‹ Maria, drame en deux actes, mêlé de chant (sic)Chapitre 3 sur 33 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes, Mrae DE RANCÉ.

Mme DE RANCÉ.

Messieurs... (Reconnaissant Frédéric.) Ah! monsieur Frédéric Bréville ! (À pan.) M. Bréville de retour le jour même où Lucy...

FRÉDÉRIC, à part.

Que signifie? on dirait que ma présence... (A Mme de Rancé.) Daignez m'excuser, madame, si le souvenir du bienveillant accueil que j'avais reçu

MARIA

de vous... jeme rappellerai toute ma vie que pendant mon séjour à la Guadeloupe, j'ai pu, grâce à vos bontés, oublier souvent que j'étais loin de ma famille, et que sans vos soins maternels, j'aurais sans doute, comme tant d'autres, succombé aux atteintes de ce climat si fatal aux Européens; aussi ma reconnaissance...

Du reste, vous êtes toujours le bien venu ici, monsieur Bréville; mais j'avoue que je m'attendais si peu... je vous croyais toujours en France.

FRÉDÉRIC

Vous savez, madame, que, forcé de suivre mon régiment rappelé en Europe, je vous annonçai, en quittant la Guadeloupe, que je ne tarderais pas à y revenir?

Mme DE RANCÉ.

En effet; mais les exigences du service militaire ne permettent pas toujours...

ÏRÉDÉRIC.

Aussi, madame, voyez-vous en moi un démissionnaire. (Mouvement de Mme de Raneé.) J'avais résolu de revenir; le ministre me refusait un congé. [Avec chaleur.) Je lui ai rendu mon épée pour garder mon indépendance.

Mme DE RANCÉ, souriant. . >

Je vois que vous n'êtes pas changé, toujours •■ bouillant, impétueux.

Frédéric, de même.

C'est vrai ; mais veuillez m' excuser, madame, de vous parler de moi, quand je devrais vous demander des nouvelles de votre famille, de M. Albert de Prével, votre neveu, de Mlle Lucy, votre tille adoptive.

Mme DE rancé, l'interrompa), t.

Mon neveu a été assez heureux pour acquérir de plus en plus l'estime des colons, qui lui ont donné récemment encore les témoignages. du plus vif intérêt à l'occasion d'une malheureuse affaire, où mon neveu fut blessé. (Mouvement de Frédéric.) Oh ! rassurez-vous ; grâce au ciel, il est tout-à-fait rétabli.

FRÉDÉRIC

Et MlleLucy...

Mme DE RANCÉ, l'interrompant et évitant de

répondre.

Albert est aujourd'hui le membre le plus influent du conseil général : bientôt peut-être même il partira pour la .France comme délégué de la colonie.

Frédéric, à part, avec un peu d'inquiétude. Elle ne parle pas de Lucy!

Mme DE RANCÉ.

Et comptez-vous passer quelque temps à la Guadeloupe?

FRÉDÉRIC

C'est selon, tout dépend de l'entretien que je suis venu solliciter de vous, madame; mais, avant de vous parler du principal but de ma visite, permettez que je vous prie de mettre en relation avec votre homme d'affaires, M. Simon, le gérant des propriétés qui m'ont été laissées par un de mes parens, mort récemment à la Guyane.

Mme DE RANCÉ'.

Ah!

FRÉDÉRIC

Il paraîtrait, d'après ce que dit M. Simon, qu'une portion des biens que mon cousin possédait à la Guadeloupe se trouve en litige av£c les vôtres. Mme DE rancé, qui cherche dans ses souvenirs.

En effet, il me semble qu'une dépendance de mon habitation du Carbet...

SIMON. i

C'est cela même, madame.

M"'e DE RANCÉ.

Eh bien ! monsieur, si vous voulez prendre la peine de passer dans ce cabinet, vous y trouverez mon homme d'affaires.

SIMON

Je m'y rends, madame.

FRÉDÉRIC

Allez, et rappelez-vous mes intentions : je désire que vous vous en rapportiez à l'opinion du mandataire de madame.

Mme DE RANCÉ.

Pardon, monsieur; mais...

FRÉDÉRIC

De grâce. ( A Simon. ) Allez, monsieur, et faites ce que je yous dis.

SIMON

Il suffit.

Il salue et sort.

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