PREUVE XXI
[1507, déc.]. — [Gui de La Baume, comte de Montrevel]|, au seigneur
de Menthon au sujet de sa nomination à la châtellenie de Bonne
et des difficultés que le duc de Savoie suscite à Marguerite d'Autriche à l’occasion de son douaire.
{Minute de la main de Marnix. Arch. Nord, B 18828, n° 25173).
Monseigneur de Menthon, mon frere, je me recommande a vous du meilleur de mon cueur.
Ayant receu voz lettres, j'ay presenté a Madame [Marguerite d'Autriche] celles que monseigneur [le duc de Savoie] lui escripvoit et les vostres la requerant vouloir, enssuyvant lesdictes lettres, vous donner l'office que demandez, lequel elle vous a accordé, non obstant que desja, non saichant vostre droit, elle en eust fait don a
(4) Amé de Romagnano, évêque de Mondovi, depuis 1497, mort le 17 mars 1509.
Marnix, lequel s’en est voulentier despourté pour l'amour de vous. Aussy je luy ay parlé touchant les jumans pour lesquelles elle a incontinent escript en Hollande pour en avoir une couple de bonnes.
Et pour ce, monsecignour de Menthon, que desirez savoir de la bonne prosperité de madicte dame, vous avertiz qu'elle fait bonne chiere et prent une grant paine pour les afferes de messeigneurs ses nepveur et nyeces, desquelz, ensemble leurs pays, elle a le gouvernement et administration, et est bien aymée, obcye et extimée d'un chascun.
Touchant le surplus des aultres afferes, pour la diversité du temps, n’est duysible en escripre, sinon que l'aliance de mariage entre monseigneur l’archiduc et madame Marie, fille du roy d'Angleterre, est conclute (‘) et espere l’on qu'elle sera cause d’une bonne paix. |
Au surplus, je vous avertis que madicte dame a ung merveillieux regret des novitéz que monseigneur [le duc de Savoie] luy fait journellement, comme l’on luy a rapporté, et ne scay qui l’a conscillé de ce faire, car madicte dame estoit en une tres bonno voulenté envers luy et croy que, s’il l’eust entretenu, il en eust bien fait son honneur et son prouffit, par quoy me semble ferez bien en avertir mondict seigneur, Car il ne peult riens perdre d'entretenir l’amytié avec elle, et me doubte, s’il fait aultrement, que madicte dame n'y remedio, car elle est dame d’ung grand cucur comme sçavez et n’en dit pas sa pensée a nous aultres qui sumez du pays, may je m'aperçoy bien qu'elle a cecy fort a cueur et tache secretement y remedier je ne sçay en quelle sorte, et a elle mesme de sa main depesché ung poste au Roy son pere pour ceste seule cause. S'il en advient aultrement que bien, il me desplaira amerement, car de mon povoir je y vouldrays entretenir l’amour et amytié comme j'ay fait pour le passé.