‹ Maria Chapdelaine (volume 4)Chapitre 14 sur 18 · FA · texte numérisé non relu

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larges comme une salle, = rien qu'a à vous proméner de |

et rester deux heures à pleurer et à rire. Oh! Maria! Penser que vous ne savez même pas ce que c’est que les vues animées!

Il se tut quelques instants, repassant dans sa mémoire le spectacle prodigieux des cinématographes et se demandant s’il pourrait l’expliquer et en raconter les péripéties ordinaires: l’histoire touchante des petites filles abandonnées ou perdues dont la vie est condensée sur l’écran en douze minutes de misère atroce et trois minutes de réparation et d’apothéose dans un salon d’un luxé éxagéré. . Les galopades efffénées dés cow/ “1

boys à la poursuite des Indiens ravisseurs; l’épouvan-2.104 14

table fusillade; la délivrance ultime des captifs, à la dernière seconde, par les soldats qui arrivent eñ”’tfombe brandissant magnifiquement la bannière étoilée...

Après une minute dhésitation, il secoua la tête reconnaissant son impuissance ES “Peindre toutes ces choses avec des mots.

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Ils marchaient ensemble sur la neige, les raquettes 4-5)

aux pieds, dans les brûlés qui couvrent la berge haute de la rivière Péribonka au-dessus de la chute. Lorenzo Surprenant n'avait eu recours à aucun prétexte pour obtenir que Maria sortit avec lui; il le lui avait demandé simplement, devant tous, et maintenant il lui parlait d'amour avec la même simplicité directe et pratique.

— Le premier jour que je vous ai vue, Maria, le premier jour... c’est vrail Voilà longtemps que je n'étais revenu au pays, et j'étais à me dire que c'était une misérable place pour vivre, que les hommes étaient une ‘gang ” de simples qui n’avaient rien vu et que les filles n'étaient sûrement pas aussi fines ni aussi smart

que celles des États... Et puis rien qu’à vous regarder, je me suis dit tout d’un coup que c’était moi qui n’étais qu’un simple, parce que ni à Lowell ni à Boston je n’avais jamais vu de fille comme vous. Après que j'étais retourné là-bas, dix fois par jour je pensais que peut-être bien quelque malavenant d’habitant allait venir vous chercher et vous prendre, et chaque fois ça me faisait froid dans le dos. C’est pour vous que je suis revenu, Maria, revenu de tout près de Boston jusqu’icitte: trois jours de voyage! Les affaires que j'avais, j'aurais pu les faire par lettre; c’est pour vous que je suis revenu, pour vous dire ce que j'avais à dire et savoir ce que vous me répondriez.

Toutes les fois que le sol était nu l’espace de quelques pieds devant eux, dépourvu de chicots et de racines, et qu’il pouvait rélever les yeux sans crainte de trébucher dans la neige, il la regardait, mais ne voyait d’elle que son profil penché, à l’expression patiente et ,. tranquille, entre son bonnet de laine et le long gilet de laine qui moulait ses formes héroïques, de sorte que chaque regard lui rappelait ses raisons d’aimer sans lui rapporter de réponse.

— Jcitte, ce n’est pas une place pour vous, Maria. Le pays est trop dur, et le travail est dur aussi: on se fait mourir rien que pour gagner son pain. Là-bas, dans les manufactures, fine et forte comme vous êtes, vous auriez vite fait de gagner quasiment autant que moi; mais si vous étiez ma femme vous n’auriez pas besoin de travailler. Je gagne assez pour deux, et nous ferions une belle vie: des toilettes propres, un joli plain-pied dans une maison en briques, avec le gaz, l’eau chaude, toutes sortes d’affaires dont vous n’avez pas l’idée et

qui vous épargnent du trouble et de la misère à chaque instant. Et ne vous figurez pas qu’il n’y a que des “Anglâs” par là; je connais bien des familles canadiennes qui travaillent comme moi ou bien qui ont des magasins. Et il y a une belle église, avec un prêtre canadien : M. le curé Tremblay, de Sainte-Hyacinthe. Vous ne vous ennuieriez pas...

Il hésita encore, et promena son regard autour de lui sur le sol blanc semé de souches brunes, sur le plateau austère qu un peu plus loin descendait d’une seule course jusqu’à la rivière glacée, comme s’il cherchait des arguments décisifs.

— Je ne sais pas quoi vous dire... Vous avez toujours vécu par icitte et vous ne pouvez pas vous figurer comment c’est ailleurs, et je ne suis pas capable de vous le faire comprendre rien qu’en parlant. Mais je vous aime, Maria, je gagne de bonnes gages et je ne prends pas un coup jamais. Si vous voulez bien me marier comme je vous le demande, je vous emmènerai dans des places qui vous étonneront; de vraies belles places pas en tout comme par icitte, où on peut vivre comme du monde, et faire un règne heureux.

Maria resta muette, et pourtant chacune des phrases de Lorenzo Surprenant était venue battre son cœur comme une lame s’abat sur la grève. Ce n'étaient point les protestations d'amour qui la touchaient, encore qu’elles fussent sincères et honnêtes, mais les descriptions par lesquelles il cherchait à la tenter. Il n’avait parlé que de plaisirs vulgaires, de mesquins avantages de confortable ou de vanité; mais considérez que ces choses étaient les seules qu’elle pût comprendre avec exactitude, et que tout le reste — la magie mystérieuse

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des cités, l’attirance d’une vie différente, inconnue, au centre même du monde humain et non plus sur son extrême lisière — n’avait que plus de force de rester ainsi Ent et vague, pareil “ une grande er lointaine, Ha AT LUN Tout ce qu 4 Ê a nu (et Hgae vel d’ pure je pa ue, et le contact des multitudes; toute la no

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2 fourmillante de sensations Let d'idées qui est l PRE Re ï

pour lequel le LEP a tro bqué "Torgueil à

terre, Maria pr sentait tout cela confusément, comme june vie nouyelle dans un mond nouveau, Une glorieuse

nétempsycose dont elleavait Ta nostalgie dTÉTÉe Mais

"A h pes elle avait un grand désir de s’en aller.

t soufflait de l’est et chassait devant lui une a nuages tristés chargés de neige. Ils défilaient comme une menace au-dessus du sol blanc et de bois sombres ; le spl semblait attendre une autre coüthe à

son LR" etles sapins, les épinettes, les cyprès, serrés les uns contre les autres, n’oscillaient pas, figés dans cet aspect de grande rpigna ion qu'ont les arbres aux troncs droits. Les souches émergeaient de la neige comme des épaves. “Rien ‘dan de paysage ne P et

>d'un printemps possible ni d’une dr” future d

aleur « et def fé dité; était plutôt un pan de quelque pu ete eshétee à où Pa pére jamais que la froide

Fe froid, cette neige, cette campagne endormie, l’austérité des arbres sombres, Maria Chapdelaine avait connu cela toute sa vie; et maintenant pour la première fois elle y songeait avec haine et avec crainte. Quels paradis ce devaient être ces contrées du sud où l'hiver était fini en mars et où dès avril les feuilles se

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montraient? Au plus fort de l’hiver l’on pouvait marcher sur les chemins sans raquettes, sans fourrures, loin des bois sauvages. Et dans les villes, les rues...

Des questions tremblèrent sur ses lèvres. Elle eût voulu savoir s’il y avait de hautes maisons et des magasins des deux côtés de ces rues, sans interruption, comme on le lui avait dit, si les chars électriques marchaient toute l’année; si la vie était bien chère... Et des réponses à toutes ces questions n,eussent satisfait qu’une petite partie de sa curiosité émue et laissé subsister presque tout le Vague merveilleux du grand mirage.

Elle demeura silencieuse, pourtant, craignant dE rien dire qui ressemblât à un commencement de promesse. Lorenzo la regarda longuement tout en marchant à côté d’elle sur la neige, et il ne devina rien de ce qui se passait dans son cœur.

Vous ne voulez pas», Maria? Vous n’avez pas d’ämitié pour moi, ou bien C’est-il que vous ne pouvez pas vous décider encore?

Comme elle ne répondait toujours 85, il s’accrocha à cette dernière supposition pâr SAP un refus définitif. Luta) ,

— Vous n’avez pas besoin de dire oui de suite, bien sûr! Il n’y a guère longtemps que vous me connaissez. Seulement pensez à ce que je vous ai dit. Je reviendrai, Maria. C’est un grand voyage, et qui coûte cher; mais je reviendrai. Et si vous pensez assez, vous verrez qu’il n’y a pas un garçon dans le pays avec qui vous pourriez

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faire un régne comme vous ferez avec biche + L QC. . ;

. . , Le La si vous me mariez nous vivrons comme du monde lieu de nous tuer à soigner des animaux et à gratter la terre dans des places désolées...

Ils rentrèrent. Lorenzo causa quelque temps du voyage qui l’attendait, des États où il allait trouver le printemps déjà venu, du travail abondant et bien payé dont témbignaient ses vêtements dés et sa bonne

ALa UHumine. Puis il partit, et Maria, qui avait laborieusement détourné les yeux devant les siens, s’assit près de la fenêtre et regarda la nuit et la neige descendre ensemble, en songeant à son grand ennui. 456 44 4h07

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Personne ne posa de questions à Maria, ni ce soir-là ni les s ire suivants ; mais quelque membre de la famille ler à Eutrope Gagnon de la visite de Lorenzo Surprenant et de ses intentions évidentes, car le dimanche d’après Eutrope vint à son tour, après le repas de midi, et Maria entendit un deuxième aveu d'amour. François Paradis était venu au cœur de l’été, descendant du pays mystérieux situé ‘en haut des rivières ”; le souvenir des très simples paroles qu’il avait prodes bleu ts mürs, dés dernières fleurs de bois de charme AR A Ml ALL LA LE A PAS Ha se fanäñt dans la brousse. Après lui Torenzo Surprenant avait apporté un autre mirage : le mirage des belles cités lointaines et de la vie qu’il offrait, riche de merveilles inconnues. Eutrope Gagnon, quand il parla à son tour, le fit timidement, avec une sorte de honte et comme découragé d'avance, compremant u'il n'avait rien à offrir qui eût de la force pour tenter. Hardiment il avait demandé à Maria de venir se promener avec lui; mais quand ils eurent mis leurs manteaux et ouvert la porte ils virent que la neige tombait. Maria s'qtai arrété sur le: érron, hésifanté {une main sur le loduét, faisant mine de rentrer; et lui,

craignant de laisser échapper l’occasion, s’était mis à MAN

parler de suite, se dépêchant comme s’il redottit de,

ne pouvoir tout dire.Al & ÀS poau 02924 LÂY — Vous savez bien que j'ai de l’amitié pour vous, Maria. Je ne vous en avais pas parlé encore, d’abord

r , , Ph . 1 F2 tout, mêlé à: celui du grand soleil éclatant, da aela

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parce que ma terre n’était pas assez avancée pour que nous puissions vivre dessus ct méif fautitous les deux, et après ça parce que j'avais deviné que c’était François Paradis que vous aimiez mieux. Mais puisqu’il est mort maintenant et que cet autre garçon des États est après vous, je me suis dit que moi aussi je pourrais bien essayer ma chance...

Le nOEQ DAS ART ER Rp duo elle dégringoläit du ciel gfis, faisait un P pillo ñement blanc devant l’immense bande sombre qui était la lisière de la forêt, et puis allait se joindre à cette autre neige que cinq mois d’hiver avaient déjà accumulée sur le sol.

— Je ne suis pas riche, bien sûr; mais j’ai deux lots à moi, tout payés, et vous savez que c’est de la bonne terre. Je vais travailler dessus tout le printemps, dessoucher le grand morceau en bas du cran, faire de bonnes clôtures, et quand mai viendra j’en aurai grand prêt à être semé. Jesèmeraicenttrente minots, Maria... cent trente minots de blé, d'orge et d’aVoine, sans compter un arpent de ‘‘gaudriole”” pour les animaux. Tout ce grain-là, du beau grain de semence, je l’achèterai à Roberval et je payerai “cash” sur le comptoir, € de même... J’ai l'argent de côté tout prêt; je payerai cash, sans une cent de dette à personne, et si seulement c’est une année ordinaire, ça fera une belle récolte. haut Pensez donc, Maria, cent trente minots de beau grain de semence dans de la bonne terre! Et pendant l'été, avant les foins, et puis entre les foins et la moisson, ça serait le bon temps pour élever une belle petite maison chaude et solide, toute en épinette rouge. J’ai le bois tout prêt, coupé, empilé derrière ma grange; mon frère

m'aidera, et peut-être aussi Esdras et Da’Bé quand ils seront revenus. L’hiver d’après je monterai aux chantiers avec un cheval et je reviendrai au printemps avec pas moins de deux cents piastres dans ma poche, clair. Alors, si vous aviez bien voulu m’attendre, ça serait le temps...

Maria restait appuyée à la porte, une main sur le loquet, détournant les yeux. C'était cela tout ce qu’Eutrope Gagnon avait à lui offrir: attendre un an et puis devenir sa femme et continuer la vie d’à présent, dans iles une autre maison de bois, sur une autre terre mi- kaly C104 es Le LA OU RL RSS UE QURT MEL it défrichée... Faire le ménage et; l'ordinaire, ürer/les KLUC Lo: vaches, nettôÿer Pétable quand l'homme serait absent, travailler dans les champs peut-être, parce qu’ils ne seraient que deux et qu’elle était forte. Passer les veillées au rouet ou à radouber de vieux vêtements... Prendre une demi-heure de repos parfois l'êté, assise sur le seuil, en face des quelques champs, enserrés DA, | Lun l'énorme bois sombre; ou bien, l’hiver, faire fondre dvéc® "++ son haleine un peu de givre opaque sur la vitre et regarder la neige tomber sur la campagne déjà blanche et sur le bois... Le bois... Toujours le bois, impénétrable, hostile, plein de secrets sinistres, fermé autour d’eux comme une poigne cruelle qu’il faudrait desserrer peu à peu, peu à peu, année par année, gagnant quelques arpents chaque fois au printemps et à l’automne, année par année, à travers toute une longue vie terne ét dure. Non, elle ne voulait pas vivre comme cela.

— Je sais bien qu’il faudrait travailler fort pour commencer, continuait Eutrope, mais vous êtes vaillante, Maria, et accoutumée à l'ouvrage, et moi aussi. J’ai toujours travaillé fort; personne n’a pu dire jamais que

À tt; j'étais lâche, et si vous. vouliez bien me marier ça serait mon plaisir de peînér Comme un bœuf toute la journée pour vous faire une belle terre et.que nous soyons à, l’aise avant d’être vieux. Je ne prends pas de boisson, Maria, et je vous aimerais bien...

Sa voix trembla et il étendit la main vers le loquet à son tour, peut-être pour prendre sa main à elle, peutêtre pour l'empêcher d’ouvrir la porte et de rentrer avant d’avoir donné sa réponse. ;l H a

— L'amitié que j'ai pour vous... ça ne peut pas se dire.>

Elle ne répondait toujours rien. Pour la deuxième fois un jeune homme lui parlait d'amour et mettait dans ses mains tout ce qu’il avait à donner, et pour la deuxi-

ème fois elle écoutait et restait muette, embarrassée, ne se sauvant de la gaucherie que par l’immobilité.et le silence. Les jeunes filles des villes l’eussent trouvée

-niaise; mais elle n’était que simple et sincère, et proche

de la nature, qui ignore les mots. En d’autres temps, avant que le monde fût devenu compliqué comme à présent, sans doute de jeunes hommes, mi-violents et mi-timides, s’approchaient-ils d’une fille aux hanches larges et à la poitrine forte pour offrir et demander, et toutes les fois que la nature n’avait pas encore parlé impérieusement en elle, sans doute elle les écoutait en silence, prêtant l’oreille moins à leurs discours qu’à une voix intérieure et préparant le geste d’éloignement qui la défendrait contre toute requête trop ardente, en

attendant... Les trois amoureux de Maria Chapdelaine

n'avaient pas été attirés par des paroles habiles ou gracieuses, mais par la beauté de son corps et par ce qu’ils PRERrR E de son cœur limpide et honnête;

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quand ils lui parlaient d'amour elle restait semblable } à elle-même, patiente, calme, muette tant qu’elle ne voyait rien qu’il leuf allôt dire, et ils ne l’en aimaient , :

‘que davantage. he LE

— Ce garçon des États est venu vous faire de beaux

discours, mais il ne faut pas vous laisser prendre...

Il devina son geste ébauché dé protestatiôn'et se fit plus humble.

— Oh! vous êtes bien libre, comme de raison; et je n’ai rien à dire contre lui. Mais vous seriez mieux de rester icitte, Maria, parmi des gens comme vous.

À travers la neige qui tombait, Maria regardait l'unique construction de planches, mi-établé et migrange, que son père et ses frères avaient élevée cinq ans plus tôt, et elle lui trouvait un aspect à la fois répugnant et misérable, maintenant qu’elle avait commencé à se figurer les édifices merveilleux des cités. L'intérieur chaud et fétidé, le sol couvert de fumier et de paille souillée, la pompe dans un coin, dure à manœuvrer et qui grinçait si fort, l'extérieur désolé, tourmenté par le vent froid, souffleté par la neige incessante, c'était le symbole de ce qui l’attendait si elle épousait un garçon comme Eutrope Gagnon, une vie de labeur grossier dans un pays triste et sauvage.

Elle secoua la tête.

— Je ne peux rien vous dire Eutrope, ni oui, ni non; pas maintenant... Je n’ai rien promis à personne. Il faut attendre.

C'était plus qu’elle n’en avait dit à Lorenzo Surprenant et pourtant Lorenzo était, part HE r d’assurance et Eutrope sentit qu’il avait tenté Sa © dfce) et

perdu. Il s’en alla seul à travers la neige, tandis qu’elle rentrait dans la maison.

Mars se traîna en jours tristes; un vent froid poussait

d’un bout à l’autre du ciel les nuages gris, ou balayait

la neige; il fallait étudier le calendrier, don d’un marchand de grain de Roberval, pour comprendre que le printemps venait.

Les journées qui suivirent furent pour Maria toutes pareilles aux journées d’autrefois, ramenant les mêmes tâches, accomplies de la même manière ; mais les soirées devinrent différentes, remplies par un effort de pensée pathétique. Sans doute ses parents avaient-ils deviné ce qui s'était passé; mais respectant son silence, ils ne lui offraient pas de conseils et elle n’en demandait pas. Elle avait éonééiénce qu'il n’appartenait qu’à elle de faire son choix et d’arrêter sa vie, et se sentait pareille à une élève debout sur une festrade devant des yeux attentifs, chargée de résoudre sans aide un problème difficile.

Asa ON LLeL TR Lt C'était ainsi: quand une fille arrivait à un certain âge,

lorsqu’elle était plaisante à voir, saine et forte, habile à toutes les besognes de la maison et de la terre, de jeunes hommes lui demandaient à l’épouser. Et il fallait qu’elle dît : ‘ Oui” à celui-là, Non” à l’autre...

Si François Paradis ne s'était pas écarté sans retour dans les bois désolés, tout eût été facile. Elle n’aurait pas eu à se demander ce qu’il lui fallait faire: elle serait allée droit vers lui, poussée par une force impérieuse et sage, aussi sûre de bien faire qu’une enfant qui obéit. Mais il était parti; il ne reviendrait pas comme il l'avait promis, ni au printemps, ni plus tard, et M. le curé de

Saint-Henri avait défendu de continuer par un long regret la longue attente. ose ex ci

Oh! mon Dou! Quel temps merveilleux ç’avait été que le commencement de cette attente! Quelque chose

‘it4se gonflait et s’ouvrait dans son cœur de semaine en semaine, comme une belle gerbe riche dont les épis 224

s’écartent et se penchent, et une grande joie venait vers elle en dansant... Non, c’était plus vif et plus fort que cela. C'était pareil à une grande flamme-lumière aperçue dans un pays triste, à ti branhnte, une promesse éclatante vers laquelle on marche, oubliant les larmes qui avaient été sur le point de venir en disant d’un air de défi: ‘Je savais bien... Je savais bien qu’il y avait quelque part dans le monde quelque chose comme cela.” , Fini. Oui, c'était fini. Maintenant il fallait fai semblant de n’avoir rien vu, et chercher laborieuse-

ment son chemin, en hésitant dans le triste pays sans

mirage.

Le père Chapdelaine et Tit’Bé fumaient sans rien dire, assis près du poêle; la mère tricotait des bas; Chien, couché, sur. le yentre, la tête entre ses pattes allongées, gl: gnait doucement des yeux, jouissant de la bonne chaleur. Télesphore s’était endormi, son catéchisme ouvert sur les genoux, et la petite Alma-Rose, qui était encore éveillée, elle, hésitait depuis plusieurs minutes déjà entre un grand désir de faire remarquer la paresse inexcusable de son frère et la honte d’une pareille trahison.

Maria baissa les yeux, reprit son ouvrage, et suivit un peu plus loin encore sa pensée obscure et simple.

Quand une fille ne sent pas ou ne sent plus la grande force mystérieuse qui la pousse vers un garçon différent

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des autres, qu'est-ce qui doit la guider? Qu'est-ce qu elle doit chercher dans le mariage? Avoir une belle vie, assurément, faire un règne heureux...

Ses parents auraient préféré qu’elle épousât D LE Gagnon, — elle le savait, — d’abord parce qu’elle resterait ainsi près d’eux et ensuite parce que la vie de la terre était la seule qu’ils connussent, et qu'ils l’imaginaient naturellement supérieure à toutes les autres. Eutrope était un bon garçon, vaillant et tranquille, et il l’aimait; mais Lorenzo Surprenant l’aimait aussi; il était dal sobre, travailleur; il était en somme resté Canadien, tdut pareil aux gens parmi lesquels elle vivait; il allait à l’église... Et il Jui apportait comme un présent magnifique un monde éblouissant, la magie des villes ; il la délivrerait de l’accableméñt de la campagne glacée et des bois sombres...

Elle ne pouvait se Éric encore à se ne “Je vais épouser Lorenzo Surprenant«, Mais en vérité son

choix était fait. Le nôrou meurtrier qui avait enseVeli

François Paradis sous la neige, au pied de quelque cyprès mélancolique, avait fait sentir à Maria du même coup toute la tristesse et la dureté du pays qu’elle habitait et lui avait inspiré la haine des hivers du Nord, du froid, du sol blanc, de la solitude, des grandes forêts inhumaines où tous les arbres, ont l’aspect des arbres de cimetière. L'amour? — Ie vrai amour, — avait passé Près d’elle... Une grande flamme chaude et claire qui s'était éloignée pour ne plus revenir. Il lui en était resté uné nostalgie, et maintenant elle se prenait à désirer une compensation et comme un remède l’éblouissement d’une vie lointaine dans la clarté pâle des cités.

Le

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