CHAPITRE ÎT
Les revenus annaels de son douaire n^atteignaient pas , dans leur ensemble , le chiffre de vingt mille francs. Malgré la valeur de l'argent à cette époque , . c'était une somme minime, relativement au rang de la • princesse ; elle lui suffit Cependant pour accomplir des merveilles. Marguerite la divisa en trois parts : un tiers dut «ouvrir les dépenses dé sa personne et de sa maison ; un autre tiers fut destiné au soulagement des indigents; le dernier tiers fut consacré à la fondation et au soutien des maisons reli* gieuses. .
Une entente remarquable présidait i la direction de sa maison ; la princesse ne dé^ ijaignatt pas d'entrer dans de petits détails ; il s'agissait dés intérêts de la charité , qui
76 MàEGUEKITE di lorbainb
bénéficiait de toutes les économies. Le but de ses efforts en relevait à ses yeux Timportance et la grandeur. — Elle Toùlut fixer d'avance le budget de sa modeste toilette, le menu de sa table ; celui des gentilshommes, des quatre dames d'bonoeur, des antres personnes, des gens de service, et limita la dépense quotidienne à la somme de neuf livres dix sols. Egalement éloignée de la parcimonie et de la prodigalité, elle excluait les mets recherchés à cause de leur provenance lointaine ou de Ieur> extrême délicatesse ; elle donnait la préférence aux produc* lions du pays et aux fruits de la saison.
Les dimanches et fêtes, on servait quelques plats plus appréciés; c'était encore une attention de son zèle et un moyen de rappeler
CHÀPITII IT 77
aux personnes de sa maison les joies spiri-
tuelles des solennités religieuses.
Indépendamment de toutes les dessertes , fidèlement portées aux indigents, Marguerite faisait leur part à chaque repas ; au bout de sa table, on voyait figurer un grand vase; c'était le plat des pauvres. Elle y déposait les tiandes les meilleures , les morceaux les plus estimés , et se chargeait elle-*méme de les distribuer. Quelques convives s'étonnaient un jour de cette touchante habitude : « Qu'ai-je fait à Dieu, leur dit-elle > pour qu'il me donne des biens? Je n'en suis que l'écooome et \it dispensatrice. Je serais coupable devant mon Créateur si je ne les employais à soulager les pauvres. »
Dégagée des labeurs du gouvernement,
78 MÂRGCniTB BS LeiKÀlHI
Marguerite se dévouait avec une noavdle activité au soulagement de toutes les mi-
seras. ' Quand un matheureui venait frapper à la porte de sm château , il était toujours bien aécueilli; pour lui, la porté p'était jamais fermée y les instructions étaient formelles; les domestiques devaient le recevoir Qvec politesse , avec déférence même , et se hâter de prévenir la duchesse^i qui interrompait ,. pour lui donner audience ^ ses repaa et ses prières.
Non - seulement elle faisait d'abondantes offrandes aux députés des cîrdres mendiants , à ces fervents religieux devenus voloniàirement pauvres par amour pour Jésus-Christ, mais elle avait pris la résolution de ne jsr mais refuser à personne une aumône. *La
CHÀPITAK IT ' 70.
n^ttltip}icité des demandes épuisait parfois ses ressources y de, manière à ne plus lui laisser la disposition d'une seule pièce de iMWaie; elle empruntait alors à ses servie tevrs. Ces pénuries passagères ne T^ppau* vrissajieftt pas. Dieu bénissait ses domaines^ les présertait d'accidents, et lui procurait les moyens de mener à bonne fin toutes ses œuvres sans compromettre les intérêts de se^ enfants.
Un jour , à Môrtagne , elle se rendit à Téglise sans argent. Apres la messe^ elle s'en retournait avec le regret de ne pouvoir satisfaire sa qbarité , lorsqu'un prêtre inconnu s'approche , la salue , et lui doniïe quinze écus en lui disant : « Madame | voilà qui vou% appartient y s'il vous plaît recevoir
80 HARGUKRITB DB LORRAINE
sans vous enquérir d'autre chose. — mon ami, répondit Marguerite , béni soit le nom de Dieu , et bénie soit aussi votre âme !
car cet argent me Tient à point pour mes seigneurs ( elle appelait ainsi les pautres } , auxquels je le distribuerai pour l'amour de Dieu. »
Les actes d'une charité héroïque abondent dans cette sainte vie. , On les rencontre ^ en quelque sorte à chaque pas : pour les citer tous, il faudrait écrire un gros volume ; nous nous bornerons à raconter quelques traits empruntés à diverses époques.
Régente du duché , elle consacrait déjà beaucoup de temps à l'exercice de la misé* ricorde. Avant et après la messe , elle avait Mutume d'aller soigner les malades, c Quand