‹ Mari magnoChapitre 24 sur 33 · II. — DE L'UTILITÉ DES ETUDES GRAMMATICALES · texte numérisé non relu

II. — DE L'UTILITÉ DES ETUDES GRAMMATICALES

Vous avez entendu pendant la guerre répéter le mot « Marchons ! »

Examinons, du point de vue grammatical.

La première personne du pluriel exprime que le sujet comprend un certain nombre de personnes parmi lesquelles celle qui parle.

« Marchons » signifie donc qu'il y a un groupe de personnes qui sont décidées à marcher et que celle qui parle fait partie de ce groupe. Si celui qui disait « Marchons » entendait marcher lui-même avec les camarades, il s'exprimait correctement et avait droit, grammaticalement, à nos éloges; mais s'il n'entendait pas faire lui-même, et en personne, partie du groupe des marcheurs, il commettait une faute contre la grammaire à employer la première et non pas la deuxième personne du pluriel, et sa phrase devait être ainsi corrigée : « Marchez! »

Ne rendons pas, messieurs, Rouget de Lisle responsable; si l'on en croit la légende, il ne se contenta pas d'exhorter les autres à marcher; il marchait, lui aussi,

Tandis que la Révolution entre ses maigres mains ramassait ses petits

Et les jetait hurlants à la frontière...

Mais que de fois, pendant la guerre (la récente guerre), n'avons-nous pas regretté qu'une Commission formée par exemple parmi les membres de l'Académie Française (qui aurait ainsi trouvé son emploi) n'ait pas été chargée d'établir une version de l'immortelle Marseillaise dont le commencement eût été : Allez, enfants de la patrie!

Octobre 1919.

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