‹ MargueriteChapitre 37 sur 48 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

HASGVERITE.

Ahl venez!... dites qu'il s'est trompé; ou que j'entende au moins de vous-même l'arrêt qui me condamne I

ALBERT, triste et pâle.

MARGUERITE, reculant.

Quelle pâleur!.. . ah! tout est perdu!

BONNARB.

Je n'avais pas prévu tout cela, et je ne sais plus où j'en suis!

ALBERT, grave et triste.

Monsieur vous dira tout, Marguerite!... Vous saurez que nous ne pouvions pas rester ensemble plus long-temps sous le même toit!... Lui-même venait pour nous sép-irer !... J'ai obéi à lui, à la destinée!... nous aurions dû nous séparer plus tôt; mais, je l'avoue, je n'en avais pas le courage !

HARGDERITE, avec douleur.

Ahl...

ALBERT

Que les jours paisibles auxquels je vous enlevai reviennent charmer votre vie !

MARGUERITE, avec désespoir.

Est-ce que c'est possible?... vous devez bien le savoir, Albert, vous qui connaissez tout mon coeur... et je remercie le ciel d'avoir permis que je vous dise au moins combien je vous aimais 1... Je ne maudis pas même mon sort, quelque triste qu'il doive être à l'avenir, c'est vous qui en aurez disposé!... vous m'aviez tout donné: vous m'avez tout ôté!... que votre volonté soit faite?

Elle tombe affaisse'e sur un fauteuil.

BOTINARD, allait 1 à elle.

Elle se trouve mal i

ALBERT

BOHNARD, se plaçant entre eux et repoussant

Ah!... Ils ont toujours été cruels envers tous les liens, mon enfant!... Vois celte lettre, la dernière qu'écrivit ta pauvre mère !.. Vois, écoute!... elle me l'adressait au lit de mort... je ne l'ai ^^

çue qu'aujourd'hui. { // lit. ) «Je vous recom- » mande ma fille, à vous le frère de celui quej'a; » lairt aimé, de monSenneville,du seul objet de » mon Ëdèle amour ! »

ALBERT, comme réreillé par ces mots.

Qu'entends-je?... mais que lisez-vous donc là, monsieur ?

BONNARD

La lettre de sa mère mourante I ALBERT, tris-agité.

Et vous dites?... ah! relisez donc encore!...

BONNARD, (tonne.

Quelle émotion!... ( Il lit. ) «Senneville, le »seul objet de mon Gdèle amour!... ah! j'avais «tant pleuré la mort de votre frère!...» (/i s'interrompt. ) C'est à moi qu'elle écrit... à moi qui l'avais méconnue!...

ALBERT, airec anxiiti.

Ah 1 poursuivez, de grâce !...

BONNARD, lisant.

«J'avais tant pleuré la mort de votre frère! »eh bien, il s'est encore trouvé pour moi de nouvelles souffrances auxquelles je n'ai pu résister!... » oui... pour sauver l'honneur de celui qui frappa » Senneville, on a sacriBé le mien! »

ALBERT

Est-ce possible?

BONNARD, lisant.

« On a supposé qu'elle avait trahi son époux » celle qui meurt du regret de l'avoir perdu! » ALBERT, a lui-même.

Ah!... ce n'était donc pas vrai!

ECMiiAnn, lisant.

« Monsieur, ayez pitié de la fille de votre frère! M et toi, Senneville, pardonne-moi de n'avoir pas » eu le courage de vivre pour notre enfant!... et » reçois-moi là-haut dans tes bras, mon asile » dans le ciel comme sur la terre ! t>

ALBERT, lui prenant vivement ta lettre.

Cette lettre!... cette lettre!...

11 la dévore des yeux.

MARGUERITE, Se levant.

Ma pauvre mère !...

BONNARD

Et sais-tu qui brisa ainsi le cœur de ta mèreT

ALBERT, tivetnent.

Arrêtez, monsieur!... arrêtez!... maintenant elle ne doit plus rien savoir de tout cela! BONNARD, le regardant avec surprise, puis s'a— dressant a Marguerite, N'as-tu pas de courage, enfant, pour échapper au malheur en me suivant?

ALBERT, avec transport.

Vous suivre?... à présent?

BONNARD

11 ne l'aime pas 1 Viens avec moi, Marguerite!...

ALBERT, s'èlanrant vers elle.

Ici!... près de moi!... (Il l'entoure de ses bras.) Savez-vous ce que c'est que cette jeune femme que vous dites sans courage?,.. Elle a supporté

JMACASIN THEATIIAL

l'injuslice sans se plaindre ! le inallieur sans se Iroublerl... Elle a sauvé celle qu'elle croyait sa rivale, quand son cœur était déchiré par la jalousie!... elle m'a aimé me croyant froid , injuste et ingrat!... mais regardez -la donc!... c'est la beauté telle qu'on la rêve! la vertu telle qu'on l'imagine!... c'est un trésor que le ciel m'a donné , et dont je ne me séparerai jamais!... c'est mon bien! mon bonheur! mes seules amours!... c'est ma femme !...

MARGUERITE, dans ses bras.

Mon Albert!...

BONNARD

Eh bien?... que signifie?...

ALBERT, a demi-voix.

■Vous saurez tout, monsieur I BONNARD, comme frappé d'une idée subite.

Attendez!... Je devine!... Cette calomnie... votre trouble... votre émotion... oui, vous avez pu croire... ah! vous êtes un honnête homme!... lîli bien, pas un mot du passé, en faveur de l'aveuir!... Soyez mon neveu, et que le fils répare les fautes du père !

lldccliire les pa^iicrs qu'il licul.

ALBERT

Ah ! monsieur !...

MAUGLEIïIïK, à Alberl.

Méchant !... c'était doue une épreuve ?

BOriNARD.

Mais qui diable est donc cet ami que j'ai pris pour vous?

^v\'vxv^^^^x..^^\\vv^wv\v\x\^vv^vv^vv^vv^w\\x\vv\vv\v.vwvvw*

Page 1