférieure, elle n'existait plus depuis la base du crâne jusqu'aux articulations des genoux... La tête, bien conservée et garnie à sa partie supérieure d'une assez grande quantité de cheveux roux, présente les traces évidentes d'une autopsie.. A la partie inférieure du cercueil, nous avons recueilli les deux jambes et les pieds, enveloppés isolément de débris de peau, et nous avons pu les transporter en bloc dans le cercueil provisoire. Nous avons alors recherché les parties qui pouvaient être sur le sol et nous avons retrouvé le maxiliaire inférieur dégarni de deux incisives dont l’une a dû être perdue du vivant de la princesse. Il manquait également deux petites et grosses molaires du côté droit, et deux molaires du côté gauche. Ces dents ont dû manquer pendant la vie, ce que prouve la conformation et l'obturation complète des alveoles... ». Suit la reconstitution anatomique du corps de l'archiduchesse par le D' Dupré (Publié dans Quinsonas, Matériaux, t. ur, p. 159).