CHAPITRE II
troublé cette précieuse (larmonie. Le duc se prêta de bonne grâce aux combinaisons proposées pour la rétablir. Les règles de la discipline forent remises en honneur, les lois^de l'obéissance furent mieux observées; les ordres religieux , encouragés et soutenus ^ \inrent en aide aux efforts des prêtres séculiers, et tout sembla préparer à la foi de nouvelles conquêtes.
Marguerite, de son côté, ne négligeait aucune occasion de propager la connaissance de la doctrine chrétienne. Elle travaillait de tout son pouvoir à développer les associations qui réunissent sous le patronage d'un saint les ouvriers d'une même profession.
Ces confréries étaient nombreuses dans le duché d'Âlen()on ; on en comptait dix dans
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régltse d'Ârgeotan, Les oontariers et cbaus* setkrs s'étaient placés sous l'invocation de sainte Barbe ; saint Servais protégeait les serruriers et menuisiers ; saint Crespin , les cordonniers ; saint Laurent y les cuisiniers , rôtisseurs et pâtissiers; saint Yves, les gens de justice; sainte Cécile, les musiciens; sainte Madeleine, les boij^langer» ; saint Ëttenne, les drapiers et estaminiers ; saint Michel , les tanneurs ; saint Eloi , les maréchaux.
Ltt confrères s'entir'aidaient dans les diffi-
cultes y ils se visitaient \ians les maladies ; la fête du patron était une époaue de ré* conciliation et de < renouvellement. La prière
réciproque adoucissait les épreuves .de ce
mmide et abrégeait les expiations de l'autre. Ces iastituticKns émanaient du principe de
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fraternité , dont on chercherait Yainefnent ràpplication sérieuse en dehors die l'Eglise. Pins favorables, ^ux intérêts du peuple que les plus incontestables progrès matériels^ elles l'habituaient à modérer ses désirs y au lieu de les surexciter sans pouvoir les sa- -tisfaire; elles lui apprenaient à estimer sa conditipn^ au lieu de la i^audire. Elles portaient Tordre dans le ménage , la joie dans
la famille", inspiraient la confiance dans l'avenir , et préparaient à la vieillesse l'incomparable bienfait de l'espéranée chrétienne.
Aussi Marguerite , toujours préoccupée du bonheur dé ses sujets , bénissait-elle les diverses confréries de tout le bien qu'elles faisaient aux ouvriers. Elle concourait à la pompe de leurs fêtes , au soi^lagement ^
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leurs malades , à l'attrait <le leurs réunions , et savait leur témoigner son intérêt avec one délicatesse et une bonté qui en doublaient le prix.
Toutes les formes de la faiblesse et de la douleur avaient le privilège d'attirer sa sympathie ; elle aimait et cherchait avant tout les âmes; mais elle était très-jsensible aux souffrances physiques , s'atteàdrissait à leur aspect y et versait des larmes avec les affligés. De là » le charme qui s'attachait i ses paroles et à ses moindres démarches ; de là, Tenthousiasme provoqué par ses nobles qualités. Aussi y à chaque événement , on pourrait dire à chaque prétexte y la reconnaissance publique se produisait-elle au grand jour ; elle épiait en quelque sorte l'occasion
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de se manifester , comme ces liqueurs généreuses qui profitent ^es plus petites issues
pour s'épancher du rase où elles sont renfermées.
Ainsi s'écoulèrent pour René et Marguerite quatre années d'une étroite et intime union.
Dieu ne leur avait pas refusé le don de la fécondité. L'atné de leurs enfants était né à Paris, et s'appelait Charles, du nom du roi Charles VIII , son parrain. Deux filles , Françoise et Anne d'Alençon, leur aTaiéht été successivement accordées. Cette double existence, tendrement associée l'une à l'autre , offrait à tous un déduisant exemple : elle motitrait aux sujets comme aux souverains la vraie piété assurant le bonheur de la famille, et procurait au peuple un gonver-
nement paternel. De longues années sem- Liaient encore promises à ce mariage si simple dans sa grandeur ; mais la vie n'estelle pas un passage ? et pour nous en déta-cher 9 n'est-il pas utile de recevoir souvent • les sévères avertissements de la mort? En 1492, la mort vint frapper à la porte du palais d' Alençon ; . elle n'était pas seulement Torgane de la justice divine, c'était encore la messagère de la miséricorde. En déchirant les cœurs , en les séparant pour un temps ,
elle venait assurer leur réunion dans l'éter*
« nité ! A cette époque , René tomba malade ;
au boutade quelques semaines ^ il ne fut plus
permis d'espérer le retour de la santé. Rien
ne lui manqua de ce qui devait le bien
préparer au redoutable jugement. Il en con-