PREUVE XXII
[1508, mars] (). — Instructions de Maximilien, roi des Romains, au seigneur de Salenove envoyé en mission auprès du duc de Savoie.
{Minute de la main de Gattinara. Arch. Nord, B 18848, n° 29814 avec des correrlions faites par Marnix dans le cas où les instructions seraient envoyées au nom de Marguerite d'Autriche : nostredicte fillie à remplacer par madicle dame, nostredirt cousin à remplacer par mondict seigneur.
Maximilien, etc.,
Instructions a nostre chier et bien aymé capitayne, le seigneur de Salenove, de ce qu'il dira de nostre part a hault et puissant prince nostre tres chier et tres aymé cousin, le duc de Savoye.
Premieremant, apres les salutacions et presentacion de nous lettres de credence, dira que combien haions tout jour eu nostredict cousin de Savoye en singuliere recomandacion et continuclemant eu intencion et desir de l’entretenir, garder et preserver, ensemble ses pays et subjectz, comant prince du sainct empire, et autant que feu nostre filz son frere, et quelque chosse que l’hon y puisset havoir donné a entendre au contraire, celon qu’havons esté advertiz par ledict seigneur de Salenove, que nous voulsissions donner le pays de Vaulx aux Suizes et le pays de Chablays et d'Aoust aux Valleysans, nous ne l’eusmes onques en pensemant, ne le vouldrions fere en façon quecunque, et ancores vehu que ledict pays de Vaulx apertient a nostre tres chiere ct tres amée fillie, dame Marguerite d'Austrice et de Bourgongne, duchesse douagiere de Savoye, sa vie durant, et aussy haiant espoir que nostredict cousin de son coustet, en temps et lieu, rendroit son debvoir envers nous et hauroit en bonne recomandacion nostre dicte fillie, luy entretenant la joyssance des terres et seigneuries de son douhaire, ensemble les preheminences, droictz et autorités a elle apartenantes, en vertu de l’apoinctement faict par devant nous en nostre cité de Strasbourg et ratiffié et juré par nostrediet cousin, sans luy fere ou souffrir estre faicte aulcune novité oultre la forme dudict apoinctemant. Neantmeyns, havons esté advertys par nostredicte fillie de pluseurs novités, troubles et empeschemants faictz, tant par lettres patentes do nostredict cousin que par ces officiers et commis, contravenant en plusieurs sortes d'icelluy apoinctemant, a cause de quoy, et pour ce que cuydions cela estre procedé plus tost par inadvertence et male consideracion des conselliers de nostredict cousin que aultremant, luy en havons devant la venue dudict seigneur de Salenove escript bien amplemant par un nostre herault afin d'en fere les reparacions necessaires. Et, despuys que icelluy seigneur de Salenove ha
(1) Pour la restitution de cette date, voir la lettre de Gattinara à Marguerite du 3 mars 1503 dans KOOPERBERG, p. 443.
esté arrivé par devers nous de la part de nostredict cousin, luy havons bien voulsu fere particulierement monstrer toutz les articles desdictes novités pour en povoir plus a plein advertir nostredict cousin.
Et afin que nostredict cousin soyt mieulx instruict desdictes novités, troubles et empeschemantz, luy pourra icelluy seigneur de Salenove remonstrer preablement comant le chasteau de Surpierre est incorporé au pays de Vaulx apartenant a nostredicte fillie a cause de son douhaire sa vie durant. Et, pour se que du temps de la constitucion de sondict doubhaire, ycelluy chasteau fust en aultres mayns et ne fust en povoir du prince, toutesfoys, du temps de l’apoinctement faict a Strasbourg, estoit icelluy chasteau comprins audict pays de Vaulx et en havoit nostredicte fillie la joyssance et aveque ce ledict chasteau estoit des terres donées a nostredicte fillie oultre son douhaire et a elle apertenantes, comant est declairé au XX° article dudict apoinctemant. Et, combien que en icelluy article elle ait quitté aulcunes desdictes terres données, ncantmeyns n’appert qu’elle ait quitté icelluy chasteau de Surpierre, et par aynsi s'entend a elle estre reservé par la generalité dudict pays de Vaulx a elle assigné et par elle retenu audict apoinctemant. Et nonobstant ce que dessus, ceulx de la Chambre des comptes de Savoye, lesquelz par avant havoient delivré aux gens des comptes de nostredicte fillie l’extraict des comptes dudict Surpierre et tout le revenu pour en povoir tenir le compte en Bresse, ont despuys voulsu contraindre le tresourier de nostredicte fillie a rendre le compte dudict Surpierre en leur mains et restituer les prinses qu’il en ha levées au nom de nostredicte fille, ce qu'havons trové estrangie, mesmemant que, en haiant les officiers de nostredicte fillie faict les remonstrances a nostredict cousin afin d'y remedier, il leur a respondu et donné responce par escript qu'il entendoit retirer ledict Surpierre et ledict tresourier deust rendre les prinses, que nous semble chosse assés desraisonable vouloir despossessioner nostredicte fillie sans cognoissance, et pour ce, le priera de nostre part se vouloir depourter de cecy et reparer ce qu'en haura esté attempté au contraire.
Luy remonstrera aussy comant, par ledict XX° article de l'apoinctemant, les prinses du chasteau de Thonon de l’an XV° et cinq apartenoient a nostredicte fillie, et neanutmeyns ont esté en icclle année levées par le tresourier general de nostredict cousin. Et quelque poursuyte que nostredicte fillie et ses officiers en haïent faicte pour cn havoir la restitucion, mesmes pour ce que nostredict cousin havoit faict contraindre le tresourier de nostredicte fillie a luy rendre Il° XXI florins monoye de Savoye receuz du chastelain de Beaufort, devant qu’il fust declairé si ledict Beaufort estoit comprins au pays de Faucigny ou non, neantmeyns jusques a hoyres n'’ha esté faicte aulcune restitucion ny recompense a nostredicte fillie de ladicte prinse de Thonon pour icelle année de l’apoinctemant montant a la somme de XII° florins monoye de Savoye. Et pour ce, fera instance de nostre part que nostredicte fillie en soit rambourséce pour l’entretenemant dudict appoinctemant.
Semblablemant, remonstrera a nostredict cousin que, combien que par ledict apoinctemant et mesme par le cinquiesme article nostredicte fillie doict havoir la jurisdicion sur toutz les nobles et leurs subjectz desdicts pays de son douhaire, et aussy par le quatriesme article dudict apoinctemant soit dict et declairé que nostredict cousin, en vertu du ressort desdicts pays, haura sculemant les appelacions et recours apres la premiere et seconde cognessance des jugics ordinaires desdicts pays et non aultre chose, neantmeyns les gens de ses conseaulx tirent journelemant les causes d’apel des bannercetz et nobles de Bresse au prejudice de la jurisdicion de nostredicte fillie contre la forme d'icelluy apoinctemant et mesmes contre la disposicion des statutz de Savoye, et que pis est, font journelemant lettres et provisions en citant les
officiers de nostredicte fillie aveque les proces et exploitz et la clausule d’interim, empeschant par ce moyen la premiere et seconde cogneissance apartenante a nostredicte fillie. Et quant les officiers de nostredicte fillie ont sur ce eu recours à nostredict cousin, il leur ha faict declairer qu'il entend que des jugies d’appeaulx des banneretz les causes voysent a Chambery sans que les officiers de nostredicte fillie en haïient ny premiere ny seconde cogncissance, qu'est cleremant contravenir a icelluy apoinctement. Et pour ce fera instance de nostre part que tout ce qui ha esté faict en empeschant la premiere et seconde cogneissance de nostredicte fillie soit reparé et mis a neant, et les causes desdicts banneretz et aultres evoquées devant ladicte premiere et seconde cogneissance de nostredicte fillie soyent remises par devant les jugies d'icelle nostre fillie pour en havoir la cogneissance, aynsi qu'il apertient celon la forme d'icelluy apoinctemant, en donant ordre et pourvoyant d'hoyres en avant que nulle cause desdicts pays des banneretz ou d’aultres particuliers soit evoquée ny contre eulx ouctroyéz aulcunes lettres citatoires par voye de recours ou aultremant, sinon apres le deux cogneissances des officiers de nostredicte fillie.
En oultre, remonstrera a nostredict cousin que combien, par le VII article dudit apoinctemant, soit dict et declairé que, des cas requerantz poyne de sang, nostredicte fillie et ses officiers en doient havoir la cogneissance par voye de justice et que les proces et condampnacions en soyent faictz par les officiers d’icelle nostre fillie, et aussy, par le XI article dudict apoinctemant, soit dit que toutes composicions pecuniaires apartiennent a nostredicte fillie, neantmeyns, contre la forme d'’icelluy apoinctemant, les officiers et commis de la part de nostredict cousin ont emprisoné les chastellcyns de nostredicte fillie, mesmes de Perogies et de Credoz et aultres subjectz a la jurisdiction de nostredicte fillie pour delictz perpetrés es pays de son douhaire, et ont lesdicts officiers et commis de nostredict cousin en prins la cogneissance a eulx, et que pis est ont contrainct iceulx officiers et subjectz de nostredicte fillie a diverses composicions pecuniaires, lesqueles i1z ont converty au prouffit de nostredict cousin, non seulemant empeschant a nostredicte filie sa jurisdicion et cogneissance desdicts delictz, ayns soy apropriant icelles composicions, ce qu'il ne peult ny doibt fere, car en vertu dudict VII article, peult seulemant pour tielz cas doner les graces et remissions, non poinct en prendre la cogneissance ny les composer a sommes des deniers a son prouffit, attendu que toutes composicions sont a nostredicte fillie comme dessus. Et neantmeyns, quant les officiers de nostredicte fillie ont eu recours a nostredict cousin pour reparer ce que dessus, il ha voulsu dire qu'il havoit peu fere et que la cogneissance et justice corporele ensemble la grace luy en apertenoit, ce que nous semble asses estrangie et contre la forme dudict apoinctemant., Et pour ce fera ledict seigneur de Salenove instance que tout ce que ha esté faict pour ticlz cas de crime requerantz poyne de sang contre la forme d’icelluy apomctemant soyt reparé el mis a neant, et que la cogneissance et justice desdicts cas soit remise aux jugies de nostredicte fillie pour en fere les proces et condampnacions aynsy qu'il aparlient. Et touchant ceulx qu'il haura composé a sommes des deniers, que icelles sommes et composicions pecuniaires soyent restituées a nostredicte fillie ou a ses officiers en ensuyvant la forme dudict apoinctemant et mesmes d'icelluy XI° article.
Au surplus, remonstrera ledict seigneur de Salenove a nostredict cousin que, combien que par icelluy traictié d'apoinctemant et mesmes par ledict XI° article soit expressemant declairé que toutes mains mortes, biens des heregies ct aultres biens vaquantz apartienent a nostredicte fillie, et aussy par le XIII article soit expressemant declairé que nostredict cousin ne puisset fere aulcunes cryes ny aultres actes de
jnstice esdicts pays du douhaire de nostredicte fillie, sinon es cas concernantz la sovraineté et ressort specialemant reservés a nostredict cousin, neantmeyns icelluy nostre cousin, par ses lettres patentes despechiées a Chambery le XVI* du moys d'octobre dernier passé, ha faict comandemant expres a toutz officiers du pays de Bresse que incontinent que icelles mains mortes escherront et viendront a vaquer, ilz mettent en possession desdicts biens mainsmortables le procureur fiscal de nostredict cousin, en commettant la cogneissance desdictes mains mortes aux Conseaulx de nostredict cousin, ot par consequant en oustant la cogneissance et la possession et joyssance desdictes mains mortes a nostredicte fillie et a ses officiers, et ha faict nostredict cousin sesdictes lettres patentes publier a voix de crie audict pays de Bresse, non obstant la opposicion du procureur de nostredicte fillie, lesquelles chosses sont tottellemant contre la forme dudict apoinctemant, et pour ce justera /sic/ de nostre part icelles lettres concernantes l’'empeschement desdictes mains mortes, ensemble icelles cryes et aultres chosses attemptées a l’occasion que dessus estre revoquées et annullées et mises a neant, et pour reparacion de ce que dessus octroyer lettres contraires lesqueles soyent semblablemant publiées a voix de crie par toutz les pays du douhaire de nostredicte fillie.
Oultre ce, luy remonstrera comant ceulx de son conseil donent provisions aux chasteleyns de Bresse, Faucigni et Vaulx, aveque la clausule de interim par lesquelles ilz empeschent la reddition des comptes et exaction des deniers apartenantz a nostredicte fillie par voye de simple recours, sans observer le degré des appelacions, qu'est toutellement contre la forme dudict apoinétemant. Et quant cella ha esté remonstré a nostredict cousin, il ha respondu que quant tielles lettres seront baillées par ceulx de ses Conseaulx, que les gens du Conseil de nostredicte fillie en doient rescripre, et nostre dict cousin y pourvoyera, que semble une responce asses legiere, car il cousteroit une grande partye du revenu de nostredicte fillie si elle debvoit journellement envoyer messagiers pour revoquer un taz de lettres que se ouctroyent toutz les jours contre la forme dudict apoinctemant. Et pour ce, justera ledict scigneur de Salenove envers nostredict cousin de nostre part que, puys qu'il ha la loy escripte et les articles dudict apoinctemant devers luy, qu’il veullie doner tiel ordre devers les gens de ses Conseaulx qu’il ne haiïent cause de ouctroyer aulcunes lettres en façon que ce soyt contre la forme dudict apoinctemant, ny plus graver nostredicte fillie en despens a fere la poursuyte desdictes reparacions. Et au cas que d'icy en avant soyent par nostredict cousin ou ceulx de ses Conseaulx ouctroyé aulcunes lettres, ou actemptées aulcunes novités contre la forme d'icelluy apoinctemant, lesqueles doient estre revoquées et reparées, que nostredict cousin pourvoye que icelle nostre fillie et ses officiers et subjectz soyent ramboursés des despens et dommagies par ceulx qui hauront esté cause d'ouctroyer tielles lettres ou fere tielz novités oultre la forme dudict apoinctemant.
Dira a nostredict cousin et luy remonstrera aussy de nostre part que, en bien ”traictant nostredicte fillie, ses officiers, serviteurs et subjectz, et luy entretenant ledict apoinctemant, ensemble ses droictz, auctorités et preheminences, oultre ce qu'il fera son debvoir et observera son seremant et obligacion, il nous fera aussy plaisir tres agreable et nous donera occaxion de l'havoir luy mesme de plus en plus en singuliere recomandacion et de l’ayder, proteger et garder comme un des membres du Sainct Empire et nostre bon cousin, et quant il vouldroit persister fere le contraire et ensuyvir le mal conseil, ce que ne sçaurions bonemant croyre, serions contrainctz a nostre grand regret y pourveoir par nostre auctorité imperiale des remedes convenables pour la indempnité de nostredicte fillie, mesmemant consideré qu'elle s'est absentée des pays de sondict douhaire pour le grand service de nous et de
vous enfans, et tachera ledict seigneur de Salenove de soliciter envers nostredict cousin qu'haions la responce de ce que dessus.
Au regard des hommages des nobles de Coconaz, dira que, haïantz les doubles des despechies par nous a feu nostre filz son frere et a luy sur ce faictes, luy ferons les provisions necessaires et convenables.