‹ MargueriteChapitre 7 sur 7 · I.S1 MAnr.l ERITE · texte numérisé non relu

I.S1 MAnr.l ERITE

Ii\(' pour (|iK' Margiit'ri((! enirâl clans sa maison ; oljus(|ii'à co malin c'élail uno (tliose convenue , cl M. l'abbé Norlon est allé lui-même dans la maison des dames dcî *** averlir Marguerite «lu'on l'allendail dans la journée ; Marguerite a obéi , et , accompagnée de l'une des religieuses de la maison, elle s'est rendue chez M. de V***. Oh ! M. Norton devait ignorer tout cela ; si sévère qu'il puisse être , si insensible ([u'il se soit montré aux douleurs de celte pauvre enfant, il n'eût pas voulu acheter à ce prix le droit de lui retirer sa protection et de la chasser à son tour de chez lui.

— Quoi ! dit madame Chambel , Marguerite a été chassée de chez l'abbé Norton?

— Oui, madame, dit rabl)é Fortin, el après avoir été chassée de chez M. de V***.

— Mais je rêve , monsieur ; je ne vous comprends pas, dit madame Chambel, tout cela est impossible; mais qu'a-l-elle fait cette malheureuse enfant?

— llien que m'écrire une lettre que vous avez surprise , el que votre mari vous a soustraite ; c'est en vertu de celle lettre qu'il a écrit celle qu'on vous renvoie si insolemment ; et cette lettre , elle avait été déjà donnée à M. le duc de V***; celte lettre, madame, où

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il est parlé de l'amour de Marguerite dont se largue M. Chanibcl; cette lettre où il propose à Marguerite une correspondance qu'il sera trèsfacile do suivre dans la maison de M. de V***; cette lettre enfin a été montrée déjà par M. de V*** à Marguerite , et l'a autorisé à lui dire en face qu'il ne pouvait accueillir dans sa maison une jeune fille qui avait donné le droit à un homme marié de lui faire de pareilles propositions. La femme qui a repris celte lettre pour vous la renvoyer afin de vous en frapper à votre tour , l'avait livrée à M. de V*** pour qu'il en frappât Marguerite ; tant de cruauté dans une vengeance ne peut partir que d'une rivale : vous la connaissez. Mais assurément l'abbé Norton devait ignorer tout cela.

— Et il a chassé à son tour la malheureuse Marguerite ! dit madame Chambel.

— Oli ! madame , dit Tabbé Fortin , ce n'est encore qu'un malheur de quelques heures, et cependant il est bien lamentable. Imaginezvous la pauvre enfant sortant de chez M. de V***, seule , car la religieuse qui l'avait accompagnée l'avait laissée sur le seuil de l'hôtel ; imaginezvous cette jeune fille , ne sachant où trouver un asile , et retournant dans la maison religieuse d'où elle était sorlie, et qui lui resia fer-

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nu'O parce (|iio. lui dil-oii. ou ii'avail |)as d'ordre pour la recevoir. Kilo n'y trouva rien que l'indication de la demeure de M. Norton , où elle se rendit. M. Norton est un pnHre, madame ; il me répugne de croire qu'il y a eu un sentiment de vengeance ou de fail)lcsse dans ce qu'il a fait. C'est sans doute , ce doit être une sévérité trop austère, une idée trop rigoureuse du devoir, qui l'ont poussé à agir comme il l'a fait; mais après avoir entendu le récit de la malheureuse enfant, il lui a donné une dernière aumône, et lui a déclaré qu'il ne pouvait plus rien pour elle. C'est alors qu'elle est venue à moi, madame, à moi qui suis pauvre, je vous l'ai dit, mais qui la recueillerai ; qui , à défaut de ma maison , lui ouvrirai celle de Dieu ; qui la retirerai de ce monde où elle n'a passé qu'un jour parmi ceux qu'on dit les plus religieux et les plus saints de l'époque, et qui y a souffert tontes les avanies et toutes les calomnies. Et si je suis venu à vous, madame, c'est que , pour <iuitter Paris, pour entrer dans la maison de Dieu , il faut encore quelques centaines de francs que je n'ai pas , que je vous demande à titre d'emprunt . et que je vous rendrai quand j'aurai pu les économiser sur ma misère. De grosses larmes roulaient dans les veux

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d'Isaurc; son cœur était gonflé; mais il n'y avait plus dans sa physionomie ni le désespoir désordonné qui l'agitait quelques minutes auparavant, ni la menace anogante qui lui était si hahiluelle. Elle lit un effort sur elle-même, et se remit presque aussitôt.

— Quand comptez-vous quitter Paris? ditelle à M. Forlin d'une voix assurée.

— Quand je le pourrai , madame , dit l'abbé Forlin.

— Demain , sera-ce trop tôt''

— Demain , madame , puisque ce ne peut être ce soir, dit l'abbé Fortin ; demain , si vous voulez.

— Eh bien ! monsieur , vous pouvez vous préparer pour demain à midi, ainsi que Marguerite; tout sera prêt pour votre voyage, je m'en charge ; et si je vous impose ce délai , c'est qu'il est nécessaire aux mesures que je dois prendre.

L'abbé Fortin se trompa sans doute à ce dernier mot , car il dit d'un ton très-humble à madame Chambcl :

— Nous voyagerons le plus économiquement possible, madame; ne vous mettez donc pas en peine de nous procurer plus qu'il n'est nécessaire.

JSS )iMu;iF,niTK.

— Je fci-ai ce (|ui est eonvenahlc; , dil madame Cliaiiibel avec effort; mais demain à midi, monsieur, demain.

L'al)bé Forlin se relira, et madame Cliamhcl demeura seule chez elle.

Nos lecteurs ont dû sans doute comprendre comment madame de Morency avait accompli sa vengeance; seulement nous devons leur dire comment l'abbé Norton avait pu permettre qu'elle réussît aussi bien. C'était une consé- ([uence de sa conduite habituelle. Quand M. Fortin était venu lui dénoncer la jalousie de madame Chand^el , il avait fait send)lant de ne pas y croire , et avait retiré Marguerite de chez madame de Morency sans en dire les raisons à personne. Quand madame Cliambel était venue se plaindre à lui de la conduite de son mari, il n'avait pas voulu renlendre davantage ; il avait agi de mémo vis-à-vis de madame de Morency , poussant juscju'à l'excès le grand art de vouloir ignorer tout ce qui pourrait le gêner dans ses projets et l'obliger à prendre parti pour ou contre quehpi'un. Ainsi, (pioique averti par la supérieure de ce que con tenait la lettre de Chainbel, il n'en avait point parlé à Margueiite , pour s'épargner de la part de cette jeune fille des plaintes et des explica-

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lions qui eussent pu déranger ses vues. Marguerite , demeurée vis-à-vis de lui dans la position où elle était en arrivant à Paris , ne pouvait refuser l'emploi pour lequel elle avait été mandée ; lui-même n'avait envers personne aucune raison pour ne pas faire ce qu'il avait décidé , et , une fois Marguerite chez le duc de V*** , ce qui pouvait en arriver ne pouvait plus lui être imputé , même à imprévoyance. 1/audacieuse révolte de madame de Morency dérangea les mystérieuses combinaisons de ce silence; mais, lorsqu'il les vit déjouées , il prit un autre parti, sans que rien, pas même l'abandon de Marguerite, le fît hésiter un moment. La passion de Cliambel pour la jeune (illc était publicpiemenl dénoncée; il ne pouvait donc pas l'ignorer. Il sacrifia inunédiatemiMit le plus inutile de ses deux protégés , la jeune fille, qui ne pouvait plus le servir chez le duc de V***. C'était un saint holocauste à la morale ; mais l'abbé Norton ne devait pas ac(-cpter sans vengeance la lutte (jue nuidame de Morency avait osé établir contre lui , et le lendemain malin le journal de M. Norton portait en tète de sa première colonne les lignes suivantes :

«1 A partir de ce jour , la direction du jour-

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liai est coiilu'o à M. Chaiiibcl, rûilactour c'n chef, à la |)la(;c de M. Morency. »

Piol>aljl('ineiit que; la vengeance avait été prévue! ; prohablenienl (|ue madame de Morency avait fait comprendre à M. de V*** <ju'un homme de son importance ne devait pas recevoir h; mot d'ordre de sa cause , mais le donner, car !a note suivante fut insérée dans presque tous les journaux :

« Des dissentiments graves s'étant élevés sur la manière dont les amis de la légitimité doivent envisager cette cause, M. de Morency s'est séparé du journal dont il a été si longtemps le rédacteur en chef, et d'ici à peu de jours il paraîtra une nouvelle feuille destinée à faire prévaloir les véritables doctrines de la monarchie légitime. '»

Voilà comment se fît cette grande scission de parti. Quant à l'abbé Norton , interrogé sur ces dissentiments , qu'il ne connaissait pas encore , il ne répondit qu'un seul mot à ceux qui lui demandaient pourquoi il avait remplacé M. de Morency :

— C'était un homme usé, dit-il.

Et en cela l'abbé Norton dit peut-être sa pensée véritable mieux qu'il ne l'avait dite de sa vie. Le même jour où tout Paris s'occupait

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(le cette importante nouvelle politicjue, une chaise de poste s'arrêtait à la porte de l'abbr Fortin : celui-ci descendit avec Marguerite , et fut très-étonné de trouver madame Chambel dans la voilure :

— Vous ici , madame? lui dit-il.

— Moi, monsieur , qui pars avec vous , qui serez mon ami . je l'espère , qui pars avec Marguerite qui voudra bien être ma (ille.

Une heure après, tous les trois avaient quitté Paris et ([uelques personnes à peine se souviennent que BI. Chambel a en province une femme qui n'a jamais pu s'accoutumer aux habitudes régulières du monde religieux.

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