CHAPITRE II
Irdae , Charles VIII s^était hâté de lui rendre
son duché avec la liberté ; il l'avait invité ,
comme prince du sang , aux états généraux
de Tours, au sacre de Reims, au couron-
nement de Saint-Denis : en reconnaissant ses
droits, en lui témoignant son affectueuse
estime, il avait rendq justice à ses brillantes
qualités et avait préparé le bonheur de son
« union ; mais René n'avait pas encore eu le
temps d'améliorer le sort de ses sujets.^ Quand
Marguerite fît son entrée à Alençon , elle y
trouva beaucoup de misères à soulager et de
ruines à réparer. Ces tristes conséquences de
la guerre , de la vie dissipée et des longues
absences de son époux n'effrayèrent pas son
courage ; elle sut dominer les difficultés ,
remédier aux vœux du pays , et lui ouvrir
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Qoe ère nouvelle de réparation et de prospérité.
Sa première préoccupation fut de gagner entièrement la confiance de René , et de le ramener aux religieuses pratiques de son enfance. Il ne lui fut pas difficile de remporter ce premier triomphe ; car il y avait une vraie puissance dans sa sérénité , ses aimables prévenances et cette égalité d'humeur qui ne se démentait jamais. Hahituée au détachement, elle faisait volontiers le' sacrifice de ses goûts pour se conformer aux désirs du prince , et acceptait ses idées toutes les fois qu'elles n'étaient pas contraires aux maximes de l'Evangile. « Jamais femme, dit le P.
Duhameau , ne rendit plus d'honneur à son mari , tellement que c'était une partie de son
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coin dépréToir ses voUmtés pour préfenir ses coBimaBdemenls. » Le dac d'Alençon dV vait pas perda la foi ; aes égarements en avaient obscurci dans son ftme les bienfai* santés clartés : le retour à la régularité de ia vie ne tarda pas à dissiper les nuages et a raviver les -saintes croyances. Déjà, pendant les longues négociations du mariage , il avait commencé à rentrer en lui-même , à s'hu* milier de ses fautes > et à faire de bonnes oeuvres pour obtenir le supcès de ses démarches. En 1484, il avait établi à ia- Flèche une maison du tiers-ordre de Saint-François ; en 1 487 , il fondait à perpétuité y^dans Tégiise de Notre - Dame d'Alençoo , une grand^messe quotidienne en Thonneur de rimmaculée Conception. Marguerite n'eut pas
ÀO ■ARGUimiTB BB XORRÀINB
de peine à obtenir d'un tel prince un retour complet aux préceptes de la religion. Les Tolontés des deux époux s'associèrent sans effort pour travailler au bonheur de leurs sujets; leurs exemples firent sensation dans le pays ; les seigneurs les imitèrent ; les boui^eois et les ouvriers ne tardèrent pas à en ressentir la salutaire influence.
L'allégement des impôts , la bonne administration de la justice^ le respect et la liberté de TEglise constituent trois éléments essentiels de la prospérité publique : tels furent les ^bienfaits que les nouveaux époux voulurent procurer aux habitants de leur duché.
Les malheurs du passé léguaient au pré* sent de sérieux embarras; des dettes considérables grevaient les domaines de la mai-
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80Û d'Alençoo. Au lieu de demander à des impôts le paiement de ces dépenses, on eut recours aux économies , et une partie du revend fut employée à solder l'arriéré.
Quant aux anciennes charges publiques, le duc cherchait en toute circonstance à en diminuer le poids. On a conservé une charte de René qui accorde aux habitants d'Alençon la faculté d^acheter et de vendre touteè sortes de denrées et de marchandises, moyennant un droii presque nul ; elle abolit aussi plusieurs impôts attachés à Tacquisition et à la transmission par héritage des maisons et autres propriétés de la ville et des faubourgs. Dans le préam*
baie de cette charte, le duc remercie ses
sujets de leur fidélité , il exprime l'inten-
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ibn < d'encourager de plus en plus eu eui leurs bons vouloirs et loyautés, » et il dé* ckre agir aussi « en faveur de sa trèschère, et très -aimée sœur, compagne et épouse, qui pour les dits bourgeois et habitants Ta pour ce supplié et requis. »
Trois sortes de tribunaux différents concouraient à la distribution de la justice.
C'étaient 1* les assises seigneuriales : elles se tenaient de six en six semaines , sous la présidence du bailli d'Alençon ou de son lieutenant général ; on se réunissait dans les chefs-lieux des châtellenies ; les juges étaient des seigneurs ou des hommes sages; — 2* les plaids des vicomtes : ils s'assemblaient chaque quinze jours dans les chfttellenies des vicomtes; — 3* l'Echiquier, tribunal
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souverain jugeant en dernier ressort : il se composait de douxe pairs ecclésiastiques et de ^ingt^deux laïques, se réunissait de bin en loin et se faisait suppléer par le conseil d'Âlençon.
On, parcourait successivement toutes les, parties du duché, afin de mettre le droit à la portée dç chacun et de C&ire plus^ sûrement prévaloir les réclamations fondées.
Il semblait d^ailleurs y avoir dans le choix et ordinairement dans la gratuité des juges une garantie d^indépendauce et d'impartialîté. Cependant de graves abus s'étaient introduits dans cette brandie si importante de Tadministration. Des hommes incapables ou indignes avaient pénétré dans le sanctuaire des lois y et Tiniquité des arrêts excitait, trop
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soQTent et à trop juste titre les plaintes des
justiciables. Reué résolut de mettre un terme
à de si déplorables abus ; les hommes d^une
coodàite mauvaise , de sentiments douteux
furent écartés; des sujets instruits et irré-
procbables furent appelés à les remplacer.
Une protection et des garanties nouvelles
furent bctroyées aux veuves , aux orphelins
et aux pauvres.
L'entente entre l'Eglise et le pouvoir civil
assure au clergé la liberté d'action si utile
au succès de son ministère.; elle facilite tous
les efiTorts tentés dans le but de faire aimer
la vertu, et contribue à répandre dans les
âmes la source la plus féconde de la paix
et du bonheur. Depqis quelque temps » des
conflits, des malentendus regrettables avaient