‹ Maria, drame en deux actes, mêlé de chant (sic)Chapitre 27 sur 33 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

ALBERT, puis FRÉDÉRIC.

ALBERT

Qu'il vienne maintenant !

Frédéric, entrant et apercevant Albert.

Ah!

ALBERT

Ce n'est pas moi que vous cherchiez ici, monsieur ?

FRÉDÉRIC

Je l'avoue.

ALBERT

Qu'y venez-vous donc faire?

FRÉDÉRIC

Du ton de cette demande, je vois que je puis m'épargner la peine d'y répondre.

ALBERT

En effet; mais vous y renoncerez sans doute.

FRÉDÉRIC

Pourquoi donc ?

ALBERT

Parce que je ne saurais croire qu'un homme, quel qu'il soit, ait dicté les odieuses conditions imposées aune femme...

FRÉDÉRIC

Cette femme m'appartient.

ALBERT

Un tel abus des droits de la propriété les rendrait nuls devant tous.

Frédéric, avec solennité.

Les droits de la propriété sont sacrés, alors même que les maîtres en abusent. C'est vous qui l'avez dit, et j'ai tant de foi en vous, je crois votre opinion si consciencieuse, que si yous pensiez devoir attaquer mes titres publiquement, pour être plus sûr du gain de ma cause, je ne voudrais d'autre avocat contre vous que vous-même.

ALBERT

Monsieur...

Frédéric, élevant la voix.

Voulez-vous que nous en appelions au conseil? qu'il décide à qui de vous ou de moi appartient...

ALBERT

Plus bas... Oui, elle vous appartient, et moi, je suis comme elle en votre pouvoir; mais, mais vous aurez pitié...

FRÉDÉRIC

Eh! monsieur...

ALBERT

Mais enfin, que prétendez-vous? Elle est ma femme, je l'aime, j'ai juré de la protéger... c'est mon bonheur, c'est ma vie... et vous oseriez, poussé par une lâche pensée de vengeance... Frédéric, froidement.

Du tout, monsieur, j'aime Lucy, je l'aimais avant vous; voilà pourquoi je vous la dispute!... vous la nommez votre femme, mais ce mariage est nul. Ne me forcez pas à parler... j'oublierai notre querelle, vos outrages ; je garderai un éternel silence sur le reste.

Non!

FRÉDÉRIC

Eh bien, que le conseil prononce l Albert, le retenant.

Arrêtez!... Ah! monsieur, c'est indignement abuser de l'avantage qu'une fatale circonstance vous donne sur moi; mais enfin, j'en conviens, je ne puis le nier, Lucy vous appartient, Mme de Prével est votre escl... (Avec désordre.) Eh bien ! parlons-en donc comme d'une esclave... Ah!... (Avec désespoir, d'une voix étouffée.) Combien en voulez-vous? j'ai cinq cent mille francs de fortune, prenez-les, et laissez-la-moi !

FRÉDÉRIC

Vous qui l'avez estimée assez pour l'épouser pauvre, vous devez concevoir que je dois la mettre au-dessus d'une fortune... d'ailleurs, je suis riche.

ALBERT, éclatant.

Assez... ah! assez, monsieur; ne voyez-vous pas qu'un pareil débat ne peut se prolonger entre nous?... que c'est un supplice au-dessus de mes forces?... et que je ne puis vous demander raison de vos outrageantes railleries ?

FRÉDÉRIC , avec ironie.

Un duel!... ah! monsieur... cela ne se peut

MAGASIN THÉÂTRAL

plus... vous m'avez trop bien persuadé tantôt. J'ai été militaire... je n'en suis plus à faire mes preuves {appuyant) dans un combat où l'on triomphe sans gloire... où l'on succombe sans honneur. D'ailleurs, tout est changé, ce n'est plus seulement ici le bouillant officier que vous aviez pour rival... c'est un maître inflexible qui vient réclamer son bien... son esclave... Faut-il vous montrer mes titres ?

Il s'apprête à tirer des papiers de sa poche.

ALBERT, l'empêchant de les lui montrer.

Arrêtez, ne me les montrez pas... ces titres... puisque vous refusez de me les livrer au prix de ma fortune... de mon sang... Ne dites pas que vous les avez là... ces titres odieux qui vous donnent le droit de m'arracher Lucy '....ne les montrez pas... ma tête!... Songez que nous sommes seuls!... que pour les reprendre... je puis... je

pourrais vous tuer... vousass

Frédéric, froidement et regardant à droite. Monsieur de Prével, Yoici quelqu'un; revenez à vous.

Albert, avec effroi.

Quelqu'un! monsieur...

FRÉDÉRIC

Rassurez-vous... je n'ai rien entendu...

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