ACTE PREMIER
SIMONE
Une petite couverture, pour une de mes amies qui attend un bébé.
Mais vous travaillez trop, vous allez vous fatiguer.
SIMONE
C'est que si ce n'est pas grand, c'est très compliqué, et il faut que je me dépêche.
JACQUES
Pourquoi ?
SIMONE
Dame! si je veux avoir fini...
JACQUES
Vous êtes très laborieuse. Je vous vois toujours entourée de pelotons de laine, et vos petits doigts marchent, marchent. . .
SIMONE
Pas si vite que je voudrais. Mais j'arrive tout de même à faire pas mal de choses... Voyez- vous, je veux que toutes les personnes qui m'aiment bien aient de petits souvenirs de moi.
JACQUES, à pan.
Bien sentimentale, cette petite... mais c'est assez
naturel. (Il tripote machinalement dans la corbeille aux laines et y trouve un livre. l\ regarde la couverture. A Simone.) Oh! oh ! dOS VerS ?
SIMONE
C'est pour quand je suis las.se. Alors je lis. Ce n'est pas que je m'y connaisse beaucoup. Mais je les aime.
JACQUES, feuilletant.
Que de pages cornées !
SIMONE
C'est pour marquer les vers qui me plaisent le mieux.
JACQUES, lisant à mi-voix.
Me voilà, je suis un éphèbe,
Mes seize ans sont d'azur baignés,
SIMONE
Oli ! je les aime bien, ceux-là.
JACQUES, continuant.
Guerre, déesse de l'Érébe, Sombre Guerre aux cris indignés,
Je \iens à toi, la nuit est noire !
Puisque Xerxès est le plus fort, Prends-moi pour la lutte et la gloire, Kt pour la tombe ; mais d'abord,
Toi dont le glaive est le ministre, Toi que Téclair suit dans les cieux, Choisis-moi de ta main sinistre Une belle fille aux doux yeux...
Donne-la-moi, que je la presse Vite sur mon cœur enflammé, .le veux bien mourir, o déesse, Mais pas avant d'avoir aim«'.
l'n gilenro.
(Jacques 8j lève.) AlIons, BU rcvoir, mademoiselle.
Il saine les aulref! et s'éloigne lentement par la (rauche. Marthe le guit longtemps des yeux.