ACTE PRKMIEU
LE DOCTEUR
Rien, sinon qu'il y a dans votre acte de charité quelque chose de concerté, d'artificiel, un fonds d'égoïsme, de curiosité, de je ne sais quoi encore... et que cela ne peut pas bien finir... D'abord, vous ne pouvez pas faire ce que vous dites sans mentir du matin au soir et du soir au matin.
JACQUES
Je ne mentirai pas entièrement. J'ai menti à beaucoup de femmes en leur disant que je les aimais quand je les désirais tout simplement, et en leur jurant que je les aimerais toujours, alors que je songeais déjà à la rupture. Je ne passe pas à cause de cela pour un malhonnête homme.
LE DOCTEUR
Vous aviez affaire à des coquines qui mentaient plus ou moins de leur côté. Mais jouer avec cette enfant si parfaitement innocente la comédie que vous rêvez, — à seule fin d'ajouter une mourante à votre collection de cas originaux, — cela me paraît une offense à la nature et à l'amour, et je crains que l'amour et la nature ne se vengent.. Croyez-moi, laissez-la mourir tranquille.
JACQUES
Je veux qu'elle meure heureuse.
LE DOCTEUR
Laissez-la mourir tranquille, c'est ce que vous pouvez faire de mieux pour elle... J'espère qu'elle-même vous y contraindra. Car vous n'avez pas pensé à tout : si elle refuse? si elle ne vous aime pas?
JACQUES
Elle aura le plaisir de refuser, et du moins elle se sera crue aimée.
LE DOCTEUR
Et si vous vous preniez à votre jeu ? si vous alliez devenir amoureux, réellement amoureux d'elle?
JACQUES
Ça, c'est mon affaire*.
OÙ serait le mal?... Et puis, c-esl mon affaire.