‹ Mari magnoChapitre 28 sur 33 · MES DIEUX · texte numérisé non relu

MES DIEUX

Mes dieux, ce n'est pas quelque seigneur puissant

Qui commande à la pluie, au beau temps, qui légifère, punit et rémunère;

Mes dieux, c'est l'âme grande qui s'exalte des âmes petites,

Ainsi que la senteur d'un verger est la senteur de mille fruits,

Ainsi que le feu d'un brasier est le feu de cent charbons qui rougeoient,

Ainsi qu'une mer est le flux de tant de rivières et de lacs purs et de torrent précipités.

Adorer, ce n'est pas un genou qui se ploie, deux mains jointes, une bouche qui glorifie,

Un œil levé vers quelque paradis,

Une requête

Pour le souper ou la calme nuitée ou l'aventure heureuse ;

Adorer, c'est entrer en conscience

D'être fleur du figuier, charbon du brasier rouge, goutte du fleuve ou du torrent ou de l'étang;

C'est reconnaître en soi les dieux, Se reconnaître dans les dieux, Etre en les dieux.

Jusqu'au temps du souffle qui s'endort et de la toute paix,

Qu'ainsi je communie en ce soleil,

Et en le ciel et en la terre,

En les parfums de cette riviera et son repos riche de songe,

En la voix d'un piano où joue la vie et joue la mort.

En le printemps d'une âme amie, tard advenue, et qui a hâte d'être en fleur,

En la matière et en l'esprit,

En ceux là-bas qui veulent, en ceux qui osent, en ceux qui bravent, en ceux qui s'offrent,

En les choses et en les êtres,

En la pensée

Qui déroule, l'un après l'autre, tous les possibles, avec leurs chatoiements,

Comme une femme entre ses mains déploie des étoffes mêlées,

Et elle rit à leur féerie,

Et l'homme cependant se tient derrière et il regarde et il se tait.

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