CHAPITRE n
il ^ tne souvient ; disait-elle , des paroles 4^ mon Père céleste : « Ce que tous ferez an » moindre de mes frères pour l'amour de » moi y TOUS le ferez à moi-même , » je voudrais obtenir la grâce d'employer tous les jours et heures de ma vie à le servir en ses membres. » . v -
Partout où elle passait y la duchesse s'informait des besoins à secourir ^ visitait les indigents et leur laissait de généreux secours. ^ Dans ses résidences, elle envoyait son médecin aux miBilades^ payait les remèdes^ et .se chargeait de tous les frais de ce service. A Cbâteau-Gontbier , à Argentan et en d'autres villes , on la vit souvent donner .à diner aux pauvres , se ceindre d'un tablier et les servir de ses mains.
t% MÀRGHBBITI DJI: LOaRÀINE
A Afortagiie , la p^rinceese habitait une nuisoa située près du couvent ; elle y aiait fait préparer plusieurs chambres pour recueillir les malades et pouvoir les soignacomplètement elle-même, Quaud ils se présentaient, on devait les entourer d^égards, les combler de soins , et « faire pour enx , •suivant son expression , ce qu^on eût fait pour elle-même. » Elle se réservait pour sa part les plaies les plus hideuses; rien ne décourageait y rien ne ralentissait son zèle. Dans les premières années , elle avait eu à lutter contre les i^épulsions de la . nature ; mais sa confiance en Notre Seigneur^ unie i la défiance d'elle-même,^ avait assuré le triomphe de la grâce. « On la voyait «dans les hôpitaux y dit le P. de Coste , porter les
emplâtres et les bandages poiur panser les plqs vilaines plaies. Le oœnr bondissait i ses demoiselles, qui détournaient leur vue de ces tnstes spectacles* Elle, d'un visage riant , d'une Toix naturelle, de ses mains secou* raUes >» sans jamais témoigner la moindre répugnance, maniait, embrassait, servait ces pauvres malades; et cela, le plus souvent à genoux , la larme à Tœil , ainsi que son grand aïeul notre saint Louis..»
' Une femme dont le visage était rongé par un cancer inspirait autour d'elle un éloignement invincible ; elle s'adresse à Marguérite .pour obtenir des soins. La duchesse la panse , l'embrasse et Pencourage à revenir chaque jour* sio^s craindre de la déranger*.
Une malade dont tout le oorps était
S4 HÀRGUBEITI DB LORBlilTI
couvert d^ulcères , ne péavait se reposer ni le jour ni la nuit. 11 y aTait autour de sa couche des odeurs si insupportables que personne ne voulait en approcher. La princesse Taborde , se déclare son infirmière , et en remplit la charge jusqu'à complète guérison. (
Un homme â^é avait aux jamhes des plaies profondes et infectes ; les os étaient dénudés, des vers rongeaient les derniers lambeaux de chair, : Marguerite entreprend cette cure , lave les ulcères , applique les plus salutaires remèdes, et continue le pansement tant que le malade n'est pas en état de se soigner lui-même.
Au commencement du xvi* siècle, la lèpre, réputée contagieuse , faisait encore beaucoup
CBAPtTRl IT g5
de yictimes, et inspirait une terreur justifiée par la gravité du mal , augmentée encore par les préjugés de l'opinion. Un jour de vendredi saint, une femme atteinte de la lèpre se présente à la duchesse.. Armée du^ souvenir de la croii , Marguerite surmonte , le premier mouvement de répulsion^ s'approche de la malade j la console par ses paroles > par ses aumônes , et ^ met le comble à ses bontés en embrassant ce yisage défiguré dont la s^ule vue faisait horreur.
L^es personnes attachées à son service tremblaient pour sa santé et redoutaient le»
suites de ces violences morales qu'elle s'ioa* posait si souvent pour panser les maux les plus repoussants. On essayait de modérer soa
86 xAiGumun ^i» ix>rrainb
ardeur ; maïs aiors iXk répondait : « J^ proute taat àe JMe en ces rencontres , je suis si heureuse d^ezpier ainsi les sensoaKtés dont j^ai pu me rendre coupable, qu'anciine odeur ne m'est moins désagréable que celle ^ plaies et des maladies. »
Sa charité était universelle : quelle infortune n'a-4-eUe pas soulagée? Elle soutenait les veuves 9 plaçait les prpfaelins, délivrait les prisonniers , dotait les jeunes filles retenues par la pauvreté d^ns le célibat , piocurait du' travail aux ouvriers inoccupés, fourmssait aux pauvres honteux le moyen d'exercer de petites industries , inventait des formes déheates pour les secourir sans les blesser, et terminait par de sages décisions, quelquefois même par des sacrifices perMNi-
chàVIteb nr . 87
neU , les (pierélles toujours regrettables et les ^ procès des bourgeois.
Elle portait trn intérêt spécial aux femnies ' enceintes : si elle craignait des couches difficiles, elle n'épargnait aucune dépense , die procurait les meilleures^ gardes , faisait appel \ aux plus habiles médecins, et mettait tout en oeuvre pour obtenir , arec la Mivrance de la mère, le baptême de Tenfant. Rien ne lui coûtait quand il s'agissait de saurer uneftme. Si la mort envoyait au ciel Teiifant tlevenu chrétien, elle voulait l'ensevelir dç ses mains et se plaisait à l'invoquer comme l'mi de ses protecteurs.
Un jour, une femme accouchait à Ai^èntàn; elle était fttteinfe d'une maladie contagieuse et se trouvait à toute ettcémité.
SS HÀRGUKRiTB DB LORRAINE
La peur de la mort avait glacé tous les courages ; on ne voulait approcher ni d'elle ni de son enfant ; les médecins eux-mêmes avaient refusé leur assistance! Marguerite apprend, ce cruel abandon : aussitôt elle se lève et se dispose à sortir en disant : « Ek bien ! j^irai moi-même ; qpi m'aime me suivra. » Plusieurs serviteurs furent entrâtnés par son exemple;* la pauvre mère fat soulagée , l'enfant fut baptisé , et persomie ne ressentit les atteintes de la contagion.
Une autre femme enceinte, pleine d'ad- Duration pour la beauté de la princesse , avait conçu le plus vi^ désir de sucer son sang : elle n'osait pas lui dévoiler son envie^ devenue chez elle tine. idée /!â^; mais elle était persuadée que si elle ne parvenait pas