SCENE VI
MARGUERITE, arrivant leste et joyeuse.
Mon oncle!...
BONTfARD.
Ah! ma charmante nièce, que ce nom d'oncle me fait de bien!... il ne faut pas moins que votre présence et l'espoir de votre amitié pour me remettre un peu.
MARGtERITE.
Mais c'est vrai I... vous paraissez tout troublé, c'est ma faute peut-être?... Ce matin, je vous ai reçu dans un moment de chagrin ; je suis encore un peu enfant, je pleure sans raison, et je vous aurai attristé?... Allons, c'est à moi de dissiper cette tristesse.
BONNARD
Qu'elle est gentille!
MARGUERITE, tris-gaie.
■Vous craigniez que mon mariage n'eût pas été volontaire et ne fût pas heureux?... Soyez bien tranquille à ce sujet, dès le premier jour où j'ai vu Albert, je l'ai aimé.
BONNARD, triste.
Je le comprends à présent.
Le monde l'estime; ses amis lui sont dévoués, jusqu'aux gens qui le servent, tous vantent sa bonté, et moi je l'admire... ah ! je bénis le ciel d'avoir uni mon sort au sien.
BONNARD, Cl part.
Ah! mon Dieu! comment lui dire maintenant tout ce qui se passe?
Mais rassurez-vous donc!... une erreur vous a empêché de connaître Albert, etquand vous l'aurez vu...
BONNARD, triste.
Mais, je l'ai vu 1
Quand vous lui aurez parlé?...
BONNARD, soupirant.
Mais je lui ai parlé.
Et qu'a-t-il donc dit qui puisse vous attrister ainsi ?
BONNARD
Marguerite, s'il fallait que vous vinssiez avec moi, avec moi qui ai tant chéri votre père, et qui vous aime déjà de toute mon âme?
Eh bien, sans doute, nous irions... car à l'avevir nous resterons tous ensemble... notre maison sera la vôtre... Albert et moi nous serons vos enfans...
BONNARD, ô lui-même.
En vérité, c'est impossible à lui dire!
Impossible?... Mais il n'y a qu'une chose impossible en ce monde, c'est de me séparer d'Albert.
BONNARD
Si je voulais... si je devais vous emmener loin d'ici... loin de luiT
Est-ce que j'y consentirais jamais?
BONNARD
Ou si des événemens pénibles le forçaient à s'éloigner, lui î
Je le suivrais !
BONNARD
Si le malheur l'avait frappé?
Je le suivrais malheureux !
BONNARD
Et s'il ne vous aimait pas, ma pauvre enfant?
Âhl s'il ne m'aimait pas?... ô mon Dieu!...
BONNARD
Que feriez-vousî
Je le suivrais encore!...
BONNARD
Et si c'est lui qui ordonne cette séparation 7
Lui ?...
BONNARD
S'il l'exige?.,, s'il y pensait... depuis ce funeste mariage?
Je ne comprends pas I
BONNARD
Ma foi, ni moi non plus !
Dites-lui donc... non, ne lui dites rien !... mais où est-il? que je le voie... que je lui parle... car vous vous êtes trompé.
Air : l/n Jiititclot.
C'est une erreur ! vous n'avez pu l'entendre Ce mot cruel qui me glace J'elTroi !
Lui, mon Albert, fine j'ai revu si tendre,
IMAKGL'ERITE.
11 ne pi'ut pas vouloir fuir loin tic- moi !
Pour nreloigntr il faudra qu'il me chasse!
En recevant mes sermens et les siens,
A son côt*" le ciel marqua ma place î |
S'il l'oubliait, monsieur, je m'en souviens ! j
BONNARD
Oui, qu'elle lui parle!... qu'il la vole!., car | devant ses larmes toute ma colère disparait à ' moi 1... (// va vers la parle de gauche.) 11 est là 1 MARGUERITE, courant à la porte.
11 est là?... Albert!... i
V*V*iV\VX'\'V\\VV\V«AVV\V*AV**VV\VV\VVV'KVV\V\*V\VV\VW\\l\VV»A'V*