‹ Maria, drame en deux actes, mêlé de chant (sic)Chapitre 2 sur 33 · FRÉDÉRIC, SIMON · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC, SIMON

Frédéric, à la cantonade.

C'est bien, il suffit, j'attendrai dans ce salon que Mme de Rancé veuille bien me recevoir, (tenant à Simon.) Vous le voyez, mon bon monsieur Simon, nous ne pouvions arriver plus à propos ? Mme de Rancé est en ce moment avec son homme d'affaires; vous pourrez vous entendre immédiatement avec lui et quitter dès ce soir la Guade-

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Mino de Rancé; j'ai mes raisons pour cela, et je serais désolé que pour une misérable affaire.

SIMON

C'est plus important que vous ne le pensez. (Mouvement de Frédéric) La propriété que nous venons visiter à la Guadeloupe doit avoir une certaine valeur; au reste, dès que vous le voulez ainsi...

FRÉDÉRIC

Assurément: d'ailleurs, quelques plants de bananiers, quelques carrés de cannes à sucre de plus ou de moins, lorsque je viens d'hériter d'une des plus belles habitations de la Guyane et de trois cents esclaves...

SIMON

Trois cent huit.

FRÉDÉRIC

Ah ! je croyais... c'est possible; en votre qualité de gérant de mes biens, vous savez cela mieux que moi: va donc pour trois cent huit.

SIMON

Vous devriez en avoir davantage; mais depuis la mort de madame, que les esclaves aimaient tous, il ne s'est pas écoulé de mois que nous n'ayons perdu quelque sujet par la fuite: Alexandre, Jean- Louis, Toussaint, Maria... Maria surtout, que ma- . dame avait élevée et traitait comme son enfant... au reste, leur signalement a été donné dans toute la Guyane, et à moins que les fugitifs ne soient passés dans les îles voisines, j'espère encore.

FRÉDÉRIC

Eh! non, laissez-les donc tranquilles!

SIMON

Songez que l'impunité encouragerait leurs camarades à les imiter.

Frédéric, souriant.

Eh bien, là, en conscience, on ne peut pas trop leur en vouloir... (mouvement d'êionnemcnl de Simon) le métier que vous leur faites faire n'est . pas si agréable, et convenez que si nous étions à leur place... quant à moi, vous ne me tiendriez pas long-temps.

SIMON

Mais alors, monsieur, il n'en resterait pas un.

FRÉDÉRIC

Eh bien, le grand mal?

SIMON

Vous seriez ruiné !

FRÉDÉRIC

Moi! (Se rappelant.) Ah! oui!... ah! pardon, c'est juste, j'oublie toujours... Que voulez-vous ? je ne puis jamais me persuader que moi, Frédéric Bréville, parti de la Guadeloupe, il y a six mois à peine, simple officier de la garnison, j'y reviens aujourd'hui, riche et propriétaire, parce qu'il a plu à un excellent cousin de me laisser les biens qu'il avait amassés à la sueur de son front, c'est-àdire des fronts de ses trois cents nègres. simon, froidement.

Trois cent huit.

FRÉDÉRIC

Ah! oui, et je lui en sais d'autant plus de gré

que s'il n'y avait que moi pour faire fortune à ce prix-là, j'aimerais mieux m'en passer: elle est faite, c'est différent.

Air de In Sentinelle.

Mais je saurai pour tant de malheureux

Rendre moins lourd un joug infâme ; De tous mes droits c'est le plus précieux, C'est, avant tous, celui que je réclame : Point de rigueurs, telle est ma volonté, Protégez ceux cpi^à vo3 soins j'abandonne ;

Ils ont perdu la lihcrte',

Protcgez-les... l'humanité

Le veut, et moi, je vous l'ordonne !,.. Je vous l'ordonne !

Songez-y bien, mon cher Simon, je me fie à vous. Pour moi, je ne retournerai pas à la Guyane, j'ai assez des quinze jours que nous venons d'y passer.

SIMON

Il est heureux que vous n'y soyez pas resté plus long-temps, monsieur; la discipline se relâchait, les bonnes habitudes se perdaient.

FRÉDÉRIC

Les bonnes habitudes... ah! oui, oui. (Faisant le geste de fustiger.) Pauvres diables! Enfin, gérez, administrez, et faites-moi parvenir exactement mes devenus en France, où je compte aller les dépenser avec ma belle Lucy, ma femme.

SIMON

Votre femme! quoi, monsieur Bréville, j'ignorais que vous fussiez marié.

FRÉDÉRIC, souriant.

Oh! je ne le suis pas; mais je le serai bientôt, et c'est pour cela, bien plus que pour traiter d'affaires avec Mme de Rancé, que je suis chez elle en ce moment.

SIMON

Vous épousez une parente de cette dame?

Non, une orpheline recueillie par elle à la suite d'un événement fort déplorable, un naufrage dans lequel périt sa famille... le navire vint se briser sur ces rochers... (il montre la fenêtre.) La jeune Lucy fut transportée dans cette maison, où elle reçut les soins de Mme de Rancé, la meilleure, la plus digne femme... ehaque jour révèle à la colonie un de ses bienfaits, une bonne action nouvelle, et moi-même je lui dois d'exister encore peutêtre... Mais chut, je l'aperçois enfin. (Af">« de Rancé entre; il s'avance et salue.) Madame...

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