‹ Maria Chapdelaine (volume 4)Chapitre 16 sur 18 · ELA, PA · texte numérisé non relu

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MARIA tés ASE 165

CON EN et quelle belle façon elle avait pour les visiteurs! Dans les vieilles paroisses et même dans les villes, où les “chars” passent, on n’en aurait pas trouvé beaucoup qui la valaient. Oui, tu étais bien gréé de femme, . certain...

Il se leva bientôt, et sortit d’un air attristé.

Dans le long silence qui suivit, le père Chapdelaine laissa sa tête retomber peu à peu sur sa poitrine et parut s’assoupir. Maria éleva la voix, craignant un sacrilège.

— Endormez-vous point, son père.

— Non. : Non...

Il se redressa sur sa chaise et carra les épaules; mais comme ses yeux se fermaient malgré lui il se leva bientôt.

— On va dire encore un chapelet, fit-il.

Ils allèrent s’agenouiller près du lit où reposait la morte et récitèrent un chapelet entier. Quand ils se relevèrent, ils entendirent la pluie qui fouettait la vitre et les bardeaux du toit. C’était la première pluie du printemps et elle annonçait la délivrance, l’hiver fini, la terre reparaissant bientôt, les rivières reprenant leur marche heureuse, le monde a nt une fois de plus comme une belle créature qu "un coup, de baguette miraculeux délivre enfin d’un maléficé. . :” Mais ils n’osaient s’en réjouir, dans cette maison où pesait la mort, et véritablement ils n’éprouvaient presque aucune joie, parce que leur chagrin était profond et sincère.

Ils ouvrirent la fenêtre et s’assirent de nouveau, prétant l'oreille au crépitement des gouttes pesantes sur la toiture. Maria vit que son père avait détourné fa tête et restait rmmobiies elle crut que son assoupissement habituel du soir $’emparait de lui une fois de plus ; mais

166 MARIA CHAPDELAINE au moment où elle allait le réveiller d’un mot, ce fut lui qui soupira et se mit à parler.

— Ephrem Surprenant a dit la vérité, fit-1l. Ta mère

était une bonne femme, Maria, uné femme dépareillée, tk

Maria fit ‘‘oui” de la tête, sérrant les Tévres.…

— Courageuse et de bon conseil, elle l’a été tant qu’elle a vécu, mais c’est surtout dans les commencements, juste après notre mariage, et un peu plus tard, quand Esdras et toi vous étiez encore jeunets, qu’elle s’est montrée rare. La femme d’un petit habitant s’attend bien d’avoir de la misère; mais des femmes qui vont à la besogne aussi capablement et d’une si belle humeur comme elle a fait dans ce temps-là, il n’y en a pas beaucoup, Maria.

Maria murmura:

— Je sais, ‘son ? père; je sais bien.

Et elle s’éssuya le$‘yeux,!car son cœur se fondait.

— Quand nous avons pris notre première terre à

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. = RO LIEU Viet EX Normandin, nous avions deux vaches et pas gros de Lada

pacage, car presque tout ce lot-là était encore en bois debout, et difficile à faire. Moi j'ai pris ma hache et puis je lui ai dit: ‘Je vas te faire de la terre, Laura!” Et du matin au soir c’était bûche, bûche, sans jamais revenir à la maison hormis qüe pour le dîner; et tout ce temps-là elle faisait, le ménage et l’ordinaire, elle soignait les animaux, elle mettait lés elôtüfes en ordre, elle nettoyait l’étable, peinant sans arrêter, et trois ou quatre fois dans la journée elle sortait devant la porte et restait un moment à me regarder, là-bas à la lisière du bois, où je ‘‘fessais”” de toutes mes forces sur les épinettes et les bouleaux pour lui faire de la terre.

“Et puis voilà qu’en juillet le puits a tari: les vaches

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n'avaient plus d’eau à leur soif et elles ont quasiment arrêté de donner du lait. Alors pendant que j'étais dans le bois, la mère s’est mise à voyager à la rivière avec une chaudière dans chaque main, remontant Tres huit et dix fois de suite avec ses chaudières pleines, les pieds dans le Sable” coulant, jusqu’à ce qu’elle ait eu fini de remplir un “quart, et quand le quart était plein, elle le chärgeait" Sur ‘üne Drouëtté ét elle s’en allait le vider dans la grande cuve dans le clos des vaches, à plus de trois cents verges de la maison, au pied du cran. C'était pas un ouvrage de femmes, ça, et je lui ai bien dit de

me laisser faire; mais toutes les fois elle se mettait à Ÿ Rae CPE OS pas, de Se toi.s Occuperto de [rien .: Fais-moi de la terre.” Et'elle riait pour m’en-

as mais je voyais bien qu’elle avait eu de la misère, et que le dessous de ses yeux était tout noir de fatigue. é

‘Alors je prenais ma hache et je m’en allais dans le bois, et je fessais si fort sur les bouleaux que je faisais sauter des morceaux gros comme le poignet, en me disant que c'était une femme dépareillée que j'avais là et que si le bon Dieu me gardait ma santé je lui ferais une belle terre...”

La pluie crépitait toujours sur le toit; de temps en temps un coup de vent venait fouetter la fenêtre de gouttes pesantes qui coulaient ensuite sur le carreau comme des larmes lentes. Encore quelques heures de pluie et ce serait le sol mis à nu, les ruisseaux se formant sur toutes les pentes; quelques jours, et de nouveau l’on entendrait les chutes...

— Quand nous avons pris une autre terre en haut de Mistassini, reprit Samuel Chapdelaine, ça été la

même chose: du travail dur et de la misère pour elle comme pour moi; mais toujours encouragée et de belle humeur... Là nous étions en plein bois; mais comme il y avait des clairières avec du foin bleu parmi les roches, nous nous sommes mis à élever des moutons. Un soir. j

Il se “s encore quelques instants, puis recommença à parler en regardant Maria fixement comme s’il voulait lui faire bien comprendre ce qu’il allait dire.

— C'était en septembre ; au temps où toutes les bêtes dans le bois deviennént LUE SE "Un homme de Mistassini qui descendait la rivière en canot s’était arrêté près de chez nous et il nous avait dit comme ça: = “Prenez ge arde à vos moutons, les Gùrs Sont venus tuer uné és tout près des maisons la semaine passée.” Alors la mère et moi nous sommes allés ce soir-là virer au foin bleu pour faire rentrer les moutons au clos la nuit, pour pas que les ours les mangent.

“Moi j'avais pris par un bord et elle par l’autre, à cause que les moutons s’égaillaient dans les aunes. C'était à la brunante, et tout à coup j'entends Laura qui crie: ‘Ah! les maudits!”” Il y avait des bêtes qui remuaient dans la brousse, et c’était facile de voir que c’étaient pas des moutons, à cause que dans le bois, vers le soir, les moutons font des taches blanches. Alors je me suis mis à courir tant que j’ai pu, ma hache à la main. Ta mère me l’a conté plus tard, quand nous étions de retour à la maison: elle avait vu un mouton couché par terre, déjà mort et deux ours qui étaient après le manger. Ça prend un bon homme, pas peureux de rien, pour faire face à des ours en septembre, même avec un fusil; et quand c’est une femme avec rien dans

la main, le mieux qu’elle peut faire c’est de se sauver et personne n’a rien à dire. Mais la mère elle a ramassé un bois par terre et elle a couru dret sur les ours, en criant: ‘Nos beaux moutons gras!... Sauvez-vous, grands voleux, ou je vas vous faire du mal!”

“Moi, j'arrivais en galopant tant que je pouvais à travers les chousses; mais le temps que je la rejoigne les ours s’étaient sauvés dans le bois sans rien dire, tout piteux, parce qu’elle les avait apeurés comme il faut.”

Maria écoutait, retenant son haleine, et se demandant si vraiment c’était bien sa mère qui avait fait cela, sa mère qu’elle avait toujours HD et patiente, et qui n’avait jamais donné une taloühe à T'élesphore sans le prendre ensuite sur ses genoux pour le consoler,

urant avec lui et disant que de battre un enfant, il fe kEquet ur Priser le cœur.

La courte avérse de printemps était déjà finie; la lune se montrait à travers les nuages comme un visage curieux venant voir ce qui restait encore de la neige de l’hiver après cette première pluie. Le sol était toujours d’une blancheur uniforme; le silence profond pag la nuit annonçait que bien des jours encore s écouleraibnt avant qu’on entendît de nouveau le tonnerre lointain des grandes chutes; mais la brise Bee He Re or couragements et des promesses.

Samuel Chapdelaine se tut quelque temps, la tête penchée, les mains sur ses genoux, se souvenant du passé et des dures années pourtant pleines d’espérance. Quand il recommença à parler, ce fut d’une voix hésitante, avec une sorte d’humilité mélancolique.

— À Normandin, et à Mistassini, et dans les autres places où nous avons passé, j’ai toujours travaillé fort;

personne ne peut rien dire à l'éncontre, J'ai clairé bien des arpents de bois, et bâti des maisons et des granges, en me disant toutes les fois qu’un jour viendrait où nous aurions une belle terre, et où ta mère pourrait vivre comme les femmes des vieilles paroisses avec de beaux champs nus des deux bords de la maison aussi loin qu’on peut voir, un jardin de légumes, de belles vaches grasses dans le clos... Et voilà qu’elle est morte tout de même dans une place à moitié sauvage, loin des autres maisons et des églises et si près du bois qu’il y a des nuits où l’on entend crier les renards. Et c’est ma faute, si elle est morte dans une place demême;

c’est ma,.faute, certain! PIN MATE Dre)

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Le remets P'étretgnait ; il sécouait la tête, les yeux à terre.

— Plusieurs fois, après que nous avions passé cinq ou six ans dans une place et que tout avait bien, marché,

Rd? RÉAL A

nous commencions à avoir un beau bién: du! pacage, de grands morceaux de terre faite prêts à être semés,

une maison toute tapissée en dedans avec des, gazettes" | d

à images... Il vehäit du monde < qui $ établissait autour ‘ de nous; il n’y avait rien qu’à attendre un peu en travaillant tranquillement et nous aurions été au milieu d’une belle paroisse où Laura aurait pu faire un règne heureux, .. Et puis tout à ,Cqup le cœur,me manquait,

\je me sentais HAE A

méttais à haïr les faces des gens qui prenaient des lots dans Le voisinage et qui venaient nous voir, pensant que

nousserions heureux:d’ AVOIr € de,la visite SRE sêtre restés dl

seuls si longtemps. J? entendais dire que plus ‘loin vers” le haut du lac, dans le bois, il y avait de la bonne terre; que du monde de Saint-Gédéon parlait de prendre des

é de Pouvrage, tannÿ 46 pays; je me |

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