PREUVE XXXVI
[(1510;, 24 mars, Moûtiers en Tarentaise. — Lettre de Georges de Marnix à Jean de Marnix sur leurs affaires de famille.
{Autographe. Arch. Nord, B 18995, n° 38555/.
Mon tres honoré nepveur, je me recomande a vous tant que fere le puys sans oblier ma bonne niepce vostre femme.
J'ai receu vostre lettre et en oultre ay veu ce qu’avés escript a feu mon frere, lequel est allé de vie a trespas et a fait la plus belle mort que l’on sauroit fere, et a esté sa maladie longue de plus de V moys, ayant la plus belle memoyre du monde, durant laquelle maladie monseigneur de Tharentaise personnellement l'est aller visiter par troys foys, et a la derniere, qui fust deux jours avant son trespas, luy donna sa benedicion. Il avoit desja fait son testament XV jours par avant, auquel fus present, et l’a receu Mermeti, present le pere lecteur de Sainct-Michiel, auquel il a ordonné estre ensevelly et sepulturé devant vostre chapelle de saincte Catherine, et plus a fait comment le pouvés entendre ses hoyrs vous et voz freres par egualles porcions, et donné au seurs ses filles IIT° florins et a ma seur vostre mere a donné la tutelle des pupilles sans rendre compte et fere inventayre, sa demeurance en la maison avecques vous tous et en cas, ce que ne sera, elle ne peu acorder avecques vous et voz freres, luy a donné a sa vie le boys, etc. J'espere que elle sera tousjours acordant avecques vous et ne desire que vostre vennue de par deça et ma nyepce vostre femme, tousjours a vostre honneur et aventaige.
Sans vous fere grand lengaige, mondict frere a beaucop souffert durant sa maladie et paciemment, car jamays n'a esté corrossé de humeur. Il en a heu tant qu’il a esté possible, et durant la noveyne, vous asseurant qu'il y a heu grande despense tant en sa maladie que apres, car en sa dicte maladie, autant falloit il fere feu et veiller toutes les nuys que les jours faisant gros feu, et avoir gens veillans continuellement, etc. Dieu soit loué de tout. Las! vous esperiés que monseigneur l'escuyer, vostre bon compaignon, heu veu vostre dict pere, mays le jour avant qu'il aborde ycy fust faicte et achevée la noveyne ou furent convoyés au disner tous les bons et gentilzhommes de ceste cité ayant fait l’onneur continuellement qu'il leur a esté possible sans faillir en riens. Je seroit trop long escrire (ms escre) le surplus, pourtant en feray la fin.
Touchant le demeurant, devés savoir que la despense a esté grande, tant a cause de la maladie comment de la sepulture comment devés bien considerer, et d’aultre part, vostre dict pere mon frere estoit sans argent, pour quoy a esté force de prendre draps et torches a creance, et avecques celle, empronté argent de monseigneur le curé d’Aulteville, dont ma seur vostre mere et mon nepveu Pierre,
qui vint icy quelques XII jours avant le deces de mondict frere, ont fait quelques plaintes et lamentacions de vostre venue de par deça qu'estoit bien attendue par eulx et aussy par vostre dict pere a sa vie, qui desiroit fort vous voir a cause de faulte d'argent, quoy voyant et considerant, ledict monscigneur l’escuyer present pourteur a offert a ma belle seur vostre mere tous les biens et personne qu'il avoit, en tant qu'il a presté quarente escus au soleil dont mesdicts scur et nepveu se voloyent obliger, ce qu’il n’a vollu, pourtant vous prient madicte seur et nepveur luy vueillés rendre ct restituer. Et desdicts XL escus en fauldra delivrer a mon nepveur de La Frace, mary de ma nyepce Pernete, qui a bien rendu son devoir et elle aussy, lesquelx mondict frere envoya querre avent son trespas et sont encores icy pour le moyns une quinzaine pour ses afferes qu'il a, dont il est ung peu pressé ; de la reste fauldra rendre l’empronte, poyer draps et torches etc.
Item, touchant ce qui touche monseigneur l'official, mondict nepveur et moy avons parlé a luy et monstré vostre lettre sus ce passage, lequel en a esté bien joyeux tant qu'il touche la cure, et en ce cas il fera cella que vouldrés. Touchant la prebende et chanoynie de Salins, il dit qu'il n’en veut puent car il ne sera jamays habitant la. En oultre a deliberé s’il peut avoir congié vous aller voir in propria (?) avant ung moys a cause d'Aymme, et se recomande a vous tant qu'il est possible, vous advisant qu'il a presenté a ma seur et a mon nepveur or et argent et la personne et aultres biens sans point de faincte et jusques a C escus, etc. Des aultres afferes et occurrens, mondict nepveur vous en rescript plus a plain.
Il demeurc a fere response sus ce que aultresfoys avés cescript a feu vostre dict pere, laquelle response vous a bicn esté envoyée, mays nous entendons bien que n’avés pas heu les lettres. Et souvent avyons parlé ensemble vostre dict pere et moy de trouver quelque bonne piece, etc. Et tant y a que aucun avoit parlé de celle que Anthoine Noyel a en ce cartier de Tharentaise bien secretement et aultres. Mays mondict frere disoit tousjours qu'il estoit de besoing avoir l'argent present, par ainsy croy quant ledict argent scroit en quelques mains de marchans en ce pays pour delivrer a l’eure, l’on trouverait ce que demandés. Mays tant y a que aulcuns disent que ne vollés riens achater du fez de l’esglise, etc. Je vous promet que celle dudict Noyel est bon et luy a bien rendu ça devant, etc. Vous y pourrés adviser et rescripre vostre volloir et au regard de moy vous y serviray plus que ne ferés pour moy.
Mon tres honoré nepveur, je ne vous scay que plus escripre synon que tous desirons vosire venue et aussy de me nyepce a laquelle et a vous se recomandent ma scur vostre mere, nostre femme et moy parcillement et d’aultre part ay charge vous fere a tous deux les recommendacions de messire Copellin et Jacques Coster qui a esté icy tousjours.. bon subject et serviteur et c’est par milliers de foys…
Escript a Mostiers le XXIIII° jour de mars par
Le tout vostre bon et loyal oncle,
Signé : GEORGE de MARNIx.